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Pierre S. Adjété
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Il va falloir s’entendre un jour là-dessus et en convenir le plus largement possible au Togo : la formation d’un espace politique crédible devient essentielle et cette démarche nécessite une véritable créativité, loin des expériences partisanes mises en œuvre jusqu’à maintenant. La course vers la division politique qui s’est engagée au Togo depuis si longtemps, et avec des crocs-en-jambe réguliers, doit réellement s’inverser au profit d’une délibération qui ne pourrait se permettre de faire l’économie des acteurs et des idées. Il en est désormais ainsi, d’autant plus que les différents cercles concentriques du pouvoir politique ont réellement montré leur limite, individuelle et collective, en échouant littéralement d’imaginer, de concevoir et de redéployer avec enthousiasme, compétence et respect, un Togo moderne à la place de celui qui fait si mal aux citoyens et reste toujours sujet à controverse. Après tant de gaz lacrymogène et de confusion, c’est probablement en forçant le coffre-fort des égoïsmes que la classe politique paiera la dette d’un autre Togo aux citoyens.


Une classe politique dénudée
Une classe politique dénudée


Le dernier avatar de cette descente vers le bas, le lieu diviseur commun, réside dans l’incapacité de ce qui reste de cette opposition active qui n’arrive pas à reconnaitre explicitement la dette qu’elle a envers les citoyens du Togo, celle de dépasser ses clivages d’antan, afin d’accéder à une véritable refondation consécutive au naufrage définitif de Gilchrist Olympio; ce qui n’est pas rien dans le paysage politique togolais. En soi, l’hypothèque Gilchrist Olympio levée sur l’opposition togolaise à travers l’éclatement de sa bulle longtemps gonflée à l’égoïsme, c’est à une redistribution des rôles que cette opposition se doit de procéder, en mettant de côté les dissensions passées et en capitalisant sur les données nouvelles. Oui, la classe politique du Togo a une dette vis-à-vis des citoyens!

Contrairement à l’histoire mythique de l’homme le plus fort qui ait existé, Samson –et Gilchrist Olympio était exagérément fort au plan politique togolais compte tenu de la particulière histoire du Togo et avant qu’il n’ait succombé au charme dalilahesque du « partage du pouvoir », il est désormais clair que les cheveux qui faisaient sa force ne sauront jamais repousser pour réhabiliter la capacité d’action porteuse du changement longtemps attendu de ce fils du seul président démocratiquement élu dans l’histoire du Togo.

Le temple politique togolais ne disparaitra donc pas avec un quelconque retour en force de Gilchrist Olympio. Sa décision de regagner précipitamment Faure Gnassingbé, plutôt que de perdre pied et contrôle sur son parti, est purement erratique, réactive et orgueilleuse, en plus d’être clairement rejetée par la frange de la population au nom de laquelle il prétendait redéfinir une nouvelle stratégie d’action politique –chose dont il n’a jamais été capable dans toute son aventure en politique, un domaine qui est loin de correspondre à ses réelles capacités... N’est pas politicien qui veut!

Le Togo politique survivra alors, mais autrement, au très couteux pèlerinage terrestre de Gilchrist Olympio en politique; les Togolaises et les Togolais doivent donc agir en conséquence, ramasser tous les pots cassés, remettre de l’ordre dans le décor politique togolais, décloisonner et aérer tout l’espace pour dissiper la fumée de la confusion politique semée. Un nouvel ordre social se doit de naitre au Togo. Et c’est justement la gouvernance actuelle du Togo qui, plus que tout autre, doit ouvrir le jeu politique dans la bonne foi.

L’art de répéter la solution connue… la décrispation
Le parcours sinueux vers des lendemains meilleurs au Togo, un pays vrai, appelle très sérieusement un changement d’approche. En réalité, c’est un véritable changement de paradigme qu’il faut désormais à la classe politique togolaise dans son ensemble, afin d’éviter les récurrentes erreurs du contrefacteur aux yeux rivés sur le seul modèle qu’il connait et qu’il tente de reproduire la tête baissée, oubliant les évolutions ambiantes et les inévitables subtilités. Tant il est désormais vrai au Togo que : tous les partis politiques que l’État peut curieusement dissoudre, démembrer, ignorer et reconfigurer à sa guise n’offrent plus le cadre idéal pour penser un Togo d’avenir au profit des citoyens de plus en plus exigeants qui ne trouvent toujours pas satisfaction et ne débordent pas d’enthousiasme dans l’équipe dirigeante traditionnelle et ses nouveaux alliés. Cela ne veut nullement dire que le salut existerait en dehors des partis politiques non plus. Le mal togolais sort de l’ordinaire et est tenace. Quoi faire alors?

Commencer par le commencement! Faire le service politique minimum pour commencer. Un pas à la fois, et le premier pas est celui de la décrispation, celui de la détente politique, de la relaxation même, pourquoi pas de la décontraction et du répit, du respect, de la diplomatie, la diplomatie des petits pas; juste un coup de téléphone d’abord, une conversation à la fois, une conversation pour voir... Ce pays a soif d’autre chose que de l’orgueil de ses acteurs politiques.

En effet, que Faure Gnassingbé appelle Jean-Pierre Fabre et dans une certaine mesure Agbéyomé Kodjo –son ami dans un passé pas si lointain, a partie liée avec le dégel politique au Togo et la suite des choses.

Le plus sérieusement du monde, il faut convoquer la bonne foi au service du Togo. Il faut oser le Togo différemment : risquer et oser l’éthique politique au service du Togo. Il faut essayer autre chose que ce qui a été mise en œuvre jusqu’à maintenant, ces dernières années surtout, et le faire dorénavant dans la bonne foi et le respect des adversaires et des citoyens du Togo. Introduire l’humanisme dans la démarche.

C’est bien connu : les chefs d’État sont des personnes désespérément seules face aux contradictions du pouvoir que leur donne l’autorité de leur fonction et l’hypocrisie, voire les intérêts inavoués des sollicitations qui sont à la source de leurs décisions. Les chefs de partis politiques ne sont pas à l’abri d’une telle situation. Au service du Togo, il faut se donner les moyens francs d’écouter le Togo, bien loin des complaisances et des fréquentations habituelles. Et la bonne foi suggère fortement que le destin du Togo ne commencera à changer que lorsqu’un signal humainement fort et vrai sera donné : le chef d’État togolais, Faure Gnassingbé, doit prendre la responsabilité d’appeler ses vrais adversaires, inopinément mais franchement et sans réserve mentale, pour mettre en branle un processus vers un vrai dégel politique.

En l’état actuel du paysage politique togolais, c’est véritablement un geste de décrispation politique qui serait fondateur d’un nouvel horizon. En effet, appeler Jean-Pierre Fabre et introduire une nouvelle perspective de solution politique et de délibération reste toujours une nécessité. Par la suite seulement, un groupe de travail ou une commission sous l’autorité d’une personne de grande envergure politique servira de cadre à une écoute formelle des uns et des autres, dans un délai raisonnable, pour ensuite faire rapport public, transparent et indépendant assorti de recommandations. Il est réellement temps d’agir pour débloquer le Togo, réinitialiser le Togo, redémarrer définitivement le Togo.

L’inaction politique coute cher au Togo; la tromperie politique et l’absence de bonne foi aussi. C’est à cela que s’apparente clairement le bilan politique après toutes ces dernières intempéries dont le rapprochement Faure Gnassingbé – Gilchrist Olympio; une véritable diversion qu’aucun Togolais n’a trouvé drôle jusqu’à maintenant ni réparatrice du structurel déficit démocratique et dialogique qui caractérise le pays. La question du Togo, sa problématique, ne saurait être individualisée ou confisquée pour prétendre répondre aux besoins de tous les autres citoyens.

Mieux que quiconque, Faure Gnassingbé sait qu’il est loin du compte politique et n’a pas encore tenu sa promesse de réconciliation vis-à-vis des Togolaises et des Togolais. C’est désormais l’urgence de maintenant qui prévaut, et le Togo se doit de remplir cette obligation historique : forcer le coffre-fort des égoïsmes de tous les acteurs politiques et changer fondamentalement le destin du Togo.

Le vrai Togo attend au bout des pas de chacun, au bout des responsabilités partagées du nouveau camp présidentiel et d’une opposition nouvelle refondée. Après tant de revers communs, tant de déceptions nationales et tant d’indifférences internationales, après tant de gaz lacrymogène, après tant de courses poursuites et d’arrestations, après tant de jets de pierres et de sable, après tant de prières et de marches, après tant de procès et de condamnations, après tant d’accords et de décrets, il faut bien que nous guidions nos propres pas vers un processus collectif d’apprentissage qui rendrait possible le vivre-ensemble démocratique au Togo. Nous le ferons en réinventant notre propre diplomatie, celle de la décrispation avec nos véritables adversaires politiques, ceux et celles que l’on ne choisit pas toujours, et que le seul souci d’un autre Togo recommande fortement. Pourvu que la bonne foi y soit cette fois-ci!


togo_diplomatie_de_la_decrispation.pdf Togo.Diplomatie-de-la-décrispation.pdf  (283.69 Ko)

Rédigé par psa le 01/09/2010 à 08:00 | Permalien

Diplomatie Publique

La critique est facile… L'art est difficile… Bernard est départ... Kouchner est nerveux
Dernier round pour Bernard Kouchner? Annoncé comme victime probable du prochain remaniement, le ministre des Affaires étrangères a assuré ce jeudi «avoir combattu pour la survie» du Quai d'Orsay durant ses trois ans et demi à sa tête, et justifié sa priorité au développement du «soft-power» culturel français dans le monde, lors de la conférence annuelle des ambassadeurs.

Alors que deux de ses prédécesseurs et d'anciens secrétaires généraux ont jugé que les moyens d'action du Quai d'Orsay ont été progressivement rognés, Bernard Kouchner s'est défendu contre «quelques critiques répétées, parfois un peu lourdes». «Je vais vous dire combien j'ai combattu pour la survie de ce ministère. La critique est facile mais l'art est difficile», a-t-il dit. Il a invité à «comparer avec les autres ministères», estimant que le Quai d'Orsay «a été mieux traité».

Selon une tribune parue dans le quotidien Le Monde mercredi et signée de trois anciens secrétaires généraux du Quai d'Orsay, François Scheer, Bertrand Dufourcq et Loïc Hennekine, «l'outil s'amenuise d'année en année jusqu'à parvenir à un point critique». Le budget du ministère représente moins de 0,2% du produit intérieur brut (PIB) et ses 140 centres culturels «fonctionnent grâce à une dotation comparable à celle du seul Opéra de Paris», écrivent-ils. Ils fustigent «l'aveuglement» dans les nouvelles baisses de crédits et d'effectifs imposées.


«Ne croyez pas que vous avez été abandonnés, au contraire»
Début juillet, deux anciens ministres des Affaires étrangères, Alain Juppé et Hubert Védrine, avaient appelé à arrêter «l'affaiblissement sans précédent (des) réseaux diplomatiques et culturels de la France». Bernard Kouchner a répondu à ces critiques en rappelant sa loi adoptée en juillet portant création de «l'Institut français» chargé de mieux coordonner l'action culturelle à l'étranger. «Il faut lui donner les moyens de sa légitimité», a-t-il plaidé.

Cette réforme du «soft-power» français a été en 2010 «peut-être le plus grand chantier et le plus difficile», a-t-il confié, notamment parce qu'«il fallait convaincre les agents de ce ministère». Rappelant que la loi place les opérateurs de l'action extérieure sous l'autorité des ambassadeurs, il a lancé à ceux-ci: «Ne croyez pas que vous avez été abandonnés, au contraire



Soft Power
Soft Power
PS : Le modèle de Soft Power est d’essence britannique, correspondant au flegme de plusieurs de ses citoyens dans l’espace public, des artistes et écrivains en passant par des politiques. En matière diplomatique, le Soft Power a été remis au goût du jour par Joseph Nye en 1990, professeur à Harvard. Naturellement, le Soft Power s’oppose au Hard Power, la diplomatie par la contrainte et la force.

Rédigé par psa le 27/08/2010 à 00:45 | Permalien

Diplomatie Publique

Alors que son ami de président français se débat pour effectuer une rentrée politique en rangs serrés derrière sa seule personne qui n’a pas encore compris avant de diriger la Frrrrrrance qu’un citoyen-est-un-citoyen-point-final, le premier ministre québécois Jean Charest en arrache avec sa Commission Bastarache créée pour noyer le poisson du financement politique et ses effets pervers. Il est vrai que depuis la Commission Gomery sur les commandites dont les effets du Rapport dévastateur ainsi que le ridicule spectacle télévisé des séances de comparution des participants ont balayé l’éphémère PM canadien Paul Martin –créateur de la Commission elle-même, et ainsi permis l’arrivée au pouvoir de Stephen Harper devenu indétrônable quoique minoritaire à Ottawa, tout politique se doit d’y réfléchir avant de répondre aux besoins de « tout-savoir-sur-les-dessous-du-jupon-politique » liés au financement des partis politiques par le bon Peuple trop immature pour tout-découvrir-tout-de-suite. Tout cela fait désordre! Parce que le Jean Charest qui croyait prendre son peuple en se cachant de lui derrière cette commission Bastarache doit pratiquement prendre le micro tous les jours pour démentir les propos de son ancien ministre de la justice qui l’accuse clairement d’avoir fait la part belle aux financiers collecteurs de dollars pour le Parti libéral du Québec, du moins dans la nomination de trois juges. Avait-on besoin de créer une Commission pour trois juges compétents nommés à partir d’une courte liste de juristes (avocats et juges) déjà jugés compétents? Certainement que non! Mais le brave Jean Charest, qui n’a fait que de la politique depuis sa sortie d’université - sa tendre enfance donc, ne possède d’expérience que de la politique; et c’est trop peu pour faire carrière en politique aujourd’hui. Sans aucun doute, le PM du Québec commence sa descente aux enfers politiques… Pour Michel C. Auger, « le mal est déjà fait » pour Jean Charest auquel les Québécois ne croient qu’à 15% contre 50% pour son ancien ministre de la Justice, avocat, devenu déballeur public de mœurs politiques après avoir été libéré de son serment d’ancien ministre. Une mémoire phénoménale en plus... dates et heures en prime. En effet, le mal est déjà fait. En France comme au Québec : Aux Urnes Citoyens! En 2011?


Gilles Rousset
Gilles Rousset
Quoi qu'il arrive lors du reste des audiences de la commission Bastarache, on peut dire que, pour Jean Charest, le mal est, en quelque sorte, déjà fait.

La commission a encore beaucoup de témoins à entendre, mais il est déjà clair qu'elle ne pourra jamais trancher de façon définitive entre les versions de Marc Bellemare et de Jean Charest. Pour la simple raison que tout se résume à deux conversations sans témoins qu'ont eues les deux hommes.

Même si personne ne devait venir corroborer les dires de Me Bellemare — ce qui n'arrivera pas — ou même si sa crédibilité ne survivait pas au contre-interrogatoire — ce qui est possible, mais peu probable au vu de l'aplomb avec lequel il a témoigné cette semaine —, ce sera encore et toujours la parole de l'un contre la parole de l'autre.

Bref, ceux qui croient Jean Charest vont continuer de le faire. Ceux qui croient Marc Bellemare, aussi. Or, dans les derniers sondages, il n'y avait plus que 9 % des francophones qui croient encore le premier ministre...


L'influence des collecteurs de fonds

Pour ceux qui ont écouté les audiences de la commission, l'aspect le plus intéressant du témoignage de Me Bellemare ne touchait pas à la nomination des juges. C'était plutôt la visite guidée de certains des aspects plus troubles de la vie politique, comme l'influence diffuse et occulte, mais bien réelle, des organisateurs électoraux et des collecteurs de fonds.

Ces gens n'ont pas besoin d'être des proches du premier ministre, ils ont juste à pouvoir en donner l'impression. Ils n'ont pas besoin de rencontrer bien souvent le chef en personne, puisqu'ils ont accès au personnel de son cabinet.


L'utilité de la commission Bastarache

Or, la question du financement des partis politiques, et du PLQ en particulier, est au coeur du débat politique depuis maintenant plus d'un an. Une vaste majorité de Québécois veulent une enquête publique sur les liens entre l'industrie de la construction et le financement politique. Ce qu'ils ont entendu à la commission Bastarache ne fera qu'augmenter leur frustration : il y a finalement une enquête, mais ce n'est pas celle qu'ils attendaient.

En fait, on peut déjà se demander quelle sera l'utilité réelle du rapport Bastarache. Même si beaucoup de gens sont cyniques, il reste que le système de nomination des juges fonctionne plutôt bien. Même de l'avis de Me Bellemare, il n'y a que trois nominations litigieuses qui soient visées par le mandat de la commission. Ces nominations ne sont pas mauvaises, elles ne sont juste pas celles que Me Bellemare aurait faites.

On parle de trois juges qui avaient été retenus par le comité de sélection comme étant compétents. Ils avaient, selon l'expression « passé le concours ». Ils ont juste été choisis devant d'autres candidats compétents que favorisait le ministre de la Justice. Difficile de croire que cela mérite une commission d'enquête présidée par un ancien juge de la Cour suprême.

Il n'est pas évident qu'il y ait eu trafic d'influence, et même si on réussissait à le prouver, il reste que ce n'est pas le système de nomination des juges qui serait en cause.

On peut sans doute resserrer certaines choses dans le système actuel. En particulier, on devrait revoir la manière de choisir les représentants du public dans ces comités de sélection. On pourrait aussi demander aux comités de produire des listes plus courtes ou de donner un ordre de priorité à leurs recommandations, ce qui exigerait de justifier de prendre les candidats moins bien cotés.

Mais on n'avait certainement pas besoin d'une commission d'enquête de 6 millions de dollars pour faire cela. Surtout qu'un comité de sages du Barreau ou une commission parlementaire aurait faire le travail tout à fait gratuitement.///////Michel C. Auger



Rédigé par psa le 27/08/2010 à 00:36 | Permalien

Silence

La chienlit ou le malaise est définitivement à droite ; bien à droite des Dati, Boutin, Raffarin, Juppé et autres Villepin. Au point qu’une raffarinade a germé sur le terreau fertile créé par cette dérive sarkoziste sécuritaire : «La pensée politique ne doit pas être la monoculture de la sécurité mais une polyculture dans laquelle toutes les valeurs de l'humanisme sont présentes ». Les récoltes attendues de cette culture seront encore appréciées dans les prochaines semaines de cette rentrée politique. À l’Express, on le constate bien, même si l’on attend le grand ménage du remaniement qui tentera de tout ramener au centre… Juppé et autres aidant.


Une France cultivée du fond au comble sécuritaire
Le discours présidentiel de Grenoble le 30 juillet laissera des traces profondes. Très critiqué à gauche, le tour de vis sécuritaire de Nicolas Sarkozy indispose aussi dans les rangs de l'UMP. Et désormais c'est l'ensemble des anciens Premiers ministres de Jacques Chirac qui s'émeuvent du climat ambiant.

Après Alain Juppé et Dominique de Villepin, c'est Jean-Pierre Raffarin qui est monté au créneau ce mardi pour s'étonner du mutisme de François Fillon. Invitant l'actuel Premier ministre "à prendre la parole", celui qui dit incarner l'aile humaniste de la majorité s'en est pris directement à la surenchère du parti présidentiel: "C'est l'UMP qui aujourd'hui sur ces sujets pose problème". Pour le sénateur de la Vienne, le parti présidentiel est entré dans "i[une dérive droitière qu'il convient de corriger".

"La pensée politique ne doit pas être la monoculture de la sécurité mais une polyculture dans laquelle toutes les valeurs de l'humanisme sont présentes", a lancé Jean-Pierre Raffarin sur RMC.
L'attaque la plus sévère est venue lundi de Villepin. Après avoir laissé tout au long du mois d'août ses lieutenants critiquer la surenchère sécuritaire, le président de République solidaire a franchi encore un cap dans une tribune publiée dans Le Monde datée du 24 août, qualifiant la politique du gouvernement de "tache de honte sur notre drapeau".

Il a réitéré ses charges ce mardi matin sur RTL: "Ma famille politique n'a pas à être tirée vers l'extrême-droite comme elle l'est aujourd'hui". Très dur sur la politique contre les Roms qu'il juge "indigne", il a indiqué qu'à ses yeux "la droite française, ce n'est pas cela!". "François Fillon ou Michèle Alliot-Marie ne peuvent pas être très à l'aise", a-t-il ajouté.

Même la pourtant très sarkozyste Rachida Dati est aussi allée de sa critique. Dans une tribune au Monde du 24 août, elle a dénoncé "l'amalgame entre immigration et délinquance". Le virage à droite, elle le juge "regrettable" et "pas sain". "Cessons donc d'opposer les Français les uns aux autres", ajoute-t-elle, taclant au passage le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux.
Jointe par LEXPRESS.fr lundi 23 août, Christine Boutin s'est fait écho des critiques de l'Eglise."Répondre à l'exaspération des Français par la stigmatisation de populations est inacceptable", a fustigé la présidente du Parti Chrétien-Démocrate, mettant "en suspens" la question de l'association de son mouvement avec l'UMP.
Sur France Inter le 18 août, l'ancien Premier ministre Alain Juppé a jugé que "parfois le gouvernement dérape!". Une critique destinée à Nicolas Sarkozy mais aussi à son ministre de l'Industrie Christian Estrosi, qui proposait de sanctionner "les maires laxistes".

Ces différents rappels à l'ordre seront t-ils entendus par l'exécutif? La rentrée sociale avec l'examen de la réforme des retraites et du budget 2011 devrait permettre de mettre entre parenthèses, au moins progressivement, les questions sécuritaires.
Au Quai Juppé ? Juste avant la trêve estivale, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Alain Juppé, a été reçu par Nicolas Sarkozy. Bien qu'il continue de marquer sa différence -par exemple, sur la sécurité- il est alors tenté d'entrer au gouvernement, à l'occasion du remaniement. Il a demandé à ses proches de lui chercher un chef de cabinet, au cas où sa nomination se confirmerait. C'est le Quai d'Orsay qui est le plus souvent évoqué. Dans la majorité, certains s'interrogent toutefois du sort qui serait réservé au maire de Bordeaux si Michèle Alliot-Marie, qui fut, elle aussi, ministre de Chirac, remplaçait François Fillon à Matignon. "Rappeler l'un et promouvoir l'autre, ce serait trop!" remarque un ministre. Un autre nom circule pour succéder à Bernard Kouchner, dont le sort paraît réglé: celui du secrétaire général de l'Élysée, Claude Guéant, habitué aux missions à l'étranger depuis 2007./////Eric Mandonnet/Guillaume Stoll


Rédigé par psa le 25/08/2010 à 00:55 | Permalien

Mot à Maux

Mot à Maux

Vincent Van Gogh (1853-1890)
Vincent Van Gogh (1853-1890)
Vincent Van Gogh (1853-1890), souvent dans la dèche, a peint plusieurs tableaux "fleuris". C'est celui-ci qui semble avoir disparu de manière rocambolesque au Caire. Perdu, déclaré retrouvé puis non retrouvé par les autorités du Caire, le Coquelicots est véritablement aux larges comme en 1977. Pour combien de temps cette fois-ci?

Rédigé par psa le 22/08/2010 à 18:22 | Permalien

Mot à Maux

Diplomatie Publique

Il est difficile de ne pas donner écho à cette lettre de notre compatriote et ami Komdedzi Kofi Folikpo détenu illégalement à la maison d’arrêt de Lomé. Les conditions de détention de Kofi et de ses milliers de compagnons d’infortune sont inhumaines et suffisamment révoltantes pour être gardées. La publication large de son message, une Lettre ouverte, est surtout un geste de soutien envers notre infortuné compatriote. Il est temps de Libérer Komdedzi Kofi Folikpo. Celui-ci crie son désarroi dans cet appel à tous.


Conditions de détention de Folikpo à Lomé… Épouvantables!
Conditions de détention de Folikpo à Lomé… Épouvantables!
Lettre ouverte de K.K. Folikpo au HCDH depuis la prison civile de Lomé

Lomé, le 19 Aout 2010


Monsieur le Directeur,

Je viens respectueusement en ma qualité de prévenu de la maison d’arrêt de Lomé protester de vive voix auprès de votre noble Institution contre les conditions de détention déshumanisantes et épouvantables que je vis au quotidien depuis quelques jours ensemble avec plus de 1.700 codétenus.

En effet, j’ai été arrêté le 11 aout 2010 en plein jour dans la rue et déféré à la maison d’arrêt de Lomé le vendredi 13 aout 2010 de manière rocambolesque sous le motif d’accusation mensonger et fallacieux « d’outrage envers des agents » et attends avec Patience le jour de mon jugement.

Je partage une cellule de 45m2 environ avec plus de 63 détenus de toutes catégories (condamnés, prévenus, dossiers en Instruction) et issus de toutes les couches sociales et de toutes les origines ethniques. Cette cellule appartient à un vieux complexe immobilier datant de l’époque coloniale allemande et française, puis complété par un immeuble récent de taille modeste. Elle sert à la fois de dortoir, de salle à manger, et de salle de séjour.

Elle n’est équipée ni d’installations sanitaires propres et décentes, ni lit ou de couchette sur laquelle dormir, et encore moins de placards pour nos effets vestimentaires et personnels.

Deux grands contenants en plastique sont placés chaque nuit au milieu de la cellule pour collecter l’urine et les matières fécales nocturnes à la main pour tous les détenus de la cellule. Ceux-ci doivent évacuer chaque matin ces matières fécales et l’urines dans les latrines collectives extérieures selon un plan de corvée qu’ils doivent établir eux-mêmes.

La collecte nocturne de l’urine et des matières fécales se fait à tour de rôle par 9 codétenus qui doivent se tenir debout en rang toute la nuit sur l’aile gauche, sur l’aile droite et au fond de la cellule (échappement dans le jargon carcéral en raison de sa chaleur torride) de 17heures 30 à 6heures au lendemain matin.

L’entretien quotidien de la cellule est assuré par les détenus eux-mêmes à travers un simple coup de balai suivi d’un nettoyage rudimentaire du sol avec de l’eau mélangée avec du détergent en poudre (Soklin, omo, etc...) et de la javel.

Puisque notre cellule à l’instar de toutes les autres cellules de la maison d’arrêt de Lomé n’est pas dotée de lit ou de couchette, des nattes sont déroulées chaque soir peu avant 17 heures et chaque détenu s’y couche pour toute la nuit (17 heures 30 à 6heures au lendemain matin). Soit sur flanc gauche ou soit sur son flanc droit selon le schéma en annexe (Prière de se référer au schéma en annexe). Tous les détenus se lèvent naturellement chaque matin avec des courbatures et des torticolis.

Et puisque notre cellule à l’instar de toutes les autres cellules n’est pas dotée de placard pour nos effets vestimentaires et personnels, ces effets sont entassés dans des sacs en toiles et en plastique qui sont ensuite accrochés au dessus de nos têtes à des clous enfoncés de manière rudimentaires dans les murs. Le risque naturellement évident lié à cet état de choses est la rupture, brusque et inattendue de ces sacs pesant généralement 3kg à 15 kg pour s’écraser sur nos têtes pendant le sommeil !

Notre cellule n’est équipée non plus d’aucun système de communication (sonnette d’alarme, interphone, etc.) relié avec le/les postes de surveillances de la prison et un détenu qui a le malheur funeste de piquer une crise de santé en pleine nuit a toutes les chances de mourir fatalement dans la cellule aux cotés des autres détenus totalement désarçonnés !

Toute l’institution carcérale ne dispose par ailleurs d’aucun système de haut-parleurs extérieurs pour faire passer des annonces ou pour inviter les détenus à rencontrer au portail principal celles et ceux qui leur rendent visite.

Les détenus ont donc mis courent régulièrement entre le portail principal et les différents endroits de la maison d’arrêt afin de permettre aux détenus de rencontrer leurs visiteurs. Ce service interne coute 300F CFA à 500F CFA (selon les humeurs des crieurs et des portiers) pour chaque détenu, présente le grand risque de collision violente et mortelle entre les coursiers ambulants et les autres détenus entassés dans l’espace exigu de la cour de la prison.

Il importe par ailleurs de revenir sur l’état des lieux internes des cellules pour souligner que notre cellule ne dispose d’aucun système pour faire évacuer convenablement les gaz respiratoires rejetés toute la nuit par tous les détenus enfermés dans la cellule. Les 9 codétenus qui se tiennent debout de 17 heures 30 à 6 heures au lendemain matin pour collecter l’urine et les matières fécales sont donc tenus de ventiler à la main toute la cellule au moyen de larges éventails fabriqués de manière artisanale par les détenus eux-mêmes avec de vieux cartons et des sacs de riz.

Le « régime » alimentaire quotidien proposé par l’Administration pénitentiaire repose sur un seul « repas » par jour. Ce « repas » consiste habituellement en 3 boules de « Gbokaya/ bokaya » qui est une sorte de pâte dégelasse de maïs grossièrement moulu et accompagnée d’une sorte de bouillon insipide sans viande ni poisson et habituellement appelé « sauce claire ». Deux autres « repas » quotidiens proposés parfois par l’Administration pénitentiaire consiste en deux poignées de farine de manioc (communément appelée « Gari ») ou de deux poignées de haricot sec préparé sans huile ni condiment.

Libérez Kofi Folikpo!
Cette situation insupportable oblige la quasi-totalité des détenus à veiller eux-mêmes à leur régime alimentaire équilibré et sain en demandant à leurs proches parents vivant à Lomé et dans ses environs de leur amener à manger chaque jour leur repas équilibré, ou à préparer eux-mêmes à ciel ouvert leur repas équilibré et propre dans la cour très exiguë de la maison d’arrêt.

Les conditions d’hygiène sont des plus épouvantables que je n’ai personnellement jamais vues dans d’autres pays du monde que j’ai déjà eu l’occasion de visiter. Pour une Institution carcérale initialement conçue pour 600 détenus au maximum mais abritant actuellement plus de 1.700 détenus, il existe en tout environ une trentaine de latrines publiques et 4 salles de douche publique d’environ 20 mètres carrés pour chacune.

Cette situation a pour conséquences immédiates une insalubrité dégoutante et généralisée ainsi qu’une violation insupportable de l’Intimité sexuelle des détenus !

Le liste des conditions épouvantables de Détention à la Maison d’Arrêt de Lomé (et sans doute dans les autres maisons d’Arrêt du Togo) est très longue et ne peut pas être étalée in extenso dans la présente Lettre Ouverte.

Mais il serait très salutaire pour tous les 1.720 détenus environ actuellement embastillés dans la Maison d’Arrêt de Lomé et pour une image honorable du Togo sur le plan international que des solutions idoines, rapides et humaines soient apportées dans les jours et semaines à venir aux différents problèmes cruciaux évoqués plus haut dans la présente Lettre Ouverte.

Je compte très fermement sur votre Diligence à entreprendre assez rapidement toute Action pragmatique susceptible d’apporter les Solutions souhaitées, et compte également sur votre Autorité morale à transmettre la présente Lettre Ouverte à Qui de Droit.

Je tiens à exprimer du fond du cœur toute ma gratitude à vous-même et à tous les Fonctionnaires du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme tant au Togo qu’à Genève (SUISSE) pour toute l’Assistance précieuse que vous m’avez apportée depuis mon Arrestation rocambolesque le 11 août 2010 à Lomé.

Je saisis par ailleurs cette occasion particulière pour exprimer à toutes les concitoyennes et à tous les concitoyens tant de Nationalité suisse que de nationalité togolaise ma sincère Gratitude et Reconnaissance pour tout le soutien matériel et moral qu’ils n’ont cessé de m’apporter de diverses manières depuis le 11 Août 2010.

Je vous prie humblement de trouver ici, Honorable Monsieur le Directeur, l’expression de mes cordiales salutations et mes sentiments de Respects.

K. Kofi FOLIKPO (M.A., Dipl. Inform. UNI)
Prison civile de Lomé
Adresse privée en Suisse
Badstrasse 15
5400 Baden (Suisse)
Adresse privée au Togo :
Rue des Jones
Lomé-Togo
Tel : 906 59 28
E-mail : kofi.folikpo@weto-communication.com

Ampliation :
1-Siège du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, Genève (SUISSE)
2-Département Afrique de l’Ouest du Comité International de la Croix Rouge (CICR), Genève (Suisse)
3-Organisation Internationale de lutte contre les Crimes contre l’Humanité TRIAL (« Track Impunity Always »), Genève (Suisse)
4-Amnesty International, Section Suisse, Berne (Suisse)
5-Presse Privée Togolaise et Internationale
6-Collectif des Associations en Lutte Contre l’Impunité (CACIT), Lomé (Togo).
7-Commission Nationale des droits de l’Homme (CNDH), Lomé (Togo)
8-Ligue Togolaise des Droits de l’homme (LTDH), Lomé (TOGO)
9-Ministère Togolais des Droits de l’Homme, Lomé (Togo)

Rédigé par psa le 22/08/2010 à 03:33 | Permalien

Diplomatie Publique

La nouvelle rengaine gouvernementale, en France, a pris une tournure sordide. Nicolas Sarkozy veut démonter les campements illégaux de gens du voyage, mais aussi de Roms, qu’un glissement de discours malsain a transformés au fil des déclarations en principaux fauteurs de troubles de l’Hexagone.


Yvo Jacquier, Femme chat
Yvo Jacquier, Femme chat
Chaque jour de cette semaine, le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, a rabâché des objectifs chiffrés: 300 squats seront démantelés et 850 Roms seront renvoyés au pays avant la fin du mois. Rien de neuf sur le fond – 10 000 ont été expulsés en 2010.

L’innovation tient à la forme: l’hypermédiatisation de ces reconduites, dont l’expérience a prouvé qu’elles étaient vaines. Un Rom expulsé tente systématiquement de revenir; un squat démantelé ne fait que se déplacer un peu plus loin. La ruse sécuritaire a déjà fait ses preuves par le passé. Mais cette fois, les ficelles sont vraiment grosses.

Résumons. En juin, le pouvoir de Nicolas Sarkozy est assailli par la presse dont les révélations nourrissent la chronique nauséabonde des «affaires». Où l’on apprend notamment que le ministre du Travail, Éric Woerth, responsable de la périlleuse réforme des retraites, entretient avec le monde de l’argent des relations, peut-être pas illégales, mais du moins sujettes à caution.
Mi-juillet, le président, tétanisé par la virulence des médias, tient enfin sa diversion. Des heurts ont éclaté dans un quartier de Grenoble et, en Loir-et-Cher, des gens du voyage ont saccagé le bourg de Saint-Aignan. Nicolas Sarkozy, qui se faisait fort de «nettoyer au Kärcher» les cités chaudes, reprend ainsi la main sur l’agenda avec le retour fracassant du discours sécuritaire.
Fera-t-il oublier aux Français la crise, les retraites, les scandales? Le président en a fait le pari, avec en ligne de mire le scrutin de 2012. Il est loin de l’avoir gagné. Vendredi, une enquête de France Inter, questionnant les affinités d’un conseiller d’Éric Woerth avec les entreprises, a montré, une fois encore, que les médias n’entendaient pas baisser la garde sur les «affaires».////// Angélique Mounier-Kuhn



Rédigé par psa le 21/08/2010 à 00:00 | Permalien

Silence

Mot à Maux

Vincent van Gogh, Un crabe sur le dos
Vincent van Gogh, Un crabe sur le dos
La pratique scandalise: chaque année en Chine, des centaines – peut-être des milliers – d’organes provenant de condamnés à mort alimentent un lucratif trafic de transplantations. La Chine doit respect aux règles internationales et cesser d’être à contre courant.

Celui-ci n’est pas le fait d’un État qui l’organiserait de façon centralisée, mais résulte d’arrangements locaux entre l’armée, des responsables du Parti et des cliniques. Si les récits sur ce commerce de la mort sont rares – le témoignage de l’ex-policier chinois qui cherche asile en Suisse révélé par Le Temps est à ce titre exceptionnel –, Pékin en reconnaît pourtant partiellement la réalité et affirme vouloir y mettre un terme. Sa législation – qui a évolué en 2007 – n’est toutefois pas suffisante pour exclure l’exploitation de condamnés à mort (et même de prisonniers d’opinion, selon le Falungong), qui nourrissent un réservoir d’organes à des fins de transplantations chèrement tarifées.

Les groupes pharmaceutiques qui produisent les médicaments contre le rejet d’organes transplantés ne peuvent ignorer cette situation. Sur le marché chinois, les pionniers et les mieux implantés dans ce secteur sont Novartis et Roche. En appelant les deux groupes bâlois à se doter d’un code de conduite pour «éviter de se rendre complices d’abus» de droits humains puis à faire pression sur les autres acteurs de la branche, Amnesty International Suisse espère mettre les autorités chinoises sous pression.

De tels codes de conduite existent déjà pour l’industrie d’extraction (hydrocarbures, minerais) ou encore les technologies de l’information. Ils ne sont pas une fin en soi. Mais ils permettent aux entreprises de ne pas avancer en ordre dispersé face à des États trop puissants pour faire prévaloir les valeurs éthiques qu’elles affichent chez elles. En souscrivant à cet appel, Novartis donne les gages d’une entreprise responsable. Le silence de Roche est pour l’heure incompréhensible. Les différences de mentalité ou de culture des Chinois à l’égard de la mort n’excusent rien. Le dégoût devant un tel trafic est bien universel. Mentalité ou culture ne justifie rien.////////Frédéric Koller

Rédigé par psa le 16/08/2010 à 00:16 | Permalien

Mot à Maux

Il y a véritablement problème lorsqu’un chef d’État de l’une des puissances mondiales n’a pas de valeur suffisamment haute pour traiter de manière égalitaire tous ses citoyens. C’est une tentative de recul qui certes ne passerait pas de si tôt comme loi en France. Mais la seule énonciation de cette possibilité traduite d’ailleurs dans les faits par un arsenal de mesures musclées du bout-au-feu, soulève autant notre étonnement que notre indignation. Encore une fois, Nicolas Sarkozy n’arrive pas à incarner la France et le monde. Il n’en demeure pas moins l’élu des Français à la tête de leur pays ; un élu qui sème le doute sur ses capacités d’assumer la France qu’il ne rassure nullement ses compatriotes et le monde entier sur les valeurs fondamentales qui le gouvernent personnellement. Pratiquement au même moment que l’instance des Nations unies qui vient de blâmer la France, le gouvernement français donc et ses plus hautes autorités sur cette dérive fondamentalement xénophobe, mon professeur Alain Juppé prend une position différente de celle de Nicolas Sarkozy ; cela ne m’étonne de lui. J’ai toujours soutenu que le Québec a mieux restitué celui qui était déjà une des plus grandes intelligences françaises contemporaines… Il prend soin de rappeler Montesquieu pour ne pas tomber dans l’obséquieux débat en cours depuis le discours de Grenoble : “Quand il n’est pas nécessaire de faire une loi, il est nécessaire de ne pas en faire.”


La démesure sécuritaire sarkozyste recadrée par Juppé
La majorité, nous dit-on, doit en revenir à ses “fondamentaux”. Soit. Et parmi, ces “fondamentaux”, figure en première ligne la sécurité.
En tant que simple citoyen, mais aussi en tant que maire, j’attache à la sécurité de mes proches et à celle de ma ville une grande importance et même une claire priorité. La sécurité est bien la première des libertés, ou, en tout cas, une liberté fondamentale.
Personne ne discute qu’en la matière, la responsabilité incombe d’abord à l’État. Mission régalienne, s’il en est.
Comment l’assume-t-il aujourd’hui dans notre pays? Le débat est animé, en cette période estivale. Plusieurs cas de violence récents, où la loi républicaine a été bafouée de manière inacceptable, expliquent ce retour en force de la question dans l’actualité politique.
Comme je m’efforce de le faire le plus souvent possible, je voudrais m’exprimer sur le sujet avec mesure.

D’abord un constat qui, je le sais, ne convaincra personne: notre pays n’est pas à feu et à sang; quand on considère ce qui se passe à l’étranger, dans des États économiquement et socialement comparables au nôtre, on voit que nous ne faisons pas plus mal que les autres. Il y a des quartiers difficiles partout ailleurs en Europe et en Amérique du Nord.

Deuxième constat, et ici je m’appuie sur mon expérience de maire de Bordeaux: des progrès indéniables ont été accomplis depuis quelques années. On m’objectera qu’on fait dire aux statistiques tout et son contraire. Mais lorsque la méthode de calcul est la même au fil du temps, l’évolution des chiffres a une signification incontestable. Or, les chiffres de la criminalité et de la délinquance, notamment ceux de la délinquance de voie publique, ont connu une baisse régulière. Et, fait plus significatif encore, le taux d’élucidation des affaires est lui en hausse, ce qui veut dire que, sous l’impulsion des responsables politiques, les services de police et la justice sont plus efficaces. Un signe ne trompe pas: il y a dix ans, une part importante des débats dans les conseils de quartier de Bordeaux, tournait autour de la sécurité ou plutôt de l’insécurité; depuis 4 à 5 ans, la question est rarement soulevée, de manière spontanée, par les participants. Le sentiment populaire rejoint l’enseignement des statistiques officielles.

Est-ce à dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes? Ce serait un déni de réalité que de le prétendre. Il y a bien, en France, des zones de non-droit où les lois sont bafouées et où la police hésite à pénétrer. Et globalement, même si les crimes et délits sont moins nombreux, c’est toujours trop. L’équilibre, même dans les secteurs réputés paisibles, est fragile.

Alors, que faire?

Durcir la loi? Ce peut être nécessaire. À condition que la loi nouvelle ne soit pas de pure circonstance et surtout qu’elle soit applicable et appliquée dans la durée. Je ne suis pas sûr que ce soit toujours le cas. Souvent les textes en vigueur suffiraient, s’ils étaient vraiment appliqués.
S’agissant par exemple de l’extension des motifs de déchéance de la nationalité française, je note avec intérêt l’interrogation de Gérard Larcher, président du Sénat, dans Le Figaro d’aujourd’hui:
“Applique-t-on réellement le droit déjà en vigueur? L’article 25 du Code civil ne fournit-il pas déjà la réponse à la plupart des questions posées? C’est ce que nous devrons vérifier. ”

Je rappellerais volontiers, dans la foulée, cette belle maxime de Montesquieu: “Quand il n’est pas nécessaire de faire une loi, il est nécessaire de ne pas en faire.”

La priorité sécuritaire ne doit pas non plus conduire à des exagérations, peu compatibles avec nos valeurs fondamentales. L’argument selon lequel une mesure recueille la faveur des “sondés” est à manier avec modération. Il est probable que, si au lendemain d’un crime odieux, on demandait, par sondage, aux Français leur opinion sur le rétablissement de la peine de mort, leur réponse serait sans ambiguïté. Faudrait-il pour autant suivre la tendance majoritaire? Ou croyons-nous toujours qu’il existe des principes eux aussi “fondamentaux”?

De là à soutenir que les libertés publiques sont en danger en France, il y a évidemment de la démesure. Malgré toute l’estime et même l’amitié que j’ai pour lui, je trouve que Michel Rocard, lorsqu’il évoque Vichy et le nazisme, perd le sens commun.

Il est même possible d’affirmer, au contraire, que plusieurs réformes récentes ont renforcé nos libertés de citoyen français. Je pense notamment à l’ouverture, voulue par Nicolas Sarkozy, des possibilités de saisine du Conseil constitutionnel. Désormais, un simple citoyen, à l’occasion d’un litige particulier, et sous certaines conditions, peut demander à notre cour suprême de se prononcer sur la constitutionnalité d’une loi qui ne lui a pas été déférée au moment de son vote. La procédure dite QPC (question préalable de constitutionnalité) a déjà eu des effets remarquables, notamment l’injonction faite au gouvernement de modifier les règles et les pratiques de la garde à vue dans notre pays.

Pour en revenir à la sécurité des personnes et des biens, le plus important, si j’en juge toujours d’après mon expérience de maire, c’est que la politique soit globale. Elle doit associer tous les acteurs concernés: la police, la justice, mais aussi les élus locaux, et le réseau associatif dont le rôle est primordial en matière de prévention, de formation, de ré-insertion…

Dans cet esprit, la loi donne au maire un rôle de chef d’orchestre fondé sur sa proximité avec les citoyens. C’est le maire qui préside le “conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance” (CLSPD) où se retrouvent tous les partenaires que j’ai cités. On y fait du bon travail, du moins si je me réfère au cas de Bordeaux.

La police, dans son rôle principalement dissuasif et répressif, a bien sûr une responsabilité tout à fait essentielle. Comment lui permettre de travailler le mieux possible? Je ne suis pas un spécialiste de l’organisation policière et je me garderai donc bien de présenter “mon plan”. Je constate simplement deux choses: d’abord l’importance de la chaîne de commandement, de Paris au terrain, et notamment de l’engagement des préfets et des directeurs départementaux de la sécurité publique. Disons le crûment: il y a des fonctionnaires plus efficaces que d’autres. J’ai la chance à Bordeaux d’avoir des bons.

Ensuite le maillage territorial. Qu’on appelle cela police de proximité ou autrement pour éviter toute polémique, qu’on tire les leçons des expériences passées, plus ou moins réussies, j’en suis d’accord. Mais qu’on soit réaliste: la présence de policiers bien formés et bien encadrés sur le terrain, selon des formules diversifiées en fonction des situations elles mêmes diverses (il est vrai que la circonscription de police de Bordeaux n’est pas le 9-3) est un moyen d’action incontournable. Quand le gouvernement a annoncé la mise en place des UTEQ, ces unités territoriales de quartier qui doivent justement assurer une présence policière quotidienne dans les zones sensibles, tous les maires ont applaudi des deux mains, moi le premier. Je souhaite que le déploiement annoncé de ces unités se concrétise au plus vite. C’est ce que nous demande la population. C’est ce que la pratique recommande.

En retour, il appartient à nos municipalités de mettre à la disposition de la police nationale (et de leurs propres polices municipales) les moyens adéquats. En particulier des caméras de vidéo- surveillance ou de vidéo-protection (de grâce, faisons l’économie des querelles de vocabulaire: il s’agit bien de surveiller pour protéger!), dont l’efficacité est reconnue. J’ai vu moi-même comment le système permet de déclencher en temps réel l’intervention d’une brigade anti-criminalité, quelques instants après que le PC municipal a détecté, sur ses écrans, un individu se préparant à utiliser son arme contre un passant. Pourquoi les dirigeants socialistes (pas tous les élus locaux socialistes heureusement!) continuent-ils à mener une guerre idéologique désuète contre un dispositif technique dont la mise en œuvre est strictement encadrée par la loi?

Moins d’idéologie, plus de pragmatisme, des moyens suffisants, une volonté politique nationale et locale forte, la mise en réseau des tous les partenaires concernés, y compris les associations engagées dans la prévention… il n’y a certes pas de recette miracle, dans une société souvent portée à la violence, mais il y a des voies de progrès possibles.


Rédigé par psa le 14/08/2010 à 05:05 | Permalien

Mot à Maux

Il y a exactement un mois, le 12 juillet 2010, que Pius Njawe nous quittait… Et la nouvelle nous arrivait d’ailleurs le 13 juillet, 13 comme un vendredi 13 accablant. Pour le vaste cercle de nous tous qui avons eu l’honneur de la connaitre, Pius était vraiment unique, intrépide et Grand. À l’ami, ancien collègue, j’ai de temps à autre une pensée bizarre : n’avoir pas assez profité de cet homme pour le temps qu’il nous avait été donné. Au fond j’ai le même sentiment de l’autre également, le grand frère Jean-Marc Éla dont la photo trône pas loin de ma table de travail… Nous n’avons pas assez profité de Jean-Marc aussi. Curieuse impression, lorsque l’on parle des personnalités qui appartiennent à un univers aussi grand que le monde. C’est d’ailleurs ce que constate Célestin Monga dans son hommage à Pius Njawe. Un texte synthèse et baladeur qui ramène plusieurs perspectives de son long voyage sur la densité de la vie de Pius Njawe. Je vous le propose, presque en intégralité… Comme tous ces intrépides, je crois bien que Célestin Monga savait bien à qui il rendait un si grand hommage. Pius Njawe a refusé une sous-vie et ne disait pas le sempiternel "On-va-faire-comment-alors" camerounais ou africain. Un mois déjà!


Paule-Monique Allard, Faire volte Face
Paule-Monique Allard, Faire volte Face
Je suis arrivé au Cameroun il y a quelques jours avec dans mon bagage à main un petit colis, pourtant le plus lourd et le plus encombrant que j’aie jamais eu à transporter de ma vie. C’était une boîte noire et rectangulaire à peine plus grande qu’une boîte de cigarettes. On me l’avait confiée à Washington. Je ne pouvais pas refuser de la prendre, et pourtant mon premier réflexe était de me tenir bien loin d’elle. L’ayant acceptée contre mon propre instinct, j’ai immédiatement mesuré son caractère à la fois faussement ordinaire et sacré. Elle semblait banale mais elle me brûlait les mains.

Pendant les quelques jours où j’ai eu à conserver cette petite boîte à mon domicile, je n’ai d’ailleurs pas su à quel endroit de la maison il fallait la conserver : au chevet de mon lit ? Non, je n’aurais pas pu survivre aux cauchemars qu’elle m’infligeait. Sur la table de la cuisine ? Non, car un enfant aurait pu la prendre et la jeter par inadvertance. Fallait-il la garder précieusement à côté de mon passeport ou au contraire la tenir loin de ma vue ? Je savais une seule chose avec certitude : pas question que j’oublie de la prendre avec moi au moment d’aller à l’aéroport.

Cette boîte qui m’a torturé pendant plusieurs jours de Washington à Douala via Paris, c’était la clé du cercueil de Pius Njawe. Sa famille m’avait infligé la responsabilité étouffante et l’honneur douloureux de ramener au pays le sésame d’acier par lequel la nation allait accéder, une dernière fois, à cet homme qui aura marqué de manière indélébile la conscience collective. La charge a lourdement pesé sur mes épaules.

L’incongruité de la situation dans laquelle je me suis trouvé était manifeste à chaque étape de mon voyage à travers les continents. Cette clé était minuscule mais particulièrement incommodante. Elle était trop importante pour que je la mette dans ma valise enregistrée et envoyée à la soute de l’avion. Car si mon bagage se perdait au cours du trajet comme cela arrive presque systématiquement sur les vols africains, nous aurions tous eu l’air pas très intelligents ici, avec entre les bras un cercueil sans les moyens de l’ouvrir. Il aurait alors fallu fracasser le cercueil pour libérer le corps de Pius et lui faire violence une fois de plus, par-delà sa mort. Ayant visualisé mentalement cette hypothèse, je l’avais immédiatement écartée. Il ne me restait alors qu’à prendre la clé dans mon bagage à main, entre mes documents les plus précieux.

Mais là aussi, les choses se sont révélées bien compliquées : à chacun des aéroports par lesquels je transitais, les officiers de sécurité aérienne qui analysaient le contenu de mon bagage à main sursautaient d’y trouver cette clé en acier qui ressemblait étrangement, à leurs yeux, à une arme blanche. Il fallait alors leur expliquer que je n’étais pas un terroriste irakien ou afghan, et qu’il s’agissait simplement d’une clé précieuse que je devais garder constamment par devers moi, même si l’idée ne me plaisait pas forcément. Ces négociations permanentes et souvent ardues et macabres, avec des agents de sécurité et des douaniers formés et payés pour être soupçonneux, m’ont plongé dans un état de fébrilité et de colère silencieuse. A force de manipuler la clé, de lire et relire les documents mortuaires à chacune des escales de mon voyage, j’ai dû, même malgré moi, contempler l’absurdité de l’existence, la fragilité des ambitions humaines, et la permanence du destin. J’ai dû aussi, évidemment, retourner en boucle dans ma tête les circonstances de cette mort, et tenter sinon de comprendre, du moins d’en mesurer la violence, l’injustice, et la tragique banalité. J’ai dû essayer de faire sens, si tant est que cela soit possible -de l’implacable mécanique qui a conduit au désastre.

Pius Njawe est décédé dans un accident de la circulation survenu le lundi 12 juillet à 14 heures 55 minutes sur l’autoroute 664 qui relie les villes de Newsport News et Chesapeake, en Virginie. Avec son chauffeur Eric Wande, il se rendait à Chesapeake, chez son ami et frère Lucas Kameni qui élève Justice, sa fille de dix ans. C’était un après-midi ensoleillé d’été avec un ciel bleu, une visibilité parfaite et une circulation légère. Le trajet Washington-Chesapeake qu’Eric connaît bien dure en moyenne 3 heures et ils se trouvaient à 9 minutes seulement de leur destination.

La voiture dans laquelle les deux hommes roulaient était une Lexus et l’autoroute une des plus belles situées non loin de Washington, la capitale du pays le plus industrialisé du monde. Quelques secondes seulement après l’accident, un autre usager de la route qui passait par là avait contacté la police locale en appelant le numéro de secours 9-1-1. Moins de 8 minutes après ce coup de fil, des pompiers et policiers très bien équipés étaient sur les lieux et avaient bouclé l’autoroute dans les deux sens pour secourir les victimes et procéder à une première enquête préliminaire. Travaillant sous les ordres du sergent R. W. Walker de la police de l’Etat de Virginie, ils avaient constaté le décès instantané de Pius qui, bien qu’ayant sa ceinture de sécurité, avait étendu son siège passager à l’arrière pour s’assoupir pendant la dernière demi-heure du voyage. Il est donc fort possible qu’il soit passé de vie à trépas sans voir venir la mort.

Le chauffeur du camion qui a percuté de plein fouet son véhicule et l’a traîné sur plusieurs centaines de yards, aux dire de la police américaine, est un certain John Moore (64 ans) qui travaille depuis des années pour la société de transport Canaday Trucking, une entreprise de transport de taille moyenne basée depuis de nombreuses années à Providence, Virginie.

La journaliste Kirstin Davis du quotidien The Virginian-Pilot a écrit que la police croyait que le véhicule qui conduisait Pius Njawe s’était peut-être arrêté en plein milieu de l’autoroute, ce qui expliquerait que le chauffeur du camion semi-remorque, qui venait à toute allure derrière eux, n’ait pas eu le temps d’arrêter son meurtrier véhicule. Eric Wande, le chauffeur de Pius, explique pour sa part qu’il roulait simplement plutôt lentement, à vitesse raisonnable, car il devait se préparer à quitter l’autoroute pour emprunter la sortie vers Chesapeake.

L’enquête et la reconstitution de l’accident, y compris avec l’exploitation d’images de caméras et des images satellitaires, détermineront qui avait tort dans cette maudite affaire. Pour l’instant, les deux chauffeurs s’accordent sur l’idée qu’il s’agissait d’un terrible, malheureux et banal accident. Les autorités policières de l’Etat de Virginie en ont été si convaincues qu’elles n’ont jamais ni sollicité l’intervention de la police fédérale américaine (le FBI), ni demandé une autopsie—chose qui se fait obligatoirement dès qu’il existe un soupçon de doute chez les enquêteurs sur les circonstances de la mort d’une personne sur le territoire américain. D’ailleurs moins de 3 heures après l’accident, elles avaient remis le corps de Pius Njawe à la morgue de l’hôpital de Norfolk, et à la disposition de sa famille. Celle-ci n’a pas non plus demandé d’autopsie.

Si telle est la vérité—Njawe était un des journalistes les plus appréciés par ses confrères du monde entier et les fins limiers de la presse d’investigation aux Etats-Unis et ailleurs ont dû mener leur travail d’investigation pour élucider les circonstances de cette mort et valider les résultats préliminaires de la police—ce tragique accident illustre surtout le prix à payer pour être un homme d’action, et l’ampleur du sacrifice qu’il faut parfois consentir pour se défaire d’une existence banale, d’une sous-vie.


Je n’insisterai pas sur les détails de sa biographie et sur les divers éléments de son itinéraire, disponibles dans tous les journaux du monde entier qui lui ont consacré des oraisons funèbres. Je me contenterai de commenter quelques éléments de cette vie exceptionnelle qui fut la sienne, et d’en tirer des significations.

Pius Njawe est né ici même à Babouantou, au sein d’une humble mais grande famille appartenant à une civilisation de vieille souche. Il était d’ailleurs un vénérable notable du village et un digne représentant de cette riche culture dont il arborait avec joie les attributs, parfois les plus spectaculaires. Je l’ai vu par exemple se promener en hiver à Washington, vêtu de grands boubous africains fort encombrants et trop légers pour le climat, parfois coiffé de chéchias colorées, et m’intimant l’ordre de m’habiller de la même manière pour l’accompagner à je ne sais quelle manifestation culturelle des ressortissants de son village.

Malgré la fierté que les membres de cette famille peuvent légitimement éprouver devant son parcours et son œuvre, Pius Njawe était aussi et surtout un Camerounais au sens le plus noble du terme, un Africain, et un citoyen du monde. Babouantou l’a peut-être vu naître mais l’homme a grandi ailleurs, et il appartenait au monde entier. La puissance de son réseau international d’amitiés et l’impact qu’il aura eu sur notre conscience collective en témoignent, de même que l’énorme vague d’émotion suscitée à travers la planète par la nouvelle de sa mort. Il y a quelques jours à Washington, son confrère Éric Chinje observait fort justement qu’aucun chef d’État africain n’avait bénéficié d’une telle couverture médiatique internationale, ni de son vivant, ni à sa mort.

Pius Njawe a été un autodidacte. Très tôt, il s’est mis à lire des livres et des journaux, et décidé dès l’âge de dix-sept ans de ce qu’il voulait faire du reste de sa vie—beaucoup d’entre nous, à vingt, trente ou même quarante ans, ne savent toujours pas ce qu’ils souhaitent devenir. A dix-neuf ans, Pius Njawe était journaliste à La Gazette du Béninois Abodel Karimou. Y ayant appris les rudiments du métier, sans argent ni soutien quelconque, armé de sa seule volonté et de sa passion pour l’écriture et le besoin de vérité, il a créé lui-même son journal. Le Messager est né à Bafoussam en 1979.

Pius Njawe a prouvé que le destin n’existe pas. A priori, il semblait mal parti dans la vie, n’ayant ni une collection de diplômes universitaires, ni une fortune, ni le pouvoir de faire peur ou de brutaliser son voisin, ni même un réseau de complicités mystiques. Erreur : l’ambition et la foi seules lui ont suffi à changer le cours de l’Histoire. Car c’est bien ce que Le Messager, vénérable institution sociale et politique, est parvenu à réaliser pendant les trente-deux ans dont Pius Njawe a assuré la direction. Comme quoi ce qui compte dans la vie, ce ne sont pas les conditions dans lesquelles l’on commence son existence. C’est la manière dont on la mène et le bilan que l’on affiche au moment où elle est achevée.

Les choses n’ont cependant jamais été faciles pour lui. Aucun obstacle, aucun piège, aucune brimade, aucun supplice ne lui a été épargné. Pourtant, rien ne l’a arrêté sur son chemin. Ni l’agitation, ni la haine, ni la calomnie, ni la violence, ni l’injustice, ni la prison, ni la douleur suprême de devoir perdre des êtres chers dans les conditions les plus atroces. Pius Njawe s’était tiré indemne de toutes ces épreuves. Vous chercherez en vain le moindre gramme d’aigreur ou le moindre désir de vengeance dans son propos et son comportement, y compris à l’égard des personnes qui ne méritaient pas sa compassion. Pius Njawe croyait comme Antoine de Saint-Exupéry qu’un homme se découvre lorsqu’il se mesure à l’obstacle et que l’adversité rend chaque personne encore plus solide.

Depuis notre étrange procès de janvier 1991, mon nom est associé dans l’imaginaire de beaucoup de personnes au sien et au journal Le Messager. Or, lui et moi, nous ne nous connaissions vraiment pas avant cette affaire. Un jour de décembre 1990, alors que je travaillais comme banquier à Douala, j’avais écrit en quelques minutes cette fameuse lettre ouverte au Président de la République et l’avais fait parvenir à son journal. Je peux vous révéler aujourd’hui que Pius Njawe n’était même pas au Cameroun à ce moment-là. Un de ses collaborateurs avait réceptionné l’article et m’avait téléphoné pour m’annoncer sa publication immédiate. Dès la parution de l’article, le journal avait été saisi et je m’étais retrouvé dans une cellule de prison.

Pius Njawe était revenu au Cameroun quelques jours plus tard et s’était fait convoquer immédiatement par la police judiciaire. C’est donc en détention que nous avions véritablement fait connaissance. Au départ, je me demandais s’il allait me sauter dessus et me rouer de coups de poing pour le motif que j’avais fait fermer son journal et bouleversé sa vie. Non, pas du tout.
Le plus extraordinaire dans cette affaire est que lors de son interrogatoire, les services de sécurité lui avaient offert la possibilité de se tirer d’affaire et de me laisser seul dans le pétrin. La police savait évidemment qu’il avait été absent du pays pendant plusieurs semaines et que le pauvre n’était pas personnellement responsable de la décision de publier mon sulfureux article. Le commissaire de police principal qui l’interrogeait lui a dit clairement : “Nous savons que vous n’avez rien à voir dans cette affaire et que c’est Célestin Monga qui doit répondre de son acte. Nous savons que vous étiez en voyage à l’étranger. Il suffit de l’indiquer dans le procès-verbal et vous serez immédiatement hors d’ennui.” Njawe avait écouté attentivement cette offre alléchante, m’avait regardé intensément, de son regard intense et incandescent et avait dit à l’officier : “Non, Monsieur le Commissaire, lorsque Monsieur Monga m’a apporté son article, je l’ai lu attentivement et ai constaté qu’il correspondait exactement à la ligne éditoriale du Messager. J’ai décidé de le publier.” Il était comme cela, l’homme Njawe, capable de grandeur morale, de solidarité et de loyauté au-delà de l’imaginable.


Paule-Monique Allard, Croissance
Paule-Monique Allard, Croissance
Sa mort est un choc mais elle offre aussi l’occasion à la communauté de se réunir, comme ici aujourd’hui, pour faire le point sur elle-même. Les énergies et les offrandes du deuil réaffirment la richesse de la collectivité et son goût de la solidarité. La mort est donc l’occasion de faire preuve de santé sociale, sinon une démonstration de force. Elle est donc une cérémonie de régénération génésique qui nous permet de nous fortifier, même si au passage, elle requiert des sacrifices et de la douleur. La mort est une pause : le temps s’arrête pour que la communauté se redynamise. Les rites qui nous rassemblent célèbrent la vie de Pius Njawe et ambitionnent de faire renaître à jamais les souvenirs que son image nous ont inspirés. La mort est une opération cosmique qui nous permet de réfléchir à nos habitudes et de nous libérer de certaines normes arbitraires de vie que nous nous sommes imposées.

Face à une mort comme celle de Pius Njawe, qui rassemble les Camerounais de tous bords politiques, de toutes confessions religieuses, de toutes conditions sociales, les hiérarchies fantaisistes habituelles s’évaporent, les distinctions sociales et ethniques apparaissent véritablement pour ce qu’elles sont : des artifices ridicules. La fraternité et la camaraderie redeviennent promiscuité. Chacun arrache son masque et son déguisement. Nous sommes alors vêtus de notre seul costume de chair et de sang, et nous apparaissons à chacun pour ce que nous sommes véritablement : des êtres fragiles dont le temps précieux est compté. Avec un minimum de lucidité, nous pourrions même sortir tous purifiés et régénérés de ce chaos psychologique. A condition d’avoir chacun la dose suffisante d’humilité pour mesurer le temps qui passe, à condition de penser à préparer chacun notre mort. Au-delà de la douleur, des pleurs, des déchirements, le deuil prépare donc la résurrection.
Notre mort illumine notre vie”, dit Octavio Paz. La mort est un miroir grossissant dans lequel nous analysons nos propres actes, nos souvenirs partagés, nos succès, mais aussi nos erreurs et nos omissions. Devant elle, notre vie se dessine et cherche sa propre explication, sa propre justification. La mort de Pius Njawe nous interpelle donc à plusieurs égards. Elle nous secoue, nous attrape à la gorge, nous bouscule, nous brutalise et nous force à faire le point sur nous-mêmes, ne fût-ce qu’un point silencieux. Elle interroge ceux d’entre nous qui se croient immortels parce qu’ils jouissent d’un pouvoir qui les grise et les rend ivres. Elle questionne ceux qui ne veulent rien faire ni prendre aucun risque pour changer le Cameroun, qui se contentent de se demander “on va faire comment alors”, et acceptent le masochisme d’une vie au rabais. La mort est implacable, inévitable, et plus forte que n’importe quel pouvoir ou lâcheté. La mort est un créancier fourbe et inexorable.

Pius Njawe aurait pu mourir banalement dans son lit dans sa maison à Douala, de maladie, de vieillesse, de sénilité ou même de jouissance. Mais il avait choisi d’être un homme d’action, et de mener une vie en mouvement. Son parcours exceptionnel devait forcément se terminer d’une manière qui frappe nos imaginations endormies et nous force à nous poser des questions sur nos propres existences. D’autres grands de ce monde sont tombés, comme lui, sur la route du devoir. La mort les a immortalisés dans nos consciences.

Ah, insensé qui croit que je ne suis pas toi !”, écrivait Victor Hugo. Oui, en effet, nous sommes tous aujourd’hui des Pius Njawe. Sa mort doit donc nous interpeller. Où en-sommes-nous individuellement, dans nos plans d’existence, dans nos véritables objectifs personnels ? “Sois en règle un jour avant ta mort, aujourd’hui même” disait le sage. Sommes-nous prêts ? Face à la possibilité et même à la certitude de la mort, où en sommes-nous en tant que famille ? Où en sommes-nous en tant que société ? Où en sommes-nous dans le combat pour les droits et libertés fondamentales et le bien-être de chacun, dans cette nation où des égoïsmes artificiellement fabriqués continuent de maintenir l’obscurantisme ? Où en est-on dans ce pays où 99 pourcent de la population de toutes origines confondues font face aux mêmes problèmes et partagent les mêmes rêves, mais où l’on parvient à entretenir des divisions sociales abstraites, futiles et suicidaires ? Oui, la mort de Pius Njawe est l’occasion de nous interroger sur la fragilité de nos relations au sein du corps social, et de notre apparente incapacité à vaincre nos démons.
(…)
Parce que nous sommes ici aujourd’hui pour l’accompagner à sa dernière demeure, nous nous contenterons de saluer la mémoire du grand homme que fut Pius Njawe. Mais demain se posera la question de son héritage intellectuel, et notamment celui de la survie du journal Le Messager comme institution indépendante de tout pouvoir. De ce point de vue, les défis qu’il nous laisse sont nombreux, car peut-être à cause de la dureté du combat qu’il menait quotidiennement simplement pour survivre, Pius Njawe n’a pas eu le temps de gérer son journal de la façon la plus orthodoxe. Ceux qui prendront le relais devront se surpasser pour maintenir et élever les standards d’excellence que méritent les lecteurs du Messager.

L’émotion et l’énergie manifestées à travers la planète depuis l’annonce de sa mort et incarnées dans les milliers de personnes qui se pressent ici aujourd’hui, devraient être catalysées vers la véritable tâche dont il faut s’acquitter pour que l’œuvre et l’héritage de Pius Njawe ne meurent jamais. Pour cela, chacun d’entre nous devra jouer pleinement son rôle, mais rien que son rôle.

Un mot, pour terminer, à la famille de Pius Njawe qui a essayé au mieux de gérer le traumatisme et les dynamiques parfois contradictoires de sa mort pour organiser dignement ses obsèques. Je voudrais saluer notamment l’élégance, la patience et le leadership du patriarche Jonas Ngandeu et des enfants Njawe, au-delà de la douleur. A ces enfants-là, j’aimerais transmettre un message qu’un de mes mentors, le cardinal Christian Tumi, m’avait dit lorsque j’ai perdu moi aussi mon père dans un accident de la circulation. J’étais très troublé par ce que je considérais comme une injustice absolue et en colère contre la vie. Le cardinal m’avait alors dit une chose qui m’avait paru étrange : il m’avait dit qu’aucune mort ne peut survenir si elle n’est pas autorisée par Dieu, et que les êtres humains ne doivent pas juger le Jugement de Dieu. Cela m’avait d’abord un peu choqué. Mais j’y ai réfléchi, et cela m’a aidé progressivement à survivre à la mort de mon père. Peut-être cette petite pensée du cardinal vous aidera-t-elle aussi dans les jours difficiles à venir, lorsque tout le monde sera parti, et qu’il faudra faire face à l’absence quotidienne de Pius Njawe.////////Célestin Monga


Rédigé par psa le 13/08/2010 à 01:31 | Permalien

Ad Valorem

Vue plongeante sur le Togo... Incertitude
Vue plongeante sur le Togo... Incertitude
Quand la politique devient stratégie, il faut s’en féliciter. Mise à part les arrestations et les violences diverses de ce 10 aout 2010, cette date restera comme celle qui a confirmé le changement d’approche dans le camp des fidèles de Jean-Pierre Fabre (FIDO) dans leur lutte pour la garde de l’UFC. On voyait bien venir le 10 aout 2010 à travers le trou de serrure qu’était le 5 aout 2010. Déjà, dans une discussion, je faisais observer que c’est probablement l’un des plus grands coups politiques des FIDO. Pour qui connait les capacités de renseignements des services togolais, réussir à Lomé à les divertir suffisamment pour tenir un pré-congrès avec quelques 34 des 40 fédérations –auxquelles se joindra une autre plus tard, soit 35 sur 40 (pratiquement 88% des instances décisionnelles d’un congrès), relève d’une prouesse remarquable. C’est le témoignage que quelque chose se passe à l’UFC, tendance Fabre; quelque chose comme une approche plus stratégique.

C’est cette manière de redéfinir l’art politique qui s’est confirmée ce 10 aout 2010 à Lomé. Tout le monde avait le regard tourné vers le lieu du congrès des FIDO; tout le monde savait sur toute la planète Togo que le gouvernement ne laisserait pas faire ce congrès, puisque les autorités ont pris le parti de Gilchrist Olympio et de ses Amis, les AGO, dont les assises s’étalent sur les 11-12 aout 2010, normalement. Ce qui devait arriver arriva. Le jeu dangereux de la violence des rues a été mené par les jeunes militants-sympathisants des FIDO avec les forces de l’ordre, alors que les ténors s’affairaient à tenir rencontre tenant lui de congrès-caché avec des va-et-vient entre divers lieux de congressistes et autres sages, gentilshommes ou boy-scouts. Le dispositif des forces de l’ordre n’y a vu que du feu finalement. Pour une des rares fois, la maison UFC avait une stratégie qui a marché. La disponibilité de Jean-Pierre Fabre et sa trop grande visibilité jusqu’à faire une conférence de presse de chez lui -celui-là même qui s’était toujours opposé à cette méthode de la politique-de-salon qu’affectionnait Gil ces derniers temps, avaient laissé plané le doute en début d’après-midi sans éveiller trop de soupçons. Une nouvelle était d’ailleurs lâchée : «La composition du nouveau bureau national UFC sera connue dans la journée !»

Au total, les Patrick Lawson, Edem Atantsi, Jean-Claude Délava Codjo, Isabelle Améganvi, Octave Anthony et autres ont fait le travail de fourmie pour compléter le bureau, se permettant même le luxe d’y inclure des gens de la diaspora après leur accord formel, en plus de rafler tous les cadres connus au nez et à la barbe des AGO. Ces derniers vont devoir se contenter des seconds couteaux dans leur contre-attaque à venir. C’est l’histoire d’une folle et particulière journée politique. Elle ne solde pas la crise à l’UFC; elle constitue un gain pour les FIDO. Ces derniers auront toutefois toutes les peines du monde pour faire reconnaitre ce bureau par les autorités gouvernementales togolaises. Mais ce qui est sûre, la finesse des FIDO leur a permis de reprendre la main pour un petit temps… un petit temps seulement, car probablement que les nouveaux partenaires gouvernementaux des AGO vont les aider à constituer une liste avec autant d’envergure que celle qui soulève déjà l’enthousiasme des partisans FIDO.

De loin, je préfère ces saines stratégies politiques dans un parti politique en bisbille que les bruits de bottes et le rôle indu que le gouvernement togolais joue dans une affaire qui ne le concerne nullement. Il demeure que rien n’est joué. La prouesse insuffisante des services de sécurité togolaises prouve bien que le recours à une expertise extérieure, la française et particulièrement celle d'un excité de lieutenant-colonel du nom de Romuald Létondot, leur a fait perdre la réalité du terrain et son décodage adéquat. Pour l’instant, un gros bravo à la stratégie réussie des FIDO. C’est un bon coup! Pour quel lendemain? Incertitude.


Rédigé par psa le 11/08/2010 à 01:00 | Permalien

Horizon

Je sens l’âme d’une invitation à écrire... l’âme d’une autre incitation à la vigilance publique. Assez d’entendre qu’aucun dialogue n’est possible au Togo. Fini les je-vous-l’avais-bien-dit! Il faut sortir de l’école des ressentiments et marcher vers le Togo, là où il est étalé de tout son long –de Lomé à Cinkassé, et le relever d’une nouvelle intelligence et pour une nouvelle posture. Le président togolais qui devrait appeler ses véritables adversaires ne semble toujours pas avoir compris l’importance et la symbolique du verbe et de la communication; ce défi reste pourtant à sa portée. Il le demeure toujours.


Incitation à l’éveil patriotique : II




Le Togo n’en peut plus d’attendre. Il lui faut renouer avec la raison, toutes les raisons. La nation n’est pas une donnée, encore moins un cadeau du ciel. Elle se forge particulièrement dans les moments chauds et difficiles, et à coup de délibérations citoyennes, et en risquant davantage la démocratie : la seule certitude qui reste pour le salut du Togo.

Il y a un rôle nouveau à attribuer à la politique au Togo; c’est de l’utiliser comme un moyen pour venir à bout de nos suffisances d’abord, venir à bout de nos insuffisances ensuite; venir à bout de nos erreurs et de nos errements de ces vingt dernières années. Il en est ainsi, il est possible de penser ainsi car, par nature, la politique est pratique, la politique est l’art du possible. Et, lui donner une mission et un rôle de combler nos carences, c’est l’élever au niveau des ambitions de tous les Togolais d’avoir un pays autre, un État qui marche en rangs serrés, une République, une démocratie.

Il faut prendre le Togo là où il est, là où il se retrouve après ces années et mettre la politique à son service comme un levier. Mais il est vrai que tout cela ne peut se faire sans la bonne foi et loin de la tromperie qui a trop marqué la politique au Togo, loin de la violence gratuite administrée aux autres.

Il faut alors redéfinir un objectif commun et partagé, en termes d’étapes graduelles parfois anodines, sur lesquelles de larges consensus peuvent se faire. Et ainsi, par pallier, progresser vers l’objectif principal.

Il ne s’agit plus de jouer un Togo contre un autre, ni le nord contre le sud, ni la démocratie contre la dictature, ni les bons contre les mauvais, ni le RPT contre l’UFC, ni les forts contre les faibles encore moins les Faure contre les Fabre. Il s’agit de faire le Togo à partir du Togo, de faire le Togo avec les seuls matériaux disponibles : les Togolaises et les Togolais tels qu’ils sont et non tels que l’on voudrait qu’ils soient.

L’heure est vraiment grave; le spectacle est désolant. Fini les citoyens qui aiment rester dans la salle d’attente de leur propre pays; fini les donneurs de leçons et les irréductibles; fini les je-vous-l’avais-bien-dit; fini les seules-les-armes-feront-le-changement-au-Togo; fini les vous-me-donnerez-des-nouvelles-de-ce-Togo-dans-vingt-autres-années. Il faut remettre la main à la pâte, remettre la main à la patrie Togo.

L’esprit de révolte, désormais sublimé dans les marches hebdomadaires aboutissant sur les sables fins de Lomé et les pages Internet de la diaspora, doit quitter ce confort et emprunter le chemin de la convergence patriotique. Nul ne mettra fin ainsi aux marches, aux querelles et aux incantations virtuelles sur les sites Internet, certes; pas plus les arrêts des tribunaux que les arrêtés ministériels. Mais une certaine catégorie de personnes, les politiques, d’un côté comme de l’autre, doivent savoir qu’ils ne peuvent véritablement s’en tenir qu’à la seule force de leur imagination, la seule force de leur intelligence à mettre au service d’une solution de sortie de crise au Togo… C’est une invitation à l’éveil patriotique. Éviter que le Togo ne sombre dans la banalisation de la violence politique.

togo_incitation_eveil_patriotique_version2.pdf Togo.Incitation-Eveil-Patriotique.version2.pdf  (270.94 Ko)

Rédigé par psa le 10/08/2010 à 22:00 | Permalien

Silence

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