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Pierre S. Adjété
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Il y a exactement un mois, le 12 juillet 2010, que Pius Njawe nous quittait… Et la nouvelle nous arrivait d’ailleurs le 13 juillet, 13 comme un vendredi 13 accablant. Pour le vaste cercle de nous tous qui avons eu l’honneur de la connaitre, Pius était vraiment unique, intrépide et Grand. À l’ami, ancien collègue, j’ai de temps à autre une pensée bizarre : n’avoir pas assez profité de cet homme pour le temps qu’il nous avait été donné. Au fond j’ai le même sentiment de l’autre également, le grand frère Jean-Marc Éla dont la photo trône pas loin de ma table de travail… Nous n’avons pas assez profité de Jean-Marc aussi. Curieuse impression, lorsque l’on parle des personnalités qui appartiennent à un univers aussi grand que le monde. C’est d’ailleurs ce que constate Célestin Monga dans son hommage à Pius Njawe. Un texte synthèse et baladeur qui ramène plusieurs perspectives de son long voyage sur la densité de la vie de Pius Njawe. Je vous le propose, presque en intégralité… Comme tous ces intrépides, je crois bien que Célestin Monga savait bien à qui il rendait un si grand hommage. Pius Njawe a refusé une sous-vie et ne disait pas le sempiternel "On-va-faire-comment-alors" camerounais ou africain. Un mois déjà!


Paule-Monique Allard, Faire volte Face
Paule-Monique Allard, Faire volte Face
Je suis arrivé au Cameroun il y a quelques jours avec dans mon bagage à main un petit colis, pourtant le plus lourd et le plus encombrant que j’aie jamais eu à transporter de ma vie. C’était une boîte noire et rectangulaire à peine plus grande qu’une boîte de cigarettes. On me l’avait confiée à Washington. Je ne pouvais pas refuser de la prendre, et pourtant mon premier réflexe était de me tenir bien loin d’elle. L’ayant acceptée contre mon propre instinct, j’ai immédiatement mesuré son caractère à la fois faussement ordinaire et sacré. Elle semblait banale mais elle me brûlait les mains.

Pendant les quelques jours où j’ai eu à conserver cette petite boîte à mon domicile, je n’ai d’ailleurs pas su à quel endroit de la maison il fallait la conserver : au chevet de mon lit ? Non, je n’aurais pas pu survivre aux cauchemars qu’elle m’infligeait. Sur la table de la cuisine ? Non, car un enfant aurait pu la prendre et la jeter par inadvertance. Fallait-il la garder précieusement à côté de mon passeport ou au contraire la tenir loin de ma vue ? Je savais une seule chose avec certitude : pas question que j’oublie de la prendre avec moi au moment d’aller à l’aéroport.

Cette boîte qui m’a torturé pendant plusieurs jours de Washington à Douala via Paris, c’était la clé du cercueil de Pius Njawe. Sa famille m’avait infligé la responsabilité étouffante et l’honneur douloureux de ramener au pays le sésame d’acier par lequel la nation allait accéder, une dernière fois, à cet homme qui aura marqué de manière indélébile la conscience collective. La charge a lourdement pesé sur mes épaules.

L’incongruité de la situation dans laquelle je me suis trouvé était manifeste à chaque étape de mon voyage à travers les continents. Cette clé était minuscule mais particulièrement incommodante. Elle était trop importante pour que je la mette dans ma valise enregistrée et envoyée à la soute de l’avion. Car si mon bagage se perdait au cours du trajet comme cela arrive presque systématiquement sur les vols africains, nous aurions tous eu l’air pas très intelligents ici, avec entre les bras un cercueil sans les moyens de l’ouvrir. Il aurait alors fallu fracasser le cercueil pour libérer le corps de Pius et lui faire violence une fois de plus, par-delà sa mort. Ayant visualisé mentalement cette hypothèse, je l’avais immédiatement écartée. Il ne me restait alors qu’à prendre la clé dans mon bagage à main, entre mes documents les plus précieux.

Mais là aussi, les choses se sont révélées bien compliquées : à chacun des aéroports par lesquels je transitais, les officiers de sécurité aérienne qui analysaient le contenu de mon bagage à main sursautaient d’y trouver cette clé en acier qui ressemblait étrangement, à leurs yeux, à une arme blanche. Il fallait alors leur expliquer que je n’étais pas un terroriste irakien ou afghan, et qu’il s’agissait simplement d’une clé précieuse que je devais garder constamment par devers moi, même si l’idée ne me plaisait pas forcément. Ces négociations permanentes et souvent ardues et macabres, avec des agents de sécurité et des douaniers formés et payés pour être soupçonneux, m’ont plongé dans un état de fébrilité et de colère silencieuse. A force de manipuler la clé, de lire et relire les documents mortuaires à chacune des escales de mon voyage, j’ai dû, même malgré moi, contempler l’absurdité de l’existence, la fragilité des ambitions humaines, et la permanence du destin. J’ai dû aussi, évidemment, retourner en boucle dans ma tête les circonstances de cette mort, et tenter sinon de comprendre, du moins d’en mesurer la violence, l’injustice, et la tragique banalité. J’ai dû essayer de faire sens, si tant est que cela soit possible -de l’implacable mécanique qui a conduit au désastre.

Pius Njawe est décédé dans un accident de la circulation survenu le lundi 12 juillet à 14 heures 55 minutes sur l’autoroute 664 qui relie les villes de Newsport News et Chesapeake, en Virginie. Avec son chauffeur Eric Wande, il se rendait à Chesapeake, chez son ami et frère Lucas Kameni qui élève Justice, sa fille de dix ans. C’était un après-midi ensoleillé d’été avec un ciel bleu, une visibilité parfaite et une circulation légère. Le trajet Washington-Chesapeake qu’Eric connaît bien dure en moyenne 3 heures et ils se trouvaient à 9 minutes seulement de leur destination.

La voiture dans laquelle les deux hommes roulaient était une Lexus et l’autoroute une des plus belles situées non loin de Washington, la capitale du pays le plus industrialisé du monde. Quelques secondes seulement après l’accident, un autre usager de la route qui passait par là avait contacté la police locale en appelant le numéro de secours 9-1-1. Moins de 8 minutes après ce coup de fil, des pompiers et policiers très bien équipés étaient sur les lieux et avaient bouclé l’autoroute dans les deux sens pour secourir les victimes et procéder à une première enquête préliminaire. Travaillant sous les ordres du sergent R. W. Walker de la police de l’Etat de Virginie, ils avaient constaté le décès instantané de Pius qui, bien qu’ayant sa ceinture de sécurité, avait étendu son siège passager à l’arrière pour s’assoupir pendant la dernière demi-heure du voyage. Il est donc fort possible qu’il soit passé de vie à trépas sans voir venir la mort.

Le chauffeur du camion qui a percuté de plein fouet son véhicule et l’a traîné sur plusieurs centaines de yards, aux dire de la police américaine, est un certain John Moore (64 ans) qui travaille depuis des années pour la société de transport Canaday Trucking, une entreprise de transport de taille moyenne basée depuis de nombreuses années à Providence, Virginie.

La journaliste Kirstin Davis du quotidien The Virginian-Pilot a écrit que la police croyait que le véhicule qui conduisait Pius Njawe s’était peut-être arrêté en plein milieu de l’autoroute, ce qui expliquerait que le chauffeur du camion semi-remorque, qui venait à toute allure derrière eux, n’ait pas eu le temps d’arrêter son meurtrier véhicule. Eric Wande, le chauffeur de Pius, explique pour sa part qu’il roulait simplement plutôt lentement, à vitesse raisonnable, car il devait se préparer à quitter l’autoroute pour emprunter la sortie vers Chesapeake.

L’enquête et la reconstitution de l’accident, y compris avec l’exploitation d’images de caméras et des images satellitaires, détermineront qui avait tort dans cette maudite affaire. Pour l’instant, les deux chauffeurs s’accordent sur l’idée qu’il s’agissait d’un terrible, malheureux et banal accident. Les autorités policières de l’Etat de Virginie en ont été si convaincues qu’elles n’ont jamais ni sollicité l’intervention de la police fédérale américaine (le FBI), ni demandé une autopsie—chose qui se fait obligatoirement dès qu’il existe un soupçon de doute chez les enquêteurs sur les circonstances de la mort d’une personne sur le territoire américain. D’ailleurs moins de 3 heures après l’accident, elles avaient remis le corps de Pius Njawe à la morgue de l’hôpital de Norfolk, et à la disposition de sa famille. Celle-ci n’a pas non plus demandé d’autopsie.

Si telle est la vérité—Njawe était un des journalistes les plus appréciés par ses confrères du monde entier et les fins limiers de la presse d’investigation aux Etats-Unis et ailleurs ont dû mener leur travail d’investigation pour élucider les circonstances de cette mort et valider les résultats préliminaires de la police—ce tragique accident illustre surtout le prix à payer pour être un homme d’action, et l’ampleur du sacrifice qu’il faut parfois consentir pour se défaire d’une existence banale, d’une sous-vie.


Je n’insisterai pas sur les détails de sa biographie et sur les divers éléments de son itinéraire, disponibles dans tous les journaux du monde entier qui lui ont consacré des oraisons funèbres. Je me contenterai de commenter quelques éléments de cette vie exceptionnelle qui fut la sienne, et d’en tirer des significations.

Pius Njawe est né ici même à Babouantou, au sein d’une humble mais grande famille appartenant à une civilisation de vieille souche. Il était d’ailleurs un vénérable notable du village et un digne représentant de cette riche culture dont il arborait avec joie les attributs, parfois les plus spectaculaires. Je l’ai vu par exemple se promener en hiver à Washington, vêtu de grands boubous africains fort encombrants et trop légers pour le climat, parfois coiffé de chéchias colorées, et m’intimant l’ordre de m’habiller de la même manière pour l’accompagner à je ne sais quelle manifestation culturelle des ressortissants de son village.

Malgré la fierté que les membres de cette famille peuvent légitimement éprouver devant son parcours et son œuvre, Pius Njawe était aussi et surtout un Camerounais au sens le plus noble du terme, un Africain, et un citoyen du monde. Babouantou l’a peut-être vu naître mais l’homme a grandi ailleurs, et il appartenait au monde entier. La puissance de son réseau international d’amitiés et l’impact qu’il aura eu sur notre conscience collective en témoignent, de même que l’énorme vague d’émotion suscitée à travers la planète par la nouvelle de sa mort. Il y a quelques jours à Washington, son confrère Éric Chinje observait fort justement qu’aucun chef d’État africain n’avait bénéficié d’une telle couverture médiatique internationale, ni de son vivant, ni à sa mort.

Pius Njawe a été un autodidacte. Très tôt, il s’est mis à lire des livres et des journaux, et décidé dès l’âge de dix-sept ans de ce qu’il voulait faire du reste de sa vie—beaucoup d’entre nous, à vingt, trente ou même quarante ans, ne savent toujours pas ce qu’ils souhaitent devenir. A dix-neuf ans, Pius Njawe était journaliste à La Gazette du Béninois Abodel Karimou. Y ayant appris les rudiments du métier, sans argent ni soutien quelconque, armé de sa seule volonté et de sa passion pour l’écriture et le besoin de vérité, il a créé lui-même son journal. Le Messager est né à Bafoussam en 1979.

Pius Njawe a prouvé que le destin n’existe pas. A priori, il semblait mal parti dans la vie, n’ayant ni une collection de diplômes universitaires, ni une fortune, ni le pouvoir de faire peur ou de brutaliser son voisin, ni même un réseau de complicités mystiques. Erreur : l’ambition et la foi seules lui ont suffi à changer le cours de l’Histoire. Car c’est bien ce que Le Messager, vénérable institution sociale et politique, est parvenu à réaliser pendant les trente-deux ans dont Pius Njawe a assuré la direction. Comme quoi ce qui compte dans la vie, ce ne sont pas les conditions dans lesquelles l’on commence son existence. C’est la manière dont on la mène et le bilan que l’on affiche au moment où elle est achevée.

Les choses n’ont cependant jamais été faciles pour lui. Aucun obstacle, aucun piège, aucune brimade, aucun supplice ne lui a été épargné. Pourtant, rien ne l’a arrêté sur son chemin. Ni l’agitation, ni la haine, ni la calomnie, ni la violence, ni l’injustice, ni la prison, ni la douleur suprême de devoir perdre des êtres chers dans les conditions les plus atroces. Pius Njawe s’était tiré indemne de toutes ces épreuves. Vous chercherez en vain le moindre gramme d’aigreur ou le moindre désir de vengeance dans son propos et son comportement, y compris à l’égard des personnes qui ne méritaient pas sa compassion. Pius Njawe croyait comme Antoine de Saint-Exupéry qu’un homme se découvre lorsqu’il se mesure à l’obstacle et que l’adversité rend chaque personne encore plus solide.

Depuis notre étrange procès de janvier 1991, mon nom est associé dans l’imaginaire de beaucoup de personnes au sien et au journal Le Messager. Or, lui et moi, nous ne nous connaissions vraiment pas avant cette affaire. Un jour de décembre 1990, alors que je travaillais comme banquier à Douala, j’avais écrit en quelques minutes cette fameuse lettre ouverte au Président de la République et l’avais fait parvenir à son journal. Je peux vous révéler aujourd’hui que Pius Njawe n’était même pas au Cameroun à ce moment-là. Un de ses collaborateurs avait réceptionné l’article et m’avait téléphoné pour m’annoncer sa publication immédiate. Dès la parution de l’article, le journal avait été saisi et je m’étais retrouvé dans une cellule de prison.

Pius Njawe était revenu au Cameroun quelques jours plus tard et s’était fait convoquer immédiatement par la police judiciaire. C’est donc en détention que nous avions véritablement fait connaissance. Au départ, je me demandais s’il allait me sauter dessus et me rouer de coups de poing pour le motif que j’avais fait fermer son journal et bouleversé sa vie. Non, pas du tout.
Le plus extraordinaire dans cette affaire est que lors de son interrogatoire, les services de sécurité lui avaient offert la possibilité de se tirer d’affaire et de me laisser seul dans le pétrin. La police savait évidemment qu’il avait été absent du pays pendant plusieurs semaines et que le pauvre n’était pas personnellement responsable de la décision de publier mon sulfureux article. Le commissaire de police principal qui l’interrogeait lui a dit clairement : “Nous savons que vous n’avez rien à voir dans cette affaire et que c’est Célestin Monga qui doit répondre de son acte. Nous savons que vous étiez en voyage à l’étranger. Il suffit de l’indiquer dans le procès-verbal et vous serez immédiatement hors d’ennui.” Njawe avait écouté attentivement cette offre alléchante, m’avait regardé intensément, de son regard intense et incandescent et avait dit à l’officier : “Non, Monsieur le Commissaire, lorsque Monsieur Monga m’a apporté son article, je l’ai lu attentivement et ai constaté qu’il correspondait exactement à la ligne éditoriale du Messager. J’ai décidé de le publier.” Il était comme cela, l’homme Njawe, capable de grandeur morale, de solidarité et de loyauté au-delà de l’imaginable.


Paule-Monique Allard, Croissance
Paule-Monique Allard, Croissance
Sa mort est un choc mais elle offre aussi l’occasion à la communauté de se réunir, comme ici aujourd’hui, pour faire le point sur elle-même. Les énergies et les offrandes du deuil réaffirment la richesse de la collectivité et son goût de la solidarité. La mort est donc l’occasion de faire preuve de santé sociale, sinon une démonstration de force. Elle est donc une cérémonie de régénération génésique qui nous permet de nous fortifier, même si au passage, elle requiert des sacrifices et de la douleur. La mort est une pause : le temps s’arrête pour que la communauté se redynamise. Les rites qui nous rassemblent célèbrent la vie de Pius Njawe et ambitionnent de faire renaître à jamais les souvenirs que son image nous ont inspirés. La mort est une opération cosmique qui nous permet de réfléchir à nos habitudes et de nous libérer de certaines normes arbitraires de vie que nous nous sommes imposées.

Face à une mort comme celle de Pius Njawe, qui rassemble les Camerounais de tous bords politiques, de toutes confessions religieuses, de toutes conditions sociales, les hiérarchies fantaisistes habituelles s’évaporent, les distinctions sociales et ethniques apparaissent véritablement pour ce qu’elles sont : des artifices ridicules. La fraternité et la camaraderie redeviennent promiscuité. Chacun arrache son masque et son déguisement. Nous sommes alors vêtus de notre seul costume de chair et de sang, et nous apparaissons à chacun pour ce que nous sommes véritablement : des êtres fragiles dont le temps précieux est compté. Avec un minimum de lucidité, nous pourrions même sortir tous purifiés et régénérés de ce chaos psychologique. A condition d’avoir chacun la dose suffisante d’humilité pour mesurer le temps qui passe, à condition de penser à préparer chacun notre mort. Au-delà de la douleur, des pleurs, des déchirements, le deuil prépare donc la résurrection.
Notre mort illumine notre vie”, dit Octavio Paz. La mort est un miroir grossissant dans lequel nous analysons nos propres actes, nos souvenirs partagés, nos succès, mais aussi nos erreurs et nos omissions. Devant elle, notre vie se dessine et cherche sa propre explication, sa propre justification. La mort de Pius Njawe nous interpelle donc à plusieurs égards. Elle nous secoue, nous attrape à la gorge, nous bouscule, nous brutalise et nous force à faire le point sur nous-mêmes, ne fût-ce qu’un point silencieux. Elle interroge ceux d’entre nous qui se croient immortels parce qu’ils jouissent d’un pouvoir qui les grise et les rend ivres. Elle questionne ceux qui ne veulent rien faire ni prendre aucun risque pour changer le Cameroun, qui se contentent de se demander “on va faire comment alors”, et acceptent le masochisme d’une vie au rabais. La mort est implacable, inévitable, et plus forte que n’importe quel pouvoir ou lâcheté. La mort est un créancier fourbe et inexorable.

Pius Njawe aurait pu mourir banalement dans son lit dans sa maison à Douala, de maladie, de vieillesse, de sénilité ou même de jouissance. Mais il avait choisi d’être un homme d’action, et de mener une vie en mouvement. Son parcours exceptionnel devait forcément se terminer d’une manière qui frappe nos imaginations endormies et nous force à nous poser des questions sur nos propres existences. D’autres grands de ce monde sont tombés, comme lui, sur la route du devoir. La mort les a immortalisés dans nos consciences.

Ah, insensé qui croit que je ne suis pas toi !”, écrivait Victor Hugo. Oui, en effet, nous sommes tous aujourd’hui des Pius Njawe. Sa mort doit donc nous interpeller. Où en-sommes-nous individuellement, dans nos plans d’existence, dans nos véritables objectifs personnels ? “Sois en règle un jour avant ta mort, aujourd’hui même” disait le sage. Sommes-nous prêts ? Face à la possibilité et même à la certitude de la mort, où en sommes-nous en tant que famille ? Où en sommes-nous en tant que société ? Où en sommes-nous dans le combat pour les droits et libertés fondamentales et le bien-être de chacun, dans cette nation où des égoïsmes artificiellement fabriqués continuent de maintenir l’obscurantisme ? Où en est-on dans ce pays où 99 pourcent de la population de toutes origines confondues font face aux mêmes problèmes et partagent les mêmes rêves, mais où l’on parvient à entretenir des divisions sociales abstraites, futiles et suicidaires ? Oui, la mort de Pius Njawe est l’occasion de nous interroger sur la fragilité de nos relations au sein du corps social, et de notre apparente incapacité à vaincre nos démons.
(…)
Parce que nous sommes ici aujourd’hui pour l’accompagner à sa dernière demeure, nous nous contenterons de saluer la mémoire du grand homme que fut Pius Njawe. Mais demain se posera la question de son héritage intellectuel, et notamment celui de la survie du journal Le Messager comme institution indépendante de tout pouvoir. De ce point de vue, les défis qu’il nous laisse sont nombreux, car peut-être à cause de la dureté du combat qu’il menait quotidiennement simplement pour survivre, Pius Njawe n’a pas eu le temps de gérer son journal de la façon la plus orthodoxe. Ceux qui prendront le relais devront se surpasser pour maintenir et élever les standards d’excellence que méritent les lecteurs du Messager.

L’émotion et l’énergie manifestées à travers la planète depuis l’annonce de sa mort et incarnées dans les milliers de personnes qui se pressent ici aujourd’hui, devraient être catalysées vers la véritable tâche dont il faut s’acquitter pour que l’œuvre et l’héritage de Pius Njawe ne meurent jamais. Pour cela, chacun d’entre nous devra jouer pleinement son rôle, mais rien que son rôle.

Un mot, pour terminer, à la famille de Pius Njawe qui a essayé au mieux de gérer le traumatisme et les dynamiques parfois contradictoires de sa mort pour organiser dignement ses obsèques. Je voudrais saluer notamment l’élégance, la patience et le leadership du patriarche Jonas Ngandeu et des enfants Njawe, au-delà de la douleur. A ces enfants-là, j’aimerais transmettre un message qu’un de mes mentors, le cardinal Christian Tumi, m’avait dit lorsque j’ai perdu moi aussi mon père dans un accident de la circulation. J’étais très troublé par ce que je considérais comme une injustice absolue et en colère contre la vie. Le cardinal m’avait alors dit une chose qui m’avait paru étrange : il m’avait dit qu’aucune mort ne peut survenir si elle n’est pas autorisée par Dieu, et que les êtres humains ne doivent pas juger le Jugement de Dieu. Cela m’avait d’abord un peu choqué. Mais j’y ai réfléchi, et cela m’a aidé progressivement à survivre à la mort de mon père. Peut-être cette petite pensée du cardinal vous aidera-t-elle aussi dans les jours difficiles à venir, lorsque tout le monde sera parti, et qu’il faudra faire face à l’absence quotidienne de Pius Njawe.////////Célestin Monga


Rédigé par psa le 13/08/2010 à 01:31 | Permalien

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La «verticale du pouvoir» a déresponsabilisé les édiles locaux et les citoyens… La maison prend feu parce qu'elle ne peut prendre de l'eau… La chute menace le triomphe… Toute aide sera appréciée…


Yvo Jacquier, Renaissance
Yvo Jacquier, Renaissance
La roche Tarpéienne est proche du Capitole, disaient les Romains quand la chute suivait le triomphe. Il y a deux ans, la Russie achevait une décennie de croissance annuelle de plus de 7%, parvenant enfin à restaurer son honneur perdu de grande puissance. Au plan international, la conclusion, en avril 2010, d’un nouvel accord Start sur la réduction des armes stratégiques entre les États-Unis et la Russie fut le parachèvement de ce retour en grâce du Kremlin, considéré soudain comme l’alter ego de Washington. L’adoption par Moscou d’une nouvelle doctrine de politique étrangère plus conciliante envers l’Occident en fut la suite logique. Et pourtant, les incendies qui ravagent aujourd’hui la Russie sont la preuve que cet État, longtemps miné par un centralisme paternaliste, est resté d’une grande fragilité interne.

Circonstances atténuantes: le pouvoir russe est confronté, depuis près d’un mois, aux pires incendies que le pays ait connus depuis 1936. Il a cependant été dépassé par les événements en raison de graves dysfonctionnements dans la prise de décision, et cela depuis dix ans. Comme lors de la tragédie du Koursk, le sous-marin russe qui coula en mer de Barents en 2003, le tandem au pouvoir formé de Dmitri Medvedev et de Vladimir Poutine a tardé à mesurer l’ampleur de la catastrophe. En limogeant des responsables militaires pour «négligence criminelle», le président a voulu faire croire qu’il maîtrisait les événements.

Or c’est bien le système politique russe et son organisation selon le principe de la «verticale du pouvoir» qui sont en cause. La centralisation, compréhensible dans un pays traversé par neuf fuseaux horaires, déploie ses effets pervers. Car elle a déresponsabilisé les édiles politiques des régions, et même les citoyens. Pour la forme, la «démocratie dirigée» prônée par Moscou a été récemment assouplie. En confiant, voici quatre ans, la gestion des forêts aux privés et aux autorités locales, Vladimir Poutine a cru qu’il suffisait de décréter la décentralisation dans un secteur peu stratégique pour qu’elle se produise. Dès lors, les incendies questionnent la nature même du pouvoir russe./////////// Stéphane Bussard




Rédigé par psa le 07/08/2010 à 11:40 | Permalien

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La Liberté ne fatigue pas les peuples; car, les peuples ne sont pas candidats à la servitude volontaire et éternelle. Il se rapporte même qu’à un moment donné de notre histoire commune, à un quelque part qui pourrait bien être le partout de chez-nous aujourd’hui, se produit une chose qui parait depuis longtemps aller de soi dans tout pays où l’honneur et la dignité ne sont pas que des mots : « Les lois, et même les formes de gouvernement, ne sont plus reconnues sans examen et sont rejetées si leur dureté et leur injustice sont trop grandes. Les rapports politiques sont soumis à une discussion et deviennent l’objet d’une critique suffisante et assidue». Tout se faisait dans l’agora après une marche de convergence populaire, le jour du grand marché. Besoin de liberté? Non! Devoir de Dignité!


Éclairer l’unique voie vers la République perdue
Éclairer l’unique voie vers la République perdue


Les revendications sont désormais claires : la situation du citoyen ordinaire le plus favorisé par le système doit être étendue à tous les autres citoyens défavorisés. C’est la naissance de la clause du citoyen le plus favorisé… au Togo. Cette clause démocratique donne la mesure de la responsabilité véritable de diriger le Togo. Elle pointe du doigt l’injustice actuelle ainsi que l’impérieuse nécessité d’assumer le Togo autrement.

Voilà pourquoi l’on marche au Togo tous les samedis : on y marche pour un Togo promis à tous les Togolais, on y marche pour la démocratie et accessoirement contre l’injustice politique flagrante et la misère galopante. Une telle marche ne peut pas s’arrêter sans un résultat probant. Une telle marche ne peut s’arrêter que dans la dignité.

Dans le Togo d’aujourd’hui, se mêlent la triste fiction et la dure réalité; les deux sont indissociables et se distinguent à peine l’une de l’autre. Les régions, les villes, les populations et les citoyens ont dit Non, eux qui vivaient toujours d’espoir et de diaspora. Et ils y ont mis la forme et la manière : le silence et le pacifisme. Voici ce qui se produit au Togo, là où une vieille approche de traitement du peuple associée à une stratégie désuète d’irrespect de l’opposition, prennent l’eau et font perdre pied au pouvoir conservateur dans son refus obstiné d’entendre raison.

Peu importe! Pour avoir été trop souvent trompé et contraint, le peuple togolais exige désormais l’application de toutes les clauses de son contrat de citoyenneté. Il réclame l’application des clauses longtemps mises en veilleuse, pour ne pas être accusé un jour d’avoir été complice de son propre asservissement.

Il n’y a aucun mal à se faire du bien : c'est-à-dire vouloir une place dorée au souverain bien commun. La Liberté ne fatigue réellement pas les peuples, puisqu’elle exprime leur désir de dignité, de délibération et d’émancipation. Mieux vaut leur servir, assez tôt et avec la Liberté, la bonne foi, la transparence et le compromis, plutôt que l’humiliation, la tromperie et la brutalité. Les Togolais n’échappent pas au destin commun des peuples.


Fini la servitude volontaire
Au Togo, pour avoir trop souvent trompé leurs compatriotes, les gouvernants sont aux prises avec un regain de revendications d’un nouveau genre : la demande tranchante du respect d’une série de clauses de citoyenneté. Manifestement, il y a une perte profonde de confiance dans le pouvoir politique togolais incapable de réellement risquer la démocratie pour faire émerger le pays du passé. Les revendications deviennent alors pressantes :

• La clause de la région la plus favorisée est la résultante de la nécessité d’offrir les mêmes chances à toutes les régions du Togo sans qu’elles n’aient forcément eu à enfanter les gens du pouvoir. Désormais, l’application de cette clause est réclamée à cor et à cri, même à hue et à dia par le peuple togolais.

• La clause de la ville la plus favorisée, c’est le devoir de satisfaire les urgences des grands pôles de concentration de la population togolaise dans leurs besoins d’assainissement, d’infrastructure, de représentation démocratique et de valorisation distinctive.

• La clause de la population la plus favorisée est un devoir face à l’accentuation des clivages ethniques ainsi que la violence répétée des uns contre les autres; les deux solitudes ont trop duré et elles ne cessent de se cristalliser dans les partages inégaux et inefficaces des responsabilités politiques au Togo.

• La clause du citoyen le plus favorisé est à ce point un impératif qu’il est inconcevable qu’à la même table du Togo, les assiettes des uns soient restées désespérément vides, en face même des autres qui n’ont pas arrêté de se régaler au gros rôt. Il existe pourtant une limite à une indécence si comploteuse et à une existence si conspiratrice en ce bas monde.

Un pays ne se construit pas avec de tels amoncèlements de mépris et de si fréquentes humiliations de ses propres concitoyens. Un pays ne se bâtit pas sans la bonne foi de ses gouvernants; une valeur civilisatrice léguée par l’histoire, un devoir de loyauté, d’honnêteté et d’éthique qu’il est impossible d’énumérer sans risque de le limiter. Un pays ne se gouverne plus aujourd’hui sans la lucidité et le pari franc de la démocratie.

Il est raisonnable d’aimer le changement démocratique et de l’exiger après que la promesse en ait été faite à tous les rendez-vous. Les Togolais sont à ce niveau de rejet de la servitude volontaire qu’ils réclament désormais la vertu politique dans l’espace publique, la mise en application de toutes les clauses de dignité qui justifient leur appartenance au même pays.

Il est alors inutile de demander pour qui sont allumées toutes ces bougies et pour qui résonnent tous ces pas. Le bruit des pas sonnent le glas d’une époque exagérément émeutière du règne de l’arbitraire qui n’en fini pas de finir; et les chandelles aux flammes vacillantes ne cherchent qu’à éclairer l’unique voie vers la République perdue.

Citoyens contraints ou trompés dans le passé, le désir du changement politique chez les Togolaises et les Togolais est désormais réel et invitant, que le pouvoir conservateur jusqu’à maintenant intransigeant doit lui-même trouver les moyens transparents et non trompeurs de s’y inscrire. C’est la clause ultime de dignité qu’il convient à chacun d’appliquer avec sagesse, et pour un Togo différent de celui qui est aujourd’hui offert en honteuse tragédie, impossible de cacher à la face du monde. Voilà pourquoi le Togo crie toujours… Dignité!





togo_clause_dignite.pdf Togo.Clause-Dignité.pdf  (351.93 Ko)

Rédigé par psa le 28/07/2010 à 06:01 | Permalien

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«Nous pouvons le faire.» Il y avait chez Nicolas G. Hayek une telle détermination qu’elle vous laissait pantois. Il vous regardait alors dans les yeux et l’histoire qu’il vous racontait devenait si belle, si vraie, si crédible que le doute disparaissait aussitôt. Nicolas G. Hayek était un formidable vendeur, un surdoué de la communication.


Dr. Swatch... Chapeau!
Dr. Swatch... Chapeau!

Lorsqu’il se penche au chevet de l’industrie horlogère, au début des années 1980, les banquiers songent à sortir par la petite porte car les dettes et les échecs commerciaux font chavirer un paquebot industriel qui prend l’eau de toutes parts. Les Japonais ont brisé l’hégémonie helvétique; les mouvements à quartz annoncent une révolution à laquelle les horlogers n’ont pas cru; pour la première fois depuis très longtemps, la Suisse vit les heures noires des grandes restructurations; les foules d’ouvriers descendent dans la rue à Neuchâtel et à Bienne; le Conseil fédéral hésite, tergiverse. Quelques hommes, parmi eux Stephan Schmidheiny, le financier providentiel, Pierre Arnold, le président de Migros que tout le monde respecte, et Ernst Thomke, l’industriel inventif du futur groupe Swatch, font une offre de reprise. Ils ont trouvé en Nicolas G. Hayek le consultant qui met en musique les nouvelles idées et les chiffres. La Swatch est déjà dans les cartons, et même si personne n’y croit à ses débuts, Nicolas G. Hayek en fera l’étendard du renouveau. La suite est connue.

Celui qui deviendra l’empereur du groupe Swatch aura d’abord été le messie, puis l’entrepreneur qui réussit une reconversion que tous jugeaient perdue. Il renoue avec la tradition mécanique, rétablit la suprématie d’Omega, fait renaître de ses cendres Breguet, réinvestit dans les usines, ouvre des boutiques prestigieuses. Les défaites horlogères sont vite oubliées. La conquête du monde a repris. Elle ne s’arrêtera plus.

Nicolas G. Hayek triomphe. Le voilà empereur total. Tout l’intéresse. Le design le passionne et nourrit ses créations. Les nouvelles technologies se pointent: il les adopte, une à une. Il est à son apogée. Il provoque en voulant réinventer l’automobile, sermonne les banquiers qui craignent sa colère, encourage les écoles polytechniques, conseille les gouvernements allemand et français. Et tance avec la même fougue irrévérencieuse le Conseil fédéral. Il lui arrive parfois de réécrire l’histoire, de pleurer devant ses visiteurs pour les impressionner, mais l’homme est si sincère qu’on lui pardonne. La presse l’encense; il s’en délecte.

Dans les faits, au-delà des clichés et des légendes, Nicolas G. Hayek a redonné sa fierté à l’industrie suisse, poussé à la grande roue du progrès quand elle refusait l’obstacle. C’est lui encore qui déjoue le naufrage de l’Expo nationale, investit dans les technologies vertes avec la conviction de celui qui ne recule jamais devant une idée forte.

Mais Nicolas G. Hayek avait aussi une autre dimension, celle d’un chef d’entreprise aux allures d’artiste qui magnifie les images et parle de lui à la troisième personne. C’était son double oriental dans une Suisse protestante qui a peur de ses succès et de déranger. Il entre dans l’histoire, dans la lignée des plus grands entrepreneurs du XIXe siècle et sur les pas d’Alfred Escher. Il était à la fois si Suisse et si étranger à la Suisse./////////Pierre Veya


Rédigé par psa le 29/06/2010 à 01:21 | Permalien

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En pleine ferveur de la Coupe du monde, l'art demeure et se fait roi à Basel 2010...


Frantisek Drtikol,
Frantisek Drtikol,
Tout le monde sait désormais qu’Art Basel, la grande foire d’art moderne et contemporain qui ferme ses portes ce dimanche soir, est un endroit où l’on peut croiser des célébrités du cinéma, du spectacle ou de l’économie. Difficile de ne pas lorgner dans leur direction tout en regardant quelques-unes des 10 000 œuvres qui sont exposées dans les halles de la Messe.

Un tableau de Picasso a été vendu mardi dernier pour 15 millions de dollars peu après l’ouverture aux collectionneurs, ce qui est considérable mais beaucoup moins que le prix d’un autre Picasso qui a dépassé les 100 millions dans une récente vente aux enchères. Qui sont ces gens qui dépensent des sommes folles pour des choses dont beaucoup d’autres pensent qu’elles ne les valent pas?

Qu’un footballeur puisse valoir 100 millions de dollars peut choquer mais n’étonne pas. Il rapporte de l’argent en entrées dans les stades, en droits de télévision, en publicité et en produits dérivés. Mais l’art! Roman Abramovitch, milliardaire et propriétaire du club de football de Chelsea, sait pourquoi les œuvres d’art valent autant que les footballeurs. Il collectionne les unes et les autres.

L’art fascine par ce qu’il est, par ce qu’il représente, par ce qu’il dit, et par les émotions mystérieuses qu’il suscite. Il fascine aussi parce que sa valeur est incertaine, qu’elle soit esthétique ou monétaire. Et qu’aucun jugement de goût n’est éternel. Les meilleures œuvres ne sont pas forcément les plus chères; les moins chères ne valent pas forcément plus qu’elles ne coûtent.

Les acheter pour des sommes astronomiques peut sembler irrationnel. On cherche des explications. Ceux qui pensent que l’art devrait être gratuit imaginent qu’il s’agit d’un snobisme ou d’un complot ourdi par des spéculateurs et par des blanchisseurs d’argent sale. Même si tout n’est pas clair sur le marché de l’art, il existe d’autres moyens de parier sur la conjoncture ou de berner les autorités fiscales.

La vraie énigme est qu’à de rares exceptions près tous les acheteurs aiment l’art et s’y intéressent sincèrement. Les liens entre les objets symboliques et le pouvoir politique ou économique ne datent pas de la naissance d’Art Basel en 1970 ni de sa 41e édition. Ils sont millénaires. La puissance a besoin de signes autres que la force et l’argent. Acquérir de l’art donne du sens à la fortune, même quand la fortune n’en a pas.///////////Laurent Wolf


Le choc de l’Art chic : Un sens à la fortune
Clockwork for Oracles II d’Ugo Rondinone se présente comme le décor d’une grande façade percée de nombreuses fenêtres dont les vitrages colorés laissent entrevoir à l’arrière le dispositif de montage et renvoient comme des miroirs l’image de ce qui se trouve du côté de celui qui regarde. Il s’agit bien d’un trompe-l’œil, d’un ensemble de fenêtres albertiennes, d’une machine visuelle qui fait illusion. Mais les fenêtres ne donnent sur aucune historia particulière, si ce n’est l’histoire du lieu où elles sont installées. Et la machine illusionniste signifie du même coup en quoi elle fait illusion.

Rédigé par psa le 19/06/2010 à 00:19 | Permalien

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Texte introductif à la deuxième publication de :
« Appel pour un renouveau démocratique au Togo : le Grand Pardon »


Le Grand Pardon... Une Symphonie Inachevée
Déjà en son temps, l’Appel au Grand Pardon d’Édem Kodjo chantait la Liberté. Il l’avait compris: aucune Liberté n’est gratuite -Freedom is not Free! Pour cette reconquête de Liberté dans les pures traditions togolaises et africaines –et en toute conformité avec l’histoire de la démocratie athénienne devenue universelle, il fallait bien concéder le Grand Pardon, il fallait bien tracer une ligne pour réellement redémarrer un Togo différent de son passé, tracer une ligne claire et droite et non une ligne floue et oblique. Le réalisme du Grand Pardon le mettait du côté du peuple conquérant de sa Liberté et il y est resté.

Ce penseur lucide et acteur invétéré de l’art politique que demeure Édem Kodjo l’avait compris, bien compris avant nous tous qui n’y voyons pas toujours clair à cette époque là… Certains auront mis exactement vingt ans pour enfin l’avouer publiquement; d’autres n’y adhèrent toujours pas encore. En réalité, très peu de gens était préparé à garder la tête froide devant le déferlement de démocratie et sa canalisation nécessaire au plan administratif, politique, social, économique et symbolique. Une canalisation qui se devait de réussir afin de garantir le changement dont tout le Togo avait soif. Nous étions en 1990!

Vingt ans plus tard, vingt longues années après, comme une Symphonie inachevée (dixit Zeus Ajavon) le même refrain du Grand Pardon demeure d’actualité à travers son parti pris pour la Liberté, le Patriotisme et le Développement, et contre « la violence politique », « la manipulation de l’histoire » et « le tribalisme » clairement énumérés par Édem Kodjo. C’est un constat d’une rigueur implacable qui, au lieu d’y aller par quatre chemins, s’est judicieusement limité à ces trois maux qui piègent l’avenir du Togo et empêchent de sortir le pays de « L’ère des solutions opaques, des démarches obliques, du contournement de la réalité » pour enfin « répondre à la légitime impatience du peuple ».

En relisant ce texte puissant que nous recommandons fortement à l’exploration nouvelle, et en le méditant avant son opportune diffusion, on est surpris et interpellé à chaque paragraphe par une observation récurrente: «…et si Édem Kodjo était véritablement le digne héritier des grands hommes politiques qui avaient toujours eu le souci d’un continent africain uni et la fierté de l’indépendance de chacun des pays …pourquoi ne le serait-il pas? …pourquoi dans toute sa compétence et habileté politiques ne serait-il pas le véritable héritier du père de l’indépendance et fervent défenseur de la Liberté du Togo et du continent africain? ».

L’on arrive aisément à ce constat en redécouvrant la profondeur du texte, la sérénité des propos, la densité de la conviction, l’agilité du raisonnement et surtout, surtout la générosité de la prophétie que personne d’autre n’a su énoncer jusqu’à maintenant; une prophétie dont personne d’autre n’a su être porteur pour en donner un retentissant écho. Écoutons Édem Kodjo formuler autrement la problématique togolaise… il y a déjà vingt ans, en homme d’État, Édem Kodjo disait ce qui devait être dit, sans réclamer aucun héritage politique:
« Farouchement attaché au Togo qu’il avait conduit à l’indépendance dans l’honneur et la dignité, le Président Sylvanus Olympio dans sa dernière demeure ne nous dénierait ni le droit ni le devoir de refuser que le sang qu’il a versé soit un objet permanent de discorde entre ses compatriotes. L’heure est enfin venue de réaliser le Grand Pardon. »

Ça c’est fort ça! Malgré toutes les évolutions passées et récentes, il y a manifestement devoir national en ce Grand Pardon! C’est tellement for habile que cette retranscription d’un drame fondateur prenait subitement la forme d’un programme politique national de réconciliation, courageusement déposé devant tout Président de la République togolaise, quel qu’il soit, et au pied de chacun des citoyens de ce pays. Mais alors, tout doit se faire dans la transparence, le respect et la bonne foi :
« Nous en appelons au patriotisme de tous les Togolais. Qu’ils comprennent qu’il n’existe pas de douleur ni de souffrance qui résiste indéfiniment au temps, que près de trente ans après les dramatiques événements de 1963, l’heure a sonné de tendre les uns vers les autres, les paumes ouvertes de la réconciliation. Nous demandons au Gouvernement, et particulièrement au Président de la République d’admettre qu’en dépit des déclarations officielles, la réconciliation n’a jamais été effective dans notre pays. En conséquence, nous adjurons le chef de l’État de tout mettre en œuvre pour qu’intervienne au plus vite une véritable union et réconciliation entre les enfants du Togo. Pour ce faire, il doit se surpasser et faire les premiers pas en proclamant une amnistie générale pour tous les délits politiques y compris ceux qui se sont traduits par un recours à la violence.
(…)
Nul doute qu’en l’absence du Grand Pardon, les autorités actuelles, hantées par une vengeance aux mille visages, continueront de vivre comme dans un camp retranché et que l’opposition toujours vivace campera elle aussi sur ses positions. Nous souhaitons que cela change. Le Chef de l’État actuel doit être assuré de façon solennelle qu’aucun compte ne sera demandé à quiconque pour la violence politique passée. En retour, nous exigeons la réhabilitation de la Première République Togolaise, incarnée par le Président Sylvanus Olympio et les compagnons de l’Indépendance. La Nation entière sera garante de ce consensus qui sera solennellement proclamé à la face de l’Afrique et du monde. »

Personne n’a su s’emparer de cette perspective, nul n’avait voulu l’écouter! Peut-être l’avait-on fait, mais de manière malicieuse, de cette manière qui ne convainc personne et ne produit aucun résultat? Toujours est-il que depuis lors, depuis vingt ans, tout le Togo tourne en rond sous une mécanique politique obsolète, les uns se jouant des autres, jusqu’à un autre point de blocage et de panne en cette année jubilaire 2010, cinquante ans après l’indépendance du pays.

L’année 2010 est têtue comme l’est l’histoire du Togo. Ensemble, elles retournent chaque Togolaise et chaque Togolais à la lecture ou à la relecture de ce texte authentique au titre évocateur: « Appel pour un renouveau démocratique au Togo : le Grand Pardon ».

En tout point, au son de chaque phrase et au rythme de chaque paragraphe, on aperçoit qu’en réalité Édem Kodjo, à travers l’audace et la prophétie du Grand Pardon, demeure une Symphonie inachevée. Elle résonne et revient à chaque fois que la raison et le cœur du Togo soupirent… Liberté! Réconciliation! Développement!

Plusieurs motifs militent en faveur de la publication de cet « Appel pour un renouveau démocratique au Togo : le Grand Pardon ». D’abord l’opportunité de sa découverte dans les archives de Forum-Hebdo. Perdu de vue, nous avions souvent fait référence à ce texte fondamental en harcelant son auteur de nous en trouver copie en cette ère de nouvelles technologies de l’information et de la communication. Notre acharnement à vouloir retrouver ce texte a poussé à l’approfondissement de la recherche ainsi qu’au résultat de son exhumation.

Mieux encore, la qualité et la pertinence de l’analyse dont le document est porteur –lesquelles ne souffrent d’aucune ride ou stigmate malgré les vingt années de tergiversation démocratique, tout comme l’impasse et la fracture politiques dans lesquelles se retrouve le Togo après les élections présidentielles du 4 mars 2010, rendent incontournable cette diffusion nouvelle du « Grand Pardon » : une réflexion désormais inscrite au patrimoine de l’histoire du Togo. Une œuvre qui n’appartient plus à son auteur, mais à la conscience intime de chaque Togolaise et de chaque Togolais.

Sommes-nous prêts cette fois-ci à explorer toutes les richesses, nombreuses, de ce document unique et sans pareil dans la vie politique du Togo? Une si majestueuse symphonie restera-t-elle toujours inachevée? Elle qui se termine par le plus noble des appels aux filles et fils du Togo : « Togolais, viens bâtissons la cité… »


Pierre S. Adjété, Québec, Canada;
Cornélius Aïdam, Lomé, Togo;
Yao Assogba, Québec, Canada.


edemkodjo_legrandpardon_marbreblanc.pdf EdemKodjo.LeGrandPardon-MarbreBlanc.pdf  (367.76 Ko)
edemkodjo_legrandpardon_marbremarron.pdf EdemKodjo.LeGrandPardon-MarbreMarron.pdf  (369.15 Ko)
edemkodjo_legrandpardon_granit.pdf EdemKodjo.LeGrandPardon-Granit.pdf  (371.13 Ko)

Rédigé par psa le 03/06/2010 à 03:03 | Permalien

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Au Togo, les compteurs sont proches de zéro. Chaque logique politique a pratiquement atteint le bout de sa randonnée solitaire, fidèle aux Deux Solitudes très caractéristiques de ce pays. Heureusement, le pays existe toujours… mais dans quel état et pour quel avenir? Il est même trop tard de se permettre le luxe d’être pessimiste. Quoi faire maintenant que tout semble être bloqué? Quoi faire maintenant que les deux extrémités se rejoignent et rien se semble bouger pour autant? Alors là seulement, il faut redevenir réaliste et demander l’impossible aux acteurs politiques en interpellant leur responsabilité collective face à l’histoire: la réforme politique comme moyen de concrétiser le Grand Pardon et la Bonne Foi. Osez reconquérir l’enthousiasme de tout un peuple; enthousiasme sans lequel aucun pays ne peut se construire ! Osez l’optimisme: convoquez la Bonne foi et le Grand Pardon au service du Togo et de l’enthousiasme de ses citoyens. Il est urgent d’agir! Ce projet d’une Commission Nationale sur l’Avenir du Togo, en tant que modèle de réforme politique ou changement volontaire de large consensus, est présenté comme suite logique à l’évaluation du professeur Yao Assogba dans son récent texte: « La raison historique : la voie pour la renaissance du Togo ». Le présent texte est supporté par un schéma explicatif en addendum.


Commission Nationale sur l’Avenir du Togo
La précarité de la situation politique du Togo a trop duré qu’il est raisonnablement difficile de concevoir le triomphe d’un camp au détriment de l’autre, sans aucun péril ni risque. Dans un pays où tout est pratiquement décrédibilisé, fondamentalement les attributs premiers d’un État de droit d’essence éthique, il est grand temps de s’éveiller à l’essentiel pour ne pas trop se perdre en conjectures et en présuppositions inutiles que la déconfiture hypothétique d’un camp profiterait à l’autre par enchantement ou ralliement.

Le Togo va mal. Le Togo est bloqué, victime de lui-même, victime du manque d’audace politique et victime d’un manque de vision partagée et de perspectives sur le long terme. Il est temps d’agir, et la balle est dans le camp de tous les citoyens, et particulièrement à portée de la volonté d’action du pouvoir exécutif qu’incarne Faure Gnassingbé.

La collection relativement impressionnante des lettres de félicitation, diplomatiques, adressées par les chancelleries internationales permettront difficilement de rétablir la confiance interne perdue entre les principaux acteurs politiques. De plus, ce que l’unique fête du cinquantenaire d’indépendance n’a pas pu réaliser le 27 avril 2010, il est difficile de l’espérer des vestiges d’une élection présidentielle du 4 mars 2010 qui traine d’énormes insuffisances au point de provoquer un schisme politique comme jamais auparavant. Le ralliement hypothétique même de Gilchrist Olympio au pouvoir, et l’allégeance de ses Amis ne semblent pas sonner l’adhésion de tout un peuple, encore confus devant les évolutions politiques en cours. Et ce peuple reste troublé de voir son chef d’État prêté serment derrière une vitre blindée, après un plébiscite électoral des 2/3 de la population togolaise.


Du leadership du pouvoir exécutif vers un cap de nouvelles espérances

Que se passe-t-il réellement au Togo? Que s’est-il alors passé depuis tant d’années? À l’œil nu, on peut dire que le temps est vite passé par là ; la relève des acteurs politiques vite arrivée; une jeunesse toujours exaspérée et en colère; des citoyens désillusionnés et meurtris par la politique; manifestement, le Togo va mal. Dans une telle confusion politique, le Togo ira mal aussi longtemps que son peuple ne se sentira pas avoir été entendu. C’est une question de dignité humaine que la classe politique se doit d’intégrer dans son approche.

Au-delà des positions antagonistes, au-delà même des allégeances et des alliances de circonstance, il reste toujours à gérer le défaut de légitimité né de l’exacerbation et du pourrissement de la division politique au Togo. Le risque de la dérive même de l’institution étatique devient réel, face au refus de coopération de toute une partie de la population. Le président de la république togolaise, Faure Gnassingbé, s’était rendu à cette évidence qu’il ne pouvait plus continuer à ignorer la contestation récurrente, longtemps minimisée, mais toujours effective de son pouvoir.

Dans son discours du cinquantenaire de l’indépendance, le portrait public tardif et désespérant que le chef de l’État togolais a dressé du pays qu’il gouverne depuis cinq ans, à la suite de près de quarante années de règne de son père, est le témoignage de cette dérive ininterrompue du Togo. Il est trop tard pour continuer ainsi!

Commission Nationale sur l’Avenir du Togo
Il est même trop tard pour être pessimiste aurait dit Yann Arthus-Bertrand dans les circonstances. Il faut prendre action, il faut retrousser nos manches. Il faut désormais ramener le Togo à quai, prendre le temps de refaire ses principaux voiles, renouveler l’enthousiasme à bord, se donner de nouveaux horizons, et reprendre le cap de nouvelles espérances.

Inscrire le Togo à ce travail audacieux de renaissance politique et de redémarrage vers les objectifs de développement, appeler les Togolaises et les Togolais autour de cette œuvre commune du « Bâtissons la Cité », nécessitent un acte de foi en ce pays et en la capacité de ses citoyens à s’inventer collectivement un avenir harmonieux et un vivre ensemble réparateur des malentendus, certes. Mais c’est aussi un engagement certain et authentique qui ne doit laisser aucun doute dans les esprits afin d’assurer le plein succès à cette mission de réincarnation de tout un pays. C’est un acte politique qui interpelle, désormais et avant tout, la conscience de Faure Gnassingbé et relève de sa plus haute responsabilité.

Le leadership politique du chef de l’État togolais réside même dans cette opportunité à transformer les velléités contestataires en un renouveau national. Ce n’est pas une chose facile pour Faure Gnassingbé qui est né et baigne depuis toujours dans un environnement et une logique militaires où les renseignements, la stratégie et l’opération tendent à transformer le paysage politique et ses acteurs en théâtre de guerre; là où la ruse se doit d’amener au triomphe, particulièrement dans un cas qui s’apparente à la contre-insurrection.

Les théories militaires dominantes de l’environnement dans lequel Faure Gnassingbé a toujours évolué redoutent tellement ces situations de type insurrectionnel et de désobéissance civile, qu’il leur est difficile de ne pas confondre « citoyens à gérer » et « rebelles à éliminer ». En tout cas, tout tend à démontrer cette approche guerrière quasi-permanente; et la preuve du contraire se doit d’être faite désormais par celui qui incarne ce pourvoir exécutif au Togo.

Bien souvent et à travers l’histoire, lorsque le destin d’un peuple se heurte à la tragédie de la désunion, exacerbée par une mémoire collective encore affligée de rancœurs et de soupçons, la conscience citoyenne renait autour de la Bonne foi et du Grand Pardon dans une réforme volontairement initiée, orchestrée et mise en œuvre. C’est ce que demande le Togo aujourd’hui, bien plus qu’une évolution lente, passive et non enthousiaste dans les conditions actuelles, encore moins une révolte aléatoire ou une révolution radicale.


Une Commission Nationale sur Notre Avenir Commun…

Au point où en est le Togo, après toutes les tribulations des accords politiques antérieurs dont les fruits restent insuffisants, après toutes les tentatives de raccordement sociopolitiques au moyen des structures de réconciliation sans ferveur citoyenne, c’est avec courage que l’émanation de l’État togolais, le pouvoir exécutif, doit se regarder et se donner les moyens d’avancer.

Plusieurs acteurs sortent des observations convergentes, lorsqu’on explore leurs propos et leurs écrits: tôt ou tard, un rapprochement et un dialogue sérieux doivent être établis entre le pouvoir et l’opposition; l’occupation des rues et les marches de protestation feront augmenter la tension sociale, avec les manifestations régulières jugées constitutionnelles d’un côté et les répressions ou les interdictions administratives de l’autre; les conséquences politiques, économiques, sociales et médiatiques sur le Togo ne serviront pas l’intérêt du pays; la division nord-sud du Togo, manifeste dans plusieurs institutions, gangrène toujours et lourdement le Togo; les bienfaits de la réforme politique et même ceux de l’alternance doivent s’intégrer dans une volonté réelle de vivre ensemble; les citoyens et la diaspora doivent enfin prendre la parole et se sentir écouter; etc.

Il s’agit donc de prendre les moyens pour concevoir la dynamique d’une réforme qui, en même temps, baissera les tensions en ramenant la confiance, c’est à dire : la Bonne foi et le Grand Pardon, les deux s’alimentant réciproquement. Une Commission nationale sur l’avenir du Togo, placée sous la présidence effective et compétente d’une sommité à la hauteur du défi de la connaissance de l’État, est alors tout indiquée.

Une telle Commission qui dans la pratique prendrait aussi le nom de la personne qui en assumera la présidence, sera dotée d’un mandat large devant lui permettre, par exemple, de : écouter le peuple togolais, sa clase politique et ses élites; recevoir des propositions sous forme de mémoires ou de présentations directes des acteurs et de toutes les forces vives du Togo et de sa diaspora; intégrer judicieusement les initiatives politiques existantes; faire un rapport au pouvoir exécutif dans un délai raisonnable; faire des recommandations selon des perspectives novatrices et identifier les dispositions pour leur mise en œuvre; plus généralement, explorer et faire des propositions pratiques sur l’avenir politique du Togo.

Une telle démarche républicaine serait susceptible de baisser les tensions, arrêter les contestations sous toutes ses formes et faire place aux idées concrètes, en même temps que d’aider à faire la démonstration que les Togolaises et les Togolais sont en mesure de se donner un destin et un avenir communs, négociés par eux, au moyen de leur propre histoire et selon leur conception du pays.

Naturellement, il faut une organisation pratique et très professionnelle d’une telle Commission qui prendrait appui sur les expériences modernes significatives existant à travers le monde, adaptées et domestiquées selon le contexte togolais. Sans aucun doute que l’État togolais ainsi que ses partenaires traditionnels seront en mesure de fournir les moyens financiers, matériels et humains adéquats pour assurer l’opérationnalisation de cette Commission.

Ainsi, le Grand pardon et la Bonne foi, comme vecteur de compromis, seront en œuvre dans l’honneur même de la personne qui assumerait la présidence de cette Commission et également dans le respect, la dignité et la considération qui seront ainsi restitués au souverain peuple togolais et à tous les acteurs politiques.

Pour faire face à un tel défi, les plus hautes autorités togolaises doivent dégager un profil de personnalité suffisamment élevé pour garantir et mener cette responsabilité historique. Certains de ces critères sont la formation et l’expérience en tant que compétence administrative, gouvernementale, politique, sociale, économique et autres, ainsi que l’envergure internationale, la densité intellectuelle, la distance en termes d’ambition propre, tout comme la proximité vis-à-vis des enjeux actuels ainsi que la confiance des élites du nord et du sud du Togo.

Il est alors difficile avec un tel profil de ne pas penser, tout naturellement, à Édem Kodjo. L’homme rassemble une dense expérience d’État, au plan national et international, ainsi qu’une capacité d’analyse et de perspective tout comme de réelles habiletés de convergence diplomatique dont le Togo doit tirer avantage dans les circonstances historiques du moment.

Par ailleurs, le point où le Togo se retrouve aujourd’hui, correspond exactement aux prévisions et propositions antérieures du seul Édem Kodjo avec son idée du « Grand Pardon » (1) togolais, l’équivalent d’autres expériences initiées partout à travers le monde, dont celle mise en œuvre avec conviction en Afrique du Sud par un certain Nelson Mandela.

C’est bien de la conviction qu’il faudra pour faire aboutir une telle volonté d’action et, dans le contexte togolais, Édem Kodjo en a les moyens, maintenant que les Togolais eux-mêmes se doivent d’imaginer leur plan de sortie de crise. Les récriminations passées envers Édem Kodjo, souvent basées sur des incompréhensions et des jugements hâtifs et décontextualisés, n’aliènent nullement la capacité de cette personnalité de grande dimension à diriger une Commission nationale sur l’Avenir du Togo avec toutes les exigences d’intégrité, de rigueur et de flexibilité qui rallieraient les différents pôles d’intérêt politique, économique, social et militaire autour de l’application des principales recommandations.

Après toutes les péripéties par lesquelles la nation togolaise est passée toutes ces années, l’heure n’est plus aux critiques; l’heure est à la construction de l’avenir d’un pays bloqué par les démons de la division politique. Un changement de type volontaire (2) est nécessaire pour la sérénité de la république, sans malice ni dol, mais avec un patriotisme immaculé duquel le Togo et les Togolais sortiront gagnants. Un leadership politique médiateur, plutôt qu’un légalisme doctrinaire frileux, est particulièrement requis face à ce besoin de dépassement politique historique au Togo.


… Une Commission pour maintenant et demain

La mise en place de cette Commission national sur l’Avenir du Togo (2-3 mois), la gestion de ses activités (4-6 mois), la production et la publication de son rapport (2-3 mois) ainsi que la mise en place effective des propositions (12-18 mois) redonneront une crédibilité à l’ensemble des composantes de la société togolaise; le tout durant le temps d’un demi-mandat-présidentiel. Le pouvoir exécutif, le chef de l’État togolais notamment, doit ainsi saisir cette opportunité pour rentrer dans l’histoire, en compagnie de tous les acteurs politiques actuels et faire l’indispensable jonction entre les deux solitudes togolaises, entre des leaders clairvoyants et des institutions fortes, entre la légalité et la légitimité, entre l’État de droit et l’éthique publique, entre le passé et l’avenir du Togo.

La souplesse et l’ouverture intrinsèques à la Commission nationale sur l’Avenir du Togo militent en faveur de sa réussite. Le crédit de ce succès réside davantage dans la dynamique du symbolisme, son audace politique et citoyenne, l’enthousiasme participatif partagé de tous ainsi que l’éthique républicaine; plutôt que d’y voir un avantage conféré à une personne ou à une autre, à un camp sur un autre, à un parti au détriment de l’autre.

Une telle proposition d’établissement d’une Commission nationale sur l’Avenir du Togo se doit donc d’être évaluée avec une ambition républicaine devant l’alternative conflictuelle en cours et qui, si l’on n’y prend pas garde, ferait passer le Togo par d’autres grands dommages radicaux propres aux modes de changement dans des sociétés bloquées par de vives dissensions. Tôt ou tard, le Togo devra expérimenter à sa manière, cette indispensable « réforme », cadre idéal du dialogue, du renouveau et de la renaissance de la Nation (3).

L’Afrique comme le Togo peuvent faire l’objet de convoitises d’une certaine communauté internationale. Toutefois, cette dernière ne peut dessiner l’avenir du Togo et des Africains à leur place. Au contraire, c’est à la vue d’une volonté réelle, raisonnable et rationnelle que les partenaires du Togo se verront encouragés à contribuer respectueusement à des perspectives de résultats pour les Togolaises et les Togolais.

À certains moments de l’histoire, chaque peuple se doit d’inventer son avenir. Les Togolaises et les Togolais sont dotés des mêmes capacités pour concevoir, engendrer et réaliser leur propre destin. C’est à ce carrefour historique entre l’espoir et la désillusion, entre le pardon et la vengeance, entre la citoyenneté et la rébellion, entre la république et les récriminations que nous nous trouvons, filles et fils du Togo. Heureusement que les leviers de décision sont encore entre nos mains.

Il est temps d’agir pour le Togo. Le Togo, très affaibli par une confrontation interne sans fin, le mériterait bien de ses enfants. Et pour ses enfants, osons l’action. Osons notre avenir! Agissons maintenant! Il et trop tard pour être pessimiste. Une Commission nationale sur l’Avenir du Togo doit pouvoir ramener la sérénité au Togo, préparant ainsi la voie à une réforme salutaire consensuelle frappée du sceau sacrée de l’honneur et de la dignité. Le Togo en est à ce point que ses enfants eux-mêmes doivent prendre leur destin dans leurs mains propres, et sans tromperie les uns des autres. Il est grand temps pour le Togo.


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(1) Le texte original, conçu par Édem Kodjo aux lendemains des évènements du 5 octobre 1990 et diffusé en novembre 1990, sera de nouveau publié, bientôt, après sa validation par l’auteur. L’intitulé complet du texte d’Édem Kodjo est « Appel pour un renouveau démocratique au Togo : le Grand Pardon ». Vingt années plus tard, cet Appel caractéristique de la pensée politique de son auteur reste d’une étonnante actualité. Faudrait-t-il s’en réjouir ou s’en désoler? Chaque personne en jugera devant le présent balbutiement de l’histoire du Togo.
(2) Dans son récent texte publié le 6 mai 2010 et intitulé La raison historique : la voie pour la renaissance du Togo, le professeur Yao Assogba estime que le changement social emprunte généralement quatre voies: l’évolution, la réforme, la révolte et la révolution. La réforme étant « un changement volontaire recherché par deux catégories d’acteurs sociaux collectifs organisés, et qui s’efforcent d’obtenir ce qu’il faut par un processus de négociation entre elles, sans déclencher ni de grands conflits ni de grandes contradictions
(3) Une illustration, en renforcement de la présente réflexion, est faite dans le document joint: « Continuum du Grand Pardon et de la Bonne Foi; une appropriation républicaine du changement politique en vue du développement du Togo. »


togo_commissionnationaleavenirtogo_addendum.pdf Togo.CommissionNationaleAvenirTogo-Addendum.pdf  (382.03 Ko)
togo_commissionnationaleavenirtogo_texte.pdf Togo.CommissionNationaleAvenirTogo-Texte.pdf  (542.48 Ko)

Rédigé par psa le 23/05/2010 à 15:15 | Permalien

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Gilles Rousset
Gilles Rousset


C’est la bonne nouvelle, saluée par les marchés financiers internationaux: les pompiers européens sont crédibles. En promettant de lever 750 milliards d’euros pour venir en aide aux États en difficulté de trésorerie, les 16 membres de l’Eurozone ont étouffé l’incendie qui menaçait de détruire tout sur son passage. La bataille fut rude et les négociations difficiles, notamment avec l’Allemagne qui a résisté tant qu’elle a pu à signer le chèque en blanc que certains exigeaient d’elle. Quant à la Banque centrale européenne (BCE), elle a renié sa propre doctrine au cours d’une nuit qui restera dans l’histoire comme celle où l’échec politique était interdit.
Les mesures prises sont exceptionnelles et désarment – pour un temps au moins – les spéculations qui contaminaient peu à peu la zone dollar et risquaient de paralyser les circuits financiers. Mais tout le monde comprend déjà que les causes de l’incendie subsistent. Nombre d’États sont en situation de surendettement chronique depuis trop longtemps et tardent à adapter leur budget.
Cette réalité n’a pas changé avec la décision prise dans la nuit de dimanche à lundi. L’aide promise ne fait que souligner l’urgence de réformes qui se traduiront par un climat d’austérité économique qui, si les remèdes sont trop faibles ou mal adaptés, pourrait décourager le retour de la croissance ou, plus insidieux, déboucher sur une longue période de stagnation. Les risques politiques demeurent tout aussi élevés car, si l’élan de solidarité entre États est remarquable, impressionne, nul ne sait comment les opinions publiques accepteront une discipline budgétaire décidée et imposée par d’autres États, sous la supervision du FMI.
L’Union européenne a réussi à resserrer les rangs et à colmater les brèches les plus dangereuses. Le feu que l’Europe entendait éteindre initialement avec 30 milliards d’euros pourrait reprendre ailleurs, notamment en Grande-Bretagne et aux États-Unis, qui jonglent avec des dettes privées et publiques qui leur brûlent les doigts.
Peu importe au fond la spéculation: la confiance dans une zone monétaire ne se décrète pas. Elle se gagne, se mérite par des actes et une discipline fiscale crédibles.///////Pierre Veya

Rédigé par psa le 11/05/2010 à 01:11 | Permalien

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Yao Assogba
Yao Assogba
Dans son cas, on ne dira pas qu’il sort de sa réserve; pour un professeur, il sort plutôt de sa retenue. Ainsi donc, pour la première fois, le professeur Yao Assogba utilise, enfin, notre Togosphère pour partager ses réflexions sur notre pays, le Togo.

Dans une démarche pédagogique, alliant la simplicité du langage à la profondeur de l’analyse, Yao Assogba en vient à une proposition claire : un Concordat doit élire une personne de grande facture pour assumer une période de transition politique au Togo. Rien de moins!

C’est le résultat d’un exposé patient à forte facture historique sur les développements politiques récents du Togo. Yao Assogba va puiser dans ses propres écrits et analyses antérieures publiées dans ses livres et ses articles, certes. Il va surtout peindre le Togo contemporain à partir des faits qui auront marqué notre pays depuis ces dernières années. Un constat d’une grande lucidité, une solution de sage solidarité. Pour le constat : le Togo doit presser les pas vers la démocratie, en sortant du piège de la « démocrature » –mot dont il avait fait usage depuis le siècle dernier, 1996 en réalité. Pour la solution : cinq étapes ou constituantes sont identifiées dont celle audacieuse et peu couteuse de l’élection par un collège qualifié d’une personnalité de transition. C’est là la clé du passage du Togo à une véritable ère de la démocratie qui tarde trop à s’éclore.

Bien entendu, je suis objectif dans mon biais… Je suis proche de Yao Assogba, son conseiller spécial que son titre de Président requiert et, nous nous nourrissons de très fréquentes discussions. Mais comme tout le monde, je n’ai vu que le produit fini ou presque. La densité du document m’a alors fait penser à un texte introductif, celui-ci, qui ne remplace pas du tout l’exploration de chacune des neuf étapes de la démarche de mon président Yao Assogba. Au passage, Yao Assogba n’est pas Politicien et ne vise aucun fauteuil : c’est en humaniste, sociologue, patriote et citoyen convaincu de son rôle, « Fais-Ce-Que-Dois », qu’il partage ses réflexions avec nous. À la différence qu’il connait pratiquement tous les acteurs de la vie politique du Togo… pratiquement, dis-je bien. Tout cela justifie cet utile texte de fond.

yaoassogba_togo_la_raison_historique.pdf YaoAssogba.Togo-LA RAISON HISTORIQUE.pdf  (700.32 Ko)

Rédigé par psa le 07/05/2010 à 02:37 | Permalien

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L’Orangerie des Tuileries est l’un des plus curieux musées parisiens. Une adresse un peu méconnue, bien qu’elle conserve l’une des plus belles collections d’art moderne, constituée par le marchand d’art Paul Guillaume (Cézanne, Matisse, Picasso, Derain, Soutine, etc.), et qu’y soient installés les Nymphéas (1920-1926) de Monet, huit panneaux géants qui baignent dans la douce lumière du jour depuis la rénovation du bâtiment. L’Orangerie accueille une exposition Paul Klee (1879-1940), vingt-six tableaux dont dix-sept ont été prêtés par la Fondation Beyeler à laquelle l’Orangerie avait confié ses Douanier-Rousseau pour la rétrospective qui vient de se terminer à Bâle.


Claude Monet, Les Nymphéas-Effet du soir
Claude Monet, Les Nymphéas-Effet du soir


En France, malgré le rang qu’il occupe dans l’histoire de l’art de la première partie du XXe siècle, Paul Klee est encore une silhouette. Il est peu représenté dans les collections publiques. Il n’a pas le statut de Kandinsky, sans doute parce qu’il n’a jamais habité à Paris. Cette petite exposition sera donc une redécouverte pour les amateurs français. Mais pourquoi conseiller d’aller la voir alors que nous possédons, à Berne, le plus grand patrimoine Klee du monde? C’est que la plupart des tableaux ont été choisis par le marchand d’art Ernst Beyeler, qui vient de décéder, et qu’il s’agit donc d’une sélection à laquelle le regard du collectionneur vient donner un relief particulier, sensible qu’il était au mélange d’humour et de tragique doublé d’un savoir-faire discret.
Ernst Beyeler a surtout collectionné la dernière période de Klee, depuis son arrivée en Suisse en 1933 jusqu’à sa mort en 1940. Touché par l’exil, puis par la maladie qui l’emportera, Klee est moins mental, moins volontaire, plus direct que dans sa période du Bauhaus. Il ne retient plus son expression, ni sa tendresse, ni une sorte de désespoir sombre. Pas un jour sans peinture ou sans dessin. C’était un principe qu’il appliquait non seulement par discipline mais aussi parce que la continuité de l’effort retient l’effusion. Une tension sourde règne en permanence, au bord de l’explosion, mais que l’artiste peut organiser. Beyeler aime les tableaux qui atteignent le point limite où tout pourrait s’écrouler.
Cette exposition dépayse les Klee de Beyeler, elle les installe dans un cadre qui n’est pas le leur d’habitude, pas loin d’un autre choix de collectionneur, celui de Paul Guillaume, et de tableaux dont beaucoup sont contemporains de ceux de Klee et permettent, par rapprochement et par comparaison, de mieux situer sa place dans l’histoire de l’art. Bien qu’il ait participé aux mouvements artistiques allemands qui ont précédé la guerre de 1914-1918, et bien qu’il ait été professeur au Bauhaus de 1920 à 1931, Klee est resté en marge des avant-gardes. Il a suivi un chemin solitaire. Renonçant à l’esprit de bataille et d’affirmation qui régnait à son époque.
Par sa densité, l’exposition des Klee de Beyeler perturbe toute lecture de l’histoire comme une succession de groupes, d’écoles, de tendances. Elle conduit à s’interroger sur les mécanismes d’influence, sur les effets de l’art des uns sur l’art des autres, en mettant, tout près des Cézanne, des Picasso ou des Matisse, une peinture qui réussit le prodige d’être à la fois de son temps et hors de son temps. Klee travaillait petit. Ses plus grands tableaux dépassent rarement le mètre de côté. Or, à l’Orangerie, il côtoie non seulement des œuvres de plus grande taille qui appartiennent à la collection Guillaume, mais aussi les Nymphéas, huit toiles dont la plus grande fait 17 mètres de long et deux de hauteur. Comment les petites peintures de Klee peuvent-elles tenir face à cette monumentalité?
La dimension a été l’une des grandes questions qu’ont dû résoudre les peintres au XXe siècle parce que, contrairement aux époques précédentes, elle n’était pas aussi précisément réglée par le marché et par les commandes. Les Nymphéas sont une commande libre de Clémenceau à son ami Monet qui a pu peindre sans limite. Et cette absence de limite a eu une influence directe sur les choix des artistes abstraits américains au cours des années 1950. Cette question reste d’actualité pour les peintres, mais aussi pour les ins¬tallateurs ou les vidéastes. Vu l’importance des musées et des expositions internationales comme les biennales, le grand format est devenu un critère de visibilité.


Rédigé par psa le 04/05/2010 à 01:00 | Permalien

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Le leader libéral-démocrate, centriste, pourrait jouer le rôle de faiseur de roi après les élections législatives du 6 mai en cas de coalition. Il a convaincu 35% des téléspectateurs qui ont suivi le débat jeudi soir sur ITV et, cette fin de semaine, il est pratiquement en tête des plus grands gains dans tous les sondages politiques. C’est un bond extraordinaire pour celui dont la photo ne disait pas grand’ chose à la plupart des Anglais, il y a encore quelques jours. Le politicien nouveau genre parlant français, allemand et espagnol, va-t-il réussir à briser suffisamment le dualisme politique dans un pays de tradition? Il a tout l’air du Zoulou blanc, le Johnny anglais, que l’on n’attendait pas dans cette lutte au 10 Downing Street.


Nick Clegg en Johnny Clegg



Une partie de la Grande-Bretagne s’est découvert un nouvel homme politique jeudi soir. Nick Clegg, leader des libéraux-démocrates, a clairement remporté le premier débat télévisé électoral de l’histoire du pays. Alors qu’encore un tiers des Britanniques ne reconnaissaient pas sa photo jusqu’à présent, il s’est imposé face à près de 10 millions de téléspectateurs de la chaîne ITV, se montrant plus à l’aise que ses deux opposants.
Agé de tout juste 43 ans, Nick Clegg, qui a pris la tête des libéraux-démocrates (parti centriste) voilà plus de deux ans, a longtemps souffert d’un manque de reconnaissance du grand public. Mais entre les leaders conservateurs David Cameron et travailliste Gordon Brown, il avait jeudi soir le plus beau rôle: renvoyer dos à dos ses adversaires, qu’il appelle «ces deux-là».
Dans une Grande-Bretagne profondément déçue de ses hommes politiques, échaudée par le scandale des notes de frais l’année dernière, il a pu jouer le rôle de l’outsider. «Cette élection est une chance fantastique de faire les choses différemment. Ne les laissez pas vous dire que vous n’avez pas le choix.»
Si cette position de troisième homme n’est pas une surprise, son aisance pendant le débat est plus étonnante. Alors que le cadre du débat était très rigide (un spectateur pose une question, chaque candidat a 90 secondes pour répondre, puis une autre minute si nécessaire), il a été le premier à réussir à se détendre. Parlant directement aux spectateurs présents, il s’est montré plus concret que ses deux adversaires.
Cette victoire de Nick Clegg renforce son rôle potentiel de faiseur de roi de l’élection du 6 mai. En cas d’absence de majorité absolue des deux principaux partis, ce que les sondages prédisent, il pourrait aider à former une coalition. Les libéraux-démocrates ont 63 députés actuellement à la Chambre des communes (10% des députés), et ils devraient en compter le même nombre, si ce n’est plus. Pour l’instant, Nick Clegg refuse de s’exprimer sur une possible coalition, sauf à affirmer que le plus grand parti, quel qu’il soit, aura vocation à créer le gouvernement.
Nick Clegg a cependant fait le plus facile jeudi soir. Avec peu de couverture médiatique le reste du temps, il a bénéficié à plein de l’effet de surprise. Maintenant que les feux de la rampe sont tournés vers lui, il va devoir s’expliquer sur son programme qui possède des relents populistes : Il souhaite aussi une séparation complète des banques d’investissement et des banques de dépôts, une proposition qui sera difficile à mettre en œuvre sans accord international; les libéraux-démocrates veulent aussi renoncer au renouvellement du Trident, le système de sous-marins dotés de l’arsenal nucléaire britannique. Cela ne signifie pas la suppression complète de la dissuasion nucléaire, mais son affaiblissement.
Le côté proeuropéen de Nick Clegg peut aussi dissuader quelques électeurs britanniques. Sa mère est néerlandaise, sa femme espagnole, et il parle couramment français et allemand. Il a été député européen jusqu’en 2004.
Pour autant, le vent frais que fait souffler Nick Clegg pourrait être bien accueilli par l’électorat. De plus, l’une de ses cartes maîtresses est Vince Cable, son chancelier «fantôme», qui a pris un rôle très important pendant la crise. Ancien chef économiste de Shell, il est l’un des seuls à avoir averti des risques d’une crise avant l’explosion de la bulle financière. En cas de coalition, il pourrait devenir chancelier de l’Echiquier.
Crédités de 24% des voix selon le dernier sondage, les «lib-dems» pourraient dépasser leur score de 23% en 2005. Nick Clegg a même convaincu 35% des téléspectateurs qui ont suivi le débat, talonnant le leader tory David Cameron (36%) et loin devant Gordon Brown (24%). En cas de coalition, Nick Clegg imposerait à son partenaire une réforme du système électoral, pour le rendre plus proportionnel. Cela changerait à jamais la politique britannique, donnant aux «lib-dem» un poids proche de leur réel soutien populaire, avec presque le quart des votes.///////Eric Albert


Rédigé par psa le 19/04/2010 à 00:00 | Permalien

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Pour ceux et celles qui le connaissent, Agbéyomé Gabriel Messan Kodjo n’est que dans ses œuvres. Mieux encore, pour les gens de contenu, Agbéyomé donne du bon grain à moudre, autant aux individus qu’aux institutions et aux chancelleries. Stratège politique de pure race, je me souviens conclure une discussion un jour, il y a quelques deux mois, en disant à mon interlocuteur qu’Agbéyomé réussira dans n’importe quel parti politique ; il en a la capacité et le métier. Le texte bilan dont il a la commande illustre bien l’ampleur et la densité du personnage. Rendu public ce 8 avril 2010, ce document de perspective, une « Analyse Bilan », est le type d’apport de réflexion qui a toujours fait défaut au paysage politique togolais, particulièrement du côté des structures organisationnelles qui s’opposent au gouvernement, particulièrement à l’élection de Faure Gnassingbé le 4 mars 2010. Naturellement, le Discours-Message de Jean-Pierre Fabre demeure aussi une solide et satisfaisante référence en termes de contenu qui a aidé à situer le personnage en termes d’horizon politique. Je suis tenté de dire qu’on attend que Faure maintenant… Dans tous les cas, on ne peut que se réjouir de cette sortie majestueuse d’Agbé, une sortie opérée sous le couvert de son « Comité pour la Vérité des Urnes » (CVU). Le dernier point de cette Analyse-Bilan, Entre la vérité ou la falsification des urnes : un choix sans ambigüité, donne un coup de balai qui permet de retrouver les traces d’un engagement ferme et d’un appel à tous on ne peut plus clair. C’est du pur Agbéyomé, celui qui force le respect politique, celui que mon texte « De la Fourberie aux Togolaiseries », ci-joint, publié à la veille des élections a ouvertement soutenu contre une gratuite attaque, lui qui n’a peut-être pas besoin de ma protection... Et toujours, je fonds sous le charme des gens qui ont l’art en partage avec moi, du bel art politique dans ce cas-ci. Écoutons le sacré Agbé dans sa mélodie finale, la Huitième symphonie d’Agbéyomé...


La Huitième symphonie d’Agbéyomé Kodjo
Le peuple togolais doit aujourd'hui choisir entre les personnalités travaillant de concert pour la vérité des urnes et s'opposer de toutes ses forces à ceux qui organisent ou soutiennent la falsification des urnes.

Notre action dans l’immédiat va se décliner de la manière suivante :

  • Soutenir Jean Pierre Fabre comme le Président légitime du Togo et demander au pouvoir sortant d'accepter la vérité des urnes ;
  • A défaut, procéder à l'invalidation de l’élection du 4 mars 2010 et orienter une convergence de vue des responsables politiques sur les priorités nationales ;
  • Doter le Collectif pour la Vérité des urnes de la personnalité juridique et en faire un mouvement citoyen d’utilité publique ;
  • Lancer au Togo et à l’extérieur une campagne de promotion, de distribution et de signature de motion de soutien au CVU auprès de toutes les forces attachées à la vérité des urnes ;
  • Organiser une tournée officielle de tous les principaux responsables soutenant la confirmation de Jean Pierre Fabre comme Président de la République et la promotion de la Vérité des urnes auprès des responsables politiques de la communauté internationale avec un soutien technique des principaux responsables des structures de la diaspora.

Cette action aura le mérite de clarifier le débat politique au Togo !

Le temps est venu de déjouer les grandes manœuvres en vue de la mise en place d'un gouvernement où l’achat des consciences prime sur l’adhésion librement consentie, avec le cortège des débauchages et transhumances politiques tous azimuts.

Ceux, de quelque bord qu’ils viennent, qui décideront d’aller se commettre dans un quelconque gouvernement d’union nationale, présidé par un homme politique dont le pouvoir repose sur la manipulation des résultats issus des urnes, porteront la responsabilité devant le peuple togolais de leur démission en rase campagne devant l’exigence de probité qui seule peut légitimer l’exercice du pouvoir démocratique.

Quoiqu’il en soit la solution d’un Gouvernement d’Union Nationale, ne constituerait une nouvelle fois qu’une solution provisoire vouée à l’échec, comme en portent témoignage toutes les expériences de ce type que notre pays a connues ! Un éventuel gouvernement de réconciliation et de mission ne peut prendre forme que si la vérité des urnes reprend ses droits.

La meilleure alternative dans ce contexte de crise politique grave aux lendemains incertains pour le peuple togolais, est le Dépassement et le Courage. Cela suppose d’opérer le premier choix : reconnaître Jean Pierre Fabre comme Président du Togo et l’installer dans la fonction, ou à défaut opter pour un gouvernement de crise à mandat et à terme précis afin de préparer les échéances électorales selon des règles claires qui permettent de faire émerger des urnes la vraie composition du paysage politique.

L’histoire politique du Togo depuis l’époque de l’indépendance rappelle que l'absence de vérité est à l’origine de la triple crise éthique, identitaire et managériale que connaît notre pays. Seule la vérité des urnes permettra de jeter les bases d'une société de confiance ! C’est la seule voie par laquelle nous bougerons nos pierres à bâtir un Togo Prospère !


togo_de_la_fourberie_aux_togolaiseries.pdf Togo.De la Fourberie Aux Togolaiseries.pdf  (220.31 Ko)

Rédigé par psa le 09/04/2010 à 00:00 | Permalien

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