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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Majoritairement, la France s’apprête à fermer la parenthèse Sarkozy. C’est à croire que l’art de perdre, le président français Nicolas Sarkozy l’a contracté et l’a développé depuis sa tendre élection à cette fonction. Il a beau épousé une femme de gauche, ouvert son quinquennat à toutes les sensibilités politiques, faire de tout son mieux pour sauver l’Euro, mais toujours rien de bon ne lui reste comme résultat conducteur vers une réélection. Désaveu extrême! Vraie leçon de Bush! Décidément, en politique l’éthique est reine, et toutes les valeurs ne s’équivalent pas. Les peuples savent les distinguer, les vraies des fausses.


Anti-Sarkozy comme de l’anti-Bush : une Extrême Onction
Pour la première fois, un président de la France moderne n’est pas en position de favori pour sa propre réélection; c’est tout dire de cet « insolent destin de Nicolas Sarkozy ». Du penseur-acteur qu’est Jacques Attali au footballeur-citoyen que reste Lilian Thuram, du rouspéteur Jean-François Kahn au circonspect Philippe Douste-Blazy, personne, véritablement personne à droite, à gauche et encore moins au centre politique ne supporte plus de voir le président Sarkozy récidiver à l’Élysée.

Et pourtant, trop de gens aiment prendre parti pour la veuve, l’orphelin, le mal-aimé, le supplicié. Mais ici, l’on demande un véritable coup sec au bourreau, le peuple lui-même : que sa tête roule, que son sang gicle de partout, que sa défaite soit nette. Le réquisitoire présenté par chacun des procureurs donne froid au dos.
Jean-François Kahn, le JFK français, donne le ton : « On ne saurait reconduire un sortant qui n'a présidé qu'à des régressions. Qui a exacerbé, jusqu'à la caricature, la monarchisation de notre République. Qui s'est nourri de l'exploitation de tous les antagonismes et de l'instrumentalisation de toutes les tensions. Qui a enchaîné la nation aux à-coups incohérents de ses humeurs narcissiques. Dont les échecs flagrants en matière de politiques migratoire et sécuritaire ont permis au Front national de presque doubler ses suffrages en cinq ans et qui, aujourd'hui, rend à Maurras ce qu'il retire à Jaurès, à Clemenceau, à de Gaulle et à Mendès France

L’ancien ministre français des Affaires étrangères, actuel secrétaire général adjoint de l’ONU et président de Unitaid est, pour une rare fois de sa vie, censeur catégorique : « Tel est selon moi, Le rôle du président de la République Française : rassembler et non flatter les extrêmes, réunir plutôt que diviser les uns contre les autres, entrainer vers un horizon plus grand plutôt que manier la peur des autres. C'est mentir aux Français de leur faire croire que les réponses aux défis du nouveau monde sont basées sur un repli sur nous-mêmes en excluant ceux qui ne nous ressemblent pas. L'histoire nous a appris que cette politique était une voie sans issue. Cette évolution, cette dérive dans laquelle je ne me reconnais pas, je ne peux ni l'accepter, ni la cautionner. C'est pourquoi, je suis parvenu à la conclusion que, le 6 mai prochain, pour la première fois de ma vie, et j'espère la dernière, je ne pourrai pas voter pour le candidat censé représenter ma famille politique. Je ne voterai donc pas Nicolas Sarkozy. »

Thuram est tout aussi clair, contre la haine et la désobligeance, il choisit la tempérance et l’apaisement : « Ce que je constate maintenant est bien le point culminant d'une lente dérive. Avant même le déluge d'amalgames au cours de cette campagne, et dans une sorte de conditionnement progressif, se sont succédés la création du ministère de l'immigration et de l'identité nationale, le discours de Dakar dévalorisant l'homme africain, celui de Grenoble stigmatisant les Roms, le prétendu débat sur l'identité nationale, et tant d'autres entorses aux valeurs républicaines. Mais ce ne sont que des leurres que l'on présente aux Français pour les détourner des véritables luttes : contre la pauvreté, qui touche plus de dix millions de personnes dans notre pays, dont deux millions d'enfants, contre l'inégalité d'accès au travail, pour une éducation et des soins de qualité, pour une société plus juste. (…) Je retiens de ma carrière de footballeur que, lorsqu'un entraîneur a un bilan négatif, il est préférable de s'en séparer et d'en changer. À chaque fois que cette loi a été ignorée, les choses n'ont fait qu'empirer. Le 6 mai, le choix se fera aussi entre la poursuite de ces dérives - la xénophobie, l'islamophobie, la haine des immigrés - et l'apaisement. Pour ma part, je voterai toujours en faveur de l'apaisement. »

Mais c’est avec une grande sérénité que le mandarin et sherpa Jacques Attali est venu appliquer l’extrême onction politique que personne ne voulait donner à un président qui semblait avoir perdu pied dans ses fonctions et son rôle; un Nicolas Sarkozy qui avait déjà appelé jacques Attali à l’Élysée pour prendre conseil sur « Comment devenir président de la République française », c’était le fougueux et ambitieux Sarkozy de ses trente ans.


Valeurs contre Valeurs
Comme à son habitude, Attali est méthodique, ordonné, ordonnancé même. Sur son blog, dans Perspective, il s’introduit à pas feutré : « Je connais très bien chacun des deux candidats. L’un depuis 1980, l’autre depuis 1982. J’ai travaillé avec l’un il y a 30 ans, à l’Élysée, auprès de François Mitterrand ; j’ai présidé une commission qui rendit deux rapports à l’autre il y a quatre et deux ans (une commission bipartisane, dont le Président sortant n’a appliqué qu’une partie des recommandations, la droite, bien sûr). Tous les deux sont devenus, pour moi, des amis. Et le sont restés. »

Fort de cette avancée, jacques Attali a su faire son choix très vite, avec une précision chirurgicale.
« Et pourtant, c’est sans aucune hésitation que je voterai pour François Hollande. La raison principale pourrait en être ma tradition personnelle, comme un réflexe pavlovien. Il est vrai que je n’ai jamais voté autrement qu’à gauche. Mais cet héritage ne compte pour presque rien dans mon choix d’aujourd’hui : la France est dans une situation si difficile que, si je pensais lucidement que la réélection du Président sortant était un meilleur choix pour le pays, je le reconnaitrai sans hésitation.

La période qui commence sera très difficile. Le monde sera de plus en plus compétitif. Les nations endettées auront à faire preuve d’audace, d’innovation, de solidarité. Les Français le savent. Ils y sont préparés. Ils en ont les moyens. Le Président sortant ne me semble pas le mieux préparé à affronter cette situation.
D’abord à cause de son bilan. Certains diront qu’il ne pouvait faire plus en raison de la crise financière mondiale. Je ne le pense pas : la crise ne l’empêchait pas de réformer d’avantage l’État ; elle ne l’obligeait pas à réduire les recettes fiscales sans réduire les dépenses publiques ; elle ne le forçait pas à avantager si scandaleusement les plus riches ; elle ne l’empêchait pas de moderniser le droit social, de renforcer la formation des chômeurs, d’améliorer l’école primaire, de prendre le tournant des drones qui font aujourd’hui si cruellement défaut à nos armées. Elle ne lui interdisait pas non plus de proposer des avancées pour la construction européenne, sans lesquelles l’euro disparaitra bientôt, pour le plus grand désastre de notre pays.
Ensuite à cause de ce qu’annonce sa stratégie électorale de confrontation, qui le pousse à reprendre à son compte, jour après jour, toutes les idées du Front National. Cette stratégie ne peut le conduire, s’il est élu, qu’à revenir sur tous les acquis de la construction européenne, à installer une république sécuritaire, à remettre en cause les droits des femmes et des étrangers. Si c’est à ce genre de priorités que l’a conduit son expérience présidentielle, mieux vaut ne pas la renouveler.

François Hollande, lui, sera le meilleur candidat. Certes, il n’a jamais été ministre ; mais il est depuis trente ans associé à l’exercice du pouvoir en France. Et je le connais assez, depuis assez longtemps, pour me porter fort de sa compétence, de sa transparence, de sa culture, de son sérieux, de sa force morale. De plus, son programme, comme sa stratégie électorale correspondent beaucoup mieux que ceux de l’autre candidat à ce dont la France a besoin aujourd’hui : être rassemblée et apaisée. Le prochain Président ne pourra réussir que s’il réunit durablement toutes les forces de la France. L’un ne le voudra pas et ne le pourra sûrement pas. L’autre le voudra, et il faut lui en donner les moyens
. »


Comment voulez-vous que le dimanche 6 mai 2012 nous soit encore de surprise. Depuis cinq ans, le peuple français est resté en embuscade pour dire son insatisfaction. La sentence attendue ce dimanche est tellement définitive que les humanistes du parti présidentiel s’éveillent déjà à préparer fils et aiguilles pour recoudre le portait de l’actuelle majorité, Jean-Pierre Raffarin en tête.


La virulente ligne Sarkozy
Mais le clou, puisqu’il en faut un à tout cercueil, c’est le chef des centristes du Modem, François Bayrou, qui l’enfoncera. Il choisit Hollande : «La ligne choisie par Nicolas Sarkozy, violente, rentre en contradiction avec nos valeurs, les miennes, mais aussi celles du gaullisme. (...) Comment en est-on arrivé là? C'est l'histoire de cette élection » a indiqué l'ancien candidat centriste, arrivé cinquième au premier tour, le 22 avril, avant d’ajouter : « voter blanc, ce serait de l'indécision. Reste le vote pour François Hollande : c'est le choix que je fais.»
Il est vrai qu’avant le désaveu final de François Bayrou, une cinquante d’élus locaux centristes de cette France en désarroi avaient déjà signé leur soutien à François Hollande. Dans une lettre rendue publique, ils estimaient que le présidant sortant, surjouait un populisme de mauvaise augure. Ainsi, valeurs contre valeurs, ils donnaient leur préférence à celles professées par le candidat Hollande. Ils proclamaient d'ailleurs: « les centristes, les gaullistes sociaux, les démocrates et les humanistes devront dimanche prochain, comme tous les Français, faire un choix entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Si certains pouvaient encore avoir des interrogations au regard de tel ou tel point du programme des deux finalistes, la campagne indigne et écœurante menée depuis dimanche soir 22 avril par Nicolas Sarkozy ne peut que dissiper toute incertitude. Faisant ouvertement sienne une partie des thèses de l'extrême droite et surjouant une posture de "candidat du peuple" contre les élites en contradiction totale avec la politique fiscale injuste menée depuis 5 ans, le candidat de l'UMP transforme le deuxième tour de l'élection présidentielle non pas en une confrontation entre gauche et droite, mais en un choix "valeurs contre valeurs". (…) Alors, "valeurs contre valeurs", le 6 mai, nous voterons François Hollande et invitons tous les centristes, les gaullistes sociaux, les démocrates et les humanistes à lui apporter massivement leurs suffrages afin qu'il puisse affronter les problèmes de notre pays fort d'une large majorité et d'une puissante légitimité. »

Jamais 7 mai ne me parait aussi évocateur et fertile; le lendemain de la veille, le début d’une session d’été longtemps fixée par l’École nationale d’administration publique. En commençant le cours « Éthique et management public », l’éthique politique devrait être de cette question brulante à débattre avec les étudiants pour les amener à formuler leur autonome définition de cette chose proverbiale jamais inégalée, et si lamentablement copiée par celui qui devrait être alors l’ancien président français… Nicolas Sarkozy.


Horizon


Rédigé par psa le 04/05/2012 à 01:00