Comment habiter une vie sans repères? On pressent que la réponse se situe du côté de la spiritualité. De la spiritualité, et non de la religion, qui suscite craintes et méfiance. Mais dans une société désormais sécularisée, attachée à sa laïcité, le christianisme a-t-il encore quelque chose à dire? Sans doute. A condition de trouver un langage qui puisse se frayer un chemin vers le cœur de l’être humain. C’est l’épreuve du feu. Comme le dit le théologien, philosophe et psychanalyste français Maurice Bellet dans l’entretien qu’il nous a accordé, «la culture chrétienne est devenue comme une langue morte ne parlant plus qu’à quelques initiés». Or le vide spirituel est propice à la montée des intégrismes et fondamentalismes de toute obédience, c’est pourquoi il devient urgent de le combler. Pas avec des formules désuètes ou une spiritualité vague qui s’apparente à une quête de bien-être personnel. C’est le sens de l’humain qu’il nous faut retrouver. Un défi à la mesure de la foi chrétienne, dont la préoccupation essentielle, contrairement à ce qu’on en retient d’habitude, n’est pas la relation de l’homme avec Dieu, mais des hommes entre eux. Que signifie Noël sinon que Dieu s’est fait homme? Oublions donc Dieu, un terme obscurci par trop de malentendus. Et tournons-nous vers l’être humain. Car l’enjeu est de préserver ce qui fait que l’homme est humain. De fertiliser ce terreau sur lequel ont grandi la compassion, l’amour, la générosité, tant d’autres valeurs cardinales de notre civilisation. Et de veiller ainsi à ce que la lumière qui habite l’homme ne s’éteigne pas.////// Patricia Briel