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Pierre S. Adjété
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L'Effet Gbagbo se dessine-t-il au Bénin de Boni Yayi?





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Diplomatie Publique


Moscou, comme Pékin, enrage de la manière dont les Occidentaux ont, selon lui, détourné la résolution 1973 du 17 mars 2011 autorisant l’emploi de la force pour protéger les populations civiles contre le colonel Kadhafi. Le rejet à l’ONU, par la Russie et la Chine, du projet de résolution sur la Syrie a suscité de vifs débats à la conférence sur la sécurité de Munich. En arrière-plan: les leçons du conflit libyen.


Le Mur Diplomatique Russo-Chinois
«La guerre en Libye a laissé des traces profondes. Son impact se lit tant dans les décisions de la Russie et de la Chine que dans les manœuvres des Occidentaux.» Présent à Munich au cours du week-end, ce haut responsable de l’OTAN reconnaît que la chute du colonel Kadhafi est en arrière-plan du débat sur l’insupportable répression syrienne.

Le rejet par Moscou et Pékin, samedi après-midi à New York, du projet européen de résolution au Conseil de sécurité condamnant le régime de Damas avait d’ailleurs été, quelques heures plus tôt, précédé d’une explication ferme du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lors de cette conférence annuelle sur la sécurité: «Il s’agit d’une guerre civile et l’on demande au gouvernement de désarmer face aux insurgés. Nous ne pouvons pas l’accepter», a-t-il asséné. Le ministre se rendra mardi à Damas pour évoquer la mise en place rapide de «réformes démocratiques indispensables», a indiqué dimanche son ministère.

Sans surprise, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Zhang Zhijun, s’est ensuite, au sujet des libertés au Tibet évoquées par le sénateur américain John McCain, lancé dans une défense acharnée de la souveraineté. «Le mur russo-chinois autour de Damas est très solide, poursuit notre interlocuteur de l’OTAN. La question, maintenant, est de savoir si une intervention militaire du type Kosovo, hors cadre de l’ONU, peut être envisagée en Syrie

L’exemple libyen vaut des deux côtés. Moscou, comme Pékin, enrage de la manière dont les Occidentaux ont, selon lui, détourné la résolution 1973 du 17 mars 2011 autorisant l’emploi de la force pour protéger les populations civiles contre le colonel Kadhafi. «Nous nous sentons trahis. C’est aussi simple que cela», a réitéré l’ex-général russe Vyacheslav Trubnikov. Mais les Occidentaux tirent aussi leurs leçons. Les plus en pointe ont été à Munich les influents sénateurs américains Joseph Lieberman et Lindsay Graham. Le premier a affirmé son soutien à un appui multiforme aux insurgés de l’Armée syrienne libre (ASL): «Soutien médical, appui au renseignement, formation, livraisons d’armes… nous ne devons rien exclure.» Le second a plusieurs fois pris la parole pour dire qu’en cas de frappes sur l’Iran, allié de la Syrie, le Congrès «appuierait sans faille» l’administration Obama.

Le fantôme de l’axe Téhéran-Damas était en fait omniprésent dans la capitale bavaroise. Contrairement aux années précédentes, aucun officiel iranien n’était présent pour expliciter la position de son pays sur son programme nucléaire. La question des frappes israéliennes n’a même pas été abordée en plénière. Et beaucoup estiment que la prochaine échéance clé sera l’entrée en vigueur, le 1er juillet, de l’embargo européen sur le pétrole iranien. N’empêche: l’accent mis par le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, sur le bouclier antimissile en Europe – officiellement conçu pour éviter, entre autres, des attaques balistiques d’un État comme l’Iran – a nourri le débat. Des experts jugent que les capacités de l’Iran à produire des fusées à moyenne portée ont été gravement retardées par de récentes séries d’explosions entendues «jusqu’à Téhéran» attribuées à des actions subversives. D’autres affirment que l’état-major américain planifie déjà pour «frapper s’il le faut». «L’obsession actuelle des États-Unis est de ne pas se faire prendre de court par l’Etat hébreu», affirme un général occidental.

Or le lien Iran-Syrie, peu évoqué à Munich, est crucial. Le soutien de Moscou à Damas, qui s’explique entre autres par le maintien en Syrie d’une base navale, répond à une préoccupation régionale. Idem pour les Européens qui, avec leur embargo pétrolier sur l’Iran, espèrent aussi assécher les ressources financières de Téhéran et son soutien au régime de Bachar el-Assad, étranglé par les sanctions internationales.

Au centre de l’équation se trouve enfin la Turquie. Son chef de la diplomatie, Ahmet Davutoglu, a redit à Munich son épuisement après «des journées passées à négocier en vain avec le régime syrien» qu’Ankara a fini par lâcher, condamnant avec fermeté ses exactions. «Nous accueillerons tous les réfugiés syriens qui le désirent», a-t-il assuré, s’inquiétant du «retour de la guerre froide à l’ONU», mais rejetant, officiellement, une intervention plus directe. Sauf que le précédent libyen, là encore, est à l’œuvre. «Le message des Américains est clair: Assad est fini», estime un observateur turc. Des déserteurs syriens seraient déjà entraînés en Turquie. L’opposition armée y disposerait d’un QG gardé par les militaires turcs.

L’axe Damas-Téhéran résiste encore. Mais vu l’obstruction diplomatique russo-chinoise, le travail de sape devrait s’intensifier. En attendant que, par exemple, un blocage iranien du détroit d’Ormuz ne justifie peut-être des actions plus directes.//////// Richard Werly



Rédigé par psa le 06/02/2012 à 06:40
Notez WikioEs Tags : Chine Iran Libye Russie Syrie
DAVOS… en continu point par point
Alors, capitalisme ou capitalisme d’état?
Plongée directe dans le grand bain ce mercredi matin avec un débat sur l’avenir du capitalisme. À ma droite, David M. Rubenstein, fondateur de la société d’investissement Carlyle, se montre pessimiste sur l’état de l’Occident. «Les pays émergents ont suivi ce qui se passait a l’ouest et commencent, depuis quelques années, à nous dépasser. Ils font même mieux que nous avec leur capitalisme d’état. Regardez ce qui se passe en Chine. Il y a davantage de jobs créés et de manière plus rapide que chez nous. Si nous ne réglons pas rapidement nos problèmes majeurs, comme celui de la dette, ce type de capitalisme risque de prévaloir.»
Une menace, ce capitalisme d’état? À ma gauche, Raghuram Rajan, professeur de finance à l’université de Chicago, le craint. «Je ne suis vraiment pas certain que ce capitalisme d’état fonctionne à long terme pour l’innovation, qui est le moteur de la croissance. En Chine, ce sont les petites structures, les petites entreprises, qui sont les plus innovantes, pas les grands groupes. Or, nous avons un sérieux problème à l’ouest car la demande glisse de plus en plus à l’est. Nos petites entreprises pourront-elles régater avec des entreprises d’état orientales? Pas certain. Pas certain non plus que celles-ci créent à long terme de la croissance.» Alors, quelle solution? Faciliter l’innovation à l’ouest, glissent les orateurs, aider les entrepreneurs et cesser de leur mettre des barrières. (Anouch Seydtaghia)


FMI: «Nous pouvons faire face aux dette»
L’un des plus hauts responsables du Fonds monétaire international (FMI) s’est déclaré confiant. Certes le problème des dettes des pays développés est gigantesque et totalement inédit mais le monde peut y faire face pour autant que tout le monde participe au sauvetage, pays avancés et pays en développement. (Pierre Veya)


Davos, situation financière
Interrogée sur la situation financière des banques et la solidité des emprunts publics, une majorité des participants d’une session de discussions (pour l’essentiel des banquiers) estime qu’elle est plus grave. L’Europe suscite toujours le plus grand scepticisme sur sa capacité politique a se reformer. La crainte est de vivre une récession de 10 ou 15 ans.

«18% des directeurs vont couper dans leurs effectifs»
Davos, hôtel Steigenberger Belvédère, 18h30. Attention à ne pas se tromper d’entrée dans l’hôtel, devenu le QG des réviseurs: Deloitte, PricewaterhouseCoopers et KPMG sont présents. Président de PwC, Dennis M. Nally présente, mains dans les poches, les résultats de son sondage annuel auprès de 1258 directeurs d’entreprise issus de soixante pays. Le tableau demeure sombre. «Il y a un an, 23% des directeurs annonçaient qu’ils allaient tailler dans leurs effectifs, aujourd’hui 18% disent qu’ils le feront dans les douze prochains mois», affirme Dennis Nally.
Seuls 15% des patrons interrogés pensent que l’économie mondiale va s’améliorer en 2012, alors qu’ils sont 40% à penser que le chiffre d’affaires de leur entreprise va augmenter durant l’année en cours. Il y a un an, cette proportion était de 48%. Bref, cela se gâte, et selon le responsable de PwC, plus de la moitié des directeurs s’estiment, d’une manière ou d’une autre, affectés par la crise de la dette.
Mais dans le sondage de PwC, effectué au troisième trimestre 2011, ne manque-t-il pas le regain d’optimisme enregistré à la toute fin de 2011 et durant les premiers jours de 2012? «Non pas du tout. De notre point de vue rien n’a changé, nos propres clients confirment d’ailleurs qu’il y a un mauvais climat actuellement», assure Dennis Nally. Et pourquoi les entreprises sont-elles plutôt positives dans l’évaluation de leur situation (beaucoup parlent d’engager des talents cette année) et négatives concernant la situation globale? «Les directeurs ont appris des crises précédentes, leur société est mieux armée face aux conditions actuelles, les sociétés réagissent plus rapidement», assure le responsable de PwC. (Anouch Seydtaghia)

Les thèmes de Davos
Le World Economic Forum de Davos (WEF) s’ouvre aujourd’hui avec deux thèmes qui dominent déjà dans la tête des participants: le risque de récession mondiale et la situation particulière de l’Europe. On attend beaucoup d’Angela Merkel qui, ces derniers jours, donne l’impression qu’elle est prête à bouger pour aider à la mobilisation des fonds nécessaires à l’Italie et à l’Espagne. Mais c’est évidemment la situation économique globale qui inquiète tout le monde, même si la Chine et l’Inde continuent de croître et semblent résolues à se lancer rapidement dans de nouveaux plans de relance si la situation devait se dégrader.
Bien entendu, le capitalisme est au centre des réflexions. A l’évidence, toutes les mesures de régulation annoncées en 2009 sont en discussion; les exigences de fonds propres pour les banques divisent encore et toujours les États.
Autre thème que l’on devine: la montée des inégalités qui discrédite les politiques publiques et met sous pression les chefs d’État mais également tous les décideurs économiques. A Davos, on ne décide de rien, on parle, on échange. «Espérons que les participants seront un peu plus optimistes à la fin du forum», faisait remarquer un cadre britannique d’une grande banque, surpris de voir autant de neige dans les Alpes suisses, «les Grisons», lui a-t-on fait remarquer, en posant le pied à Davos Platz. (Pierre Veya)


Rédigé par psa le 25/01/2012 à 05:44

Diplomatie Publique


Anna Lietti traduit 2011 en cet échange de correspondances entre le Vicomte de Valmont –toujours resté dans Paris, et son amie la Marquise de Merteuil en voyage au Château... Quel Château et où? Pas important du tout, juste un Château reculé et digne d’une retraite sans twitter! Comment le Baron de Déessequaz, un véritable « garde-baiser », s’est-il littéralement effondré devant la déesse Ophélie venue du si lointain Fouta? Œuvre de tant d’années en un jour de 2011 effacé? L’œuvre originale et très inspirante de Pierre Choderlos de Laclos, depuis le XVIII siècle, ces fameuses «Les liaisons dangereuses » (1782), se révèlent encore sous les traits du sieur Valmont et de dame de Merteuil. On gagne beaucoup à les écouter nous raconter le fait marquant de 2011… leur fait étonnamment marquant en ces Lettres recueillies dans une société et publiées pour l’instruction de quelques autres.


Adieu, cher ami. Vous me pressez de revenir, mais tous vos arguments me persuadent de rester.
Adieu, cher ami. Vous me pressez de revenir, mais tous vos arguments me persuadent de rester.


Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil

Revenez, chère Marquise, revenez; Paris sans vous manque singulièrement de piquant. Que faites-vous, que pouvez-vous faire dans cette campagne reculée qui nous prive de vos attraits?

Tenez, gageons que vous n’y avez même pas été instruite des dernières aventures du Baron de Déessequaz. Quel balourd que cet homme-là! Souvenez-vous: il avait, dans le Nouveau Monde, brillé par ses talents d’argentier et nourri une renommée des plus flatteuses. La Cour n’attendait que son glorieux retour, sa fortune était faite. Las! Il réussit l’exploit de réduire à néant un si bel édifice. Et la cause de sa disgrâce, s’il vous plaît? Le troussage d’une domestique!

En vérité, mon amie, face à tant de gaucherie, je reste incrédule comme au premier jour: ce que ma main écrit, mon esprit peine à le concevoir. On m’explique qu’aux Amériques, l’honneur d’une femme de chambre vaut celui d’une marquise. A la bonne heure! En quoi cela empêche-t-il l’homme averti de trousser les marquises sans nuire à sa -réputation?

Mais j’abrège car jusqu’ici, l’affaire vous est connue. Voici la suite. Rentré à Paris en homme libre quoique humilié, M. de Déessequaz retrouvait peu ou prou une prestance. La Baronne a du bien, assez pour assurer à la maisonnée un train de vie et une fidèle compagnie. Au reste, l’on dit que des deux, c’est elle qui aspirait le plus ardemment aux honneurs de la Cour.

Mais voici que le scandale frappe de plus belle. D’abord, on a vu s’épancher, à la une des gazettes, la fureur de certaine demoiselle de Banon, une blonde à la bouche en bouton de rose dont la douceur apparente n’a d’égale que la rudesse qu’elle met à accabler notre homme; ce «cochon», ce «babouin» qui, profitant d’un entretien pourtant arrêté sous les auspices de la stricte moralité, a forcé sa pudeur, dit-elle, au point qu’elle n’a trouvé son salut que dans la fuite. Le piquant de l’affaire est que la scène s’est produite voici huit ans. La belle dit s’être tue par crainte du scandale, sur conseil de sa mère.

Mais l’outrage subi de nuit en nuit la hante…

La demoiselle réclame aujourd’hui justice. Elle risque fort à s’exposer ainsi et j’avoue que ce mélange d’audace et de fragilité éveille ma curiosité. Il faut que j’aille ausculter la créature d’un peu près. Au reste, la réconcilier avec la gent masculine serait un acte de pure charité. Je m’engage à me faire moine si je n’obtiens tout le contraire de notre babouin: la conclusion, sans les protestations.

Mais revenons au récit des exploits de M. de Déessequaz. Car je ne vous ai encore pas dit le plus fort. Après la demoiselle outragée, c’est le rabatteur de filles de joie qui achève de souiller la réputation de notre homme. Tout Paris se délecte ces jours des circonstances d’une affaire, dite «du Carlton», où il est question de maquereaux de haut vol, de leurs immanquables bons amis dans la police et d’une poignée de puissants amateurs de parties fines. Notre baron en est et devinez quels arguments il avance pour sa défense?

Concédant un penchant pour les soirées «libertines», il jure ses grands dieux que ses compères, grands ordonnateurs de ces voluptés collégiales, l’ont tenu dans l’ignorance de l’origine de leurs participantes. N’est-ce pas effroyable? Le pauvre croyait avoir affaire à d’honnêtes femmes du monde, aspirant au plaisir glorieux de se faire trousser par un si grand homme. Il n’a eu que des putains et ne s’est aperçu de rien, ce qui, soit dit en passant, ne fait que me renforcer dans ma conviction: les femmes d’esprit ne sont pas là où l’on croit.
Adieu, ma belle amie, et à très bientôt: il me tarde de rire avec vous des déboires de ce vieux débutant.


Paris, ce 20 décembre 20**

Jeff Koon, Ballon Dog
Jeff Koon, Ballon Dog
La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont


Vous voulez rire, Vicomte, quand l’heure est à pleurer. Votre récit m’a mise de méchante humeur et je vous en veux de votre légèreté. Un monde s’effondre et vous riez. Rirez-vous encore quand je vous rappellerai que ce monde est le nôtre, et que nous sombrons de concert?

Ainsi, M. de Déessequaz se prétend «libertin». Quelle tristesse. Quelle imposture. Voyez à quoi ce mot-là est réduit. L’autre jour encore, dans la pauvre gazette qui abreuve cette campagne, une réclame vantait les charmes d’une auberge reconvertie dans la spécialité. La «soirée libertine» s’achète comme on achète, au marché, la livre de saucisse. Le bourgeois emmène là sa bourgeoise pour se désennuyer du spectacle de ses fesses, auxquelles il tient pourtant à rester marié. Ça veut de l’imprévu, mais pour Dieu! Ça ne souffre aucun risque.

Ou alors, ces tristes assemblées qualifiées de «coquines» voient parader des hommes comme votre baron: des notables à l’esprit de conquête ramolli par le peu de nécessité qu’ils rencontrent à l’exercer. Des rustauds qui confondent séduire et prendre, qui s’empiffrent de femmes jusqu’à l’indigestion et comptent sur leur prestige pour renouveler le garde-baiser.

Tenez, Vicomte, ce mot que je viens d’inventer, je vous le dédie. Je sais que le gourmet que vous êtes en fera un usage judicieux car en ces matières, notre philosophie s’accorde. Séduire est un art et rares sont ceux qui peuvent se flatter de le maîtriser. C’était vrai hier comme ça l’est aujourd’hui, mais au moins, dans le monde où nous avons brillé, abondaient les candidats à la virtuosité. Tandis qu’en ce jour funeste où je vous écris, les quelques maîtres restants ne trouvent plus d’apprentis.

«Libertin», dit-il. Quelle prétention. Sait-il seulement que la discrète confrérie que ce mot désigne jamais ne s’en réclame? Qu’elle met sa gloire à faire trembler l’édifice des bonnes mœurs, non à conforter celui du vice réglementé? Non, Vicomte, le Baron de Déessequaz n’est pas seulement maladroit. Il déshonore ceux à qui il prétend ¬ressembler.

Adieu, cher ami. Vous me pressez de revenir, mais tous vos arguments me persuadent de rester. Il n’est pire ennemi d’une femme que le soupçon d’être passée de mode. D’une femme, dis-je, mais vous, qu’en dites-vous?

Du château de…,
ce 22 décembre 20**




Rédigé par psa le 28/12/2011 à 15:00
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L’histoire du monde politique –particulièrement les raisons de l’échec des dirigeants, pourrait se résumer dans cette constante des allées du pouvoir, qu’en ces lieux, trop souvent, « l’incapacité d’apprendre perdure, avec toutes ses conséquences ». C’est une très vieille tradition de l’humanité que les dirigeants possèdent, généralement, un certain « talent d’incompétence » à toujours fuir la réalité en s’imaginant de fausses solutions ou en se faisant servir de faux conseils. De la guerre de Troie au schisme du Soudan en passant par la chute de Kadhafi, Ceausescu, Gbagbo et autres démissions spectaculaires, celles de Charles de Gaulle hier et Georges Papandréou aujourd’hui ou encore en disséquant celle de Richard Nixon, la complexité des détours inutiles font fréquemment perdre pied aux dirigeants, face à la dynamique du changement en cours et à intégrer dans leurs approches de gouvernance… Le monde change, la politique aussi.


À Montréal...Mur de Berlin
À Montréal...Mur de Berlin
Prisonniers d’un faisceau de systèmes auto-gratifiants et d’incalculables erreurs adverses qui ont vu reproduire leurs règnes, les dirigeants politiques togolais expérimentent, en ces temps, le mythe du succès facile qui, fréquemment, empêche de reconnaitre les évolutions lentes et définitives dont les peuples sont porteurs. Les indignés d’Athènes, Barcelone, Tunis, New York, Dakar et autres ne sont que les porte-voix de ceux encore inaudibles de Lomé et ailleurs à travers le Togo et dans sa diaspora… Ce pays doit changer, véritablement.

Tous les jours se dévoilent les paradoxes constitutifs de la vie politique togolaise. L’armée togolaise est bien capable d’une déclaration solennelle reconnaissant les égarements de l’institution et appelant ouvertement à la réconciliation, en déposant un Mémoire à cet effet à la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR), au lieu d’un exercice outrageant de falsification face à des événements aussi douloureux que vifs et récents dans la mémoire collective. Le gouvernement togolais peut bien anticiper le rétablissement des députés exclus, illégalement et illégitimement, de l’Assemblée nationale togolaise, au lieu de continuer à se leurrer qu’en dehors du Togo, cette décision d’exclusion et les mécanismes de sa survenance tiendraient la route devant une quelconque juridiction respectable. Les recommandations relatives aux limites relevées lors des dernières consultations électorales –notamment par l’Union européenne, peuvent d’ores et déjà être adressées, courageusement, dans les rencontres du Cadre permanent de dialogue et de concertation (CPDC), au lieu des lancinantes courbes et tergiversations coutumières au pouvoir présidentiel togolais… Le Togo se meurt par complaisance assidue et clientélisme dévoyé.

Au Togo, le poids de la responsabilité d’agir autrement que dans l’illusion que les problèmes se résoudront d’eux-mêmes par une sorte de fatigue politique des adversaires, sonne désormais comme le surgissement d’un risque politique, longtemps banalisé, auquel il faudra donner réponse avant toute autre avancée. De plus en plus, des facilitateurs externes manqueront indubitablement au lancinant dialogue politique togolais qui s’était jusque-là appuyé sur la disponibilité du Président du Faso, Blaise Compaoré.

Faure Gnassingbé, le chef de l’État togolais, doit dorénavant apprendre à regarder ses adversaires et ses concitoyens en face, particulièrement une jeunesse en total désarroi et certains des candidats aux dernières élections présidentielles de 2010 toujours résolus à drainer les mécontentements populaires : l’ancien Premier ministre Messan Agbéyomé Kodjo à la tête de l’Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire (OBUTS) et Jean-Pierre Fabre, le leader de la nouvelle Alliance Nationale pour le Changement (ANC) née de la scission avec la traditionnelle et désormais affaiblie Union des Forces du Changement (UFC) de Gilchrist Olympio.

Au cœur d’un deuxième mandat consécutif, discuter clairement et sincèrement des voies et moyens d’un partage du pouvoir et surtout des possibilités d’une alternance pacifique au Togo est une réalité implacable de l’environnement politique mondial, actuellement prédominant. Pas plus au Niger en 2010, au Sénégal de 2012 que dans le Togo de 2015, se garantir des prolongations de mandat voire un troisième puis un quatrième quinquennat constituent un acte abject et peu reposant politiquement, de nos jours contre-productif démocratiquement. Les seules habitudes de conservation du pouvoir et même la capacité de répression facile de ses propres citoyens ne peuvent plus durablement asservir la soif démocratique des populations africaines où qu’elles s’expriment.

La visibilité diplomatique de l’élection du Togo au Conseil de Sécurité et le modeste rôle qu’il pourra y jouer comme membre non-permanent, en 2012 et 2013, n’auront de poids –c'est-à-dire quelque chose de respectable que la moquerie manipulatoire des chancelleries des pays membres permanents, que lorsque les conditions politiques internes auront le reflet flamboyant d’un pays démocratique; ce qui est loin d’être actuellement le cas. L’événement n’a d’ailleurs ensemencé aucune fierté nationale partagée, sinon les graines traditionnellement amères d’une interprétation discordante garantie pour les deux prochaines années.

C’est en tout cela que le cas du Togo devient urgent aujourd’hui et depuis hier déjà. Et il l’est toujours, d’autant plus que la pêche miraculeuse de Gilchrist Olympio et de son parti l’UFC, par les filets du pouvoir présidentiel togolais, n’ont pu apporter grand-chose à l’évolution de la réalité politique de ce pays; cette prise politique spectaculaire, vue de l’extérieur du Togo, n’a nullement pu éteindre l’inévitable débat sur les conditions d’un troisième mandat présidentiel de Faure Gnassingbé, désireux par ailleurs de créer un nouveau parti politique pour aider à réaliser cet exploit inconvenant d’une confiscation apparente de pouvoir, par ces temps d’indignation et de révolte… Le Togo a besoin d’une vraie conscience de sa fragilité politique.


Rétablir les députés dans leurs droits et dialoguer véritablement
Forcé de reprendre à son compte les mêmes clameurs qui avaient étouffé et enseveli dans des divisions ethniques la volonté originelle de changement de son père, Faure Gnassingbé arrive difficilement à imprimer une marque qui soit véritablement novatrice et distincte de celle déjà connue par ses concitoyens depuis quarante cinq ans. Aussi longtemps que le pouvoir togolais butera sur la question fondamentale du « Pourquoi le Togo est-il si divisé? » et y répondre sans réserve mentale, il aura de la peine à asseoir sa légitimité et se contenter d’un abonnement à des triomphes sans gloire, naturellement fragiles et insuffisamment convaincants.

Il est vrai qu’il y a un potentiel d’adversité non négligeable dans les habiletés politiques trempées d’un Messan Agbéyomé Kodjo ou celles encore plus fossilisées d’un Jean-Pierre Fabre. Si un effort d’accommodement raisonnable est perceptible à destination de Messan Agbéyomé Kodjo, le même effort se doit d’être amorcé envers Jean-Pierre Fabre. Faure doit parler à Jean-Pierre! Pour le dégel politique, Faure doit faire réintégrer les députés de l’ANC au Parlement togolais!

On ne choisit pas toujours ses adversaires politiques, encore moins leur caractère et leur conception de la chose publique. Mais on peut raisonnablement les influencer au moyen d’un mouvement républicain orienté vers le centre politique, la modération et la tempérance, davantage que l’éternel procès en sorcellerie poussant ses adversaires vers l’éloignement et les mêmes extrémités où l’on ne peut que se retrouver soi-même.

À ce jeu qui dure depuis des années, le Togo n’a gagné rien d’autre que la confrontation constante et le piétinement permanent. Les conceptions politiques dominantes dans la mouvance présidentielle sont restées irréalistes et très peu ambitieuses d’une avancée politique qui soulèverait un enthousiasme réel, lequel viendrait à bout des Deux Solitudes togolaises. L’enjeu est toujours le même : faire un Togo différent de celui qui existe aujourd’hui, rien que pour une partie des citoyens et d’obligés du pouvoir. Manifestement, des gens avides de victoires éphémères, car seulement comptables des avantages du présent.

L’éthique comme l’art de faire du neuf avec du bien
Au lendemain d’une si claire décision de la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) condamnant le Togo –dans un arrêt qui a « Force obligatoire à l’égard des États membres, des institutions de la Communauté, et des personnes physiques et morales » selon l’article 15(4) du Traité révisé de la CEDEAO, une décision fondée par le fait même que les formulaires de démission des aspirants candidats de l’UFC à la députation ne possédaient aucune valeur ni caractéristiques légales dignes d’une Lettre de démission de députés régulièrement élus et assermentés qu’ils étaient devenus, il est temps que le pouvoir présidentiel togolais entende raison et revienne sur terre : rétablir les députés déchus dans leurs droits et privilèges. Le Togo n’a plus du temps à toujours perdre en forfaitures et en dénégations de la réalité; ce qu’une prochaine dissolution de l’Assemblée nationale togolaise ne saurait clore ni absoudre, encore moins laisser en exemple d’exclusion fantaisiste de députés adverses à travers le monde.

Maintenant que les canons de l’universelle Liberté peuvent tonner partout, même chez les amis et les alliés d’hier, maintenant que s’éloignent le temps des valises et des cerises sur des gâteaux qui garantissaient les pouvoirs à vie ainsi que les changements et toilettages constitutionnels à hue et à dia, maintenant que de partout montent les vents d’indignation qui déboulonnent les plus vénérables statues, plus rien n’autorise l’illusion des lendemains d’élection tranquilles et sans adhésion des peuples directement concernés, plus rien ne permet de croire que les choses seront toujours comme avant, inacceptables et inélégantes, illégales et illégitimes… Le Togo doit convoquer l’éthique politique au service de sa réconciliation; l’éthique au Togo, c’est cet art de faire du neuf avec du bien et qui demeure au-dessus du droit et encore plus au-dessus des lois taillées sur mesure, au-dessus de la complaisance et des fausses solutions des courtisans.

Le cas du Togo n’est pourtant pas désespéré; l’histoire et même la sagesse des nations en regorgent à profusion. Il tiendrait du devoir mythique d’un fils désireux de laver l’honneur d’un père, Gnassingbé Eyadema qui, malgré et à cause de sa longévité politique, avait littéralement échoué aux commandes du Togo en laissant le lourd héritage d’un pays particulièrement divisé entre des citoyens du nord et ceux du sud, entre des groupes d’intérêt et des clans rivaux. La fracture sociale et politique au Togo est d’autant plus prononcée que, contrairement aux situations dramatiques de guerres et conflits armés, ouvertement connues à travers le monde, c’est rien de moins qu’une Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR) qui est mise en œuvre au Togo pour tenter de rafistoler un tissu social particulièrement meurtri.

En soi, la complexité du cas togolais ne le rend pas insoluble; elle exige seulement une rigueur et une flexibilité qui permettent de sortir de la linéarité et de la simplicité des réponses politiques apportées jusqu’à maintenant. Après six bonnes années de gouvernance, le manque d’audace et de savoir faire politiques, la récurrente capacité de répression et d’humiliation qu’exercent les uns sur les autres, le désir de tout-avoir-et-ne-rien-partager du pouvoir qui n'appartient pourtant qu’au compressé peuple togolais seul, la fugue constante des institutions togolaises hors des limites de l’État de droit ne peuvent continuer à être la marque caractéristique d’un gouvernement qui désire s’éloigner du passé, redéfinir le présent et l’avenir d’une nouvelle nation à construire… Il tarde trop qu’un Togo nouveau naisse réellement en droit et en éthique.


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Rédigé par psa le 09/11/2011 à 06:12
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Diplomatie Publique


Ce dimanche, le Tout-Washington, dont Barack Obama, inaugure le mémorial dédié au révérend Martin Luther King Jr, figure emblématique du combat pour les droits civiques aux États-Unis. Wade Henderson, 63 ans, a vécu cette époque. Il témoigne...


Martin Luther King au Panthéon

Washington, début des années 1960. Wade Henderson a 13 ans. Il vit avec ses parents dans le quartier de Le Droit Park – Bloomingdale. L’endroit fut un bastion de Blancs au XIXe siècle, mais plus tard, de nombreux Afro-Américains sont venus s’y installer. Fier d’avoir achevé avec succès sa junior high school, il veut se mettre sur son trente-et-un pour recevoir son diplôme. Il court à Garfinckel’s, un centre commercial chic de la capitale, pour s’acheter un costume avec ses économies. Dans la section enfants, il trouve son bonheur. Mais le vendeur, un Blanc, «me dit en riant que je ne peux pas essayer le vêtement, raconte Wade Henderson. J’ai été humilié. Je me suis dit, non, tu ne peux pas accepter de vivre comme ça».

C’était une époque où les Noirs ne pouvaient pas fréquenter des hôtels, où un enfant noir ne pouvait pas regarder un Blanc dans les yeux. «Nous vivions un régime d’apartheid, se souvient Wade Henderson. Les États-Unis ont vu le jour en tant que nation d’esclaves. Il a fallu deux siècles pour que la démocratie américaine corrige le tir.»


Lei Yixin et son oeuvre
Lei Yixin et son oeuvre
Président de la Leadership Conference on Civil Rights (LCCR), une influente coalition de 200 organisations spécialisées dans les droits civiques, Wade Henderson a bien en mémoire cette période turbulente. Les cheveux gris, cet Afro-Américain de 63 ans ne boude toutefois pas son plaisir. Ce dimanche 16 octobre, des milliers d’Américains, dont Barack Obama, Aretha Franklin et une cohorte d’anciennes figures du mouvement des droits civiques comme John Lewis, vont assister à l’inauguration du mémorial dédié à Martin Luther King (MLK), figure emblématique du combat pour les droits des Noirs, assassiné le 4 avril 1968 dans un motel de Memphis. «C’est un moment majeur dans l’histoire des États-Unis. C’est la récompense d’un accomplissement personnel, celui de Dr. King, mais aussi du mouvement de justice sociale le plus puissant qu’ait connu le XXe siècle

Pour la première fois, un homme de couleur a droit aux honneurs nationaux sur la grande avenue du Mall, expression de la fierté et de la grandeur de l’Amérique. Entre les mémoriaux consacrés aux présidents Jefferson, Lincoln et Roosevelt. Ce dimanche, il incombera à Barack Obama, premier président noir des États-Unis, de prononcer le discours officiel. L’événement aurait déjà dû avoir lieu à la fin août, mais fut balayé de l’agenda par l’imprévisibilité de l’ouragan Irene. Pour Wade Henderson et sa génération, c’est un moment très fort. «De nombreux Américains risquent pourtant de ne pas en mesurer l’importance», craint-il.

À deux pas du Potomac, en bordure du Tidal Basin, le mémorial Martin Luther King est dominé par une sculpture de MLK en granit dénommée la Pierre de l’espoir. Un peu plus loin, des phrases célèbres prononcées par le révérend noir sont gravées sur un mur de pierre. La statue, œuvre du sculpteur chinois Lei Yixin, ne fait pourtant pas l’unanimité. Trop massive, trop réaliste. Elle ne rend pas justice à la puissance expressive de MLK. La Commission américaine des beaux-arts s’est insurgée contre le projet, le comparant aux statues colossales des États socialistes de l’époque soviétique.

C’est en 1996 que le Congrès et le président Bill Clinton autorisent Alpha Phi Alpha, la fraternité Martin Luther King, à ériger un mémorial sur le Mall, un projet de 120 millions de dollars. Le choix se porte sur l’artiste de Changsha, dans le Hunan, qui s’est notamment illustré par des sculptures de Mao. Un sculpteur afro-américain de Denver, Ed Dwight, avait participé à la sélection de ce dernier en 2006. Mais après avoir changé d’avis, il confie au New York Times que Lei Yixin «ne connaît pas la manière dont les Noirs marchent, se tiennent debout, comment leurs épaules s’inclinent». Il était apparemment l’un des rares sculpteurs à savoir travailler à une telle échelle.

Pour Wade Henderson, l’important est ailleurs. Dans le symbole. Son engagement en faveur des droits civiques a été vite une évidence. Il était à l’université quand il apprit la mort de MLK qui embrasa les campus comme un feu de paille. Ce fut l’occasion d’une vraie prise de conscience comme le fut l’expulsion d’Adam Clayton Powell du Congrès à la même époque. Pasteur à la forte voix et politicien de Harlem à New York, Clayton Powell fut défendu devant la Cour suprême par l’avocat Arthur Kinoy, professeur de droit de Wade Henderson à la Rutgers University School of Law. Il eut gain de cause.

Wade Henderson, qui a vu Washington brûler en 1968, l’affirme: «On n’arrive à rien sans se battre. Le mouvement des droits civiques a permis une transformation majeure de la société américaine grâce au Civil Rights Act de 1964 et surtout au Voting Act de 1965», des éléments centraux de la Great Society du président Lyndon Johnson visant à supprimer la ségrégation raciale. «Et, poursuit-il, j’avais 15 ans en août 1963 au moment de la Marche de Martin Luther King sur Washington pour l’emploi et la liberté. C’est là que Dr. King prononça son fameux discours I have a dream devant 250 000 personnes amassées devant le Lincoln Memorial. Quand je regardais la foule autour de moi, je voyais des gens portant chapeaux et costumes. Ils avaient une grande dignité. C’est l’image du mouvement qu’ils voulaient transmettre au monde

Marquer l’histoire des Noirs et des États-Unis d’une pierre en granit de 9 mètres de haut, c’est bien, relève Wade Henderson. Mais il met en garde: «Nous sommes encore très loin de ce à quoi Martin Luther King aspirait pour les États-Unis, une société plus égalitaire. Les défis sont immenses. Un mouvement vient de se faire jour dans plusieurs États qui ont introduit de nouvelles réglementations de vote. Celles-ci sont telles qu’elles vont dissuader des millions d’électeurs, surtout les Noirs et les Hispaniques, d’aller aux urnes. Un coup dur pour Barack Obama

Et puis, ajoute le président de la LCCR, il y a les lois anti-immigration, notamment en Alabama et en Arizona, qui sont si restrictives qu’il faudra reprendre le travail à zéro. «Nous avons aussi un système judiciaire qui nécessite de profondes réformes. La récente condamnation à mort de l’Afro-Américain Troy Davis en Géorgie n’a pas été levée, malgré des doutes raisonnables quant à sa culpabilité. C’est un exemple de dérive judiciaire. Les lois anti-drogue adoptées en 1986 sont aussi discriminatoires. Les consommateurs de cocaïne (plutôt aisés et blancs) ou de crack (plutôt des Noirs) sont condamnés dans un rapport de 1 à 100 en termes de sévérité de la sentence

Pas étonnant que, sur les 2,3 millions de détenus dans le pays, 1 million d’entre eux soient des Noirs. Ces derniers sont par ailleurs 18% à ne pas être couverts par une assurance maladie.

À l’heure où l’économie américaine est en pleine crise avec 9,1% de chômage, dont 17% dans la communauté afro-américaine, Wade Henderson ne peut s’empêcher de penser aux années King. «Martin Luther King se battait aussi pour une justice économique. Un peu à l’image du mouvement Occupy Wall Street aujourd’hui, il avait créé la «Resurrection City» à Washington, un camp fait d’abris de fortune en carton pour attirer les regards de l’Amérique sur la pauvreté qui la gangrenait.» Aujourd’hui, les Afro-Américains ont grimpé l’échelle sociale. Ils sont nombreux à occuper des postes à responsabilité. Mais les jeunes Noirs affichent le plus haut taux (60%) d’élèves qui sortent du système scolaire. Dr. King a un mémorial, un jour férié (janvier) qui lui est destiné. L’Amérique s’est-elle réconciliée avec son passé?///////////Stéphane Bussard

Martin Luther King au Panthéon

Rédigé par psa le 14/10/2011 à 23:29

Diplomatie Publique


Une Diaspora Désenchantée?
Au réveil rapide de la Côte d’ivoire déjà engagée dans la reconstruction et la réconciliation, à la course en tête du Ghana longtemps sorti de la division et de la diatribe, s’oppose la longue agonie du Togo où l’inconsistance dispute le terrain à l’incompétence. C’est bien le constat de près qu’offre notre ami Antoine Kodjo Épou dans son billet « Ça va de mal en pis ». Excellent texte d’Accra parti! Portrait amère d’une terre natale saccagée! Désenchantement d’une diaspora toujours désorganisée! La liste est longue…


Mais le drame n’est pas la diaspora togolaise. Le drame demeure l’état lamentable du Togo à Lomé, dans le Yoto ou ailleurs comme le constate le compatriote, du nord au sud de cette bande territoriale au destin maintenu tragique. Le drame, parce qu’il y a véritablement un drame, c’est cette incapacité notoire à tracer une ligne de fin qui servira à coup sûr à un nouveau départ. En réalité, le drame demeure l’inaction, cette absence de volonté et de courage à enlever cette ligne de démarcation qui sépare les Togolais eux-mêmes et fait vivre et survivre, en eux et autour d’eux, les Deux Solitudes sous toutes les formes. Aucunement, cela ne se fera sans conviction, sans souci de l’autre, sans enthousiasme, sans « Grand Pardon », sans éthique.

Le texte suivant a été écrit en septembre 1822 –pratiquement deux siècles plus tôt, par un homme de la diaspora à son ami, même si le terme diaspora remonterait seulement à 1881. Cet homme dont le nom importe peu dans les circonstances, écrivait à son ami comme s’il traduisait, anticipait ou prédisait le mal togolais :
« Comme toutes les pensées sont tournées maintenant vers la politique, je l’étudie malgré moi… L’honneur, la générosité, le vrai patriotisme, tous les éléments dont sont sorties les prospérités de (la Côte d’ivoire, du Ghana, etc.) se retrouvent aussi abondamment au (Togo). Un jour il sera possible aux Hommes désintéressés de tous les partis de se parler et de s’entendre. »

Sans blague! Ce même personnage, très curieusement, écrivait en décembre 1820 ces « lignes singulières » comme s’il parlait aux Togolaises et aux Togolais :
« Nous avons deux peuples, deux intérêts, deux politiques, il ne faut jamais l’oublier; il faut donc de nécessité agir faiblement et doublement. »

Il n’y a peut-être pas de découragement chez l’ami Épou. Toujours est-il que le temps reste encore au ressaisissement et à l’action. Le temps reste encore au recommencement et à l’exemplification du bien faire, du doublement bien faire dans le cas du Togo, même si les bannières politiques des uns et des autres sont différentes. D’ailleurs, ce curieux personnage qui aurait pu être Togolais comme Rabelais qui ne lui est pas moins compatriote, ce merveilleux personnage qui m’a fait sortir du lit au lieu de meubler paisiblement ma lecture matinale, pour ce légitimiste les preuves abondent, et sans flagornerie s’il vous plaît:
« Le bonheur et l’honneur de notre patrie. Nos fils, plus heureux que nous n’auront pas à déplorer ces divisions intestines et ces dénominations insultantes. (…) Rêve des nations (…) Liberté dont la Grèce a salué l’aurore… Chaque peuple à son tour te possède ou t’espère… Viens donc! Viens, il est temps, tardive Liberté

togo_diaspora_desenchantee.docx Togo-Diaspora Désenchantée.docx  (14.05 Ko)
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Rédigé par psa le 21/09/2011 à 06:25
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Diplomatie Publique


Droit, politique, médias... rythmes et règles diffèrent. L'affaire DSK le prouve. La chronique de Jacques Attali.


Agathe Poupeney
Agathe Poupeney
La terrible accusation qui pèse sur Dominique Strauss-Kahn est l'occasion de se souvenir que notre société, devenue sans frontières, vit désormais dans quatre échelles de temps simultanées. Il en découle des règles du jeu contradictoires, qui s'entrechoquent; des calendriers distincts, qui se chevauchent; des rythmes différents, qui s'interpénètrent.

La première échelle de temps est celle du droit, des investigations policières et de la procédure judiciaire; son rythme est à la discrétion des enquêteurs et des juges; elle s'impose a priori à toutes les autres. La deuxième échelle de temps est celle de la politique; elle obéit à un calendrier électoral précis, en général immuable. La troisième échelle de temps est celle des marchés et des médias; elle se règle sur l'exigence de la réponse immédiate, de la nouveauté permanente, de l'impatience et de la concurrence; plus encore depuis l'apparition d'Internet.

L'expérience démontre que l'échelle de temps la plus rapide impose sa loi aux autres. Ainsi les marchés et les médias imposent-ils leurs solutions aux autres espaces; ils peuvent mettre à mal en quelques instants une réputation économique, politique et éthique construite tout au long d'une vie et la réalité d'un passé ne vaut plus rien comparée à l'apparence d'un présent.

Le temps des médias conduit alors à considérer que tout travers des politiques, même non démontré, mérite d'être dénoncé et doit mener à l'exclusion desdits politiques de la vie publique; cela conduit à rechercher des hommes de plus en plus parfaits, pour exercer des fonctions de moins en moins importantes, dans lesquelles ils sont de plus en plus aisément remplaçables. Les marchés sont les ultimes bénéficiaires de cette faillite du politique. Dominique Strauss-Kahn est victime de ces contradictions: les médias veulent à son propos obtenir et donner des réponses immédiates à des questions que la justice mettra des mois à trancher, ce qui l'exclut des échéances politiques à venir.

Et même s'il est un jour disculpé, sur le terrain judiciaire, du terrible crime dont on l'accuse, il aura déjà été condamné irréversiblement sur le terrain politique. Au détriment de la cause pour laquelle Dominique Strauss-Kahn s'est toujours battu : un État de droit planétaire ; une gouvernance mondiale démocratique et juste, maîtrisant les marchés.

Cette tyrannie de l'immédiat se manifeste dans bien d'autres circonstances et explique très largement l'anarchie de la mondialisation. Ainsi, en matière financière, les exigences de réponses médiatiques sans cesse renouvelées conduisent les politiques à négliger les solutions de fond, à rejeter la mise en place du droit et des institutions judiciaires planétaires nécessaires, au profit des seules photos que permet le G20, pour le plus grand bénéfice, là encore, des marchés financiers.

Au-delà de ce chaos, une ultime échelle de temps vient toujours, à la fin, bousculer les trois autres et leur donner tout leur sens, dérisoire: celle de la maladie et de la mort. Le destin de l'homme, c'est de l'oublier, pour ne penser qu'à agir à l'intérieur des autres espaces, sous la tyrannie de l'urgence. A moins qu'il ait l'audace de se projeter hors des routines, de penser le monde hors de tout calendrier et de s'en tenir, avec entêtement, à ses rêves.


Rédigé par psa le 24/05/2011 à 02:00
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Jean Paul II sera béatifié dimanche à Rome. Après les scandales de pédophilie, l’Église catholique attend de cet événement un regain de crédibilité. L’homme avait toujours pratiqué un catholicisme de combat, militant et conquérant, qu’il a fortifié dans sa lutte contre le communisme. Jean Paul II était un diplomate, et était obligé de traiter avec des dictateurs.


Santo Subito Jean Paul II : Imparfait et Saint
Jean Paul II sera béatifié dimanche, seulement six ans après sa mort, et malgré les nombreuses zones d’ombre qui pèsent encore sur son pontificat. Comme celui de Mère Teresa (1910-1997), qui a eu lieu en 2003, son procès en béatification a battu tous les records de vitesse. L’usage veut en effet que l’on respecte un délai de cinq ans avant d’entamer la procédure qui conduit à la proclamation d’un nouveau bienheureux. Alain Vircondelet, maître de conférences à l’Institut catholique de Paris, vient de publier un livre sur la béatification du pape polonais («Saint Jean-Paul II», Plon, 270 p.). Il en analyse les enjeux stratégiques et politiques.

Quelle est l’importance de cette béatification? Que peut-elle apporter au catholicisme?
Jean Paul II était le grand joker de l’Église. Il a su rassembler les foules, s’en faire aimer, il a manifesté une exemplarité de foi telle qu’elle est susceptible de devenir un modèle. La béatification est une manière très légitime de montrer l’accomplissement de cette œuvre pastorale si riche et de féconder davantage le terreau catholique qui a subi et subit toujours de violentes attaques de par le monde, notamment dans sa confrontation à l’islam et à la violence laïque. Cette béatification a une dimension stratégique évidente.

Quels sont les avantages politiques pour l’Église catholique?
L’Église peut recouvrer une dimension spirituelle et morale au-dessus de tout soupçon. Elle a été très meurtrie par les affaires de pédophilie, qui ont beaucoup altéré sa dimension éthique et morale. Or Jean Paul II apparaît comme un homme d’une grande intégrité dans sa foi. Il y a chez lui une dimension spirituelle tellement affirmée et accomplie qu’elle vient comme renforcer cette Église qui tout à coup se trouve attaquée. Cette béatification va revivifier l’Église de l’intérieur.

On a l’impression que la béatification de Jean Paul II intervient très tôt. La distance historique manque pour établir un dossier sérieux.
Cette béatification a répondu d’abord à l’injonction populaire «santo subito». De nombreux catholiques ont regretté qu’elle ne soit pas intervenue plus rapidement. La procédure a paru rapide et pas sérieuse aux yeux de beaucoup de monde, mais elle a été réalisée dans le respect absolu des règles de la Congrégation pour la cause des saints. Aucune étape n’a été escamotée ni franchie de manière désinvolte. Mais il est vrai que le procès a été mené avec beaucoup de dynamisme. La réputation de sainteté de Jean Paul II était tellement avérée que le dossier était assez aisé à conduire.

Tout de même, on a le sentiment d’une certaine précipitation à vouloir fabriquer un saint.
On a rarement vu dans l’histoire de l’Église un pape qui a eu un impact aussi puissant auprès des fidèles. Il avait à la fois l’autorité morale et un capital de sympathie extrême. Les fidèles ont la certitude que Jean Paul II est un saint homme. Et l’Église a besoin de retrouver des moteurs puissants en ces temps de persécution.

Santo Subito Jean Paul II : Imparfait et Saint
La personnalité de Jean Paul II présente plusieurs zones d’ombre. Il a couvert des scandales sexuels, notamment les abus commis par le Père Marcial Maciel, le fondateur des Légionnaires du Christ, sur des séminaristes et sur ses propres enfants. Tout indique que Jean Paul II était au courant et qu’il a freiné l’instruction du dossier.
Jean Paul II n’était pas un ange, et il ne s’est jamais considéré comme tel. Il a au contraire honoré son humanité avec les parts d’ombre et de lumière qui sont en tout homme. Mais sa démarche allait vers la lumière. Concernant l’affaire Maciel, Jean Paul II semblait effectivement être au courant puisque l’un des fils naturels du Père Maciel l’avait alerté personnellement. Mais le pape avait fait des Légionnaires du Christ son cheval de bataille parce qu’ils travaillaient à la reconquête chrétienne qu’il souhaitait. C’est là qu’apparaît la part stratégique et politique de Jean Paul II. Il a sans doute estimé qu’il valait mieux taire les crimes de Maciel pour éviter à l’Église de perdre sa crédibilité. Jean Paul II était un guerrier de Dieu, il avait une volonté militante et épique. Les problèmes du Père Maciel étaient secondaires par rapport aux défis planétaires qui l’occupaient: il voulait réunir les deux Europes, occidentale et orientale, et étendre le catholicisme au monde entier.

Il a aussi entretenu des liens avec des dictateurs et réduit au silence des théologiens de valeur.
Il faut voir d’où vient Jean Paul II. D’une Pologne ultra-catholique, où la pratique religieuse serait semblable aujourd’hui à celles d’intégrismes. Il a vécu toute sa jeunesse dans un contexte religieux très sévère, où l’Évangile était pris à la lettre. Il a toujours pratiqué un catholicisme de combat, militant et conquérant, qu’il a fortifié dans sa lutte contre le communisme. Jean Paul II était un diplomate, il était obligé de traiter avec des dictateurs. Il savait bien que certains chefs d’État d’Amérique latine étaient des voyous, des escrocs et des assassins. La théologie de la libération n’était pas dans le droit fil de sa pensée. Selon lui, elle représentait un danger. Il a fait des choix qui sont peut-être contestables. Sa formation et son éducation l’ont poussé à régler les problèmes qui se présentaient d’une certaine manière.

Les zones d’ombre de Jean Paul II sont tout de même assez prononcées. Comment peut-on le considérer comme un saint?
Ce qui ressort de ce pontificat, c’est qu’il a rendu les catholiques fiers de leur religion. Jean Paul II a été un modèle immense, il a régénéré le peuple catholique. Et tous les saints ont leur part d’ombre. Le fait d’être saint ne signifie pas être un homme parfait. Un saint n’est pas non plus un être divin. Il est saint parce qu’il est homme. Jean Paul II a toujours tenté d’avancer vers la vérité. Il l’a fait avec puissance, ardeur et violence. On ne demandera pas à un saint d’être un ange. C’est peut-être une dimension moderne de la sainteté: l’imperfection des hommes. Il faut toutefois préciser que Jean Paul II n’est pas encore saint, il est bienheureux. Le fait de le proclamer bienheureux n’engage pas l’infaillibilité papale. Celle-ci sera engagée lors de la canonisation.///////Propos recueillis par Patricia Briel, Le Temps.



Rédigé par psa le 28/04/2011 à 22:22
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