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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Le «Tages-Anzeiger» suisse a révélé que Ricardo Teixeira, Nicolas Léoz et Issa Hayatou, tous membres du comité exécutif de la FIFA, auraient à leur tour touché des pots-de-vin. Épisode qui, après la suspension de deux autres membres dudit comité exécutif, jette une ombre menaçante sur le vote de jeudi destiné à choisir les pays hôtes des Coupes du monde 2018 et 2022. Le vote de jeudi à la Fifa sera-t-il blanc ou sombre de corruption? Un doute nouveau se lève sur la Fifa.


Les trois derniers d'une longue liste: Issa Hayatou, Nicolas Léoz et Ricardo Teixeira dans l’œil du cyclone.
Les trois derniers d'une longue liste: Issa Hayatou, Nicolas Léoz et Ricardo Teixeira dans l’œil du cyclone.
Ça ressemble à un pétard «bison» qui vous casse la tête avec ses rafales. Ou à une bête réaction en chaîne. La FIFA, en résumé, ne cesse d’être secouée par les accusations de corruption. A la suite des révélations du Sunday Times, il y eut la suspension de six membres, dont deux du comité exécutif – Reynald Temarii (Tahiti) et Amos Adamu (Nigeria) – pour «violation du Code éthique». Puis, dimanche, la SonntagsZeitung affirmait détenir une liste de ceux qui avaient touché des enveloppes. Enfin (?), hier, le Tages-Anzeiger franchissait un pas de plus en distillant les patronymes de trois des présumés adeptes des pots-de-vin. Et non des moindres.

Selon le quotidien zurichois, Ricardo Teixeira, président de la CBF, la Fédération brésilienne de foot, depuis 1989, Nicolas Léoz, Paraguayen qui dirige la Conmebol (la zone Amsud de la FIFA) depuis 1986, et Issa Hayatou, Camerounais patron de longue date – 1987 – de la Confédération africaine (CAF), qui plus est cacique du CIO, seraient largement impliqués dans ces affaires d’argent illégalement palpé. Soit trois gros poissons, siégeant eux aussi au comité exécutif de l’instance faîtière sise à Zurich.

Le journal précise que ces opérations frauduleuses auraient été réalisées via des boîtes postales de sociétés, en particulier au Liechtenstein, et par l’intermédiaire de feu l’agence ISL Marketing (International Sports & Leisure), basée à Zoug et qui avait obtenu, à la fin des années 1990, la gestion des intérêts commerciaux de la FIFA, notamment en matière de droits TV pour les phases finales de la Coupe du monde, avant d’être déclarée en faillite le 21 mai 2001 par le Tribunal cantonal de Zoug.
Afin d’étayer ses informations, le Tages-Anzeiger s’appuie, d’ailleurs, sur une liste de paiements tirée de la comptabilité d’ISL. Pas vraiment étonnant, quand on se rappelle qu’au moment de la mise en faillite, l’hebdomadaire Bilanz découvrit qu’ISL cachait une caisse noire au Liechtenstein, pourvue de 65 millions de francs! Cet argent aurait servi à corrompre les responsables des fédérations sportives avec lesquelles ISL travaillait, suggérait alors le magazine économique.

Des trois VIP’s hameçonnés, Ricardo Teixeira pèse le plus lourd, qui aurait touché 12 millions de francs. Suivent Nicolas Léoz (un million) et Issa Hayatou («seulement» 25 000 francs). Si les allégations devaient être prouvées, Teixeira n’en serait pas à son coup d’essai. Le juriste, ex-gendre de João Havelange, président de la FIFA de 1974 à 1998 – les deux hommes ne se parlent plus depuis que Ricardo a perdu en bourse de l’argent appartenant à beau-papa –, a déjà répondu à des accusations de: népotisme pour des attributions de postes au sein de la CBF; paiements indus de voyages à des magistrats vers les pays organisateurs de la Coupe du monde; conclusion de contrats défavorables au football brésilien, notamment avec l’équipementier Nike en ce qui concerne la Seleção.

Il a également utilisé les moyens conséquents de la CBF pour les campagnes politiques de dirigeants sportifs, dans le dessein de constituer, au parlement national, un groupe favorable à ses propres intérêts. Ainsi assura-t-il ses quatre réélections et échappa-t-il, grâce à l’aide de députés amis, aux investigations judiciaires sur sa façon très personnelle d’exercer le pouvoir.

Les deux autres épinglés étaient, jusqu’ici, vierges de magouilles étalées sur la place publique. On notera simplement que, au congrès de Séoul 2002, Hayatou se présenta comme le candidat «propre» contre Sepp Blatter, pas encore sorti du scandale «d’usage abusif de fonds» dénoncé par le secrétaire général Michel Zen-Ruffinen et cinq vice-présidents de l’époque. Le Camerounais fut balayé dès le premier tour par 139 voix contre 56. Peu de délégués l’ont donc estimé crédible. Aujourd’hui, le recul en prime, tout cela fait sourire.

Beaucoup plus, en tout cas, que le vote du comité exécutif pour départager les candidatures aux Mondiaux 2018 et 2022, maintenu à jeudi prochain. D’un côté l’Angleterre, la Russie, les duos Espagne/Portugal et Pays-Bas/Belgique, de l’autre l’Australie, le Qatar, les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon. Avec deux membres suspendus et trois dans l’œil du cyclone, la question ne consiste plus à déterminer qui détient les meilleurs dossiers, mais qui va élire les pays hôtes et comment. Ou, vu sous une optique cynique, qui va toucher les enveloppes les mieux rembourrées.///////Fred Hirzel



Silence


Rédigé par psa le 30/11/2010 à 05:27