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Vue plongeante sur le Togo... Incertitude
Vue plongeante sur le Togo... Incertitude
Quand la politique devient stratégie, il faut s’en féliciter. Mise à part les arrestations et les violences diverses de ce 10 aout 2010, cette date restera comme celle qui a confirmé le changement d’approche dans le camp des fidèles de Jean-Pierre Fabre (FIDO) dans leur lutte pour la garde de l’UFC. On voyait bien venir le 10 aout 2010 à travers le trou de serrure qu’était le 5 aout 2010. Déjà, dans une discussion, je faisais observer que c’est probablement l’un des plus grands coups politiques des FIDO. Pour qui connait les capacités de renseignements des services togolais, réussir à Lomé à les divertir suffisamment pour tenir un pré-congrès avec quelques 34 des 40 fédérations –auxquelles se joindra une autre plus tard, soit 35 sur 40 (pratiquement 88% des instances décisionnelles d’un congrès), relève d’une prouesse remarquable. C’est le témoignage que quelque chose se passe à l’UFC, tendance Fabre; quelque chose comme une approche plus stratégique.

C’est cette manière de redéfinir l’art politique qui s’est confirmée ce 10 aout 2010 à Lomé. Tout le monde avait le regard tourné vers le lieu du congrès des FIDO; tout le monde savait sur toute la planète Togo que le gouvernement ne laisserait pas faire ce congrès, puisque les autorités ont pris le parti de Gilchrist Olympio et de ses Amis, les AGO, dont les assises s’étalent sur les 11-12 aout 2010, normalement. Ce qui devait arriver arriva. Le jeu dangereux de la violence des rues a été mené par les jeunes militants-sympathisants des FIDO avec les forces de l’ordre, alors que les ténors s’affairaient à tenir rencontre tenant lui de congrès-caché avec des va-et-vient entre divers lieux de congressistes et autres sages, gentilshommes ou boy-scouts. Le dispositif des forces de l’ordre n’y a vu que du feu finalement. Pour une des rares fois, la maison UFC avait une stratégie qui a marché. La disponibilité de Jean-Pierre Fabre et sa trop grande visibilité jusqu’à faire une conférence de presse de chez lui -celui-là même qui s’était toujours opposé à cette méthode de la politique-de-salon qu’affectionnait Gil ces derniers temps, avaient laissé plané le doute en début d’après-midi sans éveiller trop de soupçons. Une nouvelle était d’ailleurs lâchée : «La composition du nouveau bureau national UFC sera connue dans la journée !»

Au total, les Patrick Lawson, Edem Atantsi, Jean-Claude Délava Codjo, Isabelle Améganvi, Octave Anthony et autres ont fait le travail de fourmie pour compléter le bureau, se permettant même le luxe d’y inclure des gens de la diaspora après leur accord formel, en plus de rafler tous les cadres connus au nez et à la barbe des AGO. Ces derniers vont devoir se contenter des seconds couteaux dans leur contre-attaque à venir. C’est l’histoire d’une folle et particulière journée politique. Elle ne solde pas la crise à l’UFC; elle constitue un gain pour les FIDO. Ces derniers auront toutefois toutes les peines du monde pour faire reconnaitre ce bureau par les autorités gouvernementales togolaises. Mais ce qui est sûre, la finesse des FIDO leur a permis de reprendre la main pour un petit temps… un petit temps seulement, car probablement que les nouveaux partenaires gouvernementaux des AGO vont les aider à constituer une liste avec autant d’envergure que celle qui soulève déjà l’enthousiasme des partisans FIDO.

De loin, je préfère ces saines stratégies politiques dans un parti politique en bisbille que les bruits de bottes et le rôle indu que le gouvernement togolais joue dans une affaire qui ne le concerne nullement. Il demeure que rien n’est joué. La prouesse insuffisante des services de sécurité togolaises prouve bien que le recours à une expertise extérieure, la française et particulièrement celle d'un excité de lieutenant-colonel du nom de Romuald Létondot, leur a fait perdre la réalité du terrain et son décodage adéquat. Pour l’instant, un gros bravo à la stratégie réussie des FIDO. C’est un bon coup! Pour quel lendemain? Incertitude.


Rédigé par psa le 11/08/2010 à 01:00 | Permalien

Horizon

Portrait du leader tutsi, au pouvoir depuis qu’il a mis fin au génocide en 1994; il est assuré d’être réélu. Depuis la mort de Fred Rwigema, tué au combat dans les premiers jours de la guerre d’octobre 1990, Paul Kagamé est le véritable patron du Front patriotique rwandais (FPR). Cynique, sarcastique, Paul Kagamé se moque de l’opinion extérieure, en oubliant que, dans le monde d’aujourd’hui, le respect des droits de l’homme et des règles démocratiques pèsent désormais autant que les succès militaires ou économiques…


Michael DeLuca
Michael DeLuca


Descendante de la famille royale, sa mère, en 1959, fuit la «révolution hutue» appuyée par les Belges, et l’enfant de 4 ans qu’elle porte au dos aura, comme dernière vision du Pays des Mille Collines, celle de huttes en feu et de Tutsis massacrés. Depuis les camps de réfugiés rwandais établis sur la frontière ougandaise, le jeune Paul Kagamé aura une seule obsession, rentrer un jour au pays, rétablir son peuple dans ses droits, lui assurer la sécurité.

La voie sera longue et sanglante: avec une poignée de jeunes compatriotes réfugiés comme eux, Rwigema et Kagamé s’engagent dans la guérilla que mène Yoweri Museveni contre le pouvoir de Milton Obote, puis, lorsque ce dernier devient président de l’Ouganda en 1986, ils prennent le contrôle de la nouvelle armée ougandaise et des services de sécurité.


Arrêter les tueries

Secrètement, les réfugiés rwandais, soutenus par toute la diaspora, s’organisent pour forcer leur retour au pays, refusé par le président Habyarimana. Lorsque la guerre éclate en octobre 1990, les débuts sont catastrophiques, Fred Rwigema est tué et Paul Kagamé rentre précipitamment des États-Unis, où il fréquente l’académie militaire de Fort Leavensworth. Réorganisant les troupes, il se trouve face aux Français, qui soutiennent le régime de Kigali. Depuis lors, il ne lâchera plus jamais le contrôle des opérations.

Alors que les accords d’Arusha conclus en août 1993 prévoient le partage du pouvoir et le retour des réfugiés tutsis, le clan Habyarimana prépare le génocide tandis qu’en face Paul Kagamé renforce son appareil militaire. Durant les trois mois que dureront les massacres de Tutsis, pris comme otages, Paul Kagamé mène une double stratégie: mettre fin aux tueries, mais aussi assurer la victoire militaire complète du FPR, qui sera acquise le 4 juillet 1994, dans un pays transformé en charnier.


L’invasion du Congo

Pour avoir mis en échec les Français qui appuient les forces gouvernementales, Paul Kagamé sera considéré comme l’un des meilleurs stratèges d’Afrique, mais sa vision est aussi politique: il veut assurer, définitivement, la sécurité des siens, afin que plus jamais les Tutsis ne connaissent l’exil et l’exclusion et, nourri de l’idéologie panafricaniste, il veut créer un Rwanda fort.

Longtemps ministre de la Défense, Paul Kagamé semble s’effacer devant le pasteur Bizimungu, un Hutu, mais chacun sait qu’il est le véritable maître du pays. Un maître dont l’ambition semble sans limites: désireux d’entraîner le retour des 2 millions de Hutus qui campent au Kivu et de détruire l’appareil militaire des génocidaires, Paul Kagamé porte la guerre au Congo, contribue à chasser Mobutu de Kinshasa, puis se retourne contre son allié Laurent-Désiré Kabila. Jusqu’en 2002, les troupes rwandaises, alliées aux Ougandais, contrôleront les deux tiers du Congo et en pilleront méthodiquement les ressources.

Lorsqu’il remporte, avec 95% des voix, son premier mandat, l’image de Paul Kagamé est contrastée: ses compatriotes tutsis le considèrent comme un héros, les Hutus le craignent mais reconnaissent qu’il a réussi à empêcher les représailles systématiques et à garantir à tous les Rwandais une sécurité appréciée. Aux yeux des Congolais cependant, Paul Kagamé est considéré comme un tueur sans pitié, prêt à tout pour garantir la sécurité des siens.

Les années passées au pouvoir, la reconnaissance internationale n’ont pas changé Paul Kagamé: l’homme n’a pris ni un gramme ni une ride et ne sourit pas plus souvent qu’autrefois. Pragmatique, il se réconcilie avec Kinshasa comme avec la France, se fait coopter par les grands de ce monde: Tony Blair le conseille, Bill Clinton l’épaule, George Bush veille sur son fils qui étudie à West Point, il est invité à Davos et dans tous les forums importants. Les Anglo-Saxons présentent le Rwanda, désormais membre du Commonwealth, comme un modèle de développement. Les éloges et les succès n’ont cependant pas détourné Paul Kagamé de sa véritable personnalité: l’homme demeure autoritaire (même s’il assure que le pouvoir est collégial), il dirige son pays avec la fermeté d’un chef de guerre, ne supporte pas la contradiction et ne craint pas de frapper au sein de ses propres rangs. Il s’aliène ainsi de nombreux compagnons de la première heure, soit parce qu’il lutte contre la corruption, soit parce qu’il bannit le français de l’enseignement et met en résidence surveillée Laurent Nkunda, très populaire parmi les Tutsis venus du Congo…

Cynique, sarcastique, Paul Kagamé se moque de l’opinion extérieure, en oubliant que, dans le monde d’aujourd’hui, le respect des droits de l’homme et des règles démocratiques pèsent désormais autant que les succès militaires ou économiques… ////////Colette Braeckman




Rédigé par psa le 10/08/2010 à 00:10 | Permalien

Horizon

Nathalie Thouplet, 2008
Nathalie Thouplet, 2008
Bataille dans la guerre ufcéenne, on peut désormais dire: « Et de grand un pour Gil! »

En effet, de fréquentes batailles vont émailler la guerre familiale entre les deux clans rivaux de l’UFC, l’Union des forces du changement, sans contexte le grand parti politique de l’opposition au Togo. Depuis maintenant cinq mois, s’affrontent ouvertement à l’intérieur de l’UFC, les partisans de Gilchrist Olympio, nommément les Amis de Gilchrist (les AGO) et les fidèles de Jean-Pierre Fabre (les FIDO). La ligne de démarcation entre les deux est tout aussi grande que mince entre les deux camps, que les confrontations sont quasi quotidiennes, d’autant que la rupture n’était nullement préparée. Les uns et les autres se sont donc retrouvés adversaires du jour au lendemain sur des évènements assez anodins qui, en d’autres temps, n’auraient fait aucune vague. Preuve que la mutation même de l’environnement a forcé le changement des comportements politiques au Togo… Un autre sujet d’intérêt analytique.

À bien des égards, il y avait une victoire de fait à J-P Fabre et ses fidèles, les FIDO; leur occupation du terrain et l’adhésion populaire incontestable que draine leur position procurent cette satisfaction d’ordre démocratique. Une victoire de départ, non négligeable. Mais la première vraie bataille formelle vient d’arriver. Elle est d’autant plus importante qu’elle renferme plusieurs dimensions juridiques dont celle de l’appropriation de la dénomination UFC par l’un ou l’autre des deux camps adverses. Ultimement, c’est de cet enjeu dont il s’agit dans cette bataille de Congrès extraordinaire de l’UFC qui avait commencée plus tôt pour s’achever la semaine prochaine : spécialement le 10 août 2010 pour les FIDO à Jean-Pierre Fabre et les 11-12 août 2010 pour les AGO à Gil. Ainsi finira la première grande bataille avec la victoire attendue à Gil. Quant à J-P Fabre, il sait jusqu’à maintenant jouer équipe dans la nouvelle configuration de l’opposition togolaise; une telle logique devrait l’amener à l’audace de la refondation de ce groupe.

La victoire de Gil et de ses AGO sera d’un grand réconfort pour son égo et surtout pour le parti au pouvoir, le RPT. En réalité, c’est une victoire à la togolaise, en dehors de la réalité du terrain. La légalité du parti UFC est un coup de main de l’administration territoriale togolaise, sous la houlette de Pascal Bodjona. C’est cela la politique et, j’aime à l’ajouter, la petite et éphémère politique. C’est donc pratiquement avec nos amis du pouvoir, de Faure à Pascal, que Gil va s’en sortir en se protégeant des militants ufcéens de Lomé et de ses environs ainsi que de tous ceux qui sont des autres fédérations et ne partagent pas son alliance avec le parti présidentiel. C’est sous les réverbères de la télévision nationale togolaise, dans une messe quasi organisée par les officines du pouvoir et du RPT; c’est sous la grande arche du professeur de droit administratif Charles Debbasch, garde des sceaux constitutionnels du Togo que Gil va ravir la légalité de l’UFC à notre autre ami Jean-Pierre Fabre et ses FIDO. Bataille gagnée sans gloire aucune pour Gil, malheureusement. En somme, une véritable première de sa vie politique.

La bataille des Congrès qui aurait due être celle d’un seul et vrai congrès de la seule UFC, pour restée crédible, ne résoudra pas la crise politique dans le plus grand parti de l’opposition. Dans une grande illégitimité, Gil restera désormais redevable au RPT, tandis que la stratégie orchestrée par Pascal Bodjona ne changerait pas la réalité politique au Togo. Lorsque la légalité est illégitime, elle n’est plus de droit. Et personne ne s’y trompe, ni au Togo, ni dans les ambassades accréditées au Togo, ni les chancelleries autour du monde. Et c’est aussi dommage qu’une véritable stratégie politique –autre chose que le dol politique, ne soit pas encore conçue et mise en œuvre en vue de la réconciliation togolaise. Tout tarde au Togo.

La vraie bataille au Togo est celle de la vertu politique, celle de l’éthique; comme l’autre qui disait, il y a quelques siècles, que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », je serai tenté de dire que « Politique sans éthique n’est que peine perdue »… Aujourd’hui et désormais, Rabelais est Togolais, du moins jusqu’à nouvel ordre, jusqu’à une nouvelle satire politique dont lui seul a le code secret et la maitrise du temps. Encore une fois, la responsabilité de Faure Gnassingbé, la responsabilité d’un chef d’État togolais, c’est bien d’assumer le Togo avec une haute conscience éthique, bien au-delà des soubresauts passagers. Participer à l’effondrement manifeste de l’UFC ne donnera aucune voix électorale de plus à Faure. Cet épisode peut justifier des fraudes électorales futures… pas plus! Mais la vraie perspective politique, celle des voix gagnées avec assurance et reconnaissance, viendrait seulement à partir de la stratégie saine et non infectée de tromperie; une stratégie que Faure tarde trop à énoncer, à entreprendre, à risquer, pour son salut politique et celui de la renaissance du Togo.

Faure, Pascal, Gil et consorts s’apprêtent à sabler le champagne, certes. Mais le Togo reste toujours ensablé.

togo_rabelais_est_togolais_1.pdf Togo.Rabelais-est-Togolais.pdf  (286.66 Ko)

Rédigé par psa le 06/08/2010 à 00:00 | Permalien

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L’envers du conservatisme
Les choses se bousculent. Il y a une particulière effervescence dans le paysage politique togolais. Naturellement, je considère tout cela comme une bonne effervescence lorsque des idées sont en bouillonnement.

D’abord et j’insisterai davantage sur ce point, Faure Gnassingbé tente de corriger son défaut de communication politique. La nomination de notre ami Essodeina Pétchézi est un bon signal. Selon republicoftogo.com le nouveau directeur de la communication est déjà au travail: « Essodeina Pétchézi (41 ans en novembre prochain), ancien journaliste à la Télévision togolaise et en poste depuis 2002 à la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique en Éthiopie, est le nouveau Directeur de la Communication de la Présidence de la République. Titulaire notamment d'un DEA en Droit international public et d'un DESS en journalisme, M. Pétchézi est également un passionné des Lettres. Il a remporté, le 17 mars 2005, le Trophée de la langue française à Amiens en France, en faisant 0 faute à la dictée proposée par Bernard Pivot et titrée : « La ronde des mots ». Un exploit en raison des difficultés du texte proposé. » Il faut espérer qu’au-delà des relations de presse, ce sera toute la philosophie de communication de Faure Gnassingbé qui va prendre un virage moderne et visible du commun des Togolais, un virage à résultat politique citoyen et non seulement administratif. Le défi d’Essodeina est donc grand, très grand : il s’agit de faire parler Faure Gnassingbé plus souvent et non pas parler à sa place; rendre Faure Gnassingbé accessible aux médias togolais et à la population togolaise.

Je trouve aussi intéressant l’analyse juridique de Sylvestre Apédo de l’arrêt portant sur la dissolution du parti OBUTS. Le seul fait d’avoir pris le temps de procéder à cette analyse juridique me parait une bonne opération citoyenne. Quoi dire de cette curieuse publication du texte de Robert Dussey avant même sa communication dans le cadre d’une intervention au colloque international sur « décolonisation et indépendances africaines ». L’objectif est sans doute noble, je le suppose. Eh bien, nous l’avons lu… Mais le texte est insuffisamment illustré d’exemples. Beaucoup d’affirmations non étayées ni suffisamment soutenues ; ce pourrait être le style européano-africain. Sinon, je serai d’avis que la production intellectuelle et culturelle africaine n’a pas diminué, bien au contraire. Peut-être leur médiatisation a changé… Je ne donnerai pour preuve que la contribution d’une personne que M. Dussey connait bien : Joachin Atsutsé Agbobli, le regretté. C’est un grand intellectuel, c’était un grand intellectuel me faisait remarquer Yao Paul Assogba. Créatif Joachin ? Médiatisé Joachin ?

On peut discuter de tout ce bouillonnement d’idées et de stratégies politiques. Curieux tout de même… J’écris ces lignes au moment même où je constate la naissance du conservatisme au Togo… ce sera l’une de mes prochaines sorties sans doute. Eh bien ! Le bouillonnement est donc l’envers du conservatisme.



Rédigé par psa le 18/07/2010 à 19:44 | Permalien

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Une actrice accuse à son tour Roman Polanski. Le sort du cinéaste continue d’échauffer les esprits… Machine infernale en grand format sur les défenseurs de gens aisées ou de petites gens. Qui saura y répondre à part Kouchner et Lang…


Charlotte Lewis
Charlotte Lewis
Le sort de Roman Polanski, assigné à résidence dans son chalet de Gstaad en attendant une éventuelle extradition, continue d’échauffer les esprits. Alors que l’actrice britannique Charlotte Lewis affirmait vendredi à Los Angeles avoir elle aussi été abusée à l’âge de 16 ans par le cinéaste, des figures du monde politique français – Jack Lang et Bernard Kouchner notamment – ont volé à son secours. Les déclarations de Charlotte Lewis, qui était en 1986 à l’affiche du film de Polanski Pirates, ont d’emblée été qualifiées de «tissu de mensonges» ou de «pur opération de chantage» par les avocats français du réalisateur qui n’excluent pas une action en justice pour dénonciation calomnieuse. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner s’est montré encore plus inspiré en trouvant cette nouvelle accusation «singulière» et en exprimant «sa peine» pour Roman Polanski en ces termes: «Il y a un contenu humain international dans l’arrêt des souffrances morales de cet homme qui devrait être un des patrimoines de l’humanité» Rien de moins.
L’ancien ministre de la Culture Jack Lang, qui était déjà sorti du bois en septembre dernier lors de l’arrestation de Roman Polanski à Zurich, réédite son soutien en grand format dans Le Parisien et Le Matin dimanche et appelle la Suisse à ne pas livrer «l’immense créateur qui honore le cinéma». Tout cela sans vouloir s’immiscer, assure-t-il, dans les affaires intérieures d’un pays tiers.
À son avis, celui du professeur de droit, la Suisse peut refuser d’extrader le cinéaste. Jack Lang ne va pas jusqu’à invoquer la raison d’État – celle qui avait par exemple conduit en son temps la France à libérer de manière jugée ensuite illégale les assassins présumés d’un opposant iranien que la Suisse justement réclamait – mais il pense que ce dossier est trop incomplet pour permettre de livrer Roman Polanski aux Américains.
De cette justice d’outre-Atlantique – «qui peut parfois avancer comme une machine infernale» – et de ses représentants en mal de publicité, l’ex-ministre dit d’ailleurs bien peu de bien. Enfin, Jack Lang se défend de réclamer un quelconque privilège pour celui qui a «beaucoup apporté à l’art, à la culture, à l’Europe». «Si un cas du même genre se présentait pour quelqu’un d’inconnu, je le ferais avec la même conviction.» Parole de défenseur de petites gens et de sans-papiers.
En Suisse, l’Office fédéral de la justice doit se prononcer bientôt sur cette extradition et on ne voit pas très bien l’influence que pourraient exercer en l’état les affirmations de Charlotte Lewis. La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf – tout en défendant une vision légaliste et soucieuse du respect des Traités – examinera personnellement la décision prise par ses services. La semaine passée, sur le plateau de Mise au point, la ministre a précisé que la Suisse – qui a demandé des informations complémentaires – attendait encore des documents. On ne saura toutefois pas lesquels.///////Fati Mansour


Rédigé par psa le 17/05/2010 à 00:42 | Permalien

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Patrick Wecksteen
Patrick Wecksteen
Dure vie pour les téléphones cellulaires. Depuis vendredi, au Togo ils sont restés ouverts et n’ont pas le droit de se déchargés dans les prochains jours. Et même la famille est priée de ne pas appeler par ces temps, sans raisons suffisantes si ce n’est pour une question de vie ou de mort. Oui, c’est pratiquement de la survie pour certains en attente de l’appel à participer au gouvernement de large ouverture. Finalement, tout ne se jouera pas seulement cette fin de semaine, il pourrait même y avoir une longue prolongation et le sort des cellulaires s’en trouve peu enviable. D’une simple Opération Cellulaire Ouvert (OCO) l’on vient de passer à une Opération Cellulaire Ouvert Prolongée (OCOP) sans aucune transition ou évaluation de la première phase : c’est une gestion par résultats proactive dans la pure tradition des grandes écoles d’administration publique ou privée. Car, il y a bien une prolongation, et les ambitions, et les tentations, et les jeux sont devenus très ouverts. Tout se passe à Lomé toutefois… alors, les marches de contesttaion de l’intérieur du pays sont comme affaiblies et dégonflées. Plus personne ne veut quitter Lomé où tout se joue : le réseau téléphonique plus stable, et les réunions ainsi que les rencontres formelles et informelles tenues, les concertations réactivées, etc. Le dernier ministre à l’extérieur arrivant ce samedi, personne n’est épargnée et pas même la diaspora dans la lettre « circulaire » de Houngbo II qui a déclenché ce mouvement de foule d’un genre particulier. Le Togo bouge… De toutes les façons, il est trop tard pour être pessimiste pour le Togo. Ce pays doit bouger d’un côté ou de l’autre, mais positivement.


Rédigé par psa le 08/05/2010 à 21:22 | Permalien

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L’heure du choix a sonné. Ce vendredi soir, les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro, réunis à Bruxelles pour un sommet extraordinaire, pousseront le balancier de l’Histoire vers l’intégration, ou la désintégration de la monnaie unique. C’est l’Eurotempête, l’Eurotornado. Même la Banque centrale européenne de sait quoi faire…


Denim, La femme aux idées noires
Denim, La femme aux idées noires
Les marchés financiers ont placé les dirigeants européens face à leurs hésitations, à leurs contradictions, et à la dérive de leurs finances. La crise économique n’a fait qu’accélérer la réalisation d’un scénario écrit pratiquement depuis le début de l’euro. Une monnaie unique pour des Etats à politiques et budgets multiples, cela ne pouvait durer que par beau temps.

La lettre envoyée jeudi par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy aux présidents du Conseil européen et de la Commission propose avec raison de renforcer, ou plutôt de réparer, l’intégration économique, en demandant plus de rigueur et d’unité dans les politiques économiques des États. Ce n’est pas un hasard si, hier encore, François Fillon, ce premier ministre qui en 2007 déjà parlait d’une France «en faillite», a annoncé un gel des dépenses publiques. L’axe franco-allemand ressuscité convaincra-t-il les 14 autres États membres de la zone euro? Les peuples accepteront-ils les sacrifices qu’impose la remise en ordre des finances publiques? Nombre de difficultés restent à surmonter.

L’euro n’est pas seul en jeu. Toute la planète observe avec inquiétude les difficultés européennes, un peu à la manière dont, à l’automne 2008, elle tremblait devant la dislocation du système financier provoquée par la faillite de Lehman Brothers. La fin de l’euro déclencherait une tornade économique, financière et politique qui frapperait le reste du monde. Washington, également lourdement endetté, regarde d’ailleurs d’un œil inquiet la situation et craint pour son dollar. L’Asie, qui possède de grandes réserves en euros, n’est pas non plus à l’abri./////////Frédéric Lelièvre


Rédigé par psa le 07/05/2010 à 02:07 | Permalien

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Shanghai aligne les performances jusqu’à cette exposition universelle de tous les superlatifs. Aujourd’hui, c’est la vitrine de la nouvelle puissance chinoise. Un dynamisme vertigineux, mais autoritaire et opaque.


Haibao, mascotte de Shanghai 2010
Haibao, mascotte de Shanghai 2010
Difficile de ne pas s’extasier devant l’énergie de Shanghai, autoproclamée ville-monde du XXIe siècle. L’ex-Paris de l’Orient avait certes un passé. Mais la rapidité de son jaillissement, depuis 20 ans, depuis que Deng Xiaoping l’a libérée des fers imposés à la prise du pouvoir communiste en punition de ses débauches, est sans précédent historique. Des gratte-ciel par milliers, les trains les plus rapides, de nouveaux aéroports ultramodernes, de nouveaux ports, de nouvelles autoroutes, Shanghai aligne les performances jusqu’à cette exposition universelle de tous les superlatifs. Ce rendez-vous, vieux d’un siècle et demi, avait perdu de son lustre? Shanghai lui rend son éclat. Et l’on se précipite, du monde entier, vers cette métropole de 20 millions d’âmes exhalant à nouveau son irrésistible parfum d’aventure.
Hier, Shanghai était un greffon, une concession, une impureté aux yeux de l’empire. Aujourd’hui, c’est la vitrine de la nouvelle puissance chinoise. Elle a une fonction précise: faire rêver les foules chinoises, jusque dans les campagnes les plus reculées, attirer les investisseurs étrangers pour leur extirper les technologies du futur.
Son exposition universelle est une étape dans l’ouverture du pays. C’est aussi un show, un relais de la propagande «communiste» pour affirmer la nouvelle position de la Chine: centrale et dominante. Comme son pavillon en forme de couronne évoquant une sorte de sacre des temps modernes pour les nouveaux empereurs rouges.
Mais Shanghai, c’est aussi un masque. Plus ouverte, plus moderne, elle n’en est pas moins composée du même ADN que le reste du pays, celui de ce capitalisme autoritaire inflexible dans le registre politique. À certains égards, elle paraît même davantage contrôlée que Pékin, la capitale toujours méfiante. C’est son principal handicap dans sa course à la prédominance régionale: moins transparente, moins sûre sur le plan légal, en clair moins démocratique. Telle est sa limite.///////Frédéric Koller


Rédigé par psa le 30/04/2010 à 01:12 | Permalien

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Dans son dernier ouvrage, «Voyage en Postcolonie, le Nouveau Monde franco-africain», l’africaniste va à la rencontre de la nouvelle génération d’Africains, libre de tout lien avec l’ancien colon. Vraiment?
En 2003, Stephen Smith provoquait la polémique avec «Négrologie: Pourquoi l’Afrique meurt», réflexion sur la responsabilité des Africains dans le mal-développement de leur continent. Délesté de son rôle de journaliste, le nouveau professeur de la prestigieuse université de Duke aux États-Unis revient avec un récit de voyage à la parole décomplexée, qu’il défendra lors du Salon africain du livre de Genève (dès le 28 avril). Pour l’ancien responsable des rubriques Afrique au Monde et à Libération, la Françafrique et ses réseaux secrets, qui visaient à préserver les intérêts de l’Hexagone et sa mainmise sur ses anciennes colonies africaines, est bel et bien enterrée. Son dernier livre est un appel à regarder la nouvelle société africaine, qui évolue dans un monde multipolaire où, «entre la France et l’Afrique, chacun est désormais à sa place». les réflexion sur le cinquantenaire ne font que commencer.


Stephen Smith: «La Françafrique n’a plus les moyens de sa politique»
-Aujourd’hui, que reste-t-il de la France en Afrique?
-Stephen Smith: Il demeure surtout ce que la nouvelle génération a bien voulu faire de l’héritage laissé par l’ancien colon. Ce qui était français au départ est devenu africain ou, plus spécialement, sénégalais, malien ou camerounais. Le fait que la France s’accroche encore exaspère d’autant plus les jeunes Africains que cela les empêche d’assumer leur «francité» en toute liberté. Or, le Français d’Afrique vit désormais sa vie en toute indépendance. De ce point de vue, la Françafrique n’existe plus, et ceux qui voient la France plus grande qu’elle ne l’est tardent à l’admettre.

– Mais il est impossible d’ignorer les «réseaux Sarkozy», qui ont notamment poussé la France à valider des élections à la transparence douteuse, comme au Togo ou au Gabon.– Certes, alors qu’il avait promis la «rupture» avec la Françafrique, le président Sarkozy confie sa politique africaine à des «réseaux» gérés par le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. Mais qu’est-ce qui importe? La fraude dont se rend responsable un régime africain ou la reconnaissance d’une élection par Paris? L’élection de Faure Eyadéma [ndlr: président du Togo] et d’Ali Bongo [ndlr: président du Gabon] a aussi été «validée» par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), par l’Union africaine, les Etats-Unis, l’Allemagne, la Chine, etc. Pourquoi la France serait-elle plus à blâmer que l’Afrique et la communauté internationale? Pourquoi se battrait-elle pour la démocratie à la place des Togolais et des Gabonais? Maintenant, on peut rêver à la conspiration étrangère jusqu’à la fin des temps. Mais ce qui était vrai avant la Guerre froide ne l’est plus du tout aujourd’hui. L’Etat franco-africain ayant été pour l’essentiel démonté, la Françafrique n’a plus les moyens de sa politique.

Stephen Smith: «La Françafrique n’a plus les moyens de sa politique»
– D’après votre livre, en Guinée, au Cameroun ou au Sénégal, les indépendances n’ont pas été acquises de la manière souhaitée par les peuples et leurs dirigeants. Mais existait-il une «bonne» façon de décoloniser?
– Non, de même qu’il n’y a pas de «bonne» façon de coloniser. Les Britanniques appelaient creative abdication leur décision de couper le cordon et de laisser le soin aux élites locales d’inventer une gouvernance moderne à un moment où le rouleau compresseur de la démographie rendait cette tache pratiquement impossible – ce dont on était bien conscient à Londres. La France, elle, est restée dans sa trame faussement assimilationniste, parce qu’elle n’a jamais sérieusement envisagé de devenir, comme disait de Gaulle, «la colonie de ses colonies» au nom d’une loi du nombre – la règle de la démocratie – qui allait à terme jouer contre elle. En 1960, elle a choisi de «partir pour mieux rester». Mais c’était un choix franco-africain. En retenant le colonisateur, la plupart des leaders africains, l’Ivoirien Houphouët-Boigny en tête, pensaient pouvoir le faire «payer».


– La célébration du cinquantenaire des indépendances serait donc une fausse «bonne idée»?– Il y a une différence entre célébrer et commémorer. Dresser un bilan d’étape est utile. 1960 a marqué une césure parce que la souveraineté, même formelle, ce n’est pas rien. Mais cette drôle de décolonisation a donné naissance à une connivence d’élites institutionnalisée, dont faisaient partie nombre de dirigeants africains, souvent des anciens députés ou ministres en France. Chacun trouvait alors son compte dans la «coopération» avec Paris. Ce qui n’est pas, a priori, déshonorant. A l’indépendance, «l’assiette était vide», comme le constatait Houphouët-Boigny. Il faudrait être sourd au sort de l’Africain de base pour trouver le choix facile entre la dignité et la pauvreté… Valait-il mieux grandir dans la Guinée de Sékou Touré, ou au Nigeria, plutôt qu’en Côte d’Ivoire? Oui et non – on voit bien que ce n’est pas évident.//////Sandra Titi-Fontaine



«Voyage en Postcolonie, le Nouveau Monde franco-africain», Editions Grasset, 2010.


Stephen Smith: «La Françafrique n’a plus les moyens de sa politique»

Rédigé par psa le 19/04/2010 à 01:00 | Permalien

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Gilles Rousset, Nu aux trois quarts
Gilles Rousset, Nu aux trois quarts


En chute libre de pratiquement trois quarts, l’ami Sarkozy est parti pour les States : oublier les déconvenues hexagonales aux États-Unis. Un beau programme pour Nicolas Sarkozy qui s’offre lundi et mardi une courte parenthèse internationale aux États-Unis. Cerise sur le gâteau, un rendez-vous officiel avec le président américain Barack Obama et surtout un diner à quatre entre les présidents et leurs épouses dans leurs appartements privés de la Maison Blanche. Une «première», «un témoignage d'amitié particulier», se plaît à souligner l'Élysée, qui veut y voir la fin des tensions qui ont parasité les débuts de la collaboration entre les deux dirigeants. «Un dîner est quelque chose d'intime», confirme un diplomate occidental, «vous invitez un homme d'État important à un dîner d'État, mais un ami vous l'invitez chez vous». Auparavant, Nicolas Sarkozy rencontre les étudiants de la prestigieuse université Columbia lundi à New York dont la devise demeure : « In lumine Tuo videbimus lumen ». En attendant que l’ami Sarkozy ne revienne éclairé, derrière à la maison, ses troupes serrent les rangs pour toujours faire parti unique, bloc solidaire, recadrant les voix discordantes.



Rédigé par psa le 28/03/2010 à 21:34 | Permalien

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Ce n’est pas le mariage que redoute l’Eglise catholique romaine mais la place que prendrait dans l’esprit et le temps du prêtre les passions de la chair et les soucis de famille. La Lettre de Benoît XVI comme une histoire de réligion sans excuses.


Félicien Rops, 1878, La tentation de St Antoine: «Supprimez la tentation et personne ne sera sauvé»
Félicien Rops, 1878, La tentation de St Antoine: «Supprimez la tentation et personne ne sera sauvé»
Le célibat consacré joue peut-être un certain rôle dans les tentations pédophiles de certains prêtres chargés d’éducation d’enfants ou d’adolescents. Certains experts l’affirment. D’autres minimisent ou même contestent cette cause-là. Le célibat ne serait qu’un aspect particulier, même peut-être mineur, d’une conjoncture religieuse où la sexualité dans son ensemble est problématique. En expliquant un dérèglement des sens par la seule frustration sexuelle, on évacuerait toute une série d’autres motivations comme la passion du pouvoir sur autrui, le sentiment d’impunité au sein de la hiérarchie très fermée du clergé, ou même la haine de la normalité conjugale. En outre, toutes les situations ne se ressemblent pas, il y a autant de personnes dans le clergé catholique qui ont fait le sacrifice de leur sexualité que de personnes heureuses d’avoir trouvé un prétexte socialement honorable pour y échapper.
L’affaire est tortueuse depuis le début. Pourquoi saint Antoine, dans son désert égyptien, subit-il les attaques féroces du diable sous forme de tentations sexuelles? Pourquoi ce qui est un trip psychédélique actionné au LSD pour les hippies du XXe siècle représente-t-il, au IVe siècle, pour le père des moines chrétiens, une horrible tentation? (Tentation salutaire cependant puisque, saint Antoine dixit: «Supprimez la tentation et personne ne sera sauvé.»)
Les peintres se sont emparés du thème, Bosch, Grünewald, Dali, ou ce Félicien Rops qui écrit, à propos de son tableau, en 1878: «Le sujet est facile à comprendre: le bon saint Antoine, poursuivi par des visions libidineuses, se précipite sur son prie-Dieu mais pendant ce temps-là, Satan – un drôle de moine rouge – lui fait une farce: il lui a ôté son Christ de la croix et l’a remplacé par une belle fille, comme les diables qui se respectent en ont toujours une sous la main…» L’œuvre a frappé Freud: «Le graveur a choisi le cas exemplaire du refoulement dans la vie des saints et des pénitents», dit-il. Mais contrairement aux autres peintres qui ont placé le péché «insolent et triomphant» quelque part à côté du Sauveur sur la croix, Rops lui fait prendre la place du Sauveur lui-même, sur la croix: «Il semble avoir su que le refoulé, lors de son retour, surgit de l’instance refoulante elle-même.»
C’est moins le célibat que l’abstinence qui occupe l’Eglise. L’apôtre Pierre est marié, ainsi que la plupart de ses condisciples. Dans les premiers siècles, un grand nombre d’évêques, prêtres ou membres du clergé supérieur, dont plusieurs papes, sont des époux. Comme l’affirme Jean Paul II en juillet 1993: «Le célibat n’est pas essentiel au sacerdoce, il ne fut pas promulgué comme une loi par Jésus-Christ.» Ce qui est essentiel en revanche, c’est le comportement sexuel au sein du mariage, si mariage il y a, et l’obéissance à un certain nombre de règles de continence, temporaires ou permanentes. Il est admis depuis l’origine que le prêtre ne peut mener deux vies, l’une ordinaire, de chair et de passion, l’autre apostolique et spirituelle au service de Dieu. Il est dit dans un canon du Concile de Carthage de 390: «Il convient que les saints évêques et les prêtres de Dieu, ainsi que les lévites, tous ceux qui sont au service des sacrements divins, observent une continence parfaite afin de pouvoir obtenir en toute simplicité ce qu’ils demandent à Dieu. Ce qu’enseignèrent les apôtres, et ce que l’Antiquité elle-même a observé, faisons en sorte, nous aussi, de le garder.» De là, cette pratique selon laquelle le prêtre peut être ordonné après avoir été marié mais ne peut plus se marier une fois ordonné.
Le célibat des prêtres s’est généralisé dans le catholicisme de rite latin à partir du XIIe siècle lorsque se sont posées des questions très politiques de succession des biens. L’exclusion des fils de l’héritage des évêques et autres abbés est allée de pair avec la dissolution de leur mariage, jugé illicite. Une injonction du Concile de Trente (1545-1563) est ensuite passée dans le droit canon: «Celui qui dit que l’état conjugal est préférable à l’état de virginité et de célibat, qu’il soit anathème.» Dès ce moment-là, la mise à l’écart presque totale des femmes et des enfants de l’environnement personnel des prêtres a justifié la prolongation jusqu’à nos temps de la vision augustinienne de la sexualité: «Rien n’est plus puissant pour tirer l’esprit d’un homme vers le bas que les caresses d’une femme.» Dans son encyclique très documentée de 1967 sur le célibat, Paul VI tient encore pour valide le raisonnement originaire: «Jésus, qui choisit les premiers ministres du salut, qui les voulut initiés à l’intelligence des mystères du royaume des cieux, coopérateurs de Dieu à un titre très spécial et ses ambassadeurs […] a promis une récompense surabondante à quiconque aura abandonné maison, famille, épouse et enfants pour le royaume de Dieu.»///////// Joëlle Kuntz


Rédigé par psa le 21/03/2010 à 00:00 | Permalien

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Nous aime-t-on encore? C’est la question que pose Jean-Jacques Roth face aux récentes mésaventures de la Suisse. Cette question est constitutive d’une posture particulière à la Suisse, que l’ethnologue Pierre Centlivres explique ainsi: parce qu’il souffre d’un «déficit de substance identitaire commune» (les langues, le fédéralisme, etc.), ce pays a plus que d’autres besoin du regard extérieur pour se sentir exister. Qu’en est-il du Togo où les résultats des dernières présidentielles portent toujours à confusion? Au Togo, la banalité réside dans la nécessaire démocratie au piège de laquelle le parti au pouvoir, le RPT, est pris en croyant prendre l’opposition. Un regard intérieur s’impose chez les acteurs togolais : dans un élan de pacifisme, convoquer au plus tôt la démocratie serait le mieux.


Inattendue crise de banalité
Inattendue crise de banalité
La nécessité démocratique vient de s’imposer au Togo. Par deux banales manifestations le même jour, l’une organisée par l’opposition togolaise et son parti majoritaire, l’UFC de Jean-Pierre Fabre, et l’autre par les troupes du RPT présidentiel de Faure Gnassingbé, un cap vient d’être franchi. Toujours redoutées, les manifestations de l’UFC viennent de prouver qu’elles peuvent et doivent rester pacifiques, même si les deux manifestations antagonistes s’étaient croisées dans les rues de la capitale, Lomé. Ce pari gagné, il deviendra difficile aux autorités togolaises d’interdire ces protestations de l’opposition à l’avenir, sans des raisons solides. Dans le camp de Faure, les faucons ont manifestement laissé la place aux colombes cette fois-ci. Que ces manifestations populaires se tiennent les samedis ou un autre jour de semaine, elles finiront par exposer durablement les faiblesses de Faure, particulièrement les points litigieux du processus ayant mené autant à son élection en 2005 qu’à sa réélection actuelle. Les manifestations du mois d’avril –autour des Fêtes de Pâques et des cinquante ans du Togo, seront particulièrement expressives et dérangeantes. Le pouvoir aura beau exploité les dissidences, les dissonances et les cacophonies de l’UFC –dont celles de Gilchrist Olympio lui-même, que le camp RPT et son président Faure n’ébranleront que faiblement la détermination en face d’eux. Jean-Pierre Fabre n’est pas Gilchrist Olympio. Contrairement à Gilchrist Olympio, Fabre ne reprendra pas prochainement la route pour Accra ou Paris pour toutes sortes de raison; lui, il restera sur le terrain de la contestation quasi quotidienne et ceci change énormément le jeu politique au Togo. De plus, la mise à l’écart de Gilchrist Olympio permet à l’UFC de bénéficier d’une large coalition arc-en-ciel, allant de Dahuku Péré à Agbéyomé Kodjo en passant par Aimé Gogué, Kofi Yamgnane et autres. On ne dort pas tranquille avec une telle coalition sous le dos : Faure se doit donc de surveiller ses arrières. La banalisation dont le RPT a toujours fait montre face à l’opposition togolaise pénètre dans une crise profonde qui risque de modifier, en profondeur, la stratégie politique de Faure. On a prêté à Faure, l’idée de vouloir se débarrasser du parti de son père, le RPT. Un tel affranchissement serait dans sa stratégie postélectorale, afin de ratisser large dans le paysage politique togolais. Il va devoir faire attention pour ne pas se fragiliser ou retarder carrément cette initiative qui devrait l'aider à répondre aux questions: "À quand ma crédibilité?", "M'aimera-t-on un jour pour moi-même?" lui qui un jour avait déclaré, parlant de son père, "lui c'est lui, moi c'est moi". Crise d'identité, crise de banalité. Toujours est-il que la nouvelle configuration de l’opposition togolaise et le gain des manifestations obtenu par cette nouvelle garde de l’UFC et ses alliés changent totalement la donne, et sort le jeu politique de la banalité habituelle. Il y a désormais une crise de banalité d'une nouvelle génération au Togo; c’est la plus difficile, incertaine et inattendue des crises.

Rédigé par psa le 14/03/2010 à 22:22 | Permalien

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