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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Le Sénégal en messager de la démocratie en Afrique francophone. Quel meilleur moyen pour faire passer le message que de rendre hommage au Sénégalais Abdou Diouf, le secrétaire général de la Francophonie, à l’heure où ce dernier va passer le témoin? À trois semaines du sommet, l’excitation monte à Dakar, un tournant pour la Francophonie.


Macky Sall et Abdou Diouf
Macky Sall et Abdou Diouf


«Tournant» pour la francophonie, «vitrine» ou «tremplin» pour le pays, suivant les interlocuteurs, à quelques semaines du sommet, l’excitation est palpable à Dakar. Vingt-cinq ans après en avoir hébergé la IIIe édition, le Sénégal s’apprête de nouveau à accueillir une septantaine de chefs d’État et de gouvernement et 5000 visiteurs. La jeunesse, à laquelle est dédié ce sommet, piaffe déjà: «Il ne doit pas se résumer à une rencontre entre chefs d’État. Nous attendons un nouvel élan et des propositions concrètes sur notre principale préoccupation, l’emploi», insiste Aliou Sow, le président du Conseil national de la jeunesse au Sénégal.

Maîtrise d’ouvrage française, exécution et crédits turcs, le nouveau Centre de conférences n’a rien de commun avec les constructions mastoc essaimées par les entrepreneurs chinois sur le continent. Cet édifice-là est élégant, oblong, tout en arrêtes et transparences. Il ne lui a pas fallu plus de quatre cents jours pour émerger de la poussière, dans le lieu-dit de Diamniado (Cité de la paix). Autant dire au milieu de nulle part.

Situé à 40 km de Dakar, et desservi par une autoroute à péage flambant neuve, Diamniado n’est que le premier d’un «pôle urbain» en gestation, que compléteront, à terme, une université, une cité administrative, un parc industriel et des logements. Il a été conçu pour désengorger la capitale qui craque depuis longtemps aux coutures avec ses quatre millions d’habitants, plus d’un quart de la population sénégalaise. «Le pari des villes nouvelles, les gens n’y croient jamais. Il n’y a qu’à aller en Chine pour voir que c’est possible», rétorque aux sceptiques Racine Talla, le directeur de la RTS.

L’alternance est une condition de paix
Sur le plan opérationnel, le Sénégal assure qu’il est fin prêt. Le risque terroriste, prégnant dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, a été dûment pris en compte, déclare le commissaire Lam au Temps, invité lors d’un voyage de presse. «À ce jour, notre cellule de renseignement n’a pas identifié la moindre menace», poursuit le coordinateur de la Commission de sécurité pour le sommet. Mais rien ne sera laissé au hasard: «Nos forces de sécurité ont été renforcées par les Français et les Canadiens. Les frontières et les accès par la mer seront tous sécurisés.»

Paré aussi, le dispositif destiné à prévenir toute propagation de la maladie Ébola, qui sévit en Guinée voisine. En octobre, le Sénégal a été déclaré «Ebola free» par l’Organisation mondiale de la santé, après la guérison du seul cas avéré dans le pays, un étudiant venu de Guinée. «Nous ne nous endormons pas sur ce succès, au contraire, notre vigilance a redoublé», indique Abdallah Wade responsable de la Commission de santé, en détaillant les contrôles institués aux frontières terrestres et aéroportuaires.

Au-delà des questions logistiques et sécuritaires, le Sénégal entend profiter de la tribune que lui offrira le sommet pour jouer les promoteurs de la démocratie à l’échelle du continent. Les temps y sont propices. Le Burkina Faso voisin, réputé l’un des pays les plus stables de la sous-région, vient de se débarrasser de son président, un Blaise Compaoré trop cramponné au pouvoir.

Quel meilleur moyen pour faire passer le message que de rendre hommage au Sénégalais Abdou Diouf, le secrétaire général de la francophonie, à l’heure où ce dernier va passer le témoin? «En 2000, en acceptant sa défaite aux élections après vingt ans au pouvoir, Abdou Diouf a su préserver le pays», rappelle El Hadj Hamidou Kasse, à la tête du comité scientifique du sommet. «Notre position, à nous Sénégalais, est que la démocratie est fondamentale et ne tient pas qu’à l’organisation d’élections. L’alternance est non seulement une possibilité mais une nécessité. Elle est une condition de paix», assure ce conseiller spécial auprès de Macky Sall. À les en croire, les autorités sénégalaises ne privilégieraient aucun candidat pour la succession d’Abdou Diouf. //////// Angélique Mounier-Kuhn


Ad Valorem


Rédigé par PSA le 08/11/2014 à 01:11