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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




C’est en pleurant que la reine américaine des talk-shows a annoncé qu’elle arrêtera son émission en 2011. Des millions de fans pleurent également. Mais avant l’heure, cinq dates tiennent en haleine la Oprahsphère qui s’est constituée avec elle: 29 janvier 1954 Naissance dans la campagne du Mississippi. 1983 Elle fait ses débuts sur une chaîne de télévision de Chicago. 1985 Nominée à l’Oscar pour son rôle dans La Couleur pourpre, de Steven Spielberg. Janvier 1993 Interviewe Michael Jackson dans un show suivi par la planète entière. 2004 Le magazine Time la considère comme l’une des personnes les plus influentes du monde (elle le restera en 2005, 2006, 2007 et 2008…). Qui la remplacera… Michelle Obama?


Que sera le monde sans Oprah? (Une photo devenue rare; adjete.com, 2007)
Que sera le monde sans Oprah? (Une photo devenue rare; adjete.com, 2007)
Que sera la vie sans «Oprah»? Pour les peureux, qui voient approcher l’apocalypse en 2012, la nouvelle a les allures d’une confirmation. Après un quart de siècle de présence rassurante, la cathédrale télévisuelle va s’effondrer. Ce sera le 9 septembre 2011. Deux jours avant le dixième anniversaire du 11 Septembre, juste avant la fin des temps. L’Oprah Winfrey Show, le talk-show le plus populaire, le plus influent, le plus décisif peut-être de toute l’histoire américaine aura cessé d’exister.
C’est en pleurant qu’Oprah Winfrey a annoncé sa décision la semaine dernière. Elle ne pouvait pas faire moins: l’émotion, les larmes, les confessions ont toujours été au centre du système Oprah. Son enfance, l’arrachement de ses parents, son viol à 9 ans, la pauvreté extrême qui amenait sa grand-mère à l’habiller avec des sacs de pommes de terre, la perte de son propre enfant à 14 ans, son combat contre la prise de poids, tout cela n’a plus aucun secret pour les millions d’Américains qui l’ont suivie pas à pas toutes ces années, l’ont vu grandir, ont grandi avec elle.
Quelle force, chez cette femme afro-américaine qui, bien avant les promesses faites par Hillary Clinton, a réussi à «percer le plafond de verre» et à se hisser parmi les plus grands, et les plus riches, avec une fortune dépassant les 2,7 milliards de dollars! Quel sens de sa propre puissance, lorsqu’elle accorde son soutien au rival de «Hillary», Barack Obama, en lui offrant sur un plateau d’argent pas moins de un million de votes, selon une étude universitaire (depuis longtemps le phénomène Oprah est devenu un sujet courant d’études chez les académiciens)! Quel sens inné du marketing et du théâtre télévisuel lorsqu’elle se fait tout miel pour ouvrir les portes de son show, il y a quelques jours, à Sarah Palin, l’ancienne candidate à la vice-présidence qui avait qualifié ce même Obama de «raciste» et qu’elle accusait de «fricoter avec les terroristes»!

O... en sarcophage, par Daniel Edwards
O... en sarcophage, par Daniel Edwards
Au cours de sa carrière unique, Oprah Winfrey a été capable de tout. Sans elle, Steinbeck et Tolstoï resteraient peut-être aujourd’hui des auteurs de deuxième rang, eux qui ont vu Les Raisins de la colère ou Anna Karenine s’envoler en tête des listes de ventes après qu’ils ont été loués à l’antenne par le club de lecture de l’animatrice. Dans son show, elle passe à confesse Michael Jackson (100 millions de téléspectateurs, l’interview la plus suivie de tous les temps), mais elle refuse ensuite de participer à son enterrement. Elle est de toutes les causes: son combat contre les pédophiles est tellement populaire qu’une loi adoptée par le Congrès sur leur fichage systématique porte son nom. Elle crée une école pour jeunes filles en Afrique du Sud, de la première brique du bâtiment à la couleur de l’uniforme que porteront les écolières. Elle se bat pour la dignité, des Noirs, des homosexuels, des obèses, des victimes de Katrina, des mères célibataires, des femmes à la maison, des femmes battues, n’hésitant jamais, dans le même temps, à offrir leurs drames en pâture et à pleurer avec l’Amérique entière. Mais elle sait aussi provoquer des cris de joie sur le plateau et dans les chaumières en offrant en direct 300 voitures aux spectatrices de son show.
Qui, pour succéder à la reine Oprah, lorsque la fin des temps sera venue? Les plaisantins ne voient qu’une candidate possible, réunissant pareille aura et prestance: Michelle Obama. Pour tous les autres, tous ces seconds couteaux qui se partagent les plateaux rivaux et qu’Oprah a elle-même grandement contribué à formater: aucune illusion. Ils auront toujours une émission de retard. L’animatrice a «Oprahizé» la télévision. Elle a «Oprahizé» le monde. Comme le résumait une critique du Time, il y a trois lustres déjà, cette séquence de confessions suivies de leur absolution immédiate a le pouvoir de tout justifier, de tout niveler: «Nous ne tenons pas les gens pour responsables de leurs actions, parce qu’ils ont toujours été victimes d’une quelconque influence à un moment donné de leur vie.»
Mais pour les quelque 6 millions et demi de téléspectateurs inconsolables devant le départ de la pharaonne, le vide ne sera pas total. L’animatrice veut financer une série télévisée «hot» dans laquelle une femme de Los Angeles décidera d’abandonner sa vie de mère modèle pour assouvir ses fantasmes sexuels. «Elle est guidée par des sentiments complexes», notent les producteurs, pardonnant déjà leur héroïne. Surtout, Winfrey va lancer sa propre chaîne câblée, l’Oprah Winfrey Network. Public visé: 70 millions de personnes. La première, le 11 septembre 2011?///// Luis Lema

Horizon


Rédigé par psa le 27/11/2009 à 01:01
Tags : Oprah Notez