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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Traités de menteur un jour, ils peuvent être reconnus comme gardiens de la vérité historique le lendemain. C’est l’ironique sort des rapporteurs spéciaux de l’ONU. Ces enquêteurs bénévoles et farouchement jaloux de leur indépendance –plus que jamais menacée aujour¬d’hui– ont traversé depuis des décennies la Commission, puis le Conseil des droits de l’homme (CDH), dénonçant sans relâche les violations des libertés dans le monde. Durant trente-quatre ans, Louis Joinet a défendu bec et ongles l’indépendance des rapporteurs spéciaux de l’ONU. Invité à Genève à la veille de la 15e session du Conseil des droits de l’homme, il livre son expérience.


Gilles Rousset
Gilles Rousset


Le magistrat français Louis Joinet a longtemps été le doyen de ces experts. En trente-quatre années, dans les bras de fer autour des droits de l’homme, il est resté comme un roc, n’écoutant que son intime conviction même si les puissants essayaient de le faire fléchir. Il a parcouru 174 lieux de détention, faisant face à des situations terribles. Et il a témoigné de ce qu’il a vu contre vents et marées. Il a aussi été l’un des artisans de la Convention contre les disparitions forcées. Retiré depuis 2008, il n’hésite pourtant jamais à partager ses inépuisables récits, cela afin de préserver l’intégrité de ces enquêteurs, parmi les agents les plus crédibles du système onusien. A la veille de la 15e session du CDH, il était à Genève dans le cadre d’un séminaire sur le droit humanitaire organisé par l’association Genève pour les droits de l’homme.

Notre présence aide les gens à tenir le coup
Une extrême douceur combinée à l’œil rieur, Louis Joinet est capable d’entraîner ses interlocuteurs dans les plus sinistres geôles du monde et de leur fait vivre l’intense espoir du détenu lors de la visite d’un rapporteur spécial. «Le pire, c’est celui qui est au fond d’un cachot et qui ignore qu’on le sait. Notre présence aide les gens à tenir le coup, cela peut aussi parfois permettre d’obtenir un procès équitable

Sa délégation a été la seule de l’histoire de l’ONU à avoir pénétré dans les geôles iraniennes. C’est d’ailleurs lors de cette visite, en 2003, qu’a été découverte la sinistre section secrète 209 à la prison d’Évin, près de Téhéran.

«On reproche à certains rapporteurs d’être partiaux, d’abuser de leur position. On ne se pose pas la question pour les États», poursuit-il. Et de revenir sur un épisode survenu lors d’une session du Conseil en mars 2007: «Un ambassadeur accusait les experts de l’ONU de mentir. Le délégué argentin est alors intervenu: du temps de la dictature argentine, a-t-il dit, dans cette même salle, l’ambassadeur argentin a publiquement traité Louis Joinet de menteur. Quatre ans après, celui-ci était cité comme témoin dans le procès des tortionnaires à Buenos Aires. Ces derniers ont été condamnés. Qui était le menteur alors, le pays ou le rapporteur

Très inquiet de l’offensive de certains pays du Sud pour imposer un code de conduite restrictif aux enquêteurs de l’ONU, Louis Joinet relève toutefois une certaine ambiguïté des pays riches.
«Quand je présidais le groupe sur la détention arbitraire, nous étions très critiqués par les pays du Sud et plutôt appuyés par ceux «du Nord», selon la terminologie de l’époque, raconte-t-il. Or il y a sept ans, nous avons obtenu que notre mandat soit étendu non seulement à la détention des prisonniers politiques, mais aussi à la rétention des étrangers en voie d’expulsion. Depuis, nous avons aussi enquêté dans les pays occidentaux et, du coup, le soutien que nous avions de ces pays est devenu moins ferme

«Le problème, c’est que celui qui se dit «démocratique» un jour ne l’est pas forcément le lendemain et vice versa. Moi qui appartiens à la génération de la guerre d’Algérie, quand j’entends dire que la France est la patrie des droits de l’homme, j’éprouve plus que de la gêne.»//////////Carole Vann


Silence


Rédigé par psa le 13/09/2010 à 02:02