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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Très clairement apparait au loin le Dahomey, depuis qu’un drôle de conducteur est au volant du Bénin. Les chemins sinueux empruntés par lui agrandissent étonnamment le délaissé Dahomey dans son propre rétroviseur. Plus l’on avance dans le Bénin avec Yayi, plus le risque du retour au Dahomey devenait évident : la menace des coups d’État permanents. Les Béninois voient clair dorénavant : c’est un démocrate éconduit qui les avait arnaqués depuis 2006. Or, il n’y a pas de démocratie sans éthique. C’est pourquoi il faut déloger ce plaisantin de Boni Yayi.


Jean Alexandre Pézieux, L'écho enchanteur
Jean Alexandre Pézieux, L'écho enchanteur


N’allez surtout pas penser que l’Afrique est la damnée de la terre et que les pays de ce continent sont des États maudits. Il y a plutôt un déficit criard d’éthique publique, un sens de l’État totalement rugueux, non-aiguisé et parfois abîmé chez certains des politiques africains, c’est tout. Le meilleur exemple est offert aujourd’hui dans la fourberie de Boni Yayi. Quand cette race de personnages passera, quand le sens de l’éthique et la compétence illumineront davantage les neurones des politiques –généralement des hommes, alors les États africains brilleront de toutes leurs capacités et parieront davantage sur la démocratie.

En attendant, comme concluait un analyste béninois, « Portez-vous bien et prions pour notre chère patrie et que comme l'a dit Feu Mgr De Souza, "Qu'aucun bain de sang ne nous éclabousse et ne nous emporte dans son flot" car dedans où dehors, personne ne sortira indemne. »

Tout ceci, c’est après avoir appelé ouvertement à une mise à plat par l’armée béninoise : « À une situation particulière, il fallait une solution particulière. Il reste maintenant les responsables de l'Union fait la Nation (UN) avec à leur tête Me Adrien Houngbédji. Je prie vivement que Me Houngbédji laisse tomber (pour parler terre à terre) mais je sais aussi, (…) qu'aucune paix durable ne se construit dans l'injustice et dans la résignation. Tôt ou tard ça va imploser et non pas exploser. Si de tout cœur l'UN laisse tomber (…), le peuple leur sera reconnaissant éternellement. Si par contre ils en sont incapables, il ne reste qu'une seule solution, une solution à laquelle plusieurs pensent sur la liste sans avoir le courage de le dire, une solution ultime, une solution regrettable. L'Armée remet tout à plat et nous organise d'autres élections dans de brefs délais. Notre démocratie a déjà pris un coup et ne va plus jamais retrouver ses lustres d'antan. Nos paisibles populations ont droit à la paix et à la sécurité pour vaquer à leurs affaires. Il faut parfois avoir le courage de se regarder en face et de se dire la vérité. Entre une guerre civile aux conséquences incalculables, je préfère une remise à plat quoique rien ne garantisse que cela puisse se faire sans casser des œufs. Ce serait dommage qu'on en arrive là mais la classe politique n'aurait pas donné à nos paisibles forces armées d'autres choix. Je sais que je vais soulever un tollé mais j'ai le courage de mes opinions. »


Comme un amoureux éconduit, c’est la vie d’un démocrate éconduit par toute une population, tout un peuple même, qui commence pour Boni Yayi. Lorsque l’on se souvient des bas-fonds des coups d’État d’où provient le Bénin, l’on comprend davantage la gratuité du crime démocratique que vient de commettre le sieur Yayi Boni.

Laurent Gbagbo, l’ami de Boni Yayi, avait fait des erreurs de collégiens : ses affidés qui empêchaient la proclamation des résultats, conséquemment un retard « apparent » s’était introduit dans le processus, discordance entre les organes administratif et juridictionnel etc. Boni Yayi avait cette liste d’erreurs toute prête à son chevet : ce sont là des choses à ne pas faire dans son Bénin natal. Alors, il a fait vite : des résultats proclamés sans la présence des probables contestataires qui auraient déchiré les feuilles de résultats comme à Abidjan, et une Cour Constitutionnelle nuitamment active pour confirmer le forfait électoral.

Même Lula avec ses 80% de satisfaction à la veille de son départ du pouvoir n’avait jamais, dans son histoire politique, rassemblé les suffrages populaires des Brésiliens au point de gagner à un premier tour des élections présidentielles. Rien, absolument rien ne permet à Boni Yayi de se déclarer que de la fraude éhontée. Tellement, l’inutile risque politique que le Boni Yayi fait prendre au Bénin, son pays, est gigantesque que les mots manquent pour décrire la réalité. Son adversaire, Me Adrien Houngbédji, est sans doute mieux placé pour exprimer notre déception commune :
« J’ai gagné cette élection. Je suis le Président élu des Béninois. Jamais je n’accepterai ces résultats. Je les rejette comme nuls et non avenus. Ce combat n’est pas celui d’un homme. À l’étape actuelle de mon existence, il s’agit pour moi de servir, de défendre des valeurs qui nous sont chères, ce combat est celui de notre peuple contre la liquidation programmée de la démocratie. Les résultats proclamés par la Cour Constitutionnelle et entérinant tout ce qui précède, ne sont qu’une preuve supplémentaire du grand complot ourdi contre la démocratie dans notre pays. (…) J’ai d’ores et déjà pris des initiatives, en concertation avec les responsables de l’UN, pour qu’ensemble nous en tirions les conséquences. (…) Il n’y a de paix que dans la justice, il n’y a de démocratie que dans la transparence et la sincérité

Naturellement, dans un pays où la Constitution invite à la rébellion, notamment l’article 66 qui dispose que : « En cas de coup d’Etat, de Putsch, d’agression par des mercenaires ou de coup de force quelconque, tout membre d’un organe constitutionnel a le droit et le devoir de faire appel à tous les moyens pour rétablir la légitimité constitutionnelle, y compris le recours aux accords de coopération militaire ou de défense existants. Dans ces circonstances, pour tout Béninois, désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le plus impératif des devoirs », le coup de dé de l’enchanteur Boni Yayi vient manifestement d’ouvrir une boite à surprises désagréables.

Pratiquement tous les candidats aux présidentielles du 13 mars 2011 sont choqués par la forfaiture. Le porte-parole d’Abdoulaye Bio-Tchané (ABT) ne décolère pas non plus : « L’alliance ABT 2011 n’accepte pas ces résultats (…) Nous allons nous associer à toutes les formes de résistance pour rétablir la démocratie » déclare Raymond Dossa qui compte également « s’associer à toutes formes de mouvements pour remettre de l’ordre dans le pays. »

La table est bien mise : les bifaces, toutes les accumulations et les déferlements, les vieux démons aussi sont de retour au Bénin. À notre grand désespoir. Il faut déloger ce plaisantin de Boni Yayi.

Diplomatie Publique


Rédigé par psa le 22/03/2011 à 02:00