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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




« …lorsque nous serons indépendants… » disaient des amis sud-soudanais de Montréal. C’est chose faite aujourd’hui. Fait plutôt rare, et très rare même en Afrique, la naissance du nouvel État, le 54e en Afrique et le 193e de l’Organisation des Nations Unies (ONU) est probablement le début d’un défi de taille. Il y a une quinzaine d’années effectivement, des amis sud-soudanais de Montréal parlaient toujours en disant « …lorsque nous serons indépendants… »; les voilà libres et dignes, six mois après le fameux référendum du 9 janvier 2011. Avec Lula au Brésil c’était « Ma maison, ma vie »; de John Garang à Salva Kiir c’est « mon pays, ma vie » une nouvelle vie dans laquelle rien ne se présente comme facile. C’est l’avis de tous les analystes et observateurs. Autre chose à ne pas manquer de signaler, le coup de main final de cette étape est donné par un autre Africain… Barack Obama.


Le Sud-Soudan : mon pays, ma vie
« Nous sommes libres ! Adieu le Nord ! Bonjour le bonheur ! ». À minuit, ce samedi 9 juillet, tandis que les cloches chantaient la liberté, la foule en liesse, à Juba (et sans doute ailleurs dans ce nouveau pays) a laissé jaillir ses émotions les plus enfouies.

Au bout de la nuit profonde, une aube nouvelle, que l’on souhaite radieuse pour les populations du Sud-Soudan. Puisse la vigilance des dieux Dinkas, Nuers, Shuluks… ne jamais être prise en défaut. Car il en faudra, pour que soit clément le destin de ce nouvel État.

À l’œil nu, l’on voit déjà poindre les embûches dressées au-devant de ce Sud-Soudan qui naît d’une double soustraction : un tiers du territoire et trois quarts du pétrole de l’autre Soudan, qui a cessé, à minuit, d’être le plus grand pays d’Afrique, en superficie.

À ceux qui, au nom d’un certain panafricanisme, seraient tentés de déplorer une balkanisation de plus du continent, il faut juste rappeler que l’indépendance est la vocation ultime des peuples opprimés. Faute d’avoir pu s’épanouir au sein du grand Soudan, ils iront vivre leur destin à part, à l’abri du racisme et du mépris. Car le projet politique de l’oligarchie au pouvoir à Khartoum a souvent, sinon toujours été d’islamiser, et même d’arabiser ces populations noires, animistes ou chrétiennes du Sud.

Depuis un demi-siècle, ce peuple a payé le prix qu’il faut payer pour demeurer lui-même : emprisonnements, liquidations, exil… Hommage à la mémoire des guérilleros du Front de libération de l’Azanie, entrés dans l’Histoire sous le nom de guerre : Anya Nya, les premiers à se soulever, en 1963. Un accord, signé sous l’égide de l’OUA, en 1972, reconnaissait le statut de régions autonomes aux provinces sudistes d’Equatoria, du Bahr el Ghazal et du Haut-Nil. Mais il n’a pas été respecté par le maréchal el-Nimeiry, qui a instauré la loi islamique sur l’ensemble du territoire, en 1983. C’est alors qu’apparaît John Garang. Fondateur de la SPLA, il est le véritable père de l’indépendance que l’on célèbre aujourd’hui.

Libre, oui ! Libre enfin ! Pour ce qui est du bonheur que chantent les manifestants de Juba et d’ailleurs, il dépend d’abord et avant tout des Sud-Soudanais eux-mêmes : ils ont, en Afrique, sous leurs yeux, toute la panoplie de ce qu’il ne faut pas faire. ////////// Jean-Baptiste Placca


Le Sud-Soudan : mon pays, ma vie

Horizon


Rédigé par psa le 09/07/2011 à 03:30