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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




L’horizon politique où se profilait le Togo au lendemain des dernières élections législatives s’est raisonnablement tempéré. La fronde qui consistait à ouvrir une inutile guérilla contre un des partis de l’opposition, l’Alliance nationale pour le changement (ANC), s’est estompée au profit de franches discussions. On peut donc espérer que soit finie la ronde des prétendants, du moins pour l’heure. Un tel refus des illusions intempestives et controversées reste salutaire face au devoir de naissance d’une opposition républicaine unifiée au Togo. Et c’est tant mieux, puisque c’est à cela que contribue toujours la diaspora togolaise!


Le Togo, À l’heure de l’idéal républicain
Ainsi, la classe politique togolaise qui aspire à gouverner autrement le pays passerait à une disposition d’esprit solidaire, pratique et propice à un engagement démocratique unifié. Il reste que ce passage à l’engagement unitaire, surtout cette collaboration définitivement scellée est encore chancelante entre les acteurs sur le terrain. Et elle l’est malheureusement, non pas à cause des écarts d’appréciation au sein du Collectif Sauvons le Togo (CST), mais davantage à cause de l’inconstance politique qui caractérise les hésitations de la Coalition Arc-en-ciel. C’est le reliquat des guerres d’antan qui fonde encore de telles hésitations, celles-là qui n’ont jamais produit les fruits de l’alternance au Togo, depuis les lendemains des soulèvements du 5 octobre 1990, depuis les spéculations de la Conférence nationale souveraine togolaise qui a produit autant d’intrigues et de méfiance entre politiciens que de rapprochements entre des acteurs dont certains étaient pourtant redoutablement talentueux.

Le fait querellé qu’il y a désormais lieu d’identifier pour mieux le dénoncer, est toujours l’accentuation sur un prétendu particularisme de chaque groupe politique. Et de nos jours, la Coalition Arc-en-ciel se présente comme prétendument différentielle qu’elle court le risque d’incarner le biais éternel de n’exister que pour les partis politiques uniquement; n’exister que pour la satisfaction de certaines ambitions politiques inopportunes dans les circonstances actuelles, particulièrement face à la perspective urgente d’une incontournable unité d’action politique élargie à toute la société civile. Le Togo ne peut plus se permettre d’attendre trop longtemps avant d’exhiber aux yeux du monde son opposition républicaine unifiée et intégratrice de la même aspiration démocratique qui émane et converge de partout.

Certes, même accomplie et triomphante, l’opposition républicaine au Togo doit se résoudre à charrier quelques séquelles de son passé peu glorieux d’une inefficacité légendaire fertilisée par des égoïsmes à tout crin. Cette opposition doit néanmoins initier, bâtir et fonder un autre avenir d’ores et déjà. Ici naît une nécessité, un devoir envers les Togolaises et les Togolais : édifier sur les ruines des divisons passées, les conditions d’une alternance démocratique et pacifique et s’en donner les moyens objectifs, professionnels et diplomatiques dès maintenant.


Passer à une vitesse supérieure unificatrice
Tout a été dit sur le Togo et sa classe politique. Les ruses, les erreurs, les succès, les leçons de toutes les expériences individuelles et collectives, les différences réelles et artificielles, les atermoiements, les frustrations, les tumultes, les affrontements, les contradictions, les mythes, toutes ces togolaiseries qui ont mené le pays là où il se trouve aujourd’hui. Seulement, même les justifications historiques d’une opposition irréductible et quasi-permanente, à un moment donné, ne sont plus aussi puissantes que celles qui poussent aujourd’hui à la solidarité, à l’unité d’action, à la reddition de comptes politiques et à l’obligation de résultats.

L’heure de l’idéal républicain a véritablement sonné au Togo. Cette conscience critique doit avant tout réveiller l’opposition togolaise et le mettre face à ses responsabilités, loin des seuls discours mais plutôt se servir de la mobilisation pour former équipes et comités, faire alliance et stratégie. Car, c’est bien l’opposition qui a le fardeau de prouver qu’elle peut véritablement s’organiser, de l’intérieur comme de l’extérieur, en son sein et au-delà de ses rangs, régler le cas de la Coalition Arc-en-ciel; s’organiser pour conjurer l’alternance démocratique tout en préservant les bases de la nation. Il faut donc à cette opposition togolaise forcer le respect, partout, auprès des partenaires proches et lointains du Togo; couper court à l’improvisation, à la démolition des acquis et à la diabolisation des personnes, furent-elles les amis d’hier. Il faut donc sonner le ralliement de tous les démocrates, ici et maintenant, en faisant de la place à tout le monde, les nouvelles énergies politiques autant les anciennes flammes citoyennes.

C’est cette vigilance partagée devenue tenace par ailleurs qui tient en haleine tout un pays, et elle est relayée par une conscience révoltée de sa diaspora, décidée à ce que les faits et les actes soient autrement qu’ils n’aient jamais été. Une diaspora qui n’a jamais démérité face à l’avenir du Togo, une diaspora qui n’a jamais démérité dans son investissement dans tous les banquets démocratiques et républicains, qu’ils soient réussis ou avortés, et réclamant au moins la justesse des règles du jeu politique. Silencieuse parfois, parce que beaucoup de gens crient trop souvent leur inefficacité, la diaspora togolaise demeure républicaine et elle possède une certaine pudeur à faire de la surenchère, une pudeur à faire étalage de toutes ses habiletés et contributions que personne ne pourra un jour ou l’autre lui contester d’ailleurs.

Démocrate depuis la veille, il n’est donc pas surprenant que son vote ne soit jamais reconnu à cette diaspora togolaise que seuls les retardataires, les récalcitrants et les diplômés dernièrement devenus ne connaissent pas. Ils sont arrivés trop tard dans une diaspora d’apparence hétéroclite certes, mais une diaspora qui a pourtant fait la preuve de son unité d’action sans complaisance ni asservissement, mais seulement le parti-pris d’une république togolaise assainie et majestueusement érigée sur la fierté non-dissimulée de tous ses enfants, autant ceux de l’intérieur que ceux de l’extérieur. Passons!

Il n’y a donc rien de fatal ni de prédestiné dans la situation politique répétitive du Togo; rien de prédéterminé dans la reprise des erreurs du passé. Maintenant que tous les regards se tournent vers l’opposition togolaise, il est temps de passer à une autre vitesse, une vitesse supérieure à tout ce qui a pu être expérimenté jusqu’ici. L’heure est véritablement à la soif de faire et de réussir un autre Togo. Et, plus personne n’a le droit de rester les bras croisés sans mettre et remettre la main à cette pâte renouvelée d’où émergera un Togo démocratique, plus adapté à l’ère du temps et aux besoins de l’ensemble de ses citoyens. Ainsi, au Togo ou ailleurs, et toujours de concert, l’idéal républicain redevient un devoir pour tous. Aujourd’hui même, et beaucoup plus qu’hier.


Horizon


Rédigé par psa le 08/10/2013 à 23:19
Tags : Démocratie politique Togo Notez