Profil
Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




C’est l’histoire commune d’une société aveuglée par un matériau aux propriétés exceptionnelles et qui tarde à réagir aux premiers avertissements des scientifiques. La part de responsabilité des accusés existe et des faits attestent de leur manquement, disent les juges. Mais l’autre procès de l’amiante, tout aussi important, reste à faire.


Eliana Minillo, Les uns et les autres
Eliana Minillo, Les uns et les autres
Des dizaines de milliers de morts, souvent plusieurs années après avoir été contaminés par des poussières considérées pendant trop longtemps comme inoffensives. Des milliers d’autres victimes contraintes à des contrôles médicaux réguliers. Et jamais une seule condamnation.

Hier, le tribunal de Turin a, en première instance, rompu le cours d’une histoire tragique qui se déroulait exclusivement en procédure civile. Stephan Schmid¬heiny, ex-propriétaire du groupe suisse Eternit, et le baron belge Jean-Louis de Cartier de Marchienne, ex-administrateur d’Eternit Italie, sont condamnés à 16 années de prison pour avoir provoqué «une catastrophe sanitaire et environnementale permanente». Ce jugement, que beaucoup qualifieront d’historique tant par sa dimension que par sa nature (le plus grand procès dans l’histoire de la sécurité au travail), désigne enfin des coupables. Pour les victimes qui se sont heurtées à de longues procédures, c’est un peu de leur souffrance qui est réparée. La part de responsabilité des accusés existe et des faits attestent de leur manquement, disent les juges. Prenons-en acte, sans préjuger du probable recours.

Mais l’autre procès de l’amiante, tout aussi important, reste à faire. C’est l’histoire commune d’une société aveuglée par un matériau aux propriétés exceptionnelles et qui tarde à réagir aux premiers avertissements des scientifiques. Comme trop souvent, les lobbies et les autorités chargées de la sécurité sanitaire ont perdu une bonne dizaine d’années avant de prononcer une interdiction générale (1er mars 1989 en Suisse). Il faudra également attendre plusieurs années pour que l’on impose un assainissement d’immeubles que l’on jugeait il y a peu encore «sûrs».

Stephan Schmidheiny, dont l’engagement en faveur des grandes causes environnementales est reconnu mondialement (il fut un des grands artisans de la Conférence de Rio), est rattrapé par une mauvaise histoire où les petites et grandes lâchetés ne sont devenues évidentes que lorsqu’il était déjà trop tard.////////Pierre Veya


Horizon


Rédigé par psa le 13/02/2012 à 02:00