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Pierre S. Adjété
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L'Effet Gbagbo se dessine-t-il au Bénin de Boni Yayi?





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Jean-Claude Juncker a rendu un grand service à l’Union européenne. En menant à la veille du Sommet européen qui s’achève aujourd’hui à Bruxelles une attaque frontale contre Tony Blair, son rival putatif pour la présidence de l’UE, le premier ministre luxembourgeois a parlé engagement et programme. Il a mis des mots sur le futur visage de l’Union. Alors que l’ancien premier ministre britannique, lui, reste encore dans l’ombre.


Pierre de Belay, Une Europe qui se prend la tête
Pierre de Belay, Une Europe qui se prend la tête
Cette discrétion, rappelons-le, est permise par le Traité de Lisbonne, qui prévoit une nomination par les chefs d’État et de gouvernement, sans obligation de candidature. Mais elle est dommageable au vu de la méfiance suscitée par l’ancien locataire du 10, Downing Street. Le poste de président du Conseil européen sera l’autre clef de la voûte communautaire. Avec lui et le président de la Commission, l’Union aura deux têtes qui devront travailler ensemble. Le pire, après l’accouchement difficile du Traité de Lisbonne, serait d’aboutir à une bataille d’ego.
Tony Blair gagnerait à rassurer. Surtout qu’une fois l’ultime obstacle tchèque levé, l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne sera presque immédiate. Un sommet extraordinaire des Vingt-Sept à mi-novembre est déjà envisagé pour accoucher des nominations qui, pour l’heure, ne peuvent pas être rendues publiques. D’où la nécessité de lever les doutes.
L’ancien leader du Labour doit aussi parler à ses concitoyens. Alors que, à Londres, les conservateurs plus eurosceptiques que jamais promettent, une fois au pouvoir, de miner autant que possible l’équation à Vingt-Sept, sa conviction européenne ne doit pas rester lettre morte. Idem vis-à-vis de ses ex-pairs: on ne peut pas avoir, en 2003, fracturé la Communauté sur l’Irak et se représenter aujourd’hui devant elle sans explications.
La future Union à deux têtes sera une machine aussi prometteuse que compliquée et fragile. La Commission, moteur de l’intégration, devra continuer de résister aux pressions nationales et trouver de nouveaux équilibres avec le Parlement européen renforcé. S’il croit encore à sa candidature bruxelloise, Tony Blair doit s’employer à faire mentir ses détracteurs. ///////Richard Werly


Rédigé par psa le 30/10/2009 à 01:00

L'affaire Jean Sarkozy l'atteste: plaire au président importe plus que lui signaler les colères de l'opinion. Au croisement de la vie privée et du débat public, la place de son fils comme le rôle de son épouse sont des sujets tabous. Toute vérité n'est pas bonne à dire. Bien peu s'y risquent... C'est bien aujourd'hui les 50 ans d'Astérix et sa potion magique qui, seule, doit pouvoir sauver le soldat Sarkozy le Gaulois.


Carla Bruni-Sarkozy
Carla Bruni-Sarkozy

Ce matin-là, pas une seule voix ne s'éleva pour lui répondre. Jeudi 22 octobre, petit déjeuner de la majorité à l'Elysée. Le soir, au journal de 20 heures de France 2, Jean Sarkozy annoncera, à la surprise générale, qu'il ne se porte finalement pas candidat à la présidence de l'Epad, l'établissement public d'aménagement du quartier d'affaires de la Défense, dans les Hauts-de-Seine. Quelques heures plus tôt, son père s'emporte: "De toute façon, je sais bien ce que provoque l'affaire de mon fils." Personne ne bronche. Depuis que la controverse a éclaté, douze jours plus tôt, chacun est tétanisé et tout le monde se tait. Le 12 octobre, le chef de l'Etat réunit, comme tous les lundis matin, l'état-major de l'UMP. La réunion commence par un tour de table, au cours duquel chacun rapporte ce qu'il a vu et entendu le week-end sur le terrain. Déjà, la Toile s'empare de la future élection du fils du président et deux ex-candidats de 2007, François Bayrou et Ségolène Royal, ont fait des déclarations tonitruantes sur le sujet. Mais, devant Nicolas Sarkozy, aucun responsable du parti n'évoque la question. Une polémique? Quelle polémique?

Au lendemain de l'annonce du retrait de Jean Sarkozy, le quotidien britannique de centre-droit The Times notera: " Le président de la Ve République est victime du phénomène de cour, un sentiment d'omnipotence qui vient de l'isolement du poste de dirigeant le plus puissant du monde démocratique." Le 26 octobre, c'est Dominique de Villepin qui lâche: "L'esprit de cour est un danger pour la démocratie. Quand on est proche du pouvoir – c'est quelque chose que j'ai dit très tôt à mes enfants – on a plus de devoirs que les autres." (…)

Danger Escarpins Rouges, Jacques
Danger Escarpins Rouges, Jacques
Deux sujets tabous: "la famille et les Hauts-de-Seine"

L' "affaire Jean" restera comme un cas d'école. "Il y a deux sujets qu'on s'interdit d'évoquer avec lui: la famille et les Hauts-de-Seine, relève un proche du chef de l'Etat. Alors, là, vous imaginez!" Une seule loi s'est imposée, celle du silence. "A l'Elysée, personne ne lui dit plus la vérité, sauf quelques très rares conseillers, dans les domaines de leur compétence", ajoute un autre fidèle. Tard, trop tard, Nicolas Sarkozy mesure l'ampleur des dégâts. "C'est la première fois que je le sens atteint. Il sait qu'il a commis une faute", livre un participant à la sortie de la réunion de l'état-major de l'UMP à l'Elysée, le 19 octobre. Questions de famille, problème de politique. Lorsque l'intime se trouve mêlé aux affaires de la nation et donc exposé sur la place publique, toute réserve, toute critique est perçue comme inacceptable. Dans ce genre de situations, Nicolas Sarkozy tient ses collaborateurs à distance. La plupart d'entre eux avaient appris par le communiqué officiel son divorce avec Cécilia ; même le secrétaire général, Claude Guéant, ¬informé de la procédure, n'en connaissait pas le calendrier exact. (…)

"Les ministres ne sont que des marionnettes", pointe le député (UMP) de l'Aube, François Baroin. Le haut-commissaire Martin Hirsch finira par admettre, sur RTL, que le débat provoqué par Jean Sarkozy "perturbait tout"... mais c'était au lendemain du 20 Heures où le conseiller général le plus célèbre de France avait jeté l'éponge. Il est toujours plus facile de dire les choses après. Avant, les responsables de la majorité, sommés de monter au créneau pour justifier l'injustifiable, auront préféré être ridicules plutôt que crédibles. Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville : "Ce pays a peur de sa jeunesse." Le député de Seine-et-Marne, Yves Jégo: "C'est comme ça que le fascisme arrive dans un pays: quand on s'attaque à quelqu'un à cause de son nom." Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'Ecologie: "S'il s'était appelé Martin, il aurait eu moins de problèmes."

Peut-être même, s'il s'était appelé Martin, le président n'aurait-il pas -appelé, en 2008, depuis Prague, Hervé Marseille pour le remercier d'avoir laissé à son fils la tête du groupe ¬majoritaire du conseil général des Hauts-de-Seine, qu'il revendiquait aussi. (…) Et si Louis, 12 ans, ne s'était pas appelé Sarkozy, peut-être aussi le patron du Paris Saint-Germain, Robin Leproux, ne se serait-il pas spécialement déplacé, le 21 octobre, quand il apprit que le troisième fils du chef de l'Etat, qui n'en demandait pas tant, assistait à l'entraînement des joueurs? "i[Le dirigeant parisien ne savait d'ailleurs pas s'il devait [le] tutoyer ou [le] vouvoyer]i", écrira Le Parisien. Au bal des courtisans, les membres du gouvernement ne sont jamais les derniers. "Ils se rêvent tous en saint Jean et se demandent en permanence : "Suis-je le ministre le plus aimé du Seigneur ?'' ", confie un conseiller élyséen. Rien ne les arrête : l'un d'eux a même comparé, au cours d'un dîner, les paroles des chansons de Carla Bruni-Sarkozy à des vers de la littérature classique. "Le seul capital qui ne coûte rien et qui rapporte beaucoup, c'est la flatterie", disait Talleyrand. Encore faut-il la manier avec parcimonie. "Lorsqu'on se rapproche trop, le président se lasse assez vite", constate un ministre qui se veut lucide. Susciter l'attention peut néanmoins permettre de toucher le gros lot : quand il apprit qu'un sommet franco-italien se déroulerait à Rome en ¬février 2009, Frédéric Mitterrand, alors à la direction de la Villa Médicis, multiplia les coups de fil pour obtenir la visite du président – "Juste une demi-heure, nous sommes en ville !" Quatre mois plus tard, il fut nommé ministre de la Culture. "Cela fait très longtemps qu'il soigne ses liens avec le chef de l'Etat, auquel il a envoyé plusieurs lettres", remarque un fidèle de Nicolas Sarkozy.

Sauver le Soldat Sarkozy
Nicolas sous l'emprise de Carla? Il n’aime plus ses électeurs !

(…) "Nicolas Sarkozy n'accepte pas la critique sur quelques moments héroïques, ceux qu'il considère comme des faits d'armes établis de son épopée, par exemple la Géorgie", nuance un autre. "Je choisis les sujets en fonction de son humeur", complète un troisième.
Mais les élus de droite n'iront jamais jusqu'à pointer devant lui celle par qui, estiment-ils, sont arrivés la plupart des ennuis du chef de l'Etat en cet automne agité : la première dame de France. Où l'on retombe dans le débat sans issue entre vie privée et décisions publiques, l'une des failles, depuis longtemps, de ce président. L'abandon des tests ADN, le soutien élyséen – tout du moins dans un premier temps – au cinéaste Roman Polanski, le livre de Frédéric Mitterrand... Au sein de la majorité, une question fait florès: Nicolas Sarkozy est-il trop sous l'emprise de Carla Bruni? "Est-ce à cause de son épouse? Toujours est-il qu'il n'aime plus ses électeurs", regrette un dirigeant du parti majoritaire. "C'est vrai qu'elle lui a fait découvrir que l'on s'amuse plus avec un intellectuel de gauche qu'avec un élu UMP!", sourit un ami du président. Passent encore les mondanités, c'est son influence qui agace. Interrogé à ce sujet, le 19 octobre, sur Canal +, le conseiller spécial du chef de l'Etat, Henri Guaino, répond :"Elle en a sans doute beaucoup plus que moi!" La droite bougonne. "Nicolas est subjugué par une femme mannequin, plus riche que lui, mondialement connue et qui constitue une prise de guerre, puisqu'elle vient de la gauche", relève un autre responsable de l'UMP. Ce n'est pas en regardant sur le site que Carla Bruni-Sarkozy vient de lancer que les élus de la majorité se rassureront : elle n'y parle que de deux membres du gouvernement, l'une et l'autre symboles de la fameuse ouverture, Fadela Amara et Martin Hirsch. Mais le président n'avait pas attendu de rencontrer sa future épouse pour nommer des gens de gauche dans son gouvernement...
En septembre, Nicolas Sarkozy s'est rendu à New York, pour la session annuelle des Nations unies. Un membre de la délégation officielle se souvient : "A l'aller, c'est la première fois que, lors d'un long voyage, il ne nous invite pas à venir le rejoindre pour le déjeuner. Il est resté tout le vol avec Carla. Deux de ses conseillers l'ont simplement dérangé un quart d'heure."
Le pouvoir conduit à la solitude. Qui confine parfois à l'isolement. La veille de son départ, le président avait vu Un singe en hiver, le film d'Henri Verneuil. Ce soir-là, il avait entendu Jean Gabin lancer à Jean-Paul Belmondo : "Les choses entraînent les choses. Le bidule crée le bidule. Y'a pas de hasard." //////Eric Mandonnet et Ludovic Vigogne


Rédigé par psa le 29/10/2009 à 01:29

Venu à Tokyo accélérer un accord sur les bases américaines, le secrétaire d’État américain Robert Gates a été froidement reçu. Barack Obama devra faire mieux le mois prochain. Le rapport Japon-États-Unis, qui n’avait guère évolué depuis 1945, est-il en train de changer? «Les Japonais ne sont pas indépendants dans leur tête», relativise Minoru Morita, auteur d’un livre sur les relations bilatérales. «L’atmosphère générale entre les deux pays, relève Michael Austin, de l’American Enterprise Institute, s’est progressivement refroidie depuis que le premier ministre Junichiro Koizumi est parti en 2006.»


Chen Wenling, La Révolte (What You See Might Not Be Real)
Chen Wenling, La Révolte (What You See Might Not Be Real)
«Ah soo desu ka» («Oh, vraiment»). C’est généralement par cette formule de politesse que les Japonais répondaient depuis des décennies au «We have a deal» («nous sommes d’accord») des Américains. D’où le choc éprouvé cette semaine par l’administration Obama quand le ministre des Affaires étrangères Katsuya Okada a déclaré: «Nous n’allons pas accepter ce que les États-Unis nous disent juste parce que ce sont les États-Unis.» Il répondait aux pressions du secrétaire américain à la Défense Robert Gates, venu à Tokyo pour accélérer la concrétisation d’un accord conclu en 2006, après quinze ans de négociations, sur la réorganisation des bases américaines dans l’Archipel. Celui-ci prévoit le déplacement de la base de Futenma, proche d’une zone urbaine au sud de l’île d’Okinawa et le transfert de 8000 soldats américains d’Okinawa à Guam.
Cela fait des années que la présence militaire américaine au Japon (47 000 hommes actuellement) provoque des tensions avec la population locale à cause d’accidents, de deux affaires de viol médiatisées, et plus généralement de la pollution. À Okinawa, qui accueille trois quarts des bases et la moitié du contingent, c’est d’ailleurs l’opposition de riverains voulant préserver la baie au nord de l’île qui bloque le déplacement de la base de Futenma.
Mais l’affaire dépasse l’enjeu écologique depuis la victoire des sociaux-démocrates le 30 août dernier, mettant fin à la très longue domination du Parti libéral démocrate. L’actuel premier ministre Yukio Hatoyama avait promis aux électeurs de traiter «d’égal à égal» avec les États-Unis et de trouver une solution alternative pour la base de Futenma, afin d’alléger le fardeau d’Okinawa. Sa popularité (70% de soutien) dépend en partie de sa fermeté.

James Tissot, La Japonaise au bain (1864)
James Tissot, La Japonaise au bain (1864)
Le gouvernement japonais a pris un départ sur les chapeaux de roue. Il a mis fin au soutien logistique naval, dans l’océan Indien, des troupes américaines engagées en Afghanistan. Il veut réviser le statut privilégié des soldats américains basés au Japon. Il a ouvert une enquête sur les pactes secrets conclus entre Tokyo et Washington pendant la Guerre froide. Il joue avec l’idée d’une «Communauté est-asiatique» regroupant la Chine, le Japon, les pays de l’ASEAN, peut-être l’Australie – sans dire un mot du rôle qu’y joueraient les États-Unis. Il prend aussi tout son temps pour appliquer l’accord militaire signé en 2006 par le précédent gouvernement, tandis que les Américains le pressent de conclure avant la visite de Barack Obama au Japon, le 12 novembre prochain. Robert Gates a modérément apprécié la placidité de ses hôtes, déclinant une invitation à dîner avec des fonctionnaires du Ministère japonais de la défense. Geste éloquent quand on sait l’importance du protocole au pays du Soleil-Levant. Plusieurs fois, des diplomates ou députés japonais ont répondu du tac au tac, voire avec une certaine impertinence à leurs vis-à-vis américains. «En 30 ans, je n’avais jamais vu ça», dit au Washington Post Kent Calder, directeur du Centre d’études asiatiques à l’Université John Hopkins.
Les relations ne sont pas aussi refroidies que le laisse supposer la visite ratée de Robert Gates. Après tout, les administrations Hatoyama et Obama sont toutes deux en phase d’apprentissage. Robert Gates a été maladroit «en risquant de créer une situation où les sociaux-démocrates japonais doivent céder à la pression américaine et perdre la face, ou durcir le discours pour des raisons de politique intérieure, ce qui compliquerait tout», estime Gary Schmitt de l’American Enterprise Institute.
Côté japonais, les commentaires sont aussi à l’autocritique. Le Japon doit agir «avec précaution afin de ne pas mettre en péril la coopération avec les États-Unis, écrit le Japan Times. Repousser la décision (sur Okinawa) n’est pas dans son intérêt». «Le Japon a mal jugé la position américaine en assumant que les États-Unis mettaient l’accent sur l’intervention en Afghanistan et accepteraient un délai pour la base de Futenma», commente le Mainichi Daily News. En fin de semaine, le ton était à l’apaisement. Mais Yukio Hatoyama laisse ouverte la question de savoir si une solution praticable sera proposée avant l’arrivée de Barack Obama. «Le dossier le plus difficile aujourd’hui n’est pas la Chine, mais le Japon», déclare un responsable du Département d’État.//// Jean-Claude Péclet


Rédigé par psa le 26/10/2009 à 01:58

Benoît XVI a célébré dimanche 25 octobre à Saint-Pierre de Rome la messe de clôture de la deuxième assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques. Un Synode résolument pastoral, qui s’est voulu à l’échelle de l’Église universelle.


La basilique Saint-Pierre du Vatican le 25 octobre 2009 à l'occasion de la dernière journée du Synode pour l'Afrique.
La basilique Saint-Pierre du Vatican le 25 octobre 2009 à l'occasion de la dernière journée du Synode pour l'Afrique.
Kikongo, swahili, yorouba, guèze, mais aussi français, anglais, italien, portugais… et le latin pour l’Évangile. Les langues qui ont résonné ce dimanche dans la basilique Saint-Pierre durant la célébration de clôture du Synode, présidée par le pape entouré de 294 concélébrants, ont été à l’image de ce synode : diverses mais en communion. « Nous nous sommes parlé ! » Au fil des 236 interventions, l’évidence s’est en effet imposée. Une « collégialité affective et effective » a émergé, soulignée par Mgr Edmond Djitangar, évêque de Sarh (Tchad) et l’un des deux secrétaires spéciaux. Et ils en avaient besoin, les évêques d’Afrique, ou plutôt des Afriques.

« Confiance ! Lève-toi, continent africain ! » leur a dit Benoît XVI ce dimanche, leur rappelant « la prédilection de Dieu pour ceux qui sont privés de liberté et de paix, pour ceux qui sont violés dans leur dignité de personnes humaines. » C’est bien en souffrant dans leur chair que ces évêques voient des enfants-soldats à qui on donne des kalachnikovs, qu’ils voient leurs diocèses se vider de millions d’émigrants qui vont mourir dans ces cimetières à ciel ouvert que sont devenus la Méditerranée, le Sahara ou la grande forêt du Congo, qu’ils voient une partie des élites africaines participer au pillage de leur pays, qu’ils voient des familles entières décimées par le sida. Tout cela, ils ont pu le partager entre eux et le dire au monde. Car ce Synode a été véritablement universel.

Le Saint-Père, en passe de devenir pour beaucoup un « guide de l’Afrique », a été présent à la plupart des sessions. Le cardinal Péter Erdö, archevêque d’Esztergom-Budapest et président du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), a souligné, pour La Croix, plusieurs analogies : « En Hongrie comme en Afrique du Sud, la transition vers la démocratie s’est accompagnée d’une “dictature des libérateurs”. Et les violences du Rwanda reposent sur des fondements assez proches des drames de l’ex-Yougoslavie. »

L’un des cris majeurs de ce Synode a été l’appel à la « sainteté » des dirigeants, en particulier catholiques. Edem Kodjo, ancien secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), ancien premier ministre du Togo, et professeur de patrologie à l’Institut Saint-Paul de Lomé, était auditeur à ce synode. « Nos gouvernants, trop souvent, ne sont pas à la hauteur, a-t-il confié. L’Église a le devoir d’appeler à plus de justice, plus de solidarité, plus de recherche du bien commun. À plusieurs reprises, j’ai hésité à poursuivre la vie politique : je ne sais pas tuer un adversaire. Chez nous, les chrétiens ne sont pas suffisamment préparés à la politique. » Notamment lorsque celle-ci est traversée par des réseaux occultes en lien avec des sociétés secrètes.

Au déjeuner de samedi, qui a rassemblé les pères synodaux autour de Benoît XVI, celui-ci a esquissé le difficile chemin en ligne de crête de l’Église : « Le thème “Réconciliation, justice et paix” implique certainement une forte dimension politique, mais rien n’est possible sans une profonde purification du cœur qui doit résulter de la rencontre avec Dieu. Sans réalisation politique, cette nouveauté de l’Esprit ne peut se réaliser. Pour éviter la politisation, le danger serait de se retirer du monde. Les pasteurs doivent donc donner une parole concrète, mais spirituelle. » (…)

L’islam a également traversé de part en part les travaux. « Nous avons été écoutés sur le caractère positif possible d’une rencontre avec l’islam », se réjouit l’évêque de Laghouat (Algérie), Mgr Claude Rault. Mais l’exigence de réciprocité a également été exprimée avec vigueur, notamment par Mgr John Onaiyekan, archevêque d’Abuja (Nigeria). « Nous nous sommes expliqués sur une relation possible de partenariat ; c’était nouveau », précise Mgr Rault.

Curieusement, des thèmes largement présents au fil des interventions épiscopales ont peu été repris dans le message ou dans les propositions. Ainsi de l’« impérialisme culturel occidental » ou du « débauchage » de nombreux catholiques par des nouvelles Églises indépendantes. Trois questions essentielles – le célibat des prêtres, l’autofinancement des diocèses et l’inculturation de la liturgie – n’ont fait l’objet que d’allusions. Enfin, beaucoup de pères synodaux ont déploré que, parmi les 73 journalistes accrédités au Synode, rares étaient les Africains. /////Frédéric MOUNIER


Rédigé par psa le 25/10/2009 à 21:54
Coup d'urne
Coup d'urne
D’outre-tombe, Omar Bongo s’était inscrit sur la liste des militants de l’Action Démocratique du Québec (ADQ), a obtenu un code et a voté électroniquement par téléphone dimanche dernier, pour le choix du nouveau chef de ce parti. On sait que le défunt président gabonais était un ami du Québec qui avait d’ailleurs gagné son premier fauteuil international à Libreville par ailleurs. On savait moins que Jean-René Dufort l’animateur d’une émission humoristique à Radio-Canada, Infoman, devait utiliser le nom Omar Bongo pour tester la fiabilité du système de vote téléphonique. Le tout devient corsé lorsque le nouveau chef du parti a finalement gagné par seulement deux voix : le sien propre, lui Gilles Taillon nouveau chef, et la voix providentielle d’Omar Bongo. Omar Bongo a ainsi donné un énorme coup d'urne et de main au nouveau chef du parti ADQ, même si le responsable du vote envisage d’annuler le vote du défunt Petit Piment qui, dans ce cas-ci, a trop assaisonné la sauce démocratique. Une démocratie assez fragile d’ailleurs à Montréal d’où Omar Bongo avait voté ce 18 0ctobre 2009. Que son vote soit annulé ou pas, Omar Bongo s’est rappelé à notre attention lors du dévoilement de la supercherie ce vendredi 23 octobre 2009, et a alimenté joyeusement la journée maussade du lendemain de la visite de notre ami George Bush à Montréal –un évènement en soi célébré par plusieurs manifestants mécontents, et surtout le lendemain des révélations de Benoît Labonté sur l’existence d’une Mafia qui contrôle littéralement la gestion des contrats dans la métropole québécoise. Encore une fois, et pour l’histoire, Ya’Omar sait détendre les moments de tension politique.


Rédigé par psa le 23/10/2009 à 21:01

Il existe une alternative à la morale religieuse qui est compatible avec l’économie de marché: l’éthique des créateurs. Celle des compositeurs, des peintres et des écrivains notamment. Cette éthique correspond à la réalité du monde d’aujourd’hui. Au cœur du scandale des mœurs politiques à la ville de Montréal devenue une proie facile pour des entreprises légalement constituées et au lendemain d’une crise financière persistante de laquelle les pratiques bancaires sont restées curieusement inchangées, l’éthique fondamentale reprend de nouveau ses droits. Aristote est plus contemporain que jamais auparavant semble dire Claudio Chiacchiari à travers des exemples d’entreprises appartenant à notre quotidien. La problématique de l’éthique dans l’entreprise comme en politique devrait être envisagée à deux niveaux distincts: le niveau individuel et le niveau collectif.


Une autre éthique pour l’entreprise
Une autre éthique pour l’entreprise
Qu’est-ce que l’éthique? Le bien se comporter. Dans une perspective religieuse, avoir un comportement éthique c’est avant tout respecter l’autre et le commandement «Tu ne voleras pas». Mais, en économie, la morale religieuse est devenue inopérante. Faire le bien, éviter le mal, avoir une responsabilité sociale, sont des injonctions trop complexes à apprécier dans un marché mondialisé et interconnecté. Un exemple? Stigmatiser les «traders-spéculateurs» est un sport prisé depuis octobre 2008. Or, de nombreux traders travaillent au service d’un fonds de pension qui a l’obligation de réaliser des rendements excessifs pour financer les longues retraites des seniors, la classe démographique qui croît le plus au niveau mondial. Un problème à côté duquel le réchauffement climatique est une anecdote.
Il existe une alternative à la morale religieuse qui est compatible avec l’économie de marché: l’éthique des créateurs. Celle des compositeurs, des peintres et des écrivains notamment. L’éthique du créateur le somme de bien se comporter non pas par rapport aux autres mais vis-à-vis de son travail. Autrement dit, si l’éthique au sens traditionnel signifie bien se comporter, l’éthique du créateur signifie bien travailler. Paradoxalement, soigner son propre travail avant de penser à l’autre pourrait avoir plus d’impact positif sur les autres. Un impact qui ressemblerait à celui que produit déjà la main invisible de l’art sur les sociétés: donner du sens et inspirer. Instaurer des valeurs de créateur dans l’entreprise impliquerait de remplacer les perspectives de jouissance individuelle par la joie de créer ensemble.
La voie des créateurs est une voie du milieu. Contrairement à l’ultralibéral, les créateurs recherchent avant tout la joie, mais contrairement au religieux, ils ne nient pas la jouissance. Mais c’est une voie exigeante. L’effort, le doute et l’incertitude sont permanents. Pourtant, ceux qui inventent l’acceptent. C’est le prix à payer pour bien construire. Cette attitude pourrait faire germer un potentiel inexprimé dans l’entreprise car les points communs sont nombreux entre créateurs et membres de l’entreprise. Le créateur souhaite aussi réussir, il a des rapports financiers avec d’autres professionnels, il est en concurrence avec d’autres créateurs, il est lui aussi soumis aux influences de la société. Du côté de l’entreprise, toutes les études montrent que les défis du travail en lui-même sont la première source de motivation des employés, bien avant le salaire.
Une approche de créateur développe des caractéristiques précieuses que les entreprises recherchent. Tout créateur entretient un rapport privilégié avec ce qui est durable, ce qui est rare et ce qui est beau. Construire durable, c’est laisser une trace positive. Être rare, c’est contribuer de façon originale à la marche de l’entreprise. Chercher le beau, c’est vivre mieux, ni plus ni moins. Dans nos «sociétés de la connaissance» où l’esprit est en passe de remplacer la matière comme première source de richesse, ces valeurs deviendront sans doute le premier moteur de l’entreprise. Cela impliquera pour l’entreprise de réinventer certains aspects de son organisation comme l’ont déjà fait les modèles du genre que sont Google, Pixar ou Semco, une industrie de biens d’équipement brésilienne.

Jean-Pierre Harixcalde, Maude
Jean-Pierre Harixcalde, Maude
Concrètement, comment diffuser l’éthique des créateurs dans l’entreprise?
1) Tout d’abord cultiver la gratuité du geste à l’égard de son travail. Pourquoi? Parce que «notre conscience nous impose de devenir de bons artisans» selon le compositeur Maurice Ravel. Dans cette perspective, distribuer des bonus plusieurs fois supérieurs au salaire est contre-productif, car ce procédé sape la capacité à agir gratuitement des collaborateurs jusqu’à les avilir. Par ailleurs, au niveau collectif, Wikipédia et Linux démontrent que la gratuité est un modèle économique viable.
2) «Small is powerful». Chez Semco, la constitution de petites unités de production, à taille humaine, a impliqué le développement de la polyvalence et de l’autonomie des collaborateurs, ce qui a dopé la productivité. Chez Zara, les petites distances entre ateliers de production textile et lieux de vente rendent l’entreprise plus réactive aux marchés et moins polluante. Chez Pixar, on demande aux concepteurs de films de discuter leur travail ensemble chaque jour. Grâce à ce mode de fonctionnement, les mauvaises idées sont rapidement détectées et la perception de l’échec est radicalement changée: une mauvaise idée devient d’abord la trace d’une tentative. «Small is powerful» est aussi à l’origine du business modèle de la «longue traîne» appliqué par Amazon.com qui consiste à vendre de nombreux produits en petite quantité. Enfin, réduire la taille ou segmenter l’entreprise n’est-ce pas une des solutions avancées pour résoudre le «Too big to fail» des grandes compagnies financières?
3) Pratiquer l’ouverture dans l’entreprise et avec l’extérieur. En d’autres termes, pratiquer le partage et l’être à l’écoute. Google soumet des produits non finis à la communauté des blogueurs et obtient leur collaboration gratuite dans l’amélioration des produits. C’est le cas avec le projet controversé de la création d’une bibliothèque numérique. Si la question de l’éthique est pertinente, c’est aux bibliothèques qu’elle doit être adressée, pas à Google.
4) Privilégier la qualité plutôt que la quantité. Un axiome chaque jour plus pertinent dans des marchés où l’offre excède la demande.
5) Privilégier le temps long plutôt que le temps court. Cette approche fit l’objet d’un célèbre article pour expliquer le succès des entreprises japonaises (Hamel et Prahalad, Strategic Intent, 1989 ). Selon les auteurs, envisager la stratégie dans un temps long implique de développer au sein de l’entreprise le sens de la direction, de la découverte et de la destinée.

La problématique de l’éthique dans l’entreprise devrait être envisagée à deux niveaux distincts. Le niveau individuel et le niveau collectif. Ce dernier, bien plus complexe, devra prendre en compte les relations entre individus dans l’entreprise et les relations de l’entreprise avec son environnement, à diverses échelles et dans le temps.


Rédigé par psa le 23/10/2009 à 05:32
Un Travail de Titan
Un Travail de Titan
Après une première et rapide lecture du texte de Michel Kinvi « La pièce qui manquait », l’auteur découvre et nous expose le génie politique d’Agbéyomé Kodjo. Mais étonnamment, il pose une analyse qui tient en cordon l’une des rares compétences multiformes du Togo qui réside en Agbéyomé Kodjo, devant les apprentis politiciens et gestionnaires de la chose publique que demeurent les Gilchrist Olympio et Cie. Devant l’avenir du Togo, il est temps de comprendre que ce pays ne peut se permettre le rejet de ces rares valeurs sûres au rang desquelles figure, et de très loin, Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo. Le souffle rafraichissant d’Agbéyomé est effectivement une audacieuse perspective qui mérite une pleine reconnaissance. Celle-ci ne doit pas être tributaire des erreurs et des malfaisances très regrettables du parti au pouvoir, le Rassemblement du Peuple togolais (RPT), notamment ce que rappelle Michel Kinvi : « le drame de la lagune de Bè, l’assaut de la primature, les massacres de Freau jardin, les tueries de 2005 ». Pour n’être pas imputables à Agbéyomé Kodjo, ces faits ne peuvent et ne doivent atténuer la portée du constat que dresse Michel Kinvi sur le président de la formation politique OBUTS. Gilchrist Olympio aura beau être populaire, son incompétence politique et celle des autres ne peuvent constituer la norme, pas plus que la proclamation d’une appartenance continuelle à une certaine opposition sclérosée et en mal d’idée et de leadership. Agbéyomé Kodjo établit par lui-même, un nouveau standard qui n’a rien avoir avec les attributs des personnes qui incarnent l’échec politique au Togo, dont le plus retentissant a eu lieu en 2005, au travers de l’incapacité de cette opposition à renverser le destin d’un pays en mal d’avenir, au lendemain de la disparition du président Eyadema. Il faut rendre à Agbéyomé Kodjo, la reconnaissance de toute sa compétence et cesser de le discréditer par d’inélégants propos allusifs, très caractéristiques des gens qui ont confisqué le devenir du Togo, et incapables d’articuler clairement leur vision et leur programme lorsque l’occasion leur est offerte. Pour responsable qu’il puisse être, Agbéyomé Kodjo le demeure devant son désir d’un autre Togo, et pas du tout du comportement et des réactions du RPT après les prochaines élections présidentielles de 2010. Je reste ainsi surpris que les propos de notre ami Michel Kinvi ne soient allés au bout de leur logique en établissant la nécessité de reconnaitre la valeur, et la pleine valeur dans le contexte togolais, à la contribution titanesque du sieur Agbéyomé Kodjo. Le courage et la compétence d’Agbéyomé sont à saluer pleinement et entièrement. Au Togo, actuellement, ils n’ont tout simplement pas leur pareil dans ceux et celles qui sont activement engagés dans l’espace politique. Et les Togolais doivent apprendre à s'incliner devant le beau et à saluer la compétence, sans hésitation et faux semblant aucun. Bravo Agbé !


Rédigé par psa le 22/10/2009 à 07:00

James Kenneth Galbraith a obtenu sa licence en économie en 1974 à l’Université Harvard, puis son doctorat en 1981 à l’Université de Yale. Né en 1951, le fils de l’économiste John Kenneth Galbraith est un proche des démocrates américains. Il dirige à présent le Comité économique chargé de conseiller les deux Chambres américaines (Congrès et Sénat). Il est également enseignant à la Lyndon B. Johnson School of Public Affairs à Austin (Université du Texas). Il préside l’association internationale «Economists for Peace and Security». James Kenneth Galbraith est l’auteur de plusieurs ouvrages. Vient de paraître L’État prédateur (Le Seuil, 314 p.). JKG réond aux questions d’Anne Rodier et d’Adrien de Tricornot pour Le Temps.


Andreas H. Bitesnich, La croisée des chemins
Andreas H. Bitesnich, La croisée des chemins


Les États-Unis ont créé à l’époque du New Deal (1933-1938) les fondements d’un État-providence, selon vous toujours présent. Quels sont-ils?
James Kenneth Galbraith: Il s’agit de la sécurité sociale, des pensions pour les retraités, de l’aide aux sans-emploi et aux enfants. Il faut y ajouter le système de financement du secteur immobilier, qui a permis de créer la classe moyenne américaine, avant qu’il ne soit perverti par la dérégulation du système bancaire dont l’aboutissement est la crise actuelle, laquelle constitue la plus grande fraude financière de l’Histoire.
– Pourtant des millions d’Américains n’ont pas de couverture santé…
– C’est le problème essentiel. Nous avons mené depuis 1948 des luttes politiques incessantes. Mais les assurances privées ont toujours triomphé sur le bien public. Depuis 1965, nous avons un système d’assurance-maladie universel pour ceux qui ont atteint l’âge de 65 ans (Medicare) qui pourrait protéger toutes les classes d’âge. Malheureusement, une coalition politique empêche qu’il soit généralisé. L’administration Obama est entourée de responsables qui accordent du crédit à l’idée d’une prétendue crise de la sécurité sociale. Or la crise financière du système de sécurité sociale est un mythe, tout comme celle de Medicare. La réalité est qu’un État, une nation, peut faire la distribution interne qu’il veut. Ce n’est qu’une question d’impôts et de dépenses.
– Vous êtes donc contre un compromis qui tendrait à généraliser la couverture sociale par des systèmes privés…
– En principe, oui. Mais il faut respecter les décisions politiques. La réforme du système de santé est la priorité d’Obama mais les démocrates se souviennent bien de 1993. L’échec du projet de réforme Clinton avait alors été un désastre politique. Ils ne veulent pas que l’histoire se répète. Pour compléter ce tableau de l’État-providence américain, il faut mentionner le système d’enseignement supérieur, deux fois plus important aux États-Unis que dans n’importe quel pays d’Europe. C’est en partie un système privé – subventionné grâce aux réductions d’impôts – et en grande partie un système public. Je travaille dans une université publique. Dans l’État du Texas, plus de 80% des étudiants de l’enseignement supérieur sont dans des institutions publiques.
– Les Américains sont confrontés à un endettement colossal. Ont-ils vraiment les moyens d’investir dans le social?
– Le problème de l’endettement aux États-Unis est celui des ménages. Celui de l’État ne dépasse même pas 70% du produit national brut (PNB). Quand mon père était aux affaires (auprès de l’administration Roosevelt), le déficit budgétaire a progressé de 25% du PNB chaque année pendant quatre ans. La dette nationale a atteint 125% du PNB en 1945, et personne ne disait que l’économie américaine en était affaiblie. Au contraire, ce phénomène correspondait à la formation de la classe moyenne. Le réel problème des États-Unis est la relance d’une économie privée après la crise. L’énergie et le changement climatique sont des pistes pour réaliser de vastes programmes d’emploi. Mais les institutions du marché privé sont mal encadrées. Il faut donc en créer, et plutôt des publiques. C’est ça le vrai défi, et non le prétendu fardeau d’un État-providence, qu’on peut financer sur des bases internes.
– Cela veut dire que la Réserve fédérale américaine peut toujours parvenir à «monétiser» la dette, ce qu’elle fait déjà d’ailleurs?
– Tout à fait: la banqueroute est une solution au surendettement des parties privées, qui n’a aucune application aux affaires de l’État. Et si les étrangers ne voulaient plus détenir la dette américaine, ce serait une question de dévaluation du dollar et – un peu – d’inflation intérieure, mais pas de financement de l’État.
Dans votre livre, vous évoquez un «État prédateur». Pourquoi?
– Les plus conservateurs, les plus droitiers, ne s’intéressent pas à la destruction de l’État, mais beaucoup à son contrôle, afin de privatiser et de diminuer l’efficacité de la régulation dans les industries stratégiques qui font partie de leur base politique: l’énergie, les mines, les médias, l’agriculture, la pharmacie… Tout cela a été systématiquement mis sous contrôle par la frange extrémiste des conservateurs depuis trente ans, et surtout sous l’administration de George W. Bush. C’est la politique d’une coalition industrielle, des grandes entreprises et des intérêts économiques d’une oligarchie. C’est la convergence entre la période «post-Union soviétique» et «post-marché libre»… (Rires).
Comment percevez-vous l’évolution des systèmes d’État-providence en Europe?– J’ai beaucoup d’inquiétudes sur l’état du système de sécurité sociale et surtout des services publics tels que les universités qui vivent une crise financière profonde. Ce n’est pas une bonne idée de mettre tout un service public sous une contrainte budgétaire centralisée et dure.
Vous mettez en avant le modèle danois…Le Danemark est un petit pays très égalitaire qui a réussi à avoir une grande proportion de la population au travail et un taux de chômage extrêmement bas. Il est démontré que le niveau de vie n’y est pas lié à la productivité des individus ou des usines, mais à l’utilisation assez complète des ressources humaines. C’est intéressant car le plus grand problème européen, c’est le taux de chômage absolument atroce que l’on y voit depuis trente ans, et que l’on n’aurait jamais toléré aux États-Unis.


Rédigé par psa le 19/10/2009 à 02:37
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