Diplomatie Ouverte

Un peu d'eau dans son vin...
Un peu d'eau dans son vin...
Fascinant de lire le message de Gilchirst Olympio. Ce dernier, probablement l’homme le plus populaire de son pays, a manifestement changé de discours ou mieux, celui ou celle qui lui écrivait les discours a changé. C’est probablement cette dernière hypothèse qui est la réalité car le ton solennel du message ne ressemble nullement au ton monocorde que l’on connait de Gilchrist Olympio. Il n’existe d’ailleurs pas de version prononcée de ce discours… mais ça c’est de la petite observation. La grande analyse est de reconnaitre cette tentative d’amélioration du message public et de souhaiter que l’homme, Gilchrist Olympio, vienne progressivement à ressembler à son nouveau message, celui d’un réel compromis, quoiqu’embryonnaire à ce stade. En fait, ce pays n’a pas de choix que de mouvoir vers le centre et d’abandonner les extrêmes radicalités que représentent clairement le RPT et l’UFC. Et c’est bien là que réside le défi du Togo, lequel d’ailleurs dépasse largement les seules capacités du sieur Olympio. Pour ne rien vous cacher, si évolution satisfaisante il doit y avoir, elle passerait moins par une seule personne que par la volonté de plusieurs acteurs politiques. Je tiens cette affirmation pour incontournable du fait même que l’inaltérable, réelle et mythique popularité de Gilchrist Olympio n’a jamais produit le résultat ultime de l’alternance politique au Togo. Cette popularité, associée à une menace chez certains des Togolais, n’en produira pas plus de résultat différent lors des élections présidentielles de 2010 au Togo. Si tant est que la situation présente est non satisfaisante, si tant est que Gilchrist Olympio seule n’est pas l’homme de la situation, alors il faudra bien penser à d’autres formes d’avenues pouvant mener vers un horizon politique distinct, voire apaisé. En dehors du temps, il faudra beaucoup de volonté et une table vraiment ronde autour de laquelle les uns et les autres pourraient être amenés à s’entendre sur un compromis raisonnable et applicable ; ce que les autres nommeront « The Best Alternative », c'est-à-dire cette solution de compromis sur laquelle pourront s’accorder toutes les parties prenantes en dehors de leurs attentes initiales. Autour de cette table, je me suis amusé à y placer certaines personnes en dehors du Chef de l’État togolais et de son Premier ministre. Tâche amusante, tâche difficile ! Et il a bien fallu en éliminer certaines personnes toutes aussi méritantes et qualifiées à s’y retrouver. Mais la beauté de l’histoire est que ceux-là qui ne se retrouvent pas sur la liste – ces gens d’influence certaine comme les Koffi Gnamgname, Élias Kwassivi Kpétigo, Kpatcha Gnassingbé, Nadim Michel Kalife, Jean-Pierre Fabre, Ingrid Ataféinam Awadé-Nanan, Solitoki Esso, Aimé Gogué, Léopold Gnininvi et autres militaires et membres du clergé- verront bien leur point de vue et leur intérêt représentés à travers les personnes appelées à ce dialogue. Alors, s’il m’était donné le pouvoir et la sagesse de faire évoluer le Togo, je demanderais à cette dizaine de personnes, ci-après, de travailler ensemble aux côtés de Faure Gnassingbé et de Gilbert Houngbo à trouver une solution de compromis pour faire évoluer le Togo. Ces personnes sont :

1. Yawovi Agboyibo
2. Victor Alipui
3. Barry Moussa Barqué
4. Gilbert Bawara
5. Pascal Bodjona
6. François Esso Boko
7. Agbéyomé Kodjo
8. Édem Kodjo
9. Gilchrist Olympio
10. Pierre Kwassi Klutsé

... et droit sur ses principes
... et droit sur ses principes
La volonté, l’engagement, le positionnement, l’expérience, l’originalité, l’influence et la capacité d’action de ces personnes me sont apparus, ces derniers jours et avec l’aide de quelques suggestions reçues, assez considérables pour qu’il leur soit demandé de nous faire un autre Togo, de nous suggérer ensemble un pays de compromis, de nous offrir un horizon et un cap plus harmonieux. Ils en sont certainement capables. Seulement à titre d’exemple, voici cinq résumés d’analyse qui ont sanctionné le choix de chacune de ces personnes : la première et la dernière de cette liste alphabétique, mais aussi trois autres tirés par le pur des hasards.


Yawovi Madjé Agboyibo (Naissance : 31 décembre 1943 - Influence : Politique) Il est difficile d’enterrer assez tôt l’ancien PM togolais et chef du parti CAR jusqu’à sa démission volontaire qui a d’ailleurs valeur d’exemple dans le pays. L’homme a le sens de la stratégie politique et à réussi à se mettre au cœur de la toute première entente politique au Togo entre les partis d’opposition et le pouvoir, l’Accord politique global (APG). Me Agboyibo apporte la constance et l’influence d’une présence politique continue dans l’espace public togolais ainsi que la connaissance des principaux acteurs locaux, en plus de commencer à se constituer un réseau de contacts internationaux. Force : Agboyibo possède un bon encrage régional au Togo réussissant à toujours faire élire des députés à l’Assemblée nationale. Faiblesse : réputation d’une personne rancunière portée sur la sauvegarde de ses seuls intérêts, à moins que ces intérêts primordiaux soient assurés dans l’espace public.


Victor Komlan Alipui (Naissance : 19 mai 1936 - Influence : Société civile et Économie) Président du seul groupe de réflexion connu au Togo, le Grad, Groupe de réflexion et d’action pour le dialogue, la démocratie et le développement, Victor Alipui constitue une référence particulièrement prédisposée à une évolution de la situation togolaise. Il exerce cette influence à travers son ouverture d’esprit et sa volonté d’action non-partisane. Victor Alipui fait toujours preuve d’un don de soi concret dans la construction de nouvelles idées. Force : travaille à favoriser la culture de la réflexion autonome au Togo. Faiblesse : sa distance objective vis-à-vis des partis de l’opposition ne se reflète pas suffisamment dans ses prises de position.


Pascal Akoussoulèlou Bodjona (Naissance : 17 Mai 1966 - Influence : Politique et Militaire) Politicien aguerri et stratège redoutable, il possède une ascendance réelle sur l’élite septentrionale du pays : militaire et civile. L’homme a des idées claires, l’attention vive et le regard toujours fixé sur ses objectifs. Il est au cœur même des dénouements politiques qui continuent de façonner le Togo de ces dernières années, particulièrement l’ère post-Eyadèma. Son influence est multiforme dans les cercles et les attributs du pouvoir au Togo. Forces : possède un sens combiné de la communication et du résultat très élevé. Faiblesse : Pascal Bodjona aime s’occuper de tout et être informé de tout, même des détails.


Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo (Naissance : 12 octobre 1954 - Influence : Politique et Économie). Il est né politicien et fin manœuvrier; il est doté à cet effet d’une habileté intellectuelle qui le placerait dans la cohorte de tête des Togolais de sa génération. Son influence tient beaucoup à son expérience politique large et unique en son genre au Togo, pour avoir occupé de hautes fonctions politiques de Premier ministre et de Président de l’Assemblée nationale. Agbéyomé Kodjo possède une connaissance intime du Système RPT s’il en existe un, tandis que sa capacité de travail et d’argumentation, son optimisme à toute épreuve, ainsi que son goût pour l’action font de lui un infatigable moulin à idées. Force : possède un courage politique sans limite et un sens élevé du résultat. Faiblesse : un passé politique associé à certaines périodes de confrontation sociale.


Pierre Kwassi Klutsé (Naissance : 29 Juillet 1945 - Influence : Société civile et Économie) C’est l’exemple parfait de l’efficacité sans bruit. Son réseau est constitué de différents démembrements de son ONG, Investir dans l’humain (IDH), particulièrement active dans l’éducation et la micro-finance. Cet ancien Premier ministre offre le reflet peu aveuglant de la discrétion et de la clarté dans les objectifs d’une action directe à la population. Il s’est littéralement caché pour réussir ses projets, et son bilan est concret au niveau de la base. Son influence sur le devenir du Togo est essentielle dans une concertation pour coller les idées à la réalité des populations. Force : pas d’ennemi connu et déclaré dans l’espace public togolais. Faiblesse : une personnalité un peu trop discrète.


Au terme de cet exercice, j’en viens à respecter ma promesse d’identifier le Top 10 des personnes influentes et raisonnablement capables de conjurer un autre Togo, à défaut d’y inviter tout le monde. Mais ceci demeure un point de vue, uniquement, dans la tourmente des hostilités annoncées pour les prochains mois. Un point de vue qui en vaut bien d’autres. Notre manière de marquer les 100 jours de Barack Obama à la Maison Blanche: un véritable modèle d'un leadership politique médiateur.

Rédigé par psa le 29/04/2009 à 00:29 | Permalien

Diplomatie Publique

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Christina Aguilera rime avec Zuma
Christina Aguilera rime avec Zuma
C’est une semaine bien tranquille qui s'est terminée ce samedi. Une telle tranquillité n’en cache pas moins quelques évènements qui me sont d’intérêts dont les élections sud-africaines qui ont donné la victoire à Jacob Zuma –une réalité qui donne une saveur particulière à la fête nationale du 27 avril 2009, et quelques déclarations non moins anodines de nos amis Dominique de Villepin et Édem Kodjo. Jacob Zuma mérite notre respect. Et, en même temps, nous formons le souhait qu’il saura garder son enthousiasme et son humanité pour devenir un illustre successeur de Nelson Mandela, après l’intermède bizarroïde et ennuyeuse de l’insipide Tabo Mbeki. Pour de l’action, notre Jacob Zuma doit pouvoir nous en garantir : opinion, femmes, enfants et autres, c’est son genre et personne ne perd quoi que ce soit à attendre qu’il s’installe au pays arc-en-ciel. C’était un tantinet amusant d’apprendre cette même semaine que Dominique de Villepin a eu de beaux moments d’aventures amoureuses avec Ségolène Royal. Oui, Dominique et Ségolène s’étaient amourachés du temps de leurs études à l’École nationale d’administration (ENA). Oui, les moments des travaux d’étudiants sont aussi des beaux moments de camaraderie parfois intenses et surtout inoubliables. Notre Dominique ne l’a pas oublié qu’il l’a reconnu sans ambages cette semaine. Et cette semaine, sur France 3, notre ami reconnaît qu’il pourrait être candidat aux présidentielles françaises de 2012. Propos candides à mon point de vue ; propos mignons également car l’homme possède le physique de l’emploi ainsi que la prestance. Lui restera à développer le contenu qui va avec cette ambition encore péremptoire et incisive dans son propre camp de la majorité présidentielle française. Cet autre énarque moulu de compétence, de prestance et de vision, Édem Kodjo, semble être prêt à passer les commandes de son parti, la Convergence patriotique panafricaine (CPP), à d’autres personnes de sa garde rapprochée. Le congrès de ce parti de grande modération politique et de dépassement des clivages inutiles, ouvert ce samedi à Lomé, fait ainsi face à cette réalité du changement. Ce serait une bonne chose qu’Édem Kodjo commence à se dégager et se libérer progressivement afin d’avancer dans ses mémoires, rééditer le fameux « Et demain l’Afrique », trouver du temps pour nos amis les Malgaches, à ses nombreux admirateurs et naturellement à ses proches. C’est aussi dans cette semaine de modération et de tranquillité que Faure Gnassingbé a commencé à entendre raison, reconnaissant qu’il fût allé trop vite et trop lourdement contre son frère de Kpatcha. Et tous les sorciers de la légalité sont en train de voir comment on peut faire un procès à Kpatcha sans lui en faire du tout. Drôle de semaine tout de même ou certaines choses se sont néanmoins éclaircies comme au bon vieux temps d'une Aguilera.
Rédigé par psa le 26/04/2009 à 00:09 | Permalien

Diplomatie Publique

Actuellement à Paris, «Une Image peut en cacher une autre» fait le tour du monde des belles tromperies de la peinture et de la sculpture avec en vedettes Giuseppe Arcimboldo, Salvador Dali et, pour l’époque contemporaine, le Suisse Markus Raetz. Au Togo ceux qui savent ne parlent pas. Et les supputations prennent le pas sur l’introuvable réalité. La rumeur éternelle que l’un voulait à l’autre, tous des frères au demeurant, tourne à un drame national, un véritable bal masqué auquel s'est joint le chef de l'État togolais dans un discours mal inspiré par les attributs de son interférence dans l'univers de la Justice indépendante, dans les faits et en apparence. Manifestement, Faure Gnassingbé est mal conseillé par des courtisans désœuvrés ou des illusionnistes d'une autre époque. Adepte des faits immaculés et insolubles en toute concentration de droit, ces derniers jours j’en cherche encore de ces faits inaltérables et infalsifiables, vainement. Au téléphone les gens parlent peu, la divulgation des preuves et leur évidence sont fragiles, l'interdiction des réactions populaires directement exprimées sur les stations de radio locales est douteuse alors que le fait qu'une émission de RFI soit attendue à Lomé très prochainement donne finalement dans la confusion et l'inconstance du plan de communication associé à la gestion de cette crise… Autant de miroirs aux alouettes? Une distraction bananière que ce pays ne peut plus se permettre, dans tous les cas; une distraction convertible en peu de gain politique si ce ne sont la quête de soutien et la suspicion généralisée. En attendant, Laurent Wolf, pour Le Temps suisse, nous mène dans une réelle illusion artistique qui a besoin de toute notre attention pour réussir à décoder les composantes de cet autre méli-mélo parisien vite adopté au Togo politique.


Octavio Ocampo
Octavio Ocampo
« Une Image peut en cacher une autre, Arcimboldo – Dali – Raetz, l’exposition que présente la Réunion des musées nationaux au Grand Palais, à Paris, est placée sous le double signe du canard et du lapin. Référence à cette image populaire, citée notamment par Ernst Gombrich dans son essai L’Art et l’illusion, qui peut être lue alternativement comme une tête de chacun de ces animaux, et qui figure tout au début d’un parcours consacré à l’ambivalence de la vision autant qu’à celle des représentations. Le canard-lapin, appartient à la tradition des images d’Épinal, où le joueur, car il s’agit d’un jeu, est convié à chercher dans une petite vignette, figurant une scène de village ou de chasse, la boulangère dans sa boulangerie, le lièvre abattu ou le chasseur aux aguets dissimulé dans des branchages, le pandore prêt à mettre la main au collet du voleur, le butin disparu sauf pour les observateurs futés. »

Rédigé par psa le 22/04/2009 à 00:22 | Permalien

Silence

Dans les circonstances, il faut faire simple et court… Le temps est jaloux et nous presse à nous dévouer à la grande réflexion qui aide à voir clair dans le jeu particulier qui se joue au Togo. Alors, il faut faire court et c’est pourquoi les premières et dernières strophes de Boris Vian traduisent bien les cris d’un des protagonistes de ce drame togolais qui pourrait changer la face de ce pays...


La mort d'Ophélie
La mort d'Ophélie
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles
(…)
Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort...
Rédigé par psa le 16/04/2009 à 00:13 | Permalien

Mot à Maux


La Piéta ne semble pas laisser qui que ce soit indifférent : le Christ lui-même mort sur une chaise électrique et exposé publiquement jusqu’à cette fin de semaine pascale. C’est le défilé des gens à la cathédrale de Gap et pas seulement des croyants. L’art a déjà ce côté provocateur en lui-même que lorsqu’il ose se nourrir du sacré il fait fureur ou controverse. Même les non habitués des églises sont allés regarder cette œuvre originale du sculpteur britannique Paul Fryer qui n’est pas à une controverse près dans sa façon de restituer les thématiques religieuses ou démoniaques à travers les temps. François Pinault, propriétaire de l’œuvre a réalisé un coup de publicité énorme en prêtant « PIETA, le Christ et la chaise électrique » à Monseigneur Jean-Michel di Falco Leandri, l’Évêque de Gap et le Père Jean-Michel Bardet Curé de la cathédrale de Gap qui a accueilli l’exposition jusqu’à ce dimanche. Sans aucun doute, l’œuvre de Fryer a ressuscité certaines interrogations en rapprochant le passé et le présent des conceptions de la peine de mort dans les sociétés humaines. Pendant ce temps, le Pape Benoît XVI subit une autre forme de ruée que relate Le Point… Avouons qu’il ne s’aide pas trop ce Pape intellectuel, trop intellectuel parfois…



Paul Fryer, Pieta
Paul Fryer, Pieta

Quarante-trois pour cent des catholiques français souhaitent le départ de Benoît XVI. C'est ce qu'a révélé un sondage Ifop publié par le Journal du dimanche ce week-end. La levée de l'excommunication de quatre prêtres intégristes (parmi lesquels l'évêque négationniste Richard Williamson), l'excommunication d'une Brésilienne suite à l'avortement de sa fille de 9 ans enceinte de jumeaux à l'issue d'un viol, ainsi que les derniers propos du pape sur les préservatifs en Afrique, qui selon lui "augmentent le problème" du Sida, ont largement terni l'image de Benoît XVI. En France, 47 % des catholiques non pratiquants et 31 % des pratiquants espèrent désormais que ce pape se démette.

Bien qu'aucun mortel ne puisse démettre le pape, le code de droit canonique en vigueur, promulgué par Jean Paul II en 1983, permet à celui-ci de renoncer à sa charge de son propre chef (art. 332-2). N'ayant d'autre supérieur que Dieu lui-même, le souverain pontife n'est tenu de faire accepter sa démission par personne. Il est simplement requis pour la validité de sa renonciation "qu'elle soit libre et dûment manifestée". Le phénomène est toutefois resté très rare jusqu'ici. Dans l'histoire récente, trois papes y ont songé mais ne s'y sont pas résolus : Pie XII craignant d'être enlevé par les nazis, Paul VI à ses 80 ans et Jean Paul II en l'an 2000. En tout et pour tout, dans l'histoire de l'Église catholique, seuls quatre papes sur 265 ont effectivement renoncé (Pontien en 235, Félix II en 358, Grégoire VI en 1046 et Célestin V en 1294), le plus souvent sous la contrainte.

Alors, Benoît XVI se joindra-t-il à la liste des Papes démissionnaires ? La question est désormais posée par Chloé Durand-Parenti.
Rédigé par psa le 12/04/2009 à 12:12 | Permalien

Silence

Félix Vallotton
Félix Vallotton
C’est un nouvel indicateur qui passe au rouge pour Nicolas Sarkozy. Le PS soigne ses plaies. La guerre des roses se trouve, au moins pour un temps, mise entre parenthèses. Le travail patient, ingrat, d’amalgame et de synthèse mené par la Première secrétaire commence à porter ses fruits. Les difficultés s’aplanissent et une répartition des rôles commence à voir le jour dans le jeu de dames socialistes.
La guerre ? Quelle guerre ? “Si Ségolène veut me voir, elle me passe un coup de fil, (…) je suis à sa disposition” proclame avec un large sourire Martine Aubry. Inimaginable il y a quelques mois, la maire de Lille est en train de gagner son pari : recoller les morceaux. Evidemment c’est moins vendeur qu’une nuit des longs couteaux mais, Martine Aubry, c’est presque sa marque de fabrique, est l’une des rares à ne pas courir derrière les médias.
Il n’empêche, la numéro 1 du PS, a savouré son plaisir lundi lors d’un point de presse rue de Solférino. Pour une fois, la vieille maison socialiste joue au diapason. Revenant sur les propos de Benoît Hamon qui avait qualifié Ségolène Royal de “personnalité politique incontournable”, Martine Aubry a confirmé en lançant “Il ne dit que des choses vraies”.
Pour bien enfoncer le clou de son propos initial, la Première secrétaire a réfuté toute “difficulté” avec Ségolène Royal, précisant “J’ai toujours dit que Ségolène Royal, en tant qu’ancienne candidate à la présidence de la République était une femme qui avait un statut à part dans notre parti (…) que je respecte en tant que telle et au-delà d’ailleurs”.
La proposition d’Arnaud Montebourg d’organiser une primaire ouverte, pour désigner le candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012 n’a pas, contre toute attente, ravivé les tensions. “Aujourd’hui nous avons d’autres priorités vis-à-vis des Français et de la rénovation de notre parti, même s’il a raison d’y travailler dès maintenant”, s’est contenté de déclarer la première secrétaire du PS en apparence sereine sur le sujet.
Confirmant cette lune de miel imprévue, la Maire de Lille a défendu Ségolène Royal qui, lors d’une visite à Saint-Louis-du-Sénégal, a demandé pardon pour le discours controversé du chef de l’Etat au Sénégal sur la place de l’homme africain dans l’Histoire.
“Elle a eu raison”. “J’avais dit comme Ségolène que ce n’est pas la France, et nous nous excusons de ces propos”, a indiqué Martine Aubry. La déclaration de la patronne du PS confirme un large soutien à l’ex-candidate du PS aux présidentielles, de Pierre Moscovici à Benoit Hamon.
L’union sacrée contre Nicolas Sarkozy se confirme. La première secrétaire du PS, avait préalablement affirmé partager “complètement” les propos de Ségolène Royal sur les séquestrations de patrons, jugeant qu’”en aucun cas”, les violences “ne peuvent être justifiées” mais qu’”il y a des moments où des gens n’en peuvent plus”.
Dans l’immédiat, la complémentarité entre les deux femmes semble l’emporter sur la rivalité, remise à plus tard. Elles se rejoignent sur une même dénonciation de la politique de Nicolas Sarkozy. Et cela vaut bien un armistice.

La Mouette, Le Monde
Rédigé par psa le 08/04/2009 à 01:42 | Permalien

Horizon

Quand je l’ai connu en septembre 2004, il était déjà un autre ou s’évertuait à l’être… Quelques amis qui ne l’aimaient pas avaient fini par me croire, car je voyais bien que cet homme changeait à vue d’œil et le Québec y était pour quelque chose, sa femme Isabelle aussi. De Monaco, Alain Juppé semble bien le confirmer. Et moi, je conseille cet Interview à Karim Wade, dans toute son intégralité... Lui aussi, Karim Wade, pourrait devenir un autre homme, même après sa retentissante humiliation de mars 2009. Et voici donc pourquoi : une preuve par Alain Juppé. « Juppé est un autre homme. La cassure s'est produite il y a cinq ans sous l'onde de choc de quelques mots assénés, le 30 janvier 2004, par un juge qui le condamne pour avoir « trompé la confiance du peuple français », lui, qui a passé sa vie à tenter de la conquérir. Les emplois occultes du RPR financés par la mairie de Paris le rendent inéligible. Il n'est plus droit dans ses bottes, vacille et rend tous ses tabliers, parlementaire, municipal, partisan. De retour de sa « cavale » au Canada, il écrit un bouquin où il se met à nu, reconnaît ses fautes sans oublier ses qualités, fait tomber le masque de l'arrogance pour révéler ses sentiments les plus intimes, comme la place vitale qu'occupe Isabelle, son épouse. Ce ne sont ni sa traversée (verte) du désert ni son altermondialisme mâtiné de libéralisme qui l'ont changé. C'est l'élan humain sans la distance hautaine, la sincérité sans la carapace, la fragilité sans les apparences. On croirait vraiment qu'Alain Juppé est devenu le meilleur d'entre nous... »


Fulvio Pellegrini... Les Pérégrinations d'une vie
Fulvio Pellegrini... Les Pérégrinations d'une vie
Vous n'avez jamais été un bon client pour la presse people, mais vous parlez tellement d'Isabelle qui semble tant peser sur vos décisions et sur vos indécisions...
J'en parle avec la retenue et la pudeur qui me caractérisent, mais avec une entière franchise. Depuis 20 ans, je vis une belle aventure amoureuse. Elle m'a sauvé dans la période tourmentée que j'ai traversée. J'ai appris à ses côtés à hiérarchiser mes malheurs et mes bonheurs et ce bonheur-là est tout en haut de la liste.
Au niveau sentimental, vous n'êtes pas comme Sarkozy...
Je ne lui jetterai pas cette pierre, car si, tout un pan de ma vie, j'ai été instable, j'ai la chance après de vivre un amour durable...
À vous lire, on a aussi le sentiment d'une carrière politique gâchée...
J'ai eu comme tout un chacun mon lot d'épreuves, d'échecs et de souffrances. Mais non, lorsque je regarde derrière, je n'ai pas à me plaindre.
N'était-ce pas de l'orgueil d'avoir mis en jeu le grand ministère de l'écologie contre une victoire aux législatives ?
C'était moins de l'orgueil qu'une exigence morale. La condamnation n'était pas effacée de ma cervelle. Je recherchais dans cette consultation une légitimité démocratique. Je ne l'ai pas eue, j'en ai tiré les conséquences.
Cette sentence « Vous avez trompé la confiance du peuple français » vous mine encore ?
Elle a été corrigée en appel où la cour écrit que je me suis consacré au service de l'État, sans aucun enrichissement personnel, et me reconnaît implicitement le rôle de bouc émissaire.
Mais je n'oublie pas que lorsque j'ai débarqué à New York, les services de sécurité de l'aéroport m'ont placé en isolement, comme un repris de justice !
Qu'un ancien Premier ministre évoque l'inhumanité de la justice, c'est à peine croyable...
C'est l'homme qui a dénoncé cette espèce de machine à broyer dont bien d'autres que moi pourraient porter témoignage. Je n'ai pas de rancoeur, mais qu'on me laisse au moins le droit de dire comment j'ai vécu cette période très éprouvante de ma vie.
Il y a des erreurs que vous ne commettriez plus ?
Le rythme des réformes engagées en 1995 : j'ai eu les yeux plus gros que le ventre. J'ai appris à mieux gérer le temps. J'aurais dû mettre aussi plus de vigilance dans la remise en ordre des affaires du RPR. Je n'aurais pas subi tout ce que j'ai subi.
A l'évidence, vous êtes aussi un gros gaffeur...
Je regrette surtout celle commise en 1996, lorsque j'ai déclaré à l'Assemblée nationale que l'entreprise Thompson, alors percluse de dettes, ne valait plus rien. Cette petite phrase à l'emporte-pièce dont j'ai le secret a blessé les femmes et les hommes salariés qui se sont sentis réduits eux-mêmes à plus grand chose.
Ce sont les responsabilités qui déshumanisent ou l'arrogance est-elle un bouclier pour ne pas se laisser atteindre humainement ?
Un peu des deux. À Matignon, on n'est pas coupé de la réalité. Elle remonte en permanence avec les députés qui vivent au milieu de leurs électeurs. Mais on est soumis à une telle pression au moment de prendre des décisions difficiles, parfois impopulaires, que la tension atteint des paroxysmes et, de temps en temps, ça pète.
Vous admettez donc avoir été parfois hautain et égocentrique ?
Sans doute, mais je n'arrive pas à m'expliquer l'image qu'on m'a collée. Jusqu'en 1995, j'avais plutôt bonne presse. Puis, j'ai été perçu comme un type froid, insensible, rigide. Alors oui, c'est peut-être une façon de me protéger car je suis en réalité hypersensible, et ce décalage entre ce que je pense être et ce que certains disent que je suis me désole. On me connaît beaucoup mieux à Bordeaux...
Vous avez souffert d'avoir longtemps été un mal-aimé de l'opinion ?
Tout homme politique veut être aimé et bien compris des autres. J'aime le contact, les effusions, la controverse. Je préfère l'agora à la solitude, même si j'aime la solitude à petites doses.
C'est de l'ingratitude, alors...
Plutôt de l'incompréhension. Qu'on ne m'aime pas, d'accord, mais pas à partir de choses fausses. J'ai déjà assez de défauts vrais comme ça...
Qui se souvient, par exemple, que c'est vous qui aviez baissé le plus les impôts ?
Pas grand monde. Aussi, vous imaginez le petit frisson de plaisir à la lecture du magazine L'expansion de novembre 2008 qui, en conclusion d'une étude comparative entre les cinq derniers Premiers ministres, me gratifiait d'un bilan fiscal flatteur...
Vous voyez bien que vous avez conservé un gros ego...
J'ai toujours aimé recevoir des compliments et Isabelle m'a fait comprendre combien cela pouvait faire plaisir que je puisse moi-même en donner. Alors, je fais des compliments. Bien sûr, il faut qu'ils soient sincères, et pas trop exagérés...
Ça a été dur de vous livrer ainsi corps et âme ?
Ce n'est pas dans mon tempérament, c'est vrai. Mais c'était le moment de sortir en quelque sorte de moi-même et de partager. J'ai plus de temps de liberté et plus de liberté de ton. C'est un peu thérapeutique aussi, et j'ai préféré la plume au divan.
Depuis, les gens vous regardent différemment ?
C'est encore trop frais pour le dire, mais les témoignages que j'ai reçus sont très positifs. Les gens me disent : On sent que vous parlez vrai. Il y a comme un retour de sincérité et ça me touche.
Nicolas Sarkozy a lu lui aussi le livre ?
Il l'a lu et m'a envoyé un petit mot.
Il dit quoi dedans ?
Ça reste dans le cadre de nos relations privées, mais c'était sympathique.
Quand vous parlez de lui, on vous sent à la fois admiratif et sceptique...
Vous avez bien résumé. J'admire son dynamisme, sa puissance de travail, sa capacité d'initiatives, tout ce que j'ai pu éprouver dans les années 88/93 lorsque nous animions côte à côte les états généraux de l'opposition. Mais nous n'avons pas la même formation, la même culture, le même style et ça crée forcément de l'incompréhension.
Vous pourriez retourner au gouvernement ou vous présenter à la Présidentielle ?
S'agissant du gouvernement, la décision appartient au chef de l'état. Mais ce serait très indécent de ma part de répondre à cette question.
Ce ne sont après tout que des hypothèses de carrière...
À la lumière de mon parcours, vous comprendrez que je sois réticent à construire des hypothèses de carrière.
Vous vous dites pourtant prêt à servir votre pays...
Et je le confirme, mais il y a mille et une façons de servir son pays. Par exemple, ambassadeur de l'Antarctique comme Rocard...
C'est tout ? Vous n'êtes plus le « meilleur d'entre nous » ?
L'ai-je seulement jamais été ? Je vous rappelle d'ailleurs la citation précise de Jacques Chirac : Il est probablement le meilleur d'entre nous. Vous voyez bien, lui-même n'était pas très sûr!


Jean-Marc Rafaelli, Monaco-Matin
Rédigé par psa le 06/04/2009 à 13:06 | Permalien

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