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La seule gentillesse, la seule générosité, la popularité seule ne suffisent plus pour fonder l’action politique et son efficacité dans le contexte togolais. Autant, la qualification à la coupe du monde de football d’Afrique du Sud 2010 ne constitue pas du tout la preuve de la vitalité de ces équipes nationales africaines. La vérité absolue n’existe pas; la seule vérité qui vaille se fonde sur la négociation, parfois avec ses pires adversaires, ses propres mauvaises habitudes et suffisances. Nous sortons ainsi de l’aire de la générosité pour entrer dans le temps de l’altruisme. L’Égypte, dont les premiers habitants et pharaons étaient bien des négro-africains vient de confirmer cette loi.
Le temps de l'altruisme
Je viens de refaire ce constat en écoutant un ami personnel, Benoît Ruelle, journaliste et producteur de l’émission Idées sur RFI. Mon cher Benoît recevait Philippe Kourilsky, biologiste, professeur au Collège de France et auteur de « Le temps de l’altruisme ». En effet, l’inefficacité dont le politicien togolais le plus populaire est porteur est fondamentalement due à ce manque d’altruisme politique face au schisme nord-sud qui caractérise le Togo. La méfiance existante, la base même du drame politique du 13 janvier 1963, la distribution des moyens et des forces en action au Togo, toutes ces considérations forcent une analyse autre que celle de la seule popularité. L’absence d’une vérité absolue conforte aussi dans la quête et la valorisation de la place du réalisme en politique togolaise. Il y a eu une perte de temps dont le temps lui-même s’est occupé à corriger en poussant littéralement dehors Gilchrist Olympio, inefficace comme il n’est pas permis d’être en politique. Et justement, la thèse de Philippe Kourilsky dans Le temps de l’altruisme est proche du diagnostic de la situation togolaise, tel qu’il ressortait déjà dans mon essai « Les deux solitudes ». Et la présentation de cet essai s’applique étonnamment au cas togolais : « Pour Philippe Kourilsky, si nous éprouvons tant de difficulté à résoudre les grands problèmes (…), c’est avant tout parce que nous ne percevons pas la réalité adéquate. L’accumulation des jugements individuels produit trop de divergences et trop peu de consensus pour fonder une action collective efficace. La voie à suivre est alors tracée. Il faut élargir notre regard sur le monde et sur nous-mêmes. Ce dépassement de nos limites requiert un certain travail, un exercice d’introspection rationnelle et une confrontation avec les autres. Il a pour conséquence de faire de l’altruisme une nécessité logique et pas seulement une option éthique. Incorporer l’altruisme dans la théorie et les sciences politiques, et particulièrement dans la théorie et la pratique économique, constitue donc un préalable indispensable à l’action collective. » La désignation de Jean-Pierre Fabre est-elle un avancement ou un motif de dépassement dans le paysage togolais? La question reste posée et elle ne peut être répondue sans cette nécessité d’altruisme politique, un élargissement du regard de l’intéressé sur la réalité togolaise. Et ces mois de février, mars avril 2010 sont encore une fois cruciaux dans la vie politique du Togo, cinq ans après l’opportunité ratée pour le changement et la réconciliation.
Rédigé par psa le 31/01/2010 à 15:31
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Ad Valorem
L’esprit des utopies est-il en train de revenir dans les idées et les cités? C’est ce que semblent indiquer les nombreuses manifestations organisées pendant toute l’année 2010 sous le titre «Utopies & Innovations, inventer pour dépasser les crises», de Bâle à Chalon-sur-Saône en passant par Besançon, Yverdon, Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds, Dijon, Mulhouse et, bien sûr, les Salines royales d’Arc-et-Senans, modèle de cité idéale édifié à la fin du XVIIIe siècle.
Patrick Wecksteen
Au même moment, la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne propose un cycle de conférences et de débats sur le même sujet. Et un film de Richard Dindo, racontant l’aventure d’un groupe d’Américains qui va s’installer sur Mars pour faire naître une nouvelle civilisation et une nouvelle race d’êtres humains, sort bientôt sur les écrans.
L’utopie désigne un lieu hors du monde réel où pourrait s’établir une société idéale qui garantisse le bonheur. Le mot, inventé par Thomas More au début du XVIe siècle, et le projet utopique ont accompagné le développement cruel de l’industrie jusqu’au XXe siècle. D’innombrables individus ont tenté de les inscrire dans la réalité et de mettre sur pied des communautés de vie et de travail, y compris en Suisse. Mais le désir d’utopie semblait s’être éteint après les années 1960-1970 et surtout depuis la chute du communisme soviétique, qui a longtemps confisqué l’espérance. Cela n’empêchait pas de rêver de corps et d’esprits impeccables, d’imaginer des horizons harmonieux et de nourrir de nouveaux espoirs alimentés cette fois par de nouveaux dangers, l’urbanisation débridée, les inégalités croissantes, le terrorisme, les menaces sur le climat ou sur la santé. Et de confier l’avenir à la science, comme dans les anciennes utopies. Or toutes les tentatives de les réaliser se sont transformées en cauchemars parce que le bonheur organisé dans les moindres détails, la volonté de maîtrise totale sur l’avenir et l’abolition des incertitudes engendrent aussitôt le contrôle, la surveillance et la conformité comme règles. Les nouvelles utopies ne ressemblent pas aux précédentes qui prétendaient asservir une nature inépuisable; nous savons qu’elle ne l’est pas. Mais le visage grimaçant des vieilles utopies réapparaît dans l’obsession de tout prévoir sous prétexte de sauver l’essentiel.////////Laurent Wolf
Rédigé par psa le 30/01/2010 à 08:26
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Diplomatie Publique
Collègues de classe et professeurs font le siège de l’exécutif gabonais. Immongault, Toungui, Engonga Owono, etc. Ne pensez pas à une grève à Libreville! Le premier mois de l’année se termine bien en sourire, malgré un décès le premier jour de l’an.
Un toute nuance
Du Secrétaire général de la Présidence –Éboué, son petit nom- au directeur du Cabinet du Président de la République –Petit Topo, son petit nom- mon cercle d’amis professeurs et collègue s’agrandit, C’est ce qu’un ami gabonais vient de m’annoncer, tout en me demandant ce que j’attend pour faire un tour à Libreville pour une « Prise de contact » avec tant de gens que je connais dans le nouveau cercle du pouvoir gabonais. C’est amusant ! C’est d’autant plus amusant que, l’instant d’avant, je venais d’apprendre que quelques plaisantins trouvaient matière à me disqualifier de la chose publique togolaise, au travers de mon texte « Le Dernier Naufrage ». Ils ont un grand boulot à abattre ces plaisantins, et il leur faudra toute une force pour m’éloigner de la res publica togolaise… J’exagère à peine ; car c’est davantage un débat d’idées et de compétence politique plutôt que des élucubrations d’amateurs et divers radicaux. Et, sur le plan des idées, plusieurs pourront déjà se rhabiller et attendre le prochain train. Pour l’heure, je dois me réjouir de ce message de confirmation reçu de Libreville sur la nomination de mon professeur de statistique « Petit Topo » qui va diriger le cabinet présidentiel gabonais: « À l’issue du conseil des ministres tenu au palais présidentiel Patrice Otha a été nommé jeudi soir au poste de directeur de cabinet du président gabonais, Ali Bongo Ondimba en remplacement de Jean Pierre Oyiba, démissionnaire depuis novembre 2009. Universitaire, M. Patrice Otha occupait depuis plusieurs années le poste de directeur de cabinet adjoint de feu Omar Bongo Ondimba. M. Otha est en outre le Président de la section Gabon de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Au cours de cette même soirée, M. Oyiba a été nommé administrateur général du Compte de refinancement de l’habitat (CRH). M. Oyiba était cité dans le scandale de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), avait annoncé sa démission le 8 novembre et justifié sa décision pour des « raisons d’éthique et de préservation de la bonne gouvernance prônée par le président Ali Bongo Ondimba. » Ici au moins, il y a moins de naufrage… plus de sauvetage.
Rédigé par psa le 30/01/2010 à 00:03
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Horizon
Je viens de commettre un texte, encore sous embargo jusqu’au 28 janvier 2010. Comme souvent, certaines personnes ont eu le privilège de la lecture de ce document, des gens très perspicaces. Une fois n’est pas coutume : ils ont une appréciation identique de la réalité touchée par le texte, Le Dernier Naufrage, que vous lirez sous peu. Tellement que je me pose une question : Le modèle togolais serait-il en réalité une véritable tromperie, c’est-à-dire un mal togolais durement ressenti et réprimé pendant des années ? Une fois n’est pas coutume, je partage ces commentaires reçus, ces commentaires d’avant match… en cette période de Coupe d’Afrique des Nations durant laquelle le tragique du destin avait aussi frappé le Togo.
1. « Tes messages viennent toujours me changer du train-train ambiant, sinon que ton essai est réparateur (moralement du moins) parce que judicieux. Je suis heureux de chanter la fin de ce mythe avec toi mais que de temps avons-nous mis pour y parvenir!
C'est certain dès à présent, ils n'étaient pas qu'incompétents, il y a pire, c’est de cyniques criminels. Pour preuve, regarde la guéguerre entre Agbéyomé et Gnininvi au sujet des dramatiques évènements de Fréau Jardin de Janv 1993...Pour les besoins de leurs ambitions, des centaines de Togolais peuvent trépasser.
Pour moi le problème est définitivement tranché, ils sont autant nos bourreaux que ceux d'en face. »
2. « J’ai eu un plaisir en tant que citoyen et intellectuel à lire ton texte “Le dernier naufrage”. C’est l’élégance avec laquelle tu manies la langue française pour décrire la vanité, dans tous ses sens (orgueilleux, suffisant, néant, vide pour le Togo) du parcours politique du personnage de Gilchist Olympio, qui est très intéressante. Bravo encore une fois. »
3. « Lecture passionnante, tragiquement vraie traduisant l'égarement collectif d'un peuple trompé depuis des décennies et dont les yeux s'ouvrent désormais dans la douleur. Énorme responsabilité d'intellectuels incapables de discernement et égarés par la haine et la jalousie. Que veux-tu faire de ce papier? »
Rédigé par psa le 26/01/2010 à 20:12
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Horizon
C’était plus ou moins prévu dès le départ, mais tout de même, on est impressionné. D’ici peu, sans doute dès la fin de la semaine, Avatar de James Cameron va détrôner le Titanic du même auteur (1997) comme le plus grand succès du cinéma de tous les temps.
Gilles Rousset
La nouvelle stratégie de sortie mondiale quasi simultanée, jusque sur des marchés aussi peu accessibles que l’Inde ou la Chine, n’y est sans doute pas pour rien. Cela n’en fera pas forcément le film le plus rentable, ni le plus vu, ni le meilleur. Mais ce succès phénoménal n’en donne pas moins à réfléchir: qu’est-ce qui rend donc Avatar si irrésistible? Car, au-delà d’une démonstration de la puissance de frappe du marketing hollywoodien, il y a là un film qui plaît et qui fait parler de lui pour ses indéniables qualités.
Qualités techniques d’abord, avec l’affirmation de la troisième dimension (3D) comme avenir possible du cinéma, et plus seulement de celui d’animation. En réalité, Avatar est tout aussi frappant en version «plate», mais plus de la moitié du public s’est ruée sur la version «relief». Simple effet de nouveauté, comme à l’époque du premier boom de la 3D, dans les années 1950? Censée contrer l’arrivée de la télévision, la 3D s’était alors vite révélée un «gimmick» dispensable. Mais, cette fois, avec Tim Burton, Steven Spielberg et Peter Jackson déjà sur les rangs, cela pourrait se passer autrement, et faire d’Avatar le prototype d’une riposte à l’essor du «home cinema».
Qualités artistiques ensuite, tant la patte du cinéaste, également auteur du scénario, est ici évidente. Si James Cameron, maître du cinéma de genre acquis à son principe de recyclage permanent d’idées et de formes, n’a rien d’un visionnaire comme Stanley Kubrick, il manifeste une belle fidélité à des thèmes personnels et une capacité phénoménale à coller au «Zeitgeist» (Esprit du temps). Naïve, la fable d’Avatar? Peut-être, mais aussi sacrément bien vue dans son propos écologiste, anti-impérialiste et féministe, sa mise en abyme de l’expérience du spectateur et son invitation à un dépassement de ses limites par l’humain! Si la version 2D fonctionne parfaitement, c’est que la meilleure dimension supplémentaire restera toujours l’immersion par identification, ce que Cameron maîtrise heureusement aussi bien que ses innovations technologiques. Et s’il y aura bien un avant et un après Avatar, ce sera pour toutes ces raisons-là. ///////Norbert Creutz
Rédigé par psa le 25/01/2010 à 06:15
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Plusieurs chefs d’État étaient invités aux funérailles politiques de Barack Obama, mort prématurément à la Maison Blanche, un an tout juste après son installation. Nul n’a osé se présenter. Seuls les maringoins portaient son cercueil, aurait dit Richard Desjardins. Les chefs d’État ont tous compris; et de loin on les entendait crier : Ne l’enterrez pas si vite! En politique on ne meurt pas si tôt. Peut-être ont-ils raison? Rien ne va plus pour Obama mais son bilan est bon et d’autres présidents avaient connu pire.
Patrick Wecksteen
La page n’est pas, déjà, tournée sur Barack Obama. La passe est rude, très rude, pour ce président. La veille même de l’anniversaire de son entrée à la Maison-Blanche, les démocrates ont perdu le siège sénatorial laissé vacant par la mort de Ted Kennedy. Cette défaite fait passer son parti au-dessous de la majorité qualifiée permettant d’empêcher les républicains de bloquer les débats de la Chambre haute. Priorité de Barack Obama sur la scène intérieure, le projet d’extension de la couverture médicale en est menacé alors que la résolution du conflit israélo-palestinien, sa priorité internationale, paraît toujours aussi lointaine. Barack Obama vient de le dire lui-même, dans les colonnes de Time Magazine. Il a sous-estimé, a-t-il admis, les difficultés du dossier et les choses n’en sont pas du tout là où il l’aurait espéré. Ce président est en échec sur ses deux plus grandes ambitions. Le ciel est d’autant plus bas pour lui que les élus démocrates vont désormais moins se préoccuper d’épauler la Maison-Blanche que de conserver leur siège, en novembre, aux élections de mi-mandat, mais la messe n’est, pour autant, pas dite.
Un an après son élection, Bill Clinton était dans une situation bien pire encore. Non seulement toutes ses initiatives avaient échoué mais sa femme et lui-même étaient la cible d’attaques si haineuses qu’il semblait sombrer sous la vague. Un an après son élection, Ronald Reagan n’était pas, non plus, en bien meilleure situation. Pourtant, l’un et l’autre ont été réélus triomphalement. Politiquement parlant, Barack Obama n’est pas déjà mort, et ce pour deux raisons.
La première est que son premier bilan est loin d’être mauvais. Dès les premiers mois de sa présidence, il a rendu aux États-Unis la popularité internationale que George W. Bush leur avait fait perdre. Grâce à lui, l’Amérique a retrouvé un prestige indispensable à son action internationale et ses mérites ne s’arrêtent pas là. La crise de Wall Street a été surmontée. Depuis ses discours d’Ankara et du Caire, les djihadistes ont beaucoup plus de mal à persuader l’islam que l’Amérique serait son ennemie. Sans la force de ces adresses au monde musulman, l’opposition iranienne ne se serait pas autant enhardie. L’arrêt des provocations bushistes vis-à-vis de la Russie a permis de rapprocher Moscou des positions diplomatiques occidentales, notamment sur l’Iran. La définition d’une stratégie afghane autrement plus intelligente rend plus incertaine la victoire des talibans et les pressions américaines sur Benyamin Netanyahou l’ont tout de même conduit à accepter le principe d’un État palestinien, désormais admis par tous les grands partis israéliens.
Des graines ont été semées, beaucoup de graines en une seule année, beaucoup plus que par bien d’autres présidents et, pour que Barack Obama soit vraiment menacé de paralysie, encore faudrait-il qu’il ait, face à lui, une opposition cohérente. Or ce n’est pas le cas. Les républicains marqueront des points en novembre. La loi de la politique américaine est qu’on vote systématiquement contre la Maison Blanche, mais sur quelles bases ce parti pourrait-il, vraiment, reprendre pied? Sur un retour aux dérégulations de l’ère Reagan? Non, puisque la crise provoquée par «l’autorégulation» du marché est passée par là et que Wall Street est devenu aussi impopulaire à droite qu’à gauche. Une identification à la droite la plus conservatrice, religieuse et hostile à l’évolution des mœurs? Pas plus, car si cette droite est forte au sein du parti républicain, elle est très loin de constituer une majorité dans le pays. Idéaliste mais très centriste, ambitieux mais consensuel, Barack Obama n’a pas encore dit son dernier mot. /////Bernard Guetta
Rédigé par psa le 23/01/2010 à 23:23
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Silence
Toute la semaine, ce sont des cris d’horreur qui sont poussés dans le monde américain des affaires contre le président des États-Unis. Les mêmes cris sont poussés sur la petite île artificielle qui jouxte Montréal, Île-des-sœurs, dont les responsables municipaux ont cru répondre au vouloir de leurs citadins-nouveaux-riches en retirant de la vue des enfants, un nu de Carl Duplessis, Se prélasser. Parce que « La censure, c’est l’éteignement de l’esprit! » dit un des nombreux déçus, restons alors sous les lumières clinquantes qui se dégagent des yeux des taureaux newyorkais qui sévissent sur l’autre île, celle de Manhattan. Les titres de Forbes à eux seuls sont des plus éloquents : One Year Of Obama - Do I regret voting for him? Obama The Destroyer, etc. Plus loin, en Suisse, on en a une idée autre, celle du bon combat financier contre la cupidité humaine.
Carl Duplessis, Se prélasser
Aux banquiers de Wall Street qui espéraient un retour du «Business as usual», Barack Obama a apporté un démenti catégorique. La vigueur du président américain en a surpris plus d’un, à en juger par le net recul en bourse des actions bancaires qui a suivi son intervention Bien sûr, tout reste à faire. Le Congrès acceptera-t-il de restreindre le champ d’activité des grandes banques et d’en limiter la taille, comme le demande Barack Obama? Après le cinglant revers essuyé par les démocrates au Massachusetts en début de semaine, rien n’est gagné. Cependant, le «combat» que le président américain se dit prêt à mener est le bon. Contrairement à ses homologues européens qui tapent sur les bonus pour flatter leur opinion publique, Barack Obama s’attaque au vrai problème: maîtriser le risque systémique posé par des établissements devenus trop grands pour faire faillite.
Ses annonces complètent intelligemment la taxe spéciale annoncée la semaine dernière, qui vise à prélever une sorte de prime d’assurance sur les grandes banques. Il est cependant trop tôt pour juger de leur efficacité. Les idées mises sur la table hier restent vagues. Comment, dans le détail, interdire telle ou telle activité et contraindre la taille des banques? Les réponses sont multiples. Pour régler un problème proche de celui de Washington, la Banque nationale suisse a préféré une autre voie. Pour éviter de devoir une nouvelle fois venir au secours d’UBS, la BNS a préféré le renforcement des fonds propres.
Une question se pose maintenant pour les banques étrangères: quel mode de fonctionnement adopter aux États-Unis. Déjà, des voix commencent à s’élever en Suisse pour appeler à une coordination internationale de la régulation bancaire. Pour le moment, les Américains ont lancé leur débat. Il sera ensuite d’autant plus facile d’harmoniser les pratiques que le leader mondial, d’où est partie la crise, cherche des solutions dans la bonne direction./////// Frédéric Lelièvre
Rédigé par psa le 22/01/2010 à 22:22
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Diplomatie Publique
Cela fait un an que le président américain a pris ses fonctions. Bien que contrasté, son bilan montre qu’il a tenté de changer la donne en «réaliste ambitieux». Nuit d’anniversaire, nuit blanche à la Maison Blanche qui perd l’État de Massachusetts, pourtant laissé en héritage par Ted Kennedy. Martha Coakley n’a pas fait le poids devant le Républicain Scott Brown. An Un. Cela fait un an que Barack Obama occupe la présidence des États-Unis. Malgré les fortes attentes découlant de son élection en novembre 2008, son bilan est contrasté. La prison de Guantanamo, qu’il avait promis de fermer d’ici au 22 janvier 2010, n’est pas fermée. Pourtant, le ton a changé, l’image de l’Amérique s’est améliorée. Le bouclier antimissile souhaité par les néoconservateurs a été abandonné, permettant une embellie dans les relations entre Moscou et Washington. Ex-conseiller du président Bill Clinton, William Gal¬s¬ton, expert à la Brookings Institution, livre son analyse.
Un an après son arrivée à la Maison-Blanche, quel est le bilan de l’action d’Obama?
– Ce qui domine aux États-Unis, c’est la persistance des difficultés économiques. La reprise n’est pour l’heure qu’un phénomène statistique. Elle n’a pas profité à ceux qui n’ont pas de travail ou ceux dont le revenu a diminué. L’évaluation que les Américains font de la situation est donc négative.
Si on devait comparer Obama avec d’autres présidents après douze mois…
– Par rapport à John F. Kennedy, sa première année est tout à fait satisfaisante. Lors des premiers douze mois, JFK avait connu un épisode désastreux à la Baie des Cochons à Cuba, un sommet calamiteux avec Khrouchtchev à Vienne, la construction du mur de Berlin et la majorité de ses projets ont été bloqués par un Congrès à majorité démocrate. Par rapport à George Bush père ou Lyndon Johnson en revanche, son bilan est moins bon. Le vrai défi pour Obama, c’est de tirer les leçons de cette première année. Kennedy a su très bien le faire.
En une phrase, comment résumer son début de présidence?
– Obama est un réaliste ambitieux, conscient des limites des aspirations personnelles, des institutions et de la politique, mais désireux de transformer le monde plutôt que se contenter de le gérer. Une combinaison difficile.
Certains tendent à décrire Obama comme un bon orateur, mais un président incapable de décider…
– Le président Obama a tenu des discours remarquables. Je pense en particulier à celui du Caire, mais aussi à celui d’Oslo (lorsqu’il reçut le Prix Nobel de la paix). Mais il est faux de réduire le président à cette seule dimension. Barack Obama a aussi pris des décisions impopulaires: il a décidé de sauver les banques en difficulté par souci systémique; il a lancé un plan de relance en utilisant les deniers publics; il est venu en aide à l’industrie automobile; il a lancé une réforme de la santé qui lui a valu les quolibets. Il a empoigné des problèmes que ses prédécesseurs n’avaient pas jugés nécessaire de résoudre. Aujourd’hui, lui et son parti en paient le prix politique.
Rédigé par psa le 20/01/2010 à 01:02
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Horizon
Pour les États-Unis, le tremblement de terre en Haïti et ses conséquences désastreuses sont depuis les premières heures ressentis comme une catastrophe de nature quasi nationale. Le déploiement humanitaire, militaire et les collectes de dons des Américains sont tout à fait exceptionnels. Avec l’intervention de deux anciens présidents – George Bush et Bill Clinton –, c’est même la première fois que Barack Obama obtient un consensus bipartisan pour agir sans entraves.
Sans cette capacité de réaction très rapide de Washington pour soutenir un État décapité, les secours internationaux apportés au peuple haïtien seraient sans doute encore plus laborieux. La gestion de l’aéroport de Port-au-Prince ainsi que celle de la sécurité, essentielle pour les sauveteurs et l’action humanitaire, sont assurées par l’armée d’Obama, les forces de l’ONU ayant été durement touchées. Pour les Haïtiens, c’est une bénédiction, et ces secours massifs ont sans doute permis de calmer la situation. Qui d’autre que les États-Unis aurait pu le faire?
L’Histoire, l’importante communauté haïtienne sur son sol et le grand nombre d’expatriés américains sur l’île permettent de comprendre cet élan. S’il est justifié de s’interroger sur les intentions et les limites de cette intervention – et de ses éventuelles arrière-pensées politiques – comme certains le font déjà en Amérique latine à l’image du Nicaraguayen Daniel Ortega, il faut rappeler que Barack Obama (ne serait-ce que par la couleur de sa peau) est très populaire sur l’île. De passage à Port-au-Prince, Hillary Clinton a déclaré que les États-Unis «seront ici aujourd’hui, demain et pour les temps à venir». Mais elle a pris soin de préciser que c’était à l’invitation du gouvernement du président René Préval et en coordination avec les partenaires de l’ONU.
S’il devait y avoir un calcul politique de la part de Washington, il est sans doute plus de nature interne aux États-Unis que d’une quelconque stratégie pour s’emparer du contrôle de l’un des pays les plus pauvres du monde. Les Démocrates ont à cœur de montrer qu’ils sont différents des Républicains dont la gestion du cyclone Katrina s’était avérée catastrophique.///////Frédéric Koller
Rédigé par psa le 18/01/2010 à 07:18
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Horizon
Devant l’immensité du besoin, nul ne peut rester indifférent. De la proposition du président sénégalais d’accueillir les Haïtiens en Afrique à la volonté des écoliers maliens désireux d’envoyer des livres en Haïti, en passant par le million de dollars déboursé par le Gabon ainsi que les lettres de condoléances envoyées par plusieurs autres États africains, il faut faire quelque chose, faire appel à l’imagination et agir, agir encore pour Haïti, individuellement et collectivement. Partout il y a mobilisation : Chris Martin, George Clooney, Angelina Jolie, Brad Pitt, Oprah Winfrey, Lance Armstrong, Alyssa Milano, Anthony Kavanagh, Wyclef Jean, Jimmy Jean-Louis, etc. En France, des célébrités se mobilisent aussi. À l'initiative de la chaîne Trace TV, Charles Aznavour, Les Neg'Marrons, Passi, Grand Corps Malade, Youssou N'Dour et Stomy Bugsy, parmi une quarantaine d'artistes, ont accepté de participer à l'enregistrement vendredi à Paris d'une chanson "Un geste pour Haïti Chérie". Mis à la disposition de toutes les chaînes, le clip sera diffusé en France ce lundi 18 janvier 2010, Jour de MLK aux États-Unis.
Gilles Rousset
Les images épouvantables qui arrivent d’Haïti provoquent la peine, la compassion, la générosité et l’engagement. Mais aussi une stupeur de l’esprit devant ce spectacle terrifiant dont l’humanité devient le témoin d’un bout à l’autre de la planète grâce aux photographies, aux reportages des télévisions et à Internet. Chacun est cloué sur place par ce qui advient ailleurs et glacé de l’intérieur face à l’ouvrage de la mort.
Autrefois, les communautés avaient leurs symboles, leurs rituels, leurs histoires racontées, qui leur permettaient d’intégrer l’inexplicable, l’inacceptable à leur propre existence. Les religions, les philosophies, l’art, tout ce qui concourt à représenter la disparition contribuait à rétablir l’équilibre des sentiments, à connaître la mort qui viendra, à ressouder les êtres autour du désir de vivre. Aujourd’hui, chaque catastrophe particulière est mondialisée. Ce qui se passe en des lieux éloignés se passe aussitôt ici. Ce qui arrive à d’autres nous arrive aussi. Et nous ne savons pas comment faire face, pris entre l’indifférence qui guette et l’empathie vertigineuse. Comment trouver des réponses à ces douleurs planétaires d’autant plus amères qu’elles ne sont rien à côté de la souffrance des victimes réelles?
À Paris, une exposition de Christian Boltanski, un artiste français né à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, propose la vision symbolique de la mort qui attend les autres et qui nous attend aussi, des milliers d’habits étalés au sol, enlevés par une grue qui les rejette avec indifférence dans le vacarme de 400 battements de cœur diffusés par une sono puissante. L’art ne guérit pas les plaies; il ne ressuscite personne. Mais le choc est immense entre ses images et celles qui viennent en ce moment de la catastrophe. Il peut nous réapprendre à les voir, à comprendre ce qui nous bouleverse, et à reconnaître ce que le déni de la mort s’emploie à nous faire oublier.//////// Laurent Wolf
Rédigé par psa le 17/01/2010 à 21:17
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Diplomatie Publique
Portrait d’une capitale de 2 millions d’habitants, agitée et inspirante, dont des pans entiers ont été rasés par le séisme. De quoi penser aux vers de Salvatore Adamo :
Dieu de l'enfer ou Dieu du ciel
Toi qui te trouve où bon te semble
Sur cette terre d'Haïti
Il y a des enfants qui tremblent
Requiem pour les millions d'âmes de ces enfants, ces hommes, ces femmes… à genou
C’est une ville comme suspendue, adossée à des montagnes sur lesquelles une partie de l’élite haïtienne s’est installée. Deux millions d’habitants, pour un pays qui en compte probablement huit. Et une densité de population telle qu’elle explique en partie l’étendue des dommages causés par ce séisme, le plus violent depuis 200 ans. Port-au-Prince, souvent représenté par ses bidonvilles de Cité Soleil et de Bel-Air, n’est pas seulement le ghetto miséreux que l’on se figure. Mais, jusqu’à ce tremblement de terre qui en a réduit de larges portions en poussière, la capitale haïtienne était aussi ce mélange de flamboyance créole et de contradictions insulaires dont les grands écrivains caraïbes ont chanté la séduction – Dany Laferrière, notamment, en séjour haïtien pour le tournage d’un documentaire et qui a survécu à la catastrophe.
Sur le bord de la baie, dans la basse ville, le Palais National était jusqu’à mardi après-midi une sorte de fierté collective. Une immense bâtisse immaculée, dans une cité où tout se salit; maison d’Etat baroque, presque cubaine, depuis laquelle François Duvalier puis son fils conduisaient une population où chacun, tour à tour, était en charge du nettoyage public. On a vu ensuite Jean-Bertrand Aristide, prêtre défroqué, donner là ses ultimes conférences de presse avant d’être renvoyé manu militari sous d’autres cieux. C’était en 2004, l’année du bicentennaire de l’Indépendance haïtienne. Depuis lors, René Préval, ancien aristidien plus ou moins repenti, a repris le pays. Et il a survécu à l’affaissement du bâtiment, effondré sur ses bases. Le symbole est grand, sur cette place nommée Champs-de-Mars dont les statues des héros haïtiens (Toussaint Louverture, Henri Christophe, Jean-Jacques Dessalines) devisent. Les principaux ministères qui encerclent la place semblent avoir eux aussi connu d’irréversibles dommages.
Tout au sommet, à une heure de route de là, sans compter des embouteillages qui ont fait la réputation de Port-au-Prince, il existe un point de vue duquel on embrasse la baie entière. Il s’appelle Boutillier. Une vidéo a été publiée hier sur Internet d’une jeune fille qui pointe du doigt la ville, prise dans un gigantesque nuage de poussière; quelques minutes après la première secousse. «C’est un incendie, dit-elle. La fin du monde est arrivée.» Entre ces deux pôles qui dessinent cette ville ascensionnelle, l’étendue des destructions reste encore à imaginer. Sur les contreforts altiers de Pétionville, là où la bourgeoisie haïtienne s’était bâti des demeures bétonnées et grillagées face aux colliers de maisonnettes pauvres accrochées à la falaise, la dévastation est moins grande que dans la basse ville. Mais les bâtiments à étages, souvent construits à moindres frais, n’ont pour la plupart pas survécu; en 2008, déjà, une école de Pétionville avait enseveli, sans aucune raison géologique, près de 90 enfants. Mardi, le Montana, perché sur une colline, fleuron de l’industrie hôtelière haïtienne, aurait disparu avec ses quelque 200 clients.
Il faut s’imaginer cela. Une cité étriquée, pointillée de maisons individuelles, qui souffrent à peine les cyclones raisonnables qui soufflent l’été sur Port-au-Prince. Presque aucun plan urbanistique. La débandade de l’émigration rurale qui échoue dans les eaux marécageuses de Cité Soleil, ou dans ce quartier de Carrefour-Feuilles qui, selon certains témoignages, a été terriblement affecté. «La ville est majoritairement détruite», a annoncé l’épouse du président Préval. Au plus proche de l’épicentre, dans la zone suroccupée de Carrefour ou dans les abords labyrinthiques de la Grand-Rue, la fragilité des constructions, l’encombrement des rues d’accès, ont forcément aggravé un bilan des victimes qu’on n’ose estimer encore. «Mes parents ont eu vingt secondes pour déguerpir avant que leur petite villa s’évapore», précise Erol qui a finalement réussi à joindre sa famille après une dizaine d’heures de tentatives. C’est le temps qui manquait. Dans un pays parmi les plus pauvres du monde, où il s’agit depuis toujours de courir pour survivre.
Port-au-Prince a un doux nom. Qui évoque des conquêtes napoléoniennes, l’appétit des flibustiers et la mémoire d’un pays qui se trouve ne pas seulement appartenir aux tréfonds des statistiques de développement. Port-au-Prince était ce lieu de résistance, berceau de la première république noire de l’histoire, dont les habitants ne se voyaient pas seulement comme des laissés-pour-compte. Port-au-Prince supportait à la fois le drame d’un pays caraïbe dont la déforestation, la misère endémique, la violence des éléments et les déséquilibres politiques en font un contre-exemple mondial. Mais la capitale, paradoxalement, demeurait ce lieu de fascination culturelle, d’inventivité formelle et de religions partagées qui a donné naissance dans les départements français voisins au concept même de créolité. Depuis André Malraux et André Breton, jusqu’à ses jeunes artistes internationaux qui quittaient il y a quelques semaines, transis, la première Biennale d’art haïtienne, Port-au-Prince n’a cessé d’incarner aux yeux des penseurs un modèle de subversion créative.///////Arnaud Robert
Rédigé par psa le 14/01/2010 à 00:00
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Silence
Le mitraillage vendredi dernier de l’équipe de football du Togo qui se rendait à la Coupe d’Afrique des nations par des rebelles du «Koweït de l’Afrique» ranime un conflit que Luanda disait avoir réglé depuis 2006. Deux morts et un blessé grave dans l’encadrement de l’équipe de football du Togo, victime malencontreuse d’un conflit interminable. C’est à ce prix que les rebelles des Forces de libération de l’Etat ¬du ¬Cabinda-Position militaire (FLEC¬PM), qui ont mitraillé vendredi passé le bus des Eperviers togolais, ont atteint l’objectif qu’ils visaient. Transformer la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en Angola en une caisse de résonance pour la lutte qui les oppose depuis trois décennies et demie à Luanda.
Gilles Rousset, 2010
Cabinda, bande de terre de 7270 km² dont les 300 000 habitants sont aussi pauvres que ses forêts sont luxuriantes et son rivage atlantique est gorgé de pétrole, est une extravagance géographique. Elle est coincée entre deux pays francophones, le Congo-Brazzaville au nord et la République démocratique du Congo au sud, mais ne partage pas de frontière avec l’Angola, auquel le colonisateur portugais a pourtant rattaché l’enclave en 1956. Dix-neuf ans plus tard, Luanda s’affranchit du Portugal. Les principaux mouvements de libération (de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola, l’Unita de Jonas Savimbi, au Mouvement populaire de libération de l’Angola, MPLA, de l’actuel président José Eduardo dos Santos) ratifient l’indépendance.
Mais le FLEC, qui s’était constitué dès les années 1960 pour dénoncer lui aussi la domination portugaise, n’est pas associé aux discussions. Cabinda devient autoritairement la 18e province d’un Angola qui n’entend pas renoncer à ce territoire «indispensable à la survie du régime MPLA, puisqu’il pèse à l’époque pour 80% de ses réserves pétrolières», rappelle Olivier Vallée, économiste indépendant. «Avec la découverte d’immenses gisements le long de la côte de l’Angola, qui surpasse depuis deux ans le Nigeria comme premier pays subsaharien exportateur de pétrole, la part de Cabinda ne devrait plus à terme représenter que 40%», poursuit le spécialiste. C’est encore beaucoup trop pour que «Luanda et les compagnies pétrolières (ndlr: Chevron, Texaco, Elf) envisagent l’émancipation d’un «Koweït» au milieu de l’Afrique», ajoute Didier Péclard, chercheur à la Fondation suisse pour la paix. Au fil des ans, le FLEC, qui fait parler de lui au travers des prises d’otages et d’actes de guérilla sporadiques, se morcelle. En 2003, le FLEC-PM (armé) apparaît.
18e province de l’Angola répressif
A l’époque, les rebelles sont confrontés à une sévère campagne contre-insurrectionnelle. Car en 2002, le MPLA au pouvoir à Luanda a mis à profit la fin de la guerre civile qui l’oppose depuis l’indépendance à l’Unita de Jonas Savimbi, soutenue par l’Occident, pour redéployer 30 000 de ses soldats dans l’enclave. Un pour dix Cabindais, dit-on alors. Le FLEC pâtit de ce quadrillage, et en 2006, sa faction «rénovée», menée par Antonio Bento Bembe, signe un accord qui clôt, sur le papier, le conflit et définit les conditions d’une meilleure redistribution locale de la manne pétrolière.
La réalité sur le terrain démontre le contraire: le reste du front réfute le texte. Pour les plus radicaux, la lutte contre l’occupant angolais continu encore à ce jour. «Il n’y a pas que le FLEC. La mobilisation de la société civile de Cabinda, structurée par le clergé, est très grande. Elle réclame l’autonomie, voire, pour les plus déterminés, l’indépendance», souligne Didier Péclard.
«Le gouvernement refuse, frontalement, tout dialogue», poursuit ce spécialiste de l’Angola. Dans un rapport publié à l’été passé, Human Rights Watch dénonçait la persistance d’une répression très dure à Cabinda, où les médias indépendants n’ont pas droit de cité. «L’armée angolaise et ses services de renseignement maintiennent une présence très large sur ce petit territoire, où ils intimident et harcèlent les gens qui sont perçus comme d’opinion dissidente», note l’organisation américaine, en recensant de nombreux cas de torture et de dénis de justice.
L’organisation de la Coupe d’Afrique des nations, et la décision de Luanda d’organiser des matchs à Cabinda, devait «asseoir la normalisation de l’Angola et démontrer à la communauté internationale et aux pétroliers que la situation était calme dans l’enclave», note Didier Péclard. Une illusion qu’une poignée d’insurgés, dont deux ont été interpellés hier, a fait voler en éclats en mitraillant le bus togolais. «Nous sommes en guerre», a martelé Rodrigues Mingas, le représentant en exil (en France) de la faction FLEC-PM qui revendique l’attaque. En dénonçant dimanche un «acte de terrorisme», alors qu’il donnait le coup d’envoi de la CAN, le président angolais José Dos Santos a lui-même admis, d’une certaine façon, que la question cabindaise n’était pas encore réglée. ///////Angélique Mounier-Kuhn
Rédigé par psa le 12/01/2010 à 00:12
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