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Pierre S. Adjété
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Au lendemain des Cendres, tandis que le Carnaval s’évanouit des rues de Bâle, un homme s’efface définitivement. Ernst Beyeler vient de s’éteindre à 88 ans. Grand Bâlois comme on dit Grand d’Espagne tant le personnage, parti de rien, portait beau et aristocratique, il a marqué la cité rhénane et les arts plastiques du XXe siècle de son empreinte. Ses concitoyens comme les milieux artistiques du monde entier n’ont qu’un mot pour qualifier cette perte: immense. Terme correct pour définir le rôle de celui qui, grand marchand, galeriste brillant et collectionneur perspicace, a su animer la scène bâloise, étendre et renforcer son rayonnement international par les leviers de l’art et de son commerce, sachant habilement irriguer l’un par l’autre.Ultime et considérable mérite: Ernst Beyeler a pris soin de se retirer progressivement de ses différentes responsabilités, toujours avec panache, en laissant un merveilleux héritage: sa collection personnelle, propriété de la fondation qui porte son nom, installée dans un musée construit et scénographié pour elle par Renzo Piano, dans la ville de Riehen, en périphérie de Bâle. Un ouvrage inspiré qui témoigne de la fertilité du dialogue entre le commanditaire, particulièrement exigeant et raffiné, et l’architecte. Dans les salles lumineuses du Musée Beyeler, le meilleur de l’art impressionniste et moderne, ainsi que des œuvres africaines et océaniennes remarquables, se trouvent exposés. Loin de figer l’institution dans la célébration de sa collection, Ernst Beyeler a voulu en faire une maison vivante. Et en effet, depuis son inauguration en octobre 1997, les visiteurs ont défilé par centaines de milliers chaque année devant des expositions souvent anthologiques: Mark Rothko, Monet, Calder-Miró, Francis Bacon, Anselm Kiefer, Henri Matisse, Giacometti, entre autres. En juin 2007, «parce qu’il faut savoir garantir l’avenir», il confie les rênes de sa fondation et le pilotage du musée à Samuel Keller, de 45 ans plus jeune, faisant de lui son héritier spirituel. Or ce dernier avait excellemment fait ses preuves à la tête d’Art Basel, autre entreprise d’envergure qui doit en bonne partie à Ernst Beyeler et son existence et son extraordinaire développement. De son grand marchand, Bâle a donc reçu en legs l’un des plus beaux musées d’Europe et la foire qui fait d’elle, ville de haute tradition intellectuelle, une capitale mondiale et incontestée du marché de l’art. L’habileté, le succès d’Ernst Beyeler n’auraient pas suffi à lui valoir l’estime et le respect unanimes, ni les titres honorifiques, n’était sa façon très particulière, à la fois effacée et active d’être Bâlois. Usant de son influence et de ses relations, il apporte un appui indéfectible au Kunstmuseum, le musée d’art de Bâle. Dans la légende, il reste l’homme qui a contribué à faire de la cité rhénane la «ville des Picasso». En 1966, le peintre autorise le marchand à choisir 25 œuvres dans son atelier. Il les montre aussitôt en deux expositions qui font forte impression. Le gouvernement bâlois accorde un crédit de 6 millions de francs pour l’achat des «Deux frères» (1905) et de «L’Arlequin assis» (1923). Les 2,4 millions manquants doivent être fournis par des particuliers. Une campagne mobilise la population; Ernst Beyeler y joue un rôle actif. Fêtes, actions publiques, votation: les Bâlois sauvent les deux Picasso pour leur musée. En 1971, lui qui n’apprécie pas les grandes manifestations publiques et ne croit guère à «l’art popularisé», fait partie des fondateurs de la Foire de l’art bâloise, renommée ensuite Art Basel, intervention décisive pour qu’elle puisse démarrer. Il mesure l’apport et l’aiguillon qu’elle représente pour la ville. Réaliste et pragmatique, il s’adapte à l’évolution du marché et l’infléchit. L’essor de la foire actuelle confirme l’intuition du marchand au-delà de toute espérance. On voit, année après année, sa haute silhouette, celle d’un seigneur en son domaine, déambuler dans les travées d’Art Basel. Distingué, affable, légèrement distant tout de même, il fait les honneurs de son stand, le plus prestigieux de tous. Après la mise en place de son successeur, après la disparition de son épouse Hilty en 2008, il se retire. La gestion de ses affaires est confiée à un juriste. Début février, il apparaît encore au dernier vernissage de sa galerie, pour l’exposition «Rodtchenko Photography». Il meurt peu de semaines après. Pour Bâle endeuillée, mélancolique, une très belle page se tourne./////// Lorette Coen SilenceQue cache le retour précipité, en pleine nuit, du président Umaru Yar'Adua du Nigéria à Abuja ? Nul ne le sait encore. Le débat sur sa santé est à peine éteint que s’ouvre celui de la mort, de la peine de mort, la vindicte populaire des temps modernes. Il est des arguments qui semblent tourner à vide. Affirmer que la peine de mort est une barbarie paraît manifeste pour une partie de l’humanité. Dire qu’elle est une nécessité semble tout aussi évident pour le restant des terriens. Le deuxième groupe rétrécit inexorablement depuis le milieu du XXe siècle, mais 58 pays ont encore la possibilité d’exécuter leurs citoyens et il se trouve toujours des nostalgiques pour appeler à un retour de la potence en zone abolitionniste.
C’est évidemment trop. Parce qu’en plus d’être sauvage, la peine capitale ne sert à rien. La criminalité n’est pas moins élevée dans les États rétentionnistes. Des études évoquent au contraire un «effet brutalisant», voulant qu’une administration qui use de la violence désinhibe ses ressortissants en la matière. La loi du talion, pensée à l’origine comme un progrès censé canaliser la vengeance des victimes ou de leurs proches, devient ici le ressort d’une criminalité sans cesse multipliée. Circule aussi l’idée que les mises à mort sont l’instrument ultime de lutte contre la récidive. Voir un pédophile sortir de geôle et recommencer à violer est insupportable. Prendre le risque de tuer un innocent l’est autant. Notre justice est humaine et faillible. Elle ne doit pas être abandonnée aux instincts de la société. Le peuple qui accourait place de Grève pour assister au spectacle de la guillotine n’a pas disparu avec le dernier bourreau français. Pulsions de mort et soif de vengeance ne demandent qu’un rien pour être réveillées. Notre justice est humaine et faillible. Elle est bien souvent instrumentalisée par des régimes autocrates et amoraux. À quelques exceptions près – qui semblent d’autant plus hérétiques aux démocrates convaincus, la carte de la peine capitale coïncide avec celle des États répressifs. Au peloton d’exécution figurent opposants politiques, vrais criminels, petits voleurs, épouses adultères ou femmes violées. Derrière l’échafaud, le fusil, le sabre ou l’interrupteur de la chaise électrique se pressent dictateurs, fondamentalistes religieux et justiciers butés. Ne devraient leur être opposées que la raison et la morale. Aux États-Unis pourtant, l’argument qui pourrait faire mouche est économique; la peine de mort coûte beaucoup plus cher que la prison à perpétuité.//////Caroline Stevan
Mot à MauxOù est-il ? Que fait-il? Je me demande parfois, à l’écoute de cette cacophonie politique qui s’élève de son pays, le Togo. Il est le genre à se prendre de fous rires à l’occasion. Certainement pas au vue de ce spectacle-ci. Il doit avoir ses moments de colères, certainement pas pour l’évidence de l’amateurisme politique répétitif qui caractérise les siens. Et puis, je me découvre à fouiller pour savoir s’il fait l’actualité quelque part, au Madagascar ou au Sénégal, à Brazzaville ou à Maputo. Rien, par ces temps! Mais je tombe sur un texte de moi, écrit il y a quelques années déjà, en 2004, à la sortie de son premier roman « Au commencement était le glaive ». Un texte que sans doute je ne retrouverai pas facilement dans mes propres archives. Voici que ce texte parle justement des guerres fratricides, comme il s’en fait actuellement dans son coin de pays, le Togo, sur fond d’élections présidentielles prévues exactement pour dans dix jours. Une bonne raison pour me réapproprier ce texte de six ans qui n’a pas trop vieilli. En reprenant le livre de ma modeste bibliothèque, je constate que l’éditeur avait inséré une page d’avertissement : « Cet ouvrage est un roman, c'est-à-dire une pure fiction, imaginée par l’auteur. Toute ressemblance des personnages avec des hommes et des femmes vivant ou ayant existé ne peut être que fortuite. » M’enfin, si ce n’est pas un pays, il se peut bien que ce soit l’autre… En tout cas, on aime bien ne pas s’aimer dans ce pays là aussi... Et voici ce qui était publié alors comme critique de «Au Commencement était le glaive» d’Édem Kodjo, aujourd’hui à la retraite politique, dit-il lui-même; je dirai moi, en retraite politique plutôt.
Sur tout un continent et au-delà, dans le cercle des initiés et de ceux et celles qui pratiquent l’Afrique moderne d’aujourd’hui et de demain1, monsieur Édem Kodjo est sans doute l’homme politique africain qu’on ne présente plus. Vu de loin, la densité de sa personnalité fait bien soupçonner ses capacités multiples qui peuvent suggérer autant l’admiration que la jalousie chez ceux que la nature a peu comblés. Un peu plus près, l’homme se présente souvent attentionné, raisonnablement passionné et bon communicateur. Et alors, on attend qu’il se révèle davantage, qu’il se laisse aller... Voilà qui est fait maintenant, à travers son premier roman, Au commencement était le glaive paru le 25 mars dernier en France, aux Éditions de La Table Ronde, disponible dans les grandes villes africaines et européennes, et celles d’Amérique du nord.
À travers ces quelques 300 pages, Édem Kodjo se jette véritablement à l’eau en jouant avec de multiples bouées, ses personnages, dont aucun ne vole la vedette à l’autre. Au fait, a-t-il peur de se noyer en coulant à pic à son premier saut dans l’océan littéraire ? Au commencement était le glaive est un roman nomade qui déménage sans cesse lecteurs et lectrices entre la célébration de la beauté et la condamnation de la haine, jusqu’au jour du dernier jugement ordonné par un «Volcan en furie», le Moromoro, déçu des excès de l’espèce humaine. Des excès dites-vous ? L’auteur ne s’en est pas privé. Au chapitre de la beauté physique fulmine la divine Fantamadia Funlayo érigée en «Monument national». Ce patrimoine d’élégance africaine, sculpté d’une main de connaisseur de la gente féminine par un Édem Kodjo littéralement en transe, est au centre d’un panthéon où rayonnent la beauté intérieure de la reine mère Immaculée Kagerassa, la beauté spirituelle du père franciscain Idelphonse Mfuni, la beauté intellectuelle de Ranassom -le prince pétri de connaissances et de délicatesses et, enfin, la beauté philosophique du vieux fou, le sorcier Mankan, s’appuyant par endroit sur une beauté naïve et naissante du petit orphelin Aznari. Aux côtés des sublimes, la cupidité humaine sert de passerelle à une haine dévastatrice entre personnages hauts en couleurs et en épopées. Rignin (Rien) ne sera épargné dans un camp (Hamouris) comme dans l’autre (Bamounas) pour sortir cannons, conseillers, généraux, princes, courtisans, charlatans, journalistes, chevaux et glaives pour en finir et faire gicler du sang, partout. Rignin! assène souvent Chafou le Terrible, le seul et unique chef, le Conducator colérique du peuple des Bamounas. Chafou le Terrible a hérité de ses ancêtres Bamounas une dent très longue contre le peuple voisin des Hamouris et la dynastie des Cheikh Saleh qui y gouverne. Le duel, corps à corps, entre ces deux dirigeants voisins, Saloum Cheikh Saleh et Chafou le Terrible, transformera toute la riche contrée en un univers de violence aveugle et inutile qui constitue encore la triste réalité de certains peuples. La première œuvre romanesque d’Édem Kodjo a une prise solide et ferme sur la réalité politique de l’Afrique, d’une Afrique encore ventripotente d’inutiles cycles de ressentiments vengeurs. Édem Kodjo a d’abord écrit un roman qui lui ressemble; il a épousé la femme qu’il a toujours fréquentée et qu’il connaît le mieux : l’Afrique. Noces alléchantes, pari gagné! D’une écriture tricotée serrée au début du roman, l’auteur a joué gros, au risque de ne pas accrocher ses lecteurs dans les premières pages. Ne vous y méprenez pas du tout! Tout au plus, soulignez quelques mots pour y revenir, si le cœur vous en dit. Mais ici encore, les vertus de la patience et de l’effeuillage littéraires ainsi que votre propre côté activiste, voyeur et le « Sakabo » en vous - ce que ravive souvent l’auteur, sauront vous gratifier d’une histoire soutenue et des personnages désespérément contemporains et tragi-comiques. Heureusement que ces Chafou et Cie n’existent que dans l’imagination féconde de l’auteur de Au commencement était le glaive : une lecture captivante. Silence
C’est à croire que le ministre des sports du Togo, Christophe Tchao, ne veux rien comprendre : le gouvernement togolais, comme tout autre gouvernement d’ailleurs, doit se tenir loin de la gestion du football qui relève de la seule compétence de la Fédération Togolaise de Football (FTF) et des associations nationales, même si la FTF est chaotique. C’est ainsi et c’en est ainsi qu’il faut laisser les gens du football s’occuper de leur football, du football dans lequel ils investissent au quotidien. Continuer à induire tout un pays en erreur en faisant croire que l’on est capable de négocier avec la CAF, « au nom du Premier ministre et du Chef de l’État togolais», n’est que pure illusion qui continue de fragiliser la cause du Togo. À quoi ça sert de faire bruler les photos d’Issa Hayatou pour, quelques semaines après, le supplier d’inclure le Togo dans le tirage au sort des qualificatifs pour la CAN 2012. Normalement, lorsque l’on tire sur une délégation participante à la CAN, l’on est loin du football. Mais, progressivement, une cause aussi sérieuse, se trouve à être mal gérée par tout un gouvernement au point de tourner tout le Togo en ridicule. Les dernières nouvelles disponibles sur cette affaire sont aussi surprenantes. Les voici… « Après le rejet par le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), de la requête du Togo visant à obtenir une suspension de l’exécution de la sanction de la Confédération Africaine de Football (CAF), les autorités togolaises viennent d’enregistrer un second échec d’une tentative en vue de faire prendre le Togo en compte dans le tirage au sort des éliminatoires de la CAN 2012. »
"À sa demande, le ministre des sports, Christophe Tchao, a été reçu par le comité exécutif de la CAF, avec à sa tête le président Issa Hayatou, ce samedi 20 février 2010. L’instance exécutive de la faîtière du football sur le continent, était en réunion à Lubumbashi en République Démocratique du Congo (RDC), en prélude à la cérémonie de tirage au sort de la prochaine édition de la CAN. Le ministre des sports a été dépêché par le Premier ministre Gilbert Houngbo, pour plaider afin que le Togo soit pris en compte à l’occasion de ce tirage. A l’annonce de cette démarche, des observateurs au Togo, avaient attiré l’attention des autorités sur le vice qui l’entachait. La CAF ayant sanctionné le Togo pour cause selon le président Hayatou, d « interférences gouvernementales », on voyait mal comment le ministre des sports pouvait aller négocier l’annulation de la sanction, et lieu et place du Comité intérimaire de la FTF. Selon nos informations, le président Hayatou a fustigé la manière dont le gouvernement togolais a géré le drame de Cabinda et le lynchage médiatique dont a fait l’objet la CAF et son président. Il a déploré le fait que des autorités gouvernementales dont le ministre Tchao, aient soutenu que la CAF n’avait pas présenté des condoléances au Togo, alors même qu’une lettre a été adressée en ce sens au Chef de l’Etat togolais, par les soins de Issa Hayatou, lui-même. Les autorités togolaises auraient également récusé une délégation de la CAF, qui voulait se rendre aux cérémonies officielles aux victimes, avec la délégation angolaise. « Nous ne pouvons rien faire. Mais allons tous nous soumettre au verdict du TAS », aurait signifié Issa Hayatou, à Christophe Tchao. Le Togo a introduit un recours auprès du TAS, pour obtenir l’annulation de la décision de la CAF, sanctionnant le Togo pour les deux prochaines éditions. Une décision « inhumaine », selon de nombreuses personnalités du football mondial. Reste à savoir, si elle est fondée réglementairement. Qu’à cela ne tienne, passé le moment de l’émotion et de la passion, les autorités togolaises sont décidées à explorer toutes les voies de recours en vue éventuellement d’un règlement amiable du différend. D’ « autres initiatives seront prises dans les jours à venir », nous a confirmé un responsable qui a requis l’anonymat. L’Union Africaine ainsi que la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest ‘CEDEAO), ont demandé à la CAF, d’annuler sa décision. Le bureau exécutif de la CAF, n’a pas non plus intérêt à rester ferme sur la position. Il en va de l’harmonie au sein de la grande famille du football sur le continent. Une solution globale à cet évènement doit être trouvée dans l’intérêt de toutes les parties concernées."//////Koaci Dans le contentieux helvéto-libyen, désormais européanisé, l’UE attend une solution avant la fin de la semaine. Nous y sommes ou presque. Du coté du Niger, las de l’ignominie et de la bassesse de leur président Mamadou Tandja, les militaires reprennent du service pour rétablir la dignité, la bonne gouvernance et la démocratie que tout le monde voyait fuir. C’est un coup d’État attendu et partagé qui renvoie Tandja, et même son premier ministre Ali Badjo Gamatié –pourtant jeune, honteusement à la retraite politique. Du côté du Lac Léman comme des bords du fleuve Niger, l’on va devoir faire vite : la comédie avait trop duré. Pour une fois, le Niger ressemble à la Suisse dans un combat de dignité politique pour s’extirper des barbelés de l’humiliation.
Au terme d’une journée marquée par un intense ballet diplomatique, la résolution de l’affaire libyenne, devenue européenne, semble progresser. L’UE attend une solution avant la fin de la semaine. Mais il est difficile d’esquisser une perspective claire, car le différend a fortement gagné en complexité. C’est aussi ce que cherchait la Suisse en faisant valoir son droit de veto dans le cadre des visas Schengen: elle est servie. L’affaire est complexe parce qu’elle constitue une addition de vengeances expansives. A l’arrestation musclée d’Hannibal Kadhafi, la Libye a répondu par la prise en otage de deux Suisses. En guise de contre-attaque, la Suisse a actionné le levier Schengen, qui a empêché 200 Libyens de se déplacer en Europe. En réplique, Tripoli refuse l’accès de son territoire aux ressortissants des pays de l’espace Schengen. Ces blocages ont eu un premier effet: le dialogue direct entre Berne et Tripoli a été renoué. Micheline Calmy-Rey et son homologue libyen, Moussa Koussa, ont pu s’entretenir sous l’œil attentif de la présidence espagnole de l’UE. Mais les tensions restent très vives, et rien ne permet d’affirmer que le dégel attendu sera rapide. D’autres médiations seront peut-être nécessaires. Pour ne rien arranger, l’UE n’affiche pas un front uni. L’Italie entretient une relation historique avec la Libye qu’elle ne souhaite pas rompre. L’Allemagne, qui s’est engagée au côté de la Suisse, a davantage de recul envers Tripoli, et il n’est pas interdit de penser que la concurrence entre régions productrices de ressources énergétiques y soit pour quelque chose. Du côté suisse, on ne peut nier que des fautes ont été commises à Genève, principalement la fuite qui a permis au quotidien local de publier des photographies du fils Kadhafi prises après son arrestation. Le communiqué diffusé par le procureur Daniel Zappelli, s’il ne dit rien de neuf, est en soi un événement. Il montre que quelque chose bouge enfin au bout du lac. Mais ce communiqué ne suffira pas. Un résultat est nécessaire, histoire de montrer à la Libye, qui pratique une forme de justice très aléatoire, que la Suisse est, elle, un authentique Etat de droit. //////Bernard Wuthrich Diplomatie PubliqueEn même temps que l’Algérie, une autre guerre coloniale ravageait le Cameroun. Et il semble que la diaspora africaine reste toujours éberluée face à cette fête combinée qui se prépare sur les Champs Élysées, sous une pluie annonçée : napalm ou champagne ? Debout!
Ron Mueck
Deux mois après sa répression meurtrière des manifestations indépendantistes de mai 1955 organisées notamment à Douala, le pouvoir colonial frappait d’interdit l’Union des populations du Cameroun (UPC), contraignant cette formation à prendre le maquis. En septembre 1958, Ruben Um Nyobé, figure de l’UPC, était capturé par les militaires français et abattu. L’indépendance octroyée par Paris en 1960 s’est effectuée sur fond de violences, l’armée française prolongeant une vraie guerre conduite contre les militants nationalistes. Ce fut la première intervention néocoloniale en faveur du gouvernement Ahidjo, choisi et contrôlé par l’ex-métropole. Le soutien durera jusqu’en janvier 1971, lorsque fut exécuté le dernier dirigeant maquisard, Ernest Ouandié. Toujours ignorée de l’opinion française, cette guerre contemporaine de celle d’Algérie a laissé une plaie à vif dans la mémoire camerounaise. D’où l’effarement ayant accueilli le dernier gadget sarkozyen concernant l’Afrique : inviter les chefs d’état des ex-colonies dans la tribune officielle pour le défilé du 14 Juillet prochain. Premier titre quotidien, le Messager vient de publier une longue lettre ouverte à Nicolas Sarkozy signée Badiadji Horretowdo, rappelant la cruauté de cette « campagne d’extermination : sagaies contre armes automatiques, à grand renfort de napalm »…
Interrogé, Moukoko Priso, actuel secrétaire général de l’UPC, souligne : « La présence sur les Champs-Élysées de chefs d’État de l’Afrique dite francophone serait la confirmation du fait que nous vivons toujours dans un système de nature coloniale. L’initiative française peut être perçue comme une espèce de deuxième discours de Dakar ; une nouvelle insulte… » Quant aux présidents qui répondront ? « Ils vont chez le maître boire le champagne… » Samuel Mack-Kit (dirigeant UPC également) ajoute : « La diaspora africaine est excédée par l’arrogance des milieux gouvernementaux français… »///////Jacques Chatain
Ousmane Sow, de Gaulle
Diplomatie PubliqueCe qui devrait être un simple naufrage se transforme en catastrophe politique d’un genre inimaginable que personne n’a vu venir : une submersion. L’on aurait pu qualifier le tout de tragi-comédie s’il n’était pas question du sort de millions de personnes. J’en étais à penser à une analyse nouvelle lorsqu’un long entretien téléphonique m’a amené à réaliser la nécessité de donner large diffusion au texte initial. Au Togo, l’incompétence politique est plus profonde que l’on ne pouvait l’imaginer…Déjà des commentaires initiaux, reçus au sujet de ce texte, en disaient long : d’abord, « Tes messages viennent toujours me changer du train-train ambiant, sinon que ton essai est réparateur (moralement du moins) parce que judicieux. Je suis heureux de chanter la fin de ce mythe avec toi mais que de temps avons-nous mis pour y parvenir! C’est certain dès à présent, ils n'étaient pas qu'incompétents, il y a pire, c’est de cyniques criminels.»; ensuite, « Lecture passionnante, tragiquement vraie traduisant l'égarement collectif d'un peuple trompé depuis des décennies et dont les yeux s'ouvrent désormais dans la douleur. Énorme responsabilité d'intellectuels incapables de discernement et égarés par la haine et la jalousie.». Effectivement, l’incompétence politique a un prix devant lequel nul ne peut rester indifférent, parce que trop lourd.
Gilles Rousset
Probablement un bon père, un bon mari, un bon mononcle, pourquoi pas un merveilleux grandpa et un fabuleux beauf… Mais toujours fidèle à lui-même, il demeure un politicien d’une inefficacité absolue, bien que populaire au point d’être mythique, et ce, malgré le peu de charisme qu’il dégage. L’histoire retiendra difficilement quelque chose de lui qui soit grandiose et noble: un mot, une phrase, un texte, un discours, une décision qui ait pu changer le destin de son pays. Rien! Pas même savoir se retirer dans la dignité.
Au bout de cet itinéraire, un vide intellectuel pour quelqu’un qui serait le fruit de la London School of Economics. Une chance que dans le monde économique, nous en connaissons qui font mieux la renommée de cette institution, toute chose étant égale par ailleurs… Au bout de ce parcours, le néant qui tétanise par son escobarderie autant que par son vide. Au bout de ce sentier devenu étroit en viles prétentions, l’incompétence coûteuse en vies humaines et en répulsion des véritables valeurs politiques de tout un pays. Je l’interviewais un jour lointain, au moment où personne n’osait l’approcher : j’en avais vu bien d’autres... Au hasard des avions, je m’étais retrouvé sur le même vol que lui, entre Washington DC et Montréal : on pouvait rêver mieux pour son pays… Il est vrai qu’il avait quitté tôt ce pays, particulièrement depuis le drame de ce dimanche matin dans lequel son père laissa la vie. Et, il a erré du rêve d’un pays à celui d’une revanche, le tout cristallisé dans un mépris effroyable qu’il avait de tout le monde. Ce mépris n’est pas sans conséquence. C’est d’ailleurs le seul legs qui lui est reconnaissable et semble lui aller comme un bonnet d’âne: l’incompétence politique. C’est un bilan désastreux d’une quarantaine d’années qu’il n’est donné à qui que ce soit de produire en politique; et cela n’existe nulle part ailleurs au monde qu’en lui, par lui et avec lui seul. La seule comparaison possible, en forçant la note quelque peu, exclurait même le cas de la Birmane Ang San Suu Kyi, populaire comme son défunt père et toujours en prison elle, mais bien gratifiée de la plus prestigieuse des reconnaissances : le Prix Nobel. Cherchez alors, vous n’en trouverez pas! C’est dire qu’Il aurait pu être dans cette ligue majeure, si seulement il avait de l’imagination politique. Si seulement il n’avait pas raté toutes les occasions de changer le destin de son pays, de ses concitoyens, son propre destin en prime. Si seulement il avait le flair politique, il serait revenu d’Abuja dans le même avion que son jeune adversaire, main dans la main avec lui, mais aussi avec des paroles appropriées à la bouche, en avril 2005, au lendemain des élections dans son pays… Ce pays se serait alors embrasé d’enthousiasme et de réconciliation; à la place des centaines de morts inutiles sacrifiés sur l’autel de son égo. Un égo qui pèse et qui rime avec le nom et la taille de son pays; ce qui finira par lui donner des maux de dos, cinq années plus tard, cinq années d’errements supplémentaires, cinq années de trop. Au bord de la route, il n’aura laissé que des victimes, toutes aussi innocentes que naïves. De simples citoyens aux professeurs d’université : chacun ne jurait que par son nom. Les premiers n’avaient peut-être pas la capacité d’analyse suffisante, mais étonnement, les seconds étaient des aventuriers, de ces « intellectuels tarés » que le président Kérékou savait identifier à leur seule écoute. Ainsi est fait le destin de tout un pays : confisqué et embrigadé par l’incompétence politique d’une seule personne aidée et soutenue par la complaisance et le silence coupables d’une partie de l’élite intellectuelle. Bien sûr que ce pays a un nom : le Togo. Il est aussi mien et celui de ces nombreux enfants et jeunes gens, pas trop gâtés par le hasard de leur naissance, à entendre leurs cris de désolation. De partout, je porte ces cris, persuadé qu’un jour, ils tourneront pour le mieux. Mais seulement à force de travail et d’éthique, à force de parole et d’action, et refusant une autre humiliation, celle du dernier naufragé. Celui dont les appels de désespoir n’émeuvent plus personne, même pas les siens devenus subitement désabusés, désillusionnés, désenchantés, puis silencieux, taiseux, honteux. Ils ont enfin vu la lumière! Enfin, ils se lèveront et marcheront avec une certaine intelligence politique pour faire un Togo autre que celui du désespoir et du mépris politique des autres, lesquels parfois frisent une haine viscérale. Enfin, ils se joindront à la raison du compromis politique. Ici, et de tout temps, la mort du pécheur n’est pas inscrite au fronton du Togo; là, à la porte d’à côté, seule la rédemption du pécheur compte. L’entrée est vraiment libre, l’accès à ce temple du salut et du « Grand Pardon » demeure sans condition : la volonté seule suffit. Suivez donc la lumière, rapprochez-vous de la réalité politique de votre pays, faites tomber les barrières, incarnez véritablement l’art du possible qu’est la politique, habitez l’ordinaire du commun des citoyens, bâtissez enfin la cité. Nul autre ne le fera à notre place!
SilenceLa rareté de ces épreuves quadriennales et leur portée patriotique les magnifient et transforment le métal - et l’or plus particulièrement - qui les couronne en une sorte de quête d’absolu. Un absolu qui a tout de même emporté Nodin Kumaritashvili.
Simon Ammann parle de magie de l’instant. Avec des vibratos dans la voix et une émotion encore palpable. Antoine Dénériaz respire l’allégresse lorsqu’il évoque la descente qui a changé sa vie. La rareté de ces épreuves quadriennales et leur portée patriotique les magnifient et transforment le métal – et l’or plus particulièrement – qui les couronne en une sorte de quête d’absolu. Un Graal après lequel court tout athlète. Un fantasme qui souvent confine à l’obsession et tétanise les plus grands. Quatre ans d’efforts et de sacrifices pour une poignée de minutes éternelles ou un siècle de désappointement. C’est la prégnance des Jeux. Cette perspective que la gloire attend le lauréat au bout de l’exploit. A la dimension individuelle de la mission s’ajoute le poids de l’attente d’un pays, derrière soi. Le candidat au titre olympique ne tient pas que sa propre destinée entre les mains, mais se pose en vecteur d’une nation qui attend les honneurs planétaires. L’immense responsabilité qui accompagne les champions à l’entame de ces courses aussi éphémères qu’historiques exacerbe le stress et la pression. Et élargit la palette des possibles. Les Jeux ne sont jamais faits. La hiérarchie qui prévaut à longueur de saisons se voit parfois chamboulée sur l’autel de l’aléatoire olympique. Il suffit d’un faux pas des favoris pour ouvrir la porte aux outsiders. C’est aussi cela la féerie des JO. L’idée, humainement rassurante, que chacun a sa chance et peut, avec un petit coup de pouce du destin, aspirer à cet état de grâce qui permet de passer de l’ombre à la lumière, de l’anonymat à la notoriété. Oser, jouer, se lâcher. Pour la beauté du sport. /////// Isabelle Musy
Vancouver, Olympiques, Canada, Nodin Kumaritashvili Diplomatie Publique
Quarante années de petites politiques assorties de peu de résultat, ça laisse des traces. Et, lorsqu’on a pour seul label qu’exister en tuant le temps et toute action politique évolutive, on perd tout sens de l’intérêt commun. Il a beau y avoir panique à Lomé 2, les membres de l’opposition togolaise trouvent encore moyen de se diviser autour d’un si petit dénominateur : une candidature unique pour les présidentielles de ce février 2010. L’initiative d’un des leurs, François Boko, avait le mérite d’offrir aux uns l’appât de la grandeur et du dépassement. La réunion à Paris à cet effet semble avoir tourné court. La mise aurait néanmoins été sauvée par quelques téméraires, nouvellement arrivés à la tête de leur formation et soucieux d’une certaine ambition évolutive –Fabre, Agbéyomé, Yamgnane le recalé, tandis que les « vieux de la vielle » par Adjamagbo et Agboyibo représentés, n’en finissent pas de trouver matière à redire. Dans sa Longue marche vers la Liberté, Nelson Mandela est souvent présenté comme profondément humain avec un sens élevé de la grandeur de l’humilité que l’icône mondiale qu’il n’a pourtant pas évité d’être. C’est un affilié permanent à l’altruisme politique, celui qui sait produire des résultats de grande valeur pour le commun de ses concitoyens. C’est une telle grandeur que le monde entier trouve toujours moyen de célébrer. Et, vingt ans après sa sortie de prison, il y a effectivement lieu de porter un regard admirateur sur l’audace du compromis dont Mandela a su faire preuve pour sauver son pays des affres de l’égoïsme et de l’exclusion. Au moment où les politiques togolais se cherchent en disant qu’ils étaient bien là avant les autres, nous autres, sommes en fête et en grande joie. Heureux d’avoir connu et partagé avec le monde entier cette émotion du 11 février 1990, lorsque Mandela franchissait dans le bon sens les portes de sa prison. Libre depuis sa naissance, malgré ses 27 années de prison, Mandala n’a jamais été prisonnier des chaines de la haine. À l’air libre, les politiciens togolais ne demeurent pas moins prisonniers de la dissension et de la petitesse calculatrice. Jusqu’à quand ? Et pourtant, ce pays a besoin d’une opposition organisée et efficace. Jusqu’à quand les Togolaises et les Togolais devrons attendre ?
Mot à MauxÀ la tête de sa Fondation France Libertés, elle se bat maintenant pour un droit égal d’accès à l’eau potable. Sans concession mais pas sans pragmatisme. "On me dit trop radicale, mais aujourd’hui, on a besoin de radicalité. Besoin d’appeler un chat, un chat." Ainsi parle Danielle Mitterrand dans Mot à Mot (Entretiens avec Yorgos Archimandritis), chez Cherche Midi. L’ancienne première dame de France a beau avoir 85 ans, elle n’a rien perdu de sa passion. Résistante elle était, résistante elle veut être. Et aujourd’hui, elle s’élève contre les multinationales de l’eau. "Un milliard de personnes n’ont pas l’eau potable. Je me bats pour que l’accès soit un droit, garanti dans la Constitution. Nos gouvernements ne veulent pas le faire. Certains États l’ont fait, comme la Bolivie, l’Équateur ou l’Afrique du Sud."
Gilles Rousset
Vendredi dernier, "Tatie Danielle" bravait le mauvais temps pour manifester devant le siège de Veolia Environnement. "Je m’insurge contre un système qui nous gouverne. Les hommes qui servent ce système, je m’en soucie peu, plaide-t-elle. Ils sont dans la légalité, mais quand une loi ne répond pas à l’intérêt général, on peut la critiquer! Les multinationales se rendent compte qu’elles sont observées, critiquées, et s’en inquiètent. Parfois je me retrouve à la tribune à côté d’un de leurs représentants, on emploie des mots similaires mais on n’y met pas le même sens. Quand ils disent “eau pour tous”, c’est pour tous ceux qui peuvent payer. C’est leur logique, pas la mienne."
Sur son bureau de la Fondation France Libertés s’étalent des livres. En haut de la pile, le nouveau Hervé Kempf, auteur fétiche d’Hugo Chavez, intitulé Pour sauver la planéte, sortez du capitalisme. Hugo Chávez, Evo Morales ou Rafael Correa, les nouveaux leaders de l’"Amérique latine rouge", sont ses amis. Danielle Mitterrand arpente le monde: "Je ne parle pas une seule langue étrangère, je fais des efforts, j’ai des méthodes Assimil pour l’anglais, le brésilien… mais je n’y arrive pas", sourit-elle. Tant pis, elle voyage quand même et parvient toujours à se faire comprendre. Au fond, elle se sent mieux avec les paysans sans terre brésiliens ou les Indiens boliviens qu’avec ses concitoyens: "En France, j’ai un handicap, j’ai été première dame pendant quatorze ans. C’est un état de fait, je ne m’en plains pas. Les autres premières dames, elles ont un tempérament différent." Elle ne veut pas aller plus loin. Quand un de ses collaborateurs essaie de lui faire dire du mal de Carla Bruni-Sarkozy, elle refuse: "Je suis bien contente qu’elle continue son métier, j’aimais bien l’écouter." Danielle Mitterrand n’est pas devenue sarkozyste pour autant. Elle était plus à gauche que son mari, elle est aujourd’hui plus à gauche que ce qui fut son parti, le PS. "Il y a une droite et une gauche, la droite défend un capitalisme pur et dur qui oublie l’intérêt général, la gauche est plus attentive à la population, c’est vrai. Mais aujourd’hui, le système est si fort qu’il a fini par convaincre des gens qui normalement devraient s’y opposer. Le libéralisme a trompé son monde, avec ce mot qui ressemble tant à celui de liberté." La bataille contre les multinationales de l’eau fait plus clivage: "C’est plus facile de se battre contre un dictateur que contre une dictature mondiale. Au début, il y a treize ans, il y avait dix ou vingt personnes aux conférences, on passait pour des illuminés. Aujourd’hui, on bénéficie d’une grande écoute, des politiques locaux viennent, des municipalités de droite et de gauche veulent retrouver une gestion publique de l’eau, Paris vient de le faire." Danielle Mitterrand est optimiste: "L’argument qui convainc le plus est celui du prix, moins élevé avec une gestion publique." Pour parvenir à ses fins, elle utilise l’argument du coût. Danielle Mitterrand se veut radicale, elle sait aussi être pragmatique.///////Cécile Amar La récente cacophonie de l’Union européenne face à l’état désastreux des finances publiques grecques n’est pas un bon signal. Après la Grèce, le Portugal et l’Espagne? Les marchés financiers tremblent à l’idée que les pays de l’Europe du Sud plombés par des finances publiques désastreuses pourraient faire imploser la zone euro. La crainte d’un tel scénario est exagérée à ce stade, mais la nervosité va perdurer, pour plusieurs raisons.
La principale est que l’Union européenne n’a ni le pouvoir ni l’envie pressante de voler au secours de la Grèce. Une clause du Traité de Maastricht interdit aux pays membres d’assumer la dette des autres. Certes, les règles sont faites pour être contournées en cas d’urgence, mais la Grèce a trop triché avec celles du Pacte de stabilité: la patience de ses partenaires est épuisée. À Bruxelles, certains affirment même que l’intransigeance de l’UE rend service au nouveau gouvernement Papandréou, en l’aidant à imposer des mesures d’austérité impopulaires et longtemps différées. Il y a derrière la nervosité actuelle une part de jeu «à qui clignera de l’œil en premier». Mais les quelques 30 milliards que la Grèce doit trouver d’ici au printemps sont bien réels, et peu d’observateurs pensent qu’elle y arrivera seule. Cette crise, une des plus sévères depuis la création de l’euro, souligne l’absence de mécanisme pour renflouer un État membre qui n’y arrive pas sur les marchés. D’où les voix de plus en plus nombreuses suggérant à Athènes de s’adresser à l’organisme le mieux préparé à ce genre de situation: le Fonds monétaire international. L’orgueil grec, européen et la monnaie unique en prendraient un coup, entend-on. Et alors? Comparons ces dégâts à ceux que provoquerait une intervention brouillonne et politiquement délicate des membres de l’UE, qui ne brillent pas par leur cohésion ces derniers temps. Le mot clé de cette affaire est «contagion». Rester bras croisés face à un défaut de paiement grec fait monter la pression spéculative sur le Portugal, l’Espagne et d’autres (cela a déjà commencé). L’euro se trouverait bientôt en mauvaise posture. Repêcher le cancre de la classe engendre un autre risque – celui que d’autres élèves médiocres relâchent leurs efforts. La marge de manœuvre est étroite. Il s’agit pour l’UE de décider finement et de communiquer fermement.///////// Jean-Claude Péclet
Où étiez-vous le 5 février 2005 ? La question est essentielle pour tous les Togolaises et les Togolais. Ils se souviennent tous, chacune et chacun, pratiquement de ce qu’ils faisaient lorsque l’annonce du décès du président Eyadema leur était tombée dessus. Comme par hasard, j’étais devant un ordinateur, peaufinant un texte, en réalité une présentation sur la situation togolaise, un document qui devait être publiée quelques jours après : la borne de variance.
Dans ce texte, je voyais l’évolution de la situation politique au Togo à travers la mise en selle des politiques les plus modérés que je situais davantage au centre de l’échiquier. La morts du président Gnassingbé Eyadema venait conforter l’essentiel de ma réflexion sut la nécessité d’un rapprochement entre les extrêmes qui sévissent toujours au Togo. Ce sont ces extrêmes qui ont, aujourd’hui encore, poussé au rejet de la candidature de Koffi Yamgnane. Entre 2005 et 2010, les Togolais ne se sont pas beaucoup rapprochés. Et rien ne permet de croire que les élections nouvelles que ce pays prépare amèneront ses citoyens à mieux cohabiter.
Le cas togolais demeure pathétique, De la méfiance au mépris, il est difficile d’établir un soupçon de confiance autant entre les acteurs de l’opposition eux-mêmes, qu’entre ces derniers et les détenteurs du pouvoir. Manifestement, la belle occasion que fut le décès subit d’Eyadema n’a pu être mise à profit pour un dégel des consciences. Cinq années plus tard, au plan politique, rien ne semble avoir bougé. Les retraites ont frappé divers acteurs : à part Me Yawovi Agboyibor qui traine encore dans le décor, tout le reste a consciemment pris acte du passage du temps. Certains, à cause de leur pur échec et par un dernier naufrage, d’autres de manière plus élégante, en tirant poliment révérence. Le nouvel ordre politique qui se met en place au Togo établit désormais la nouvelle borne de variance, encore flottante pour être saisie par une analyse fondée en faits. Faure est loin d’avoir répondu aux attentes et loin d’avoir tenu ses propres promesses. Son premier mandat en était-il un d’observation et d’apprentissage du pouvoir ? Il a aujourd’hui des acteurs différents en face de lui : particulièrement Jean-Pierre Fabre et Agbéyomé Kodjo. Ce dernier, très décidé, demeure une bête politique sans pareil dans le paysage politique togolais. Quel rapport Agbéyomé possède-t-il avec et Faure et Fabre ? C’est l’une des données de l’inconnue politique qui prévaut au Togo. À y voir de près, le trio Faure-Agbéyomé-Fabre constitue les pôles essentiels des prochaines élections présidentielles au Togo : une nouvelle borne dans laquelle la politique togolaise va se mouvoir en ces prochaines semaines. Restons à l’Écoute ! |










