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Pierre S. Adjété
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«Nous pouvons le faire.» Il y avait chez Nicolas G. Hayek une telle détermination qu’elle vous laissait pantois. Il vous regardait alors dans les yeux et l’histoire qu’il vous racontait devenait si belle, si vraie, si crédible que le doute disparaissait aussitôt. Nicolas G. Hayek était un formidable vendeur, un surdoué de la communication.
Dr. Swatch... Chapeau!
Lorsqu’il se penche au chevet de l’industrie horlogère, au début des années 1980, les banquiers songent à sortir par la petite porte car les dettes et les échecs commerciaux font chavirer un paquebot industriel qui prend l’eau de toutes parts. Les Japonais ont brisé l’hégémonie helvétique; les mouvements à quartz annoncent une révolution à laquelle les horlogers n’ont pas cru; pour la première fois depuis très longtemps, la Suisse vit les heures noires des grandes restructurations; les foules d’ouvriers descendent dans la rue à Neuchâtel et à Bienne; le Conseil fédéral hésite, tergiverse. Quelques hommes, parmi eux Stephan Schmidheiny, le financier providentiel, Pierre Arnold, le président de Migros que tout le monde respecte, et Ernst Thomke, l’industriel inventif du futur groupe Swatch, font une offre de reprise. Ils ont trouvé en Nicolas G. Hayek le consultant qui met en musique les nouvelles idées et les chiffres. La Swatch est déjà dans les cartons, et même si personne n’y croit à ses débuts, Nicolas G. Hayek en fera l’étendard du renouveau. La suite est connue. Celui qui deviendra l’empereur du groupe Swatch aura d’abord été le messie, puis l’entrepreneur qui réussit une reconversion que tous jugeaient perdue. Il renoue avec la tradition mécanique, rétablit la suprématie d’Omega, fait renaître de ses cendres Breguet, réinvestit dans les usines, ouvre des boutiques prestigieuses. Les défaites horlogères sont vite oubliées. La conquête du monde a repris. Elle ne s’arrêtera plus. Nicolas G. Hayek triomphe. Le voilà empereur total. Tout l’intéresse. Le design le passionne et nourrit ses créations. Les nouvelles technologies se pointent: il les adopte, une à une. Il est à son apogée. Il provoque en voulant réinventer l’automobile, sermonne les banquiers qui craignent sa colère, encourage les écoles polytechniques, conseille les gouvernements allemand et français. Et tance avec la même fougue irrévérencieuse le Conseil fédéral. Il lui arrive parfois de réécrire l’histoire, de pleurer devant ses visiteurs pour les impressionner, mais l’homme est si sincère qu’on lui pardonne. La presse l’encense; il s’en délecte. Dans les faits, au-delà des clichés et des légendes, Nicolas G. Hayek a redonné sa fierté à l’industrie suisse, poussé à la grande roue du progrès quand elle refusait l’obstacle. C’est lui encore qui déjoue le naufrage de l’Expo nationale, investit dans les technologies vertes avec la conviction de celui qui ne recule jamais devant une idée forte. Mais Nicolas G. Hayek avait aussi une autre dimension, celle d’un chef d’entreprise aux allures d’artiste qui magnifie les images et parle de lui à la troisième personne. C’était son double oriental dans une Suisse protestante qui a peur de ses succès et de déranger. Il entre dans l’histoire, dans la lignée des plus grands entrepreneurs du XIXe siècle et sur les pas d’Alfred Escher. Il était à la fois si Suisse et si étranger à la Suisse./////////Pierre Veya
Rédigé par psa le 29/06/2010 à 01:21
On s’attendait à la disparition du G8, le club sélect des vieilles gloires qui n’avait plus tellement sa raison d’être face aux enjeux mondiaux beaucoup plus inter-reliés. Mais non! Une entourloupette a été trouvée : les questions de politiques économiques, financières et de développement iront au G20; les sujets de sécurité et de paix dans le monde seront désormais les rayons d’action du G8. Le tour est joué : G8 différent et voisin du G20.
Gilles Rousset, Dos tourné à la réalité
Les pays du G20 ont trouvé un consensus et renvoyé à plus tard les questions qui fâchent. Finalement, un compromis a été trouvé. C’est la bonne nouvelle. Malgré leur différend ces dernières semaines, les pays du G20 ont convenu dimanche de réduire leur endettement, de manière à ne pas compromettre une reprise qu’ils qualifient de «fragile». L’effort est chiffré et tenu par un calendrier. Peut-on y croire? L’incapacité des États européens à respecter le Traité de Maastricht constitue un mauvais précédent. On peut cependant espérer que la crise de la zone euro a servi de leçon, et que la discipline budgétaire finira par être respectée. Par ailleurs, l’assainissement va prendre trois ans. Et il n’impose pas un retour à l’équilibre brutal, ce qui devrait éviter une rechute de l’économie mondiale. Du côté de la stabilité financière, le moment déterminant interviendra plutôt à Séoul, en novembre. Il s’agira alors de quantifier les nouvelles exigences prudentielles. La réunion de Toronto s’achève aussi, cependant, sur trois mauvaises nouvelles. Tout d’abord, le G20 a revu à la baisse ses ambitions en matière de commerce. L’engagement pris en septembre dernier à Pittsburgh de conclure le Cycle de Doha d’ici à la fin 2010 a disparu. Tant pis pour les pays émergents, à qui il aurait le plus profité. Et pour l’économie mondiale, que le G20 veut soutenir mais qui ne profitera pas d’une ouverture accrue des échanges. La deuxième déception concerne le climat. La lutte contre le réchauffement ne semble plus figurer parmi les priorités du G20. Enfin, le G8 pourrait lui ravir le thème du développement et de l’aide économique. Car le club des vieilles grandes puissances a tenté de renaître ce week-end. Réunis juste avant le G20, les Américains, les Japonais et les Européens, plus la Russie, ont décidé d’une nouvelle division du travail international. Au G8 de traiter les questions de sécurité et de paix internationales. Au G20 de seulement coordonner les politiques économiques à travers la planète. Les Chinois, les Indiens et les Brésiliens apprécieront. La réforme de la gouvernance mondiale espérée lors du sommet de Washington, en décembre 2008, a fait une pause à Toronto.////////Frédéric Lelièvre
Rédigé par psa le 28/06/2010 à 07:51
Au Togo, de nouveau l’avenir contre-attaque… et le passé résiste encore. Pourtant, « Il n’y a rien de permanent que le changement ». Pour combien de temps encore ce passé solitaire, clairement impopulaire et seulement auto-gratifiant, s’accrocherait-il aux chimères d’un présent enfumé au gaz lacrymogène et aux douilles meurtrières? On ne tire pas impunément sur le peuple que l’on gouverne : en 2010 plus qu’en 2005, en 1990 ou avant, une seule Togolaise tuée, un seul Togolais mort pour sa soif démocratique est et restera un mort de trop. Et c’est inacceptable lorsque cette mort advient sous les balles des gouvernants togolais eux-mêmes. Il devient alors et davantage un devoir républicain, une responsabilité citoyenne de ne pas accepter l’inacceptable de la violence politique érigée en système de dialogue nationale au Togo.
On peut tout reprocher aux Togolais sauf de savoir et de dire clairement ce qu’ils veulent : la dignité humaine et le droit de vivre dans un pays où l’arbitraire, seul et toujours, ne constituerait plus le mode de gestion de la chose publique. Il vient alors à l’idée ce particulier réalisme de John F. Kennedy : le monde n’est pas juste et ne le sera probablement jamais. Soit! Mais ajoutait-il, c’est de la responsabilité des dirigeants politiques de tout pays, des dirigeants du Togo en l’occurrence, de ne pas ajouter l’indifférence et l’indécence à l’inaction et l’indécision.
Depuis plusieurs mois, aucune porte de sincère dialogue politique n’a été ouverte par Faure Gnassingbé à destination des contestataires de son pouvoir, à la suite des dernières présidentielles togolaises, notamment et directement avec Jean-Pierre Fabre de l’UFC et Agbéyomé Kodjo de l’OBUTS. On s’entend bien : offrir des postes ministériels dans un gouvernement dédaigneux des aspirations d’une partie importante de la population togolaise n’est pas du tout un dialogue politique excitant des temps modernes avides de réels changements. Aussi près que depuis 2005 seulement, le monde change et le contexte politique togolais a également changé. À l’incompétence politique avérée de Gilchrist Olympio –reconnue et alors camouflée par les siens devant leur idéal politique commun, a succédé une compétence patriotique d’obédience citoyenne sans aucune allégeance partisane trempée qu’un désir d’avenir autre. L’hypothèque Gilchrist Olympio clairement levée, nul brouillard n’obstrue l’horizon des Togolaises et des Togolais dans leur reconquête de la Liberté perdue, un devoir de dignité humaine, une responsabilité largement partagée sur l’étendue du territoire -même parmi ceux et celles qui ne parlent pas, avec le seul souci d’éviter l’escalade des tensions ambiantes. On les comprend : il est clairement visible que le Togo est devenu un baril de poudre qui n’attend seulement que son étincelle de trop, sa bougie d’allumage. Est-il nécessaire d’en arriver là, à un autre émiettement politique douloureux au Togo? Depuis trop longtemps, les revendications professionnelles des différentes composantes de la société togolaise n’ont plus trouvé grâce aux yeux des gouvernants togolais, littéralement incapables d’engager des dialogues de type patronal avec les divers syndicats; un seul a osé en initier, tout le reste préférant encore et toujours dénoyauter, désintégrer, décomposer, dénaturer et dissoudre les organisations d’essence revendicatrice, au lieu de leur offrir des espaces de concertations sincères et respectueuses. Ces techniques de gouvernance sans consistance et qui appartiennent à une autre époque reprennent ainsi vie au Togo; elles sont alimentées par l’illusion de la répression attentatoire répétitive ainsi que par le fourvoiement des erreurs politiques récurrentes et outrageantes. Nul ne peut toujours tromper son peuple, et penser pouvoir s’échapper à tous les coups avec la caisse commune en privant toujours les mêmes de leur dignité. Impossible! On ne peut gouverner un pays par la répression continue de ses adversaires : un pouvoir sans opposition n’est autre chose qu’un pouvoir totalitaire. Pas moins au Togo qu’ailleurs, la répression comme seul mode de dialogue avec ses adversaires et opposants ne peut qu’amplifier la contestation active et passive jusqu’à l’explosion sociale. Est-ce l’objectif visé par le pouvoir togolais? Il y a vingt ans, le Togo en était arrivé à cette manifestation de rupture profonde qui n’a jamais su être colmatée depuis. La tromperie politique que constitue le ralliement de Gilchrist Olympio et de ses prétendus Amis ne saurait attester d’une évolution politique de bonne foi au Togo. Bien au contraire, elle attise les déceptions d’un dol politique et d’une réconciliation au rabais. C’est face à ce mécontentement légitime que se doit de naître le dialogue véritable au Togo. C’est tout le contraire qui s’est mis en branle : l’envers du dialogue, la face cachée de la réconciliation, l’opposé du Togo promis. En effet, le dialogue politique au Togo ne peut prendre tout son sens que dans la fertilité de l’adversité résolue et pacifique comme c’est le cas actuellement ainsi que dans le couronnement du débat contradictoire raisonné et diligent comme nous l’attendons; mais aucunement à travers la régence testamentaire et duplicative des pratiques antiques excessives de sauteries sur ses propres concitoyens. La beauté même de l’art politique et ses exigences scientifiques et éthiques ne peuvent longtemps demeurer profanées et toujours réincarnées par l’incompétence politique au Togo. Aujourd’hui, c’est un devoir de s’opposer à cette incompétence politique avérée et coûteuse qui n’a de cesse de confondre gouvernance à violence, confondre dialogue et monologue. Faure Gnassingbé ne peut continuer à ajouter l’indécence de la violence à l’indifférence de son monologue. Le Togo doit changer! Le Togo qui nous est aujourd’hui offert en spectacle tragique ne nous satisfait pas. Le Togo d’aujourd’hui ne donne plus satisfaction ni fierté au peuple togolais dans sa réelle majorité, qu’elle soit active ou silencieuse, dans les frontières nationales de ce pays ou à travers la diaspora. Et il est grandement temps que cela soit entendu : que le passé ne peut triompher de l’avenir de toute une nation!
Et pourtant, c’est très français! C’est même trop français pour que ministres, dirigeants et autres journalistes et simples observateurs des Bleus s’en émeuvent et crient au loup. À la faveur des propos déplacés de Nicolas Anelka -s'il les a prononcés, Raymond Domenech s’en tire bien et va devoir noyer son incompétence et son incurie sous les faux prétextes ainsi trouvés. L’incompétence coûte cher, très cher même, en plus de provoquer des frustrations diverses dont les résultats sont facilement imaginables.
Dans un pays où l’on se lance des "Pauvre Con ! Fils de Pute ! Bande d’enculés !" et autres camaraderies quotidiennes et multi-quotidiennes, du président de la République française aux joueurs de football en passant par les millions d’automobilistes, il est surprenant que les mêmes propos -"Vas te faire enculer, sale fils de pute" qui seraient débités par un Anelka gonflé de frustrations dans un environnement de haute pression mondiale devienne affaire nationale, indignation publique de toutes ces prétendues vierges subitement offensées. Mais, c’est depuis au moins deux ans que l’incompétence de Raymond Domenech dure et fait des ravages partout et partout. Dans un contexte où l’on a barré déjà les excès de langages de Rama Yade sur les coûts du logement des Bleus, des prix disproportionnels par rapport à leur rendement attendu et obtenu, au vu et au su de tout le monde, Nicolas Anelka vient faire parfait mouton noir pour sauver les âmes pures politico-footballistiques d’une certaine France. Elles sont déjà nombreuses ces âmes offensées, nous dit-on : Le vice-président de la Fédération française de football, Christian Teinturier dont personne ne connaissait l'existence jusqu'à ce jour: "Si les mots ont été employés (...) il aurait dû être expulsé (du groupe) tout de suite, ou s'excuser. Sinon, il ne devrait pas réapparaître sous un maillot d'entraînement de l'équipe de France" ; et l’ancien sélectionneur des Bleus (1976-1984), Michel Hidalgo, d’ajouter : Anelka "ne doit plus porter le maillot de l'équipe de France. À mon avis, il ne portera plus jamais ce maillot" pendant que tombe le sec communiqué de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports -la secrétaire d’État en charge des Sports, Rama Yade, étant rayée depuis... Et la digne Bachelot de pontifier: "la très forte pression qui pèse sur les Bleus n'autorise pour autant aucun dérapage. Les joueurs doivent se rappeler qu'ils portent les couleurs de la France et qu'ils sont considérés comme des modèles par beaucoup de jeunes. Cela les oblige à la retenue et à la dignité". La France tolererait des excès mais ne saurait apprécier ceux de certains. Curieuse France ! Celle qui absout Domenech depuis des années et condamne Anelka à tous les coups ! Celle qui expulse Nicolas Anelka et expulsera bientôt Rama Yade du gouvernement. Curieuse France où, de guerre lasse, tous les Nicolas ne riment pas ! En cette Terre connue pure française, Gloire et Honneur au brave Domenech l'incompétent, par qui tout arrive en réalité! On ne rit plus... En sport de haut niveau, ce qui se dit au vestiaire reste au vestiaire. C'est pour cela que la politique est viscéralement exclue du sport de la FIFA. C'est pour cela que les grands ne se mêlent pas souvent des petits mots que personne n'a entendu et que tous se plaisent à attribuer au parfait mouton noir, le Dreyfus du Mondial raté des Bleus, des dirigeants aux joueurs, de l'entraineur au ministre. Cette France là, cette petite France, cette France des traites et des petites personnes qui rapportent les petits mots de vestiaire pour le plaisir des politiciens récupérateurs, cette France dégouline vers le bas et elle fait pitié.
Rédigé par psa le 19/06/2010 à 12:12
En pleine ferveur de la Coupe du monde, l'art demeure et se fait roi à Basel 2010...
Tout le monde sait désormais qu’Art Basel, la grande foire d’art moderne et contemporain qui ferme ses portes ce dimanche soir, est un endroit où l’on peut croiser des célébrités du cinéma, du spectacle ou de l’économie. Difficile de ne pas lorgner dans leur direction tout en regardant quelques-unes des 10 000 œuvres qui sont exposées dans les halles de la Messe.
Un tableau de Picasso a été vendu mardi dernier pour 15 millions de dollars peu après l’ouverture aux collectionneurs, ce qui est considérable mais beaucoup moins que le prix d’un autre Picasso qui a dépassé les 100 millions dans une récente vente aux enchères. Qui sont ces gens qui dépensent des sommes folles pour des choses dont beaucoup d’autres pensent qu’elles ne les valent pas? Qu’un footballeur puisse valoir 100 millions de dollars peut choquer mais n’étonne pas. Il rapporte de l’argent en entrées dans les stades, en droits de télévision, en publicité et en produits dérivés. Mais l’art! Roman Abramovitch, milliardaire et propriétaire du club de football de Chelsea, sait pourquoi les œuvres d’art valent autant que les footballeurs. Il collectionne les unes et les autres. L’art fascine par ce qu’il est, par ce qu’il représente, par ce qu’il dit, et par les émotions mystérieuses qu’il suscite. Il fascine aussi parce que sa valeur est incertaine, qu’elle soit esthétique ou monétaire. Et qu’aucun jugement de goût n’est éternel. Les meilleures œuvres ne sont pas forcément les plus chères; les moins chères ne valent pas forcément plus qu’elles ne coûtent. Les acheter pour des sommes astronomiques peut sembler irrationnel. On cherche des explications. Ceux qui pensent que l’art devrait être gratuit imaginent qu’il s’agit d’un snobisme ou d’un complot ourdi par des spéculateurs et par des blanchisseurs d’argent sale. Même si tout n’est pas clair sur le marché de l’art, il existe d’autres moyens de parier sur la conjoncture ou de berner les autorités fiscales. La vraie énigme est qu’à de rares exceptions près tous les acheteurs aiment l’art et s’y intéressent sincèrement. Les liens entre les objets symboliques et le pouvoir politique ou économique ne datent pas de la naissance d’Art Basel en 1970 ni de sa 41e édition. Ils sont millénaires. La puissance a besoin de signes autres que la force et l’argent. Acquérir de l’art donne du sens à la fortune, même quand la fortune n’en a pas.///////////Laurent Wolf
Clockwork for Oracles II d’Ugo Rondinone se présente comme le décor d’une grande façade percée de nombreuses fenêtres dont les vitrages colorés laissent entrevoir à l’arrière le dispositif de montage et renvoient comme des miroirs l’image de ce qui se trouve du côté de celui qui regarde. Il s’agit bien d’un trompe-l’œil, d’un ensemble de fenêtres albertiennes, d’une machine visuelle qui fait illusion. Mais les fenêtres ne donnent sur aucune historia particulière, si ce n’est l’histoire du lieu où elles sont installées. Et la machine illusionniste signifie du même coup en quoi elle fait illusion.
Rédigé par psa le 19/06/2010 à 00:19
Journalistes et lecteurs du prestigieux quotidien dénoncent l’ingérence «inacceptable» de Nicolas Sarkozy dans le processus de recapitalisation en cours. Ils défendent aussi un «modèle unique», plus complexe en réalité qu’il n’apparaît dans la légende du journal. Que dire du Monde, auquel plus de trente livres ont déjà été consacrés? Leur ton souvent critique, voire hostile, en dit plus long que leur contenu sur les attentes immenses entourant ce «modèle particulier» de la presse francophone, où se mêlent la figure tutélaire du père fondateur, Hubert Beuve-Méry, une indépendance farouchement affichée et le poids de la société des rédacteurs.
HBM en 1969
Quelle que soit la solution de recapitalisation qui devrait être adoptée le 28 juin par le conseil de surveillance du groupe et deux jours plus tard par son assemblée générale, «une page se tournera», dit Gilles van Kote, président de la société des rédacteurs du Monde (SRM), jusqu’ici actionnaire de référence du groupe. Celle-ci devra s’effacer devant les investisseurs extérieurs qui combleront les dettes du groupe – 80 à 200 millions d’euros selon les sources.
«Je ne voterai pas la vente du Monde », dit Béatrice Gurrey, qui présidait la SRM jusqu’en 2008. Les 49,5% de voix détenues par les différentes sociétés du personnel constituent «une formule exceptionnelle, adaptée à ce journal et à son histoire, et qui gêne beaucoup de monde». La convocation à l’Elysée d’Eric Fottorino, président du directoire du Monde, a ravivé les craintes. Nicolas Sarkozy utiliserait le levier des subventions – 1,5 milliard d’euros par an pour toute la presse française, la plus aidée du monde occidental – pour écarter du jeu les investisseurs dont les penchants politiques entraveraient sa réélection en 2012. Ingérence politique! Les sombres anticipations de ceux qui voient Le Monde à la botte du capital ou de l’Etat semblent se réaliser. Dans l’édition datée de ce 17 juin, un communiqué signé du «pôle d’indépendance du groupe» qualifie d’«inacceptable» l’intervention présidentielle et «souhaite que les fonds d’origine publique ne soient pas utilisés pour tenter d’orienter le choix que fera souverainement le conseil de surveillance». Ce pôle, regroupant les actionnaires internes et la société des lecteurs, «pèse» 11 sièges sur 20 au conseil de surveillance. A regarder d’un peu plus près l’histoire du quotidien et celle de sa société des rédacteurs, on constate que le «modèle» repose (aussi) sur certains mythes et «malentendus», comme le relève Patrick Eveno, un des meilleurs connaisseurs du Monde. Sa création, en 1944, découle déjà d’une décision politique du général de Gaulle. La plupart des titres d’avant-guerre sont interdits à la Libération – dont Le Temps, coupable de penchants vichystes. C’est néanmoins dans cet ancien journal influent de la IIIe République que de Gaulle va chercher Hubert Beuve-Méry (HBM). Ce dernier n’a jamais aimé le terme d’«institution» souvent accolé au Monde, «trop figé, trop solennel. Je lui préfère celui d’aventure, risquée au début». Il revendique un journal «sans fil à la patte, qui ne doit rien à personne – Etat, puissances d’argent, syndicats ou Eglise». La société des rédacteurs voit le jour en 1951, suite à un conflit éditorial sur la place de l’Europe dans le monde d’après-guerre. Le libéral René Courtin, atlantiste convaincu, s’oppose au philosophe Etienne Gilson, qui la veut indépendante de l’Ouest comme de l’Est; Hubert Beuve-Méry se situe entre les deux, plus proche du second. Courtin claque la porte, HBM démissionne. L’académicien Emile Henriot, qui avait vécu la vente occulte du Temps à un consortium de grands patrons en 1929, s’alarme et s’écrie: «Ne nous laissons pas, cette fois-ci, vendre avec les meubles!» A l’occasion d’une augmentation de capital, la société des rédacteurs en reçoit 28,5%, c’est-à-dire la minorité de blocage. Hubert Beuve-Méry, revenu sur sa démission, la surnomme «le soviet de la rue des Italiens», où se fait alors Le Monde. Il n’en reste pas moins «un patron de droit divin, nommé par le pouvoir et nommant ses successeurs», observe Patrick Eveno. La SRM ne choisit pour la première fois le directeur (Claude Julien) qu’en 1980. Pour les trois suivants, elle entérine des choix faits sans elle. En 1994, elle élit Jean-Marie Colombani – et s’en mordra les doigts quand sa stratégie d’expansion aura creusé un trou de 100 millions d’euros. Seul exemple de ce type pendant quinze ans, la SRM a essaimé ensuite dans une vingtaine de rédactions. Le modèle a connu son apogée dans la foulée de Mai 68 avant de décliner, notamment sous les coups de boutoir de Robert Hersant. «Dans la pratique, ces sociétés ont joué un rôle plus déstabilisateur qu’organisateur», résume Patrick Eveno, très critique sur le mélange de casquettes.
Le deuil inachevé du «Monde»
Quant aux rapports du Monde avec la politique, ils n’ont pas toujours été aussi purs que le veut la légende. En 1985, François Mitterrand, mécontent du directeur d’alors, André Laurens, «qui ne sait pas tenir ses journalistes», intrigue pour qu’il soit remplacé par André Fontaine, qu’il qualifie de «successeur naturel». Afin d’appuyer ses propos, il suggère au patron de la banque BNP, un de ses proches, de couper les vivres au journal. André Fontaine s’assied dans le fauteuil directorial, choisi sans vote par HBM. Le Monde lui-même, oubliant les préceptes de son fondateur, se met un «fil à la patte» en soutenant Mitterrand, élu président en 1981. Le journal perd un quart de son lectorat dans les deux années qui suivent. C’est à partir de ce moment aussi qu’il cesse d’être rentable et subit ses premières attaques. Dans «Le Monde» tel qu’il est, Michel Legris lui reproche d’être une «société anonyme à responsabilité diluée» aux positions «tortueusement camouflées», un journal qui «après avoir marqué son temps, a fait son temps». L’attaque est dure, mais ce n’est rien en comparaison de celle que lancent Pierre Péan et Philippe Cohen en 2003 dans La Face cachée du «Monde». Un triomphe en librairie. Cette fois, ce sont les liens financiers et «abus de pouvoir» du quotidien, ou plus précisément du trio qui le dirige – Jean-Marie Colombani, Alain Minc et Edwy Plenel – qui sont décortiqués et dénoncés. On ne refera pas ici ce procès-fleuve (Patrick Eveno juge l’essentiel de ces reproches infondés ou exagérés). L’intérêt du livre est dans ce qu’il déclenche. Une partie de la rédaction se dresse contre l’autre, une ombre de soupçon plane désormais sur le titre. «Combiner les fonctions de directeur et de rédacteur en chef dans les mains d’une même personne suscitait la tentation de mêler journalisme et affaires. Le problème n’était pas l’existence de conflit d’intérêts, mais l’impression constante qu’il pouvait y en avoir», écrit Rodney Benson, de la New York University. Cela d’autant plus que Jean-Marie Colombani, convaincu qu’un titre isolé est plus fragile qu’un groupe diversifié, s’est lancé dans une politique agressive de rachats: Télérama , Midi Libre , Courrier international , ainsi qu’une participation au Temps (suisse) aujourd’hui diluée à 2,1% du capital. Pour cela, il a beaucoup endetté et complexifié le groupe dans une cascade de holdings. C’est ce château de cartes qu’abat la double crise – financière, suite à la chute des recettes; de confiance, après le livre Péan-Cohen. Les têtes roulent. Le Monde a déjà connu maintes crises, mais celle-là est plus profonde. «Il ne s’agit pas de coller une nouvelle rustine, il faut un vrai projet pour ce groupe», dit un connaisseur du dossier. Or les groupes de presse étrangers qui l’ont étudié se sont désistés (Ringier, L’Espresso) ou ont demandé un délai, comme l’espagnol Prisa, lui-même endetté à hauteur de plusieurs milliards d’euros et en négociation avec Liberty Acquisition Holdings. «Pas question de passer sous la coupe d’un fonds américain», entend-on déjà dans les couloirs du Monde. Le groupe a besoin de 10 millions d’euros, vite. Jusqu’à ce mercredi la seule offre ferme était celle du milliardaire octogénaire Pierre Bergé (cofondateur de la maison de couture Yves Saint Laurent, joint à Matthieu Pigasse (banque Lazard) et Xavier Niel (actionnaire principal du fournisseur d’accès internet Free). Outre le fait que le trio déplaît à Nicolas Sarkozy, son projet industriel reste flou. D’ailleurs la SRM n’en demande pas, bien que l’imprimerie du journal, obsolète, soit un boulet, de même que le système actuel de distribution. Mieux, la SRM, par la bouche de son président Gilles van Kote, veut «un droit de regard sur les futurs actionnaires». La page n’est donc pas aussi tournée qu’il le dit. Le Monde n’a pas encore fait le deuil de son passé. Aussi, ceux qui s’intéressent à cette «institution» devenue «une marque très forte» selon les mots de son directeur Eric Fottorino, n’ont pas tous posé leur jeu sur la table. C’est le cas de Lagardère (17% du capital). Mercredi, Claude Perdriel, président fondateur du groupe Nouvel Observateur, qui possède 1,7% des actions du Monde a annoncé qu’il s’était allié à France Télécom pour déposer une offre de rachat. D’autres encore attendent peut-être que la situation se décante.///////Jean-Claude Péclet
Rédigé par psa le 17/06/2010 à 03:00
Au 20e anniversaire de la chute du mûr de Berlin l’ancien chef d’État de l’ex URSS, Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev, disait : « J’ai perdu, mais la perestroïka a gagné ». Il y a vingt ans commençait la lutte publique du Peuple togolais pour la démocratie. Et, ce 15 juin 2010, la dissolution du parti OBUTS de Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo prononcée par la justice instrumentalisée du Togo -qui hésite maintenant devant l'énormité du forfait- contre toute bonne foi juridique à laquelle l’État togolais autant que les individus sont astreints, cette décision est inacceptable et témoigne bien de l’urgence du changement politique au Togo. Agbéyomé a peut-être perdu son parti politique, OBUTS, mais le Peuple gagne en motivation supplémentaire pour exiger le changement au Togo. Profitons pour mettre à l’ordre du jour, la fameuse interview que Gorbi avait accordée à Frédéric Koller, sur le vécu de ces événements du grand changement… Un Gorbi instructif sur le caractère inéluctable de la volonté populaire.
La chute du mur de Berlin est associée à l’effondrement du communisme en Europe. Avec le recul pensez-vous qu’un autre scénario aurait été possible?
Mikhaïl Gorbatchev: Il est difficile de me souvenir des détails, mais ce n’était pas si inattendu. De grands changements étaient en cours en Union soviétique et en Europe de l’Est. Il y avait un grand problème non résolu depuis la guerre: celui d’une Europe divisée qui concernait en particulier les Allemands. L’idée d’un changement s’est imposée, par une union monétaire, puis une confédération de deux Etats allemands. Mais ce devait être graduel. Or les passions se sont exacerbées et les Allemands ont pensé que c’était tout de suite ou que l’occasion serait perdue pour l’unification. En décembre, Hans Modrow [premier ministre est-allemand de novembre 1989 à mars 1990] m’a téléphoné pour me dire: «Ici, hormis les bureaucrates, tout le monde souhaite une unification immédiate.» En janvier 1990, nous faisions la chronique quotidienne des manifestations à l’Est et à l’Ouest pour une réunification immédiate. J’ai réalisé que, dans ce cas, il fallait que nous changions notre politique, celle des nations victorieuses de la Deuxième Guerre mondiale. Aucun leader de ces nations n’était enthousiaste à l’idée d’une rapide réunification. C’étaient les Allemands qui la réclamaient. Margaret Thatcher était contre. François Mitterrand, mon ami, m’a dit: «Nous aimons tellement les Allemands que nous voulons pour eux deux Allemagnes!» C’était son style… Il n’empêche, la chose à retenir c’est que, bien qu’il y ait eu des disputes, tous ces leaders sont parvenus à un accord sans trop de frictions pour une unification allemande. La pomme était mûre, il fallait la cueillir. » Une alternative à cette voie? Oui, cela aurait été possible. Si Erich Honecker, le président de la République démocratique allemande (RDA), avait entamé deux ou trois ans plus tôt le processus des réformes pour démocratiser le pays. Les gens le voulaient. Dans tous les autres pays, le changement était en marche. L’URSS, qui était la forteresse du socialisme, changeait. Honecker, en cette occasion, n’a pas agi. Auparavant, nous voulions que les leaders des pays de l’Europe de l’Est nous suivent. Cette fois-ci nous avons dit: nous voulons la perestroïka. Nous allons la réaliser mais c’est vous qui décidez ce que vous voulez pour votre pays. Nous n’interférerons pas. A deux reprises, des leaders de ces pays ont fait appel à nous pour intervenir… Lesquels? Je ne les mentionnerai pas. Nous leur avons dit d’agir au mieux, selon leurs besoins. À vous de décider. Nous ne sommes pas intervenus. Le 7 octobre 1989, à l’occasion du 40e anniversaire de la RDA, vous rencontrez Honecker. L’épisode s’est imposé dans les mémoires comme le «baiser de la mort». Que lui avez-vous dit exactement? Cette fameuse bise n’avait aucune signification particulière. Nous avons eu une longue conversation et j’ai compris qu’il ne saisissait pas ce qui était en train de se passer. Le soir même, il y a eu un défilé à la torche de jeunes gens qui demandaient le changement en chantant «Gorbi, aide-nous!» J’étais à côté de Honecker. Il chantait seul de son côté, il ne comprenait pas, et j’en étais désolé. Aux Etats-Unis, on pense que c’est l’intransigeance du président Ronald Reagan qui a précipité la chute du communisme. Qu’en pensez-vous? Ils ne le disent plus. J’ai visité il y a quelques mois le Musée Ronald-Reagan en Illinois. Là, tout comme dans l’establishment américain, on comprend peu à peu que c’est parce que l’URSS changeait avec une nouvelle génération de dirigeants que les choses ont évolué. Sans ces changements, Reagan aurait pu exécuter toutes les danses qu’il voulait à Berlin, le Mur serait toujours là. Un des premiers problèmes que nous voulions régler en tant que nouveaux leaders était de normaliser nos relations avec les Etats-Unis. Et nous avons eu un certain succès. Par ailleurs, parmi les proches de Reagan, certains avaient compris que Gorbatchev et ses réformes leur offraient une belle occasion. Reagan avait la réputation d’être un guerrier de la Guerre froide. Au début de son second mandat, dans son entourage, on s’interroge sur son héritage. Allait-il rester dans l’histoire comme un guerrier ou un faiseur de paix? Quel était votre objectif en 1989? Jusqu’au dernier moment j’ai pensé que l’union de nos républiques pourrait être préservée. Des erreurs ont été commises. La République de Russie était dirigée par des gens qui agissaient contre les principes de la perestroïka, contre une nouvelle forme d’union où toutes les républiques seraient égales. Ces gens étaient comme des animaux, assoiffés de pouvoir, ils ont ruiné le pays, ruiné l’union, ruiné l’économie et leur propre futur. En tant que politicien j’ai peut-être perdu, mais les politiques que j’ai défendues ont permis de réaliser toutes les transformations nécessaires jusqu’en 1991. La perestroïka avait atteint un point de non-retour. J’ai perdu, mais la perestroïka a gagné. Le concept de «perestroïka» évoluait au fil des événements. En aviez-vous une définition précise? L’idée de la perestroïka était de mettre un terme au système totalitaire, d’évoluer vers la démocratie, l’économie de marché, la liberté d’expression et de la presse, l’ouverture vers les autres pays. Tout cela s’est réalisé. Ceux qui voulaient un menu, comme au restaurant, des spaghettis, un second plat, ceux qui voulaient que la perestroïka soit une liste, se trompaient. Nous avons bougé graduellement dans la direction qui nous semblait la bonne. D’un point de vue tactique, oui, nous avons fait des erreurs, il a fallu adapter notre trajectoire. Dans un pays comme la Russie avec l’industrialisation que nous avions entreprise, il y avait énormément de défis. Vous seriez sur le point de créer un nouveau parti politique. Qu’en est-il? Nous avons besoin d’un parti politique fort et indépendant, capable de critiquer le gouvernement. C’est à l’agenda. Mais il y a un problème: j’ai 78 ans. Gorbatchev est très populaire à l’Ouest et très impopulaire en Russie. Comment gérez-vous cela? Dans le passé c’était vrai. A présent, je n’en suis plus si sûr. Je suis une personne libre. Comme citoyen russe, de quoi de plus aurais-je besoin? Le pouvoir? Je l’ai eu. Maintenant je me contente de mon rôle critique et d’aider les jeunes. Nous assistons peut-être à l’écriture de la version nouvelle du Journal du voleur. Tellement, à travers ces pages tactiles qui tournent et se retournent instantanément sous nos yeux, tout est confondu et tout s’y confond : aujourd’hui est pareil à hier et demain; le présent ne se différencie pas de l’avenir hérité du passé; l’Éthique publique elle-même devient subversion si elle n’est tout simplement pas reniement, démagogie et dénégation. C’est une histoire de fou qui déménage la fiction dans la réalité. Rien n’y est drôle, mais tout y est liberté et quête d’un lendemain. Lequel? C’est là que réside autant la fascination que l’inquiétude. Bienvenue au Togo! Chez nous, l’urgence d’agir est la raison d’être.
Et pourtant! L’imprévisible situation que vit le Togo actuellement, demeure une aubaine propice à un vrai mouvement sur l’échiquier politique. Le Togo est désormais ouvert sur une réelle fenêtre d’opportunité qui doit y laisser pénétrer la brise de la raison et non celle de la folie, le souffle régulier de l’imagination et non celui de l’improvisation qui a déjà couté des années d’abandon et de pauvreté aux citoyens. Ce pays a besoin de changer!
Soyons clairs : le radicalisme n’a pas triomphé au Togo, encore moins la ruse et la force. Au Togo également, l’égoïsme et le culte de la personnalité ont tourné court dans l’histoire politique du pays : toutes les popularités fabriquées sans aucun ingrédient d’une vision noble et respectueuse ont fini par se faner, se flétrir, se faisander. C’est plutôt la volonté et la détermination pour un autre Togo, un pays réellement démocratique, une République ouverte à l’ensemble des Togolaises et des Togolais, qui est en action sous nos yeux. Un diagnostic sans équivoque et des idées en partage. Le Peuple togolais marche pour conquérir la République au lendemain d’une autre élection présidentielle dont les résultats restent douteux. Il est vrai que personne n’en espérait autre chose, étant donné que les questions de fond, préalables à l’organisation d’élections transparentes aux résultats incontestables, n’avaient jamais été abordées pour être résolues au Togo. Tout-et-Tout veut dire… Rien-de-Rien Il faut bien parler du Peuple togolais avec une certaine admiration et respect: des étudiants sans bibliothèque aux gens d’affaires sans opportunités, en passant par les courageuses femmes littéralement en charge de chacune des familles de ce pays. Les raisons d’une contestation à grande échelle et avec une régularité assurée ne manquent pas à ce Peuple; cette contestation aurait pu être encore monstre si les vannes de la Liberté étaient réellement ouvertes au Togo. La Liberté ne fatigue pas les Peuples! La Liberté ne semble pas fatiguer les Togolaises et les Togolais. Il est alors inutile de demander : Jusqu’à quand marcheront-ils? Le Peuple togolais marchera longtemps parce qu’il sait pourquoi il marche, il sait contre quoi il proteste par ce moyen; il est loin de faire du tourisme démocratique. Derrière ces visages endoloris de marcheurs patentés, plusieurs jeunes, femmes et hommes sont sans espoir. Que ce soit à une marche où ailleurs, leur avenir ne semble pas leur appartenir et il y a longtemps que le présent a cessé de les exciter après qu’ils aient tout essayé. La jeunesse togolaise marche et elle marchera parce que seule la Liberté la fait vivre, dorénavant. Et tout dirigeant politique, quel qu’il soit, doit comprendre cette réalité. La jeunesse togolaise est de l’autre côté de la limite; elle ne tient qu’à la Liberté. Dans un pays qui a pour devise « Travail-Liberté-Patrie », le Togo, la jeunesse est sans le Travail promis, sans le sous, désœuvrée; la jeunesse togolaise s’accroche à la Liberté pour espérer avoir une Patrie, une mère-patrie au lieu de prendre la mer ou le désert, avoir un pays à bâtir et à transmettre. Vivre, juste vivre! Cette jeunesse togolaise désire profondément un autre début d’espoir; elle souhaite seulement le commencement d’une fin; elle veut en finir et elle est impatiente d’en finir pour commencer véritablement une vie. Sa vie. La sienne qui n’a jamais commencée avec une cuillère dorée à la bouche et qu’elle n’en peut plus de voir finir à la bougie. Elle veut une vie autre. Une vie réelle et vraie, une vie à gagner et à mériter. C’est là son rationnel qui lui est d’ailleurs cruel, brutal, rebelle, quotidien, illogique, tout-et-tout c'est-à-dire le rien-de-rien. Comprenez-vous? Comprenez-vous pourquoi il faut véritablement débloquer le Togo? Continuons! De cet apparent irrationnel du Peuple togolais tout entier doit désormais émerger des visées rationnelles des dirigeants, autant ceux de l’opposition et de ses partis que ceux du pouvoir présidentiel et du camp RPT auquel il faut désormais joindre, et clairement, les Amis de Gilchrist Olympio. Curieux destin! Par contre, lorsque tous ces dirigeants se laissent aller à la démagogie et à la tromperie, aux excès et aux procès, ils assouvissent leur propre besoin en tourisme démocratique à moins que ce ne soit de l’exhibitionnisme démocratique. Il est clair que le Togo va mal parce que la plupart de ses dirigeants politiques manquent de leadership et se complaisent dans une absence de rigueur patriotique, un défaut de référentiels élevés s’appliquant d’abord à eux-mêmes. Du moins, la preuve du contraire n’a pas été faite jusqu’à maintenant. Car, depuis le 4 mars 2010, toutes les pages clairement identifiables et associables aux acteurs politiques du Togo, ces pages manuscrites du tout nouveau Journal du voleur qu’il est donné à chacun de lire, ressemblent au scénario d’un avatar démocratique, une tragédie dont le Togo ne peut plus se payer longtemps le prix social, politique et économique.
Tourisme ou exhibitionnisme… le non choix démocratique
Il y a tourisme démocratique dans l’opposition togolaise lorsque réapparait brusquement les mêmes discours radicaux de la Conférence nationale souverainement ratée sous l’impulsion des mêmes idéologues non-repentis. Il y a tourisme démocratique lorsque, sans autre stratégie que la rue, l’on pense que le pouvoir est déjà à portée de main, et même en lieu sûr dans la poche intérieure. Il y a tourisme démocratique lorsque l’on confond le déficit électoral passager de la vérité des urnes à l’énorme dette démocratique qui pèse sur le Togo par rapport à ses voisins immédiats, une dette démocratique qui requiert des actions structurantes coordonnées. Il y a tourisme démocratique lorsque l’opposition ne dispose pas d’alliance stratégique avec aucun pouvoir ou parti politique africain qui sert de relai aux revendications réelles du Peuple togolais. Il y a tourisme démocratique lorsque malgré l’opposition ferme au pouvoir l’on n’explore aucune soupape de discrets dialogues qui véhiculeraient clairement des propositions de sortie de crise à qui de droit. Il y a tourisme démocratique lorsque les participants et alliés du Front républicain pour l’alternance (FRAC) n’envisagent pas des hypothèses d’une restructuration organisationnelle intégrée encore plus efficace et moins informelle. Il y a tourisme démocratique lorsque tout le monde veut être Manitou et discourir, et nul ne veut être Indien et agir. Ne nous y méprenons pas! Parce que la tentation du tourisme démocratique est assez répandue, bien distribuée et suffisamment connue, à cette demande particulièrement spéculative correspond une offre tout aussi volatile et éphémère, un exhibitionnisme démocratique trompeur. Il faut bien s’en méfier et s’en éloigner en étant encore plus exigeant vis-à-vis de ses autres marchands d’illusions démocratiques qui se trouvent être en charge des pouvoirs institutionnels au Togo. C’est notre devoir de le leur dire clairement. Il y a exhibitionnisme démocratique lorsque les gouvernants actuels, Faure Gnassingbé en tête, pense qu’il peut nier la contestation de son pouvoir par son seul silence et son manque de communication. Il y a exhibitionnisme démocratique lorsque Faure Gnassingbé croit que le peuple revendicateur ira seulement à la lenteur et à la quasi-indolence du rythme des réformes politiques actuelles au Togo. Il y a exhibitionnisme démocratique au Togo lorsque le pouvoir présidentiel est devenu spécialiste en intrigues politiques, en accélérateur des dissensions chez ses adversaires et un dissolvant pour parti politique dérangeant. Mais il y a plus grave encore. Il y a exhibitionnisme démocratique lorsque la réconciliation nationale est convertie à rabais en de plus petits accords politiques diviseurs et seulement convoyeurs de ministrables. Il y a exhibitionnisme démocratique tapageur lorsque seules la force et l’humiliation sont déployées contre ses adversaires. Il y a exhibitionnisme démocratique lorsqu’un chef d’État laisse cristalliser aussi longtemps l’adversité et refuse d’appeler son véritable challenger politique clairement déclaré et identifié. Il y a exhibitionnisme démocratique lorsque le mal togolais est présenté et exposé à la face du monde comme une simple querelle entre les familles Olympio et Gnassingbé. Il y a exhibitionnisme démocratique lorsqu’aucun dialogue franc et de bonne foi n’est en cours au Togo, et initié vaille que vaille par une idée clairement exprimée et des documents politiques de référence à l’attention de tous les citoyens. Il y a exhibitionnisme démocratique lorsque la diaspora togolaise reste toujours ignorée et le site internet gouvernemental tient lieu de la Pravda incroyable d’un Sovietogo que l’on croyait disparu. Il y a exhibitionnisme démocratique avancé au Togo lorsque les voyeurs accrédités de la communauté internationale détournent leur regard en disant vertement... Nous avons fait de notre mieux! Il y a effectivement une exaspération politique sur le cas Togo; une lassitude de voir les Togolais eux-mêmes incapables d’imaginer un destin collectif et partagé. Le succès des uns est loin d’être la victoire des autres. Tout est triche, tromperie et traquenard. Tout est petite politique, pas la grande qui sert de modèle et résiste au temps. Tout est tourisme démocratique ou exhibitionnisme démocratique. Le Peuple togolais y perd toujours au change, et lourdement; le fardeau de la dette démocratique devient pénible à porter. C’est une histoire qui aurait pu faire rire si elle n’était drame pour d’innombrables familles, des millions de jeunes debout et confondus, là sous nos yeux, partout au Togo, ici à Lomé tous les samedis. Un tel climat ne peut dissoudre les responsabilités des uns et des autres à travers les fréquents communiqués de presse ou comptes rendus de conseil des ministres et autres rapports de missions ou de renseignements. Il y a des signes, palpables à tout un chacun, d’un désarroi collectif doublé d’un besoin d’innovation politique; une soif d’audace qui viendrait redonner fierté et sincérité à l’action et à l’engagement dans une œuvre commune, débarrassée de la partisannerie et portée par le seul vent de la démocratie. Il existe bel et bien un Togo promis à tous ses citoyens sans aucune distinction : c’est un pays démocratique qu’il ne faut plus hésiter à appeler clairement par son nom, aux côtés du Peuple toujours privé de respect et de dignité. Et c’est de notre responsabilité de le faire aussi longtemps que possible, en y mettant toute l’imagination et la raison nécessaire. Car, la démocratie n’est pas un luxe. C’est par elle que la communauté nationale prend véritablement forme en mettant l’enthousiasme au service des résultats trop longtemps attendus : la Réconciliation et le Développement au moyen de la Bonne Foi et du Grand Pardon. Il y a bien longtemps que cette démocratie n’est plus un simple état figé, programmé, décrété, voté, assermenté, totalisé, convoqué, auditionné, instrumentalisé, frappé, monnayé, déclaré, chanté, proclamé, dansé et quoi encore. Il y a bien longtemps que la démocratie est un processus délibératif continue, franc et sincère, entre des citoyens libres et égaux clairement engagés dans un dialogue et une argumentation permettant de remanier la gouvernance et non le gouvernement, de refonder et de parfaire l’État et non les états d’âme. C’est cette démocratie qui libère les gouvernants et les gouvernés en décuplant leur énergie. Cette démocratie ne met pas tout un pays en état de siège permanent, pas plus que ni le pouvoir ni l’opposition ne se sentent assiégés; c’est cette démocratie que recherchent les citoyens togolais, celles et ceux qui ne sont ni touristes ni exhibitionnistes. Ces hommes et ces femmes, où qu’ils soient, et qui commencent à avoir sérieusement mal au Togo. Il est temps que la visée du bien commun, l’Éthique publique, gouverne au Togo. Il est grand temps que des principes nouveaux dirigent les faits et gestes publics au Togo. Il est temps de faire un autre Togo. Je crois qu’on se comprend maintenant. À vous!
Rédigé par psa le 11/06/2010 à 00:00
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