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Le débat n’est plus de savoir si l’on est pour ou contre Alassane Dramane Ouattara (ADO) ou Laurent Koudou Gbagbo (LKG). Des semaines plus tard, et après toutes les péripéties connues ainsi que les arguments de tous et de chacun, il y a lieu de se préparer à accepter ce qui se dégagerait des assises de l’Union Africaine (UA) à Addis. Entre les chefs d’État africains, la dissension est à son niveau le plus élevé, certes. Mais la règle de la proximité institutionnelle devrait prévaloir. Cette convenance diplomatique coutumière jointe à la lassitude que génère le cas ivoirien sont loin de favoriser le camp Gbagbo. Partout, le changement est aux portes! En route pour Addis, Ban Ki-moon n’hésite pas à déclarer que: « Les enjeux liés à la Côte d’Ivoire sont majeurs. Il en va des principes fondateurs de la démocratie. Mais aussi du respect de la volonté sincère des Ivoiriens. »
La division est persistante en Afrique et au-delà. La Côte d’Ivoire divise et continue à diviser le monde entier. Ce clivage est d’ailleurs parmi les fonctionnaires de l’UA elle-même, entre les Africains eux-mêmes autant que chez les Amis de l’Afrique, des intellectuels aux plus intéressés des citoyens de ce monde ouvert.
Comme citoyens du chez-nous et d’ailleurs, comme citoyennes du monde, tout ce qui concerne la Côte d’Ivoire, la Tunisie, les États-Unis et même la lointaine Australie ne nous est plus indifférent. Autant nous sommes Ivoiriens, Berlinois, tous et toutes, autant nous demeurons Centrafricains, Égyptiens, Yéménites et autres Gabonais –le ridicule de l’auto-proclamation d’André Mba Obama en moins toutefois. Il demeure que la lecture des faits reste quelque peu embrouillée… pas pour longtemps. Les faits sont têtus; ils le sont particulièrement en Tunisie et en Côte d’Ivoire.
En Tunisie, le grand retard enregistré dans la communication des noms des personnalités retenues dans le gouvernement remanié prouve à suffisance que la rue a raison contre l’élite gouvernante, toujours empêtrée dans le décodage du message de cette Révolution Yasmina. La rue tunisienne a d’autant plus raison qu’elle ne pouvait rien attendre de cette élite qui se découvre seule capable de gérer le présent tournant politique, au nom d’une prétendue stabilité. Hier encore, cette élite jouissait des privilèges du système et était loin de les remettre en cause. Elle doit laisser la place à d’autres.
Les faits sont têtus en Tunisie que les citoyens ont le devoir d’exiger du vrai changement en refusant leur confiance aux mêmes personnes. Pas de confusion toutefois! Rien ne dit que le vieux est incapable du neuf. Loin de là! L’on peut bien réaliser du neuf avec du vieux et cela s’est fait trop souvent en politique pour que l’équivoque soit clairement levée. Ici, là en Tunisie, le vieux n’avait nullement pris le train et n’a su donner, dans un délai raisonnable et au regard de l’urgence du moment, les garanties nécessaires pour assurer le changement requis par les citoyens; un changement historique qui fait d’ailleurs école partout. Un changement éthique!
Abidjan quant à elle s’est transportée à Addis; une autre étape. Avoir l’Afrique du Sud à ses côtés n’est pas rien comme soutien; l’ami Gbagbo ne pouvait donc espérer meilleur appui. Mais ici, les faits se présentent à un niveau diplomatique où la coutume devrait prévaloir, au-delà des divergences et des opinions.
Sauf surprise, la règle de la proximité devra clairement jouer. Tout argument exposé et tout rapport fait, on voit mal comment l’UA pourrait se substituer à la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et encore moins à l’Union Économique et Monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA). D’ultimes négociations sont loin d’être exclues; des délais nouveaux peuvent encore être nécessaires pour des tentatives tout aussi ultimes. De nouvelles portes de sortie peuvent même s’ouvrir. Elles s’ouvriront davantage sur les perspectives retenues par les États ayant cause directe de voisinage avec la Côte d’Ivoire que vers les arguments de ceux de l’Afrique australe conduits par l’Afrique du Sud, l’Azanie du Nelson Mandela amoureux du juste. Au plan diplomatique, cette règle de proximité joue beaucoup en faveur des États ouest-africains de la CEDEAO et de l’UEMOA qui ont déjà sonné le glas du départ de notre ami LKG au profit de notre autre ami ADO.
Au fond, au-delà de la diplomatie, Gbagbo n’a pas su jouer de l’amitié, mais plutôt de la désinvolture, de l’entêtement et des coups fourrés politiques qui font que pratiquement personne dans son entourage naturel des États voisins ne peut plus le cautionner durablement. Nul doute que LKG a accumulé des victoires, mais ce ne sont là que des victoires éphémères, et pour cause. Gbagbo n’a pas su transformer la main tendue de Barack Obama, le chef de la première puissance mondiale et l’homme politique le plus influent de l’heure, qui plus est Africain. Aux premières heures de cette crise de dimension mondiale, l’offre d’accueillir Gbagbo lui a été faite par le président américain lui-même.
Certes, ce n’était pas le plan de match de LKG. Mais il avait les moyens de répondre à l’appel, diplomatiquement, et le transformer en possibilité de négociation, en porte ouverte sur ses propres agendas et plans. C’est probablement la faiblesse de LKG d’avoir snobé Barack Obama et de toujours croire qu’il aura toujours raison parce que trop de chefs d’État africains sont mal élus. L’appel à la raison d’un Africain qui a l’Afrique en lui et dans sa chair, et refuse d’offrir ce continent en ridicule aux yeux du monde, un tel appel de Barack Obama ne se refuse pas.
Jusqu’où s’arrêtera Gbagbo?
Gbagbo comme plusieurs chefs d’État africains francophones misent trop sur la France et oublient que le jeu décisif africain se joue désormais à la Maison Blanche et pour quelques années encore avec Barack Obama. Avoir concédé des intérêts ivoiriens à la France avant les élections, avoir reçu le Secrétaire général de l’Élysée pour confirmer « certaines choses et certains détails », conserver en réserve la possibilité de se rétracter et dire que l’on lutte contre le néocolonialisme et la Françafrique sont des leurres. En d’autres temps, la France aurait effectivement tourné casaque il y a longtemps, en faisant pression sur ADO et lui demander de rentrer dans un gouvernement d’Union nationale avec LKG. C’est la règle avec la politique africaine de la France, qu’elle soit d’un gouvernement de gauche ou de droite. Cette règle prévaut et sera en œuvre probablement en Centrafrique et ailleurs bientôt.
Seulement, lorsque l’environnement international a changé de manière aussi drastique, lorsque quelques mois auparavant Washington et non Paris –bien avant que Paris n’accourt à Rabat pour participer aux discussions, Washington décide que Dadis Camara ne retournera plus à Conakry et que le ridicule Dadis-Show s’arrêterait bel et bien, les conseillers de Gbagbo auraient du l’aviser ou l’intéressé lui-même aurait été mieux avisé en décodant la situation avec de nouvelles lunettes. Aussi longtemps qu’il se trouverait un Africain à la Maison Blanche, c’est de l’évidence même que les seules précautions classiques parisiennes face à de grosses exagérations et de flagrant abus ne devraient plus suffire. Qui aurait pensé possible, il y a quelques mois, la partition du Soudan au nom de l’éthique politique et de la démocratie? Avec Obama, la chose est devenue possible et acceptable même en Afrique ou l’intangibilité des frontières issues de la colonisation est pourtant sacrée.
Par ailleurs, l’existence de chefs d’État mal élus n’autorise pas la survivance de tous les cas de mauvaise élection. « Le monde n’est pas juste et ne le sera probablement jamais » disait bien John F. Kennedy. Chaque cas politique est mis en son contexte et, l’acceptation de l’ONU dans le processus électoral ivoirien –une acceptation née de l’absence de confiance entre les protagonistes ainsi que l’existence des forces militaires non-républicaines autant chez les uns que chez les autres, a miné la stratégie d’invocation de la souveraineté nationale ivoirienne pour refuser la certification par un tiers non-belliqueux, et surtout un tiers connu comme garant de la paix mondiale… Nul ne peut s’attaquer impunément à l’ONU.
À l’analyse, le meilleur ennemi de Gbagbo est Gbagbo lui-même et son option sans issue : On Gagne ou On Gagne! Personne ne voyait la fermeture de cette stratégie auparavant; elle se révèle sans avenir aujourd’hui, même avec les prolongations d’Addis et surtout la maladroite décision de réquisitionner les avoirs et les réserves des Agences nationales de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l’Ouest (BCEAO). Finalement, trop c’est comme pas assez : « Jusqu’où s’arrêtera Gbagbo? » doivent se demander tous les autres collègues de LKG. Pour cette autre insécurité –surtout qu’une alternative crédible et émotionnellement stable existe en la personne d’ADO, les chances de survie politique de Gbagbo sont d’autant moindres. Ce sont les chefs d’État qui se joignent à la Révolution en cours actuellement en Afrique. Manifestement, ils sont nombreux dans les voisinages à être fatigués de leur collègue Gbagbo.
Il arrive que l’on ait raison seul contre tous. Mais généralement, en pareille occasion, on le fait savoir suffisamment sans se transformer en un genre d’État surexcité, dévalisant même les banques centrales, un État dénonciateur de l’ONU et détruisant ses biens. Un État sans-limite, l’État Gbagbo? Étonnant! Ce faisant, nous sommes vraiment loin de la lutte populaire contre le néocolonialisme et la Françafrique pour nous rapprocher davantage de la falsification politique et des expéditions du Far-West qui sont plutôt dignes d’une autre époque. Tous ces faits jouent contre Gbagbo et finiront par avoir raison de lui. Lui professeur d’histoire qui veut rentrer dans l’histoire et y rester, alors qu’il sait parfaitement que le meilleur moyen de faire l’histoire est de savoir en sortir honorablement.
Tous les arguments juridiques et ceux liés à la fierté nationale sont bel et bien épuisés. C’est l’image et la perception diplomatiques ainsi que le surprenant vandalisme d’État qui subsistent désormais; ils ne semblent pas favoriser LKG qui pourtant a un atout, une carte maitresse en main… l’avenir de la Côte d’Ivoire. Une carte qu’ADO ni Bédié n’ont jamais possédée; une carte que seul lui, LKG, peut jouer pour gagner ou pour perdre. Avec si peu de reconnaissance internationale, le pouvoir LKG est aussi peu viable; c’est une évidence. Gbagbo n’a de choix que de jouer et de gagner. Gagner, c’est trouver une prochaine grande raison de sortir; il en existe une et une seule de noble : la Côte d’Ivoire!
PROPOS DU SG DE L'ONU SUR LA CÔTE D'IVOIRE: INTERVIEW
Le Temps: La Côte d’Ivoire est l’un des dossiers chauds du moment. Le pays s’enlisant dans la crise, faut-il intervenir militairement?
Ban Ki-moon: Les enjeux liés à la Côte d’Ivoire sont majeurs. Il en va des principes fondateurs de la démocratie. Mais aussi du respect de la volonté sincère des Ivoiriens. L’Union africaine, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), les Nations unies et la communauté internationale ont été unanimes pour soutenir le vainqueur des élections ivoiriennes de novembre, Alassane Ouattara. Cette victoire a été annoncée par la Commission électorale indépendante et certifiée par l’ONU. Cette unité de vues doit être préservée. Mais je suis inquiet de constater quelques fissures dans l’unité de l’Union africaine. Il est essentiel que cette dernière s’exprime d’une seule voix.
– Allez-vous vous impliquer davantage dans la question ivoirienne?
– Je vais coprésider une réunion trilatérale le 29 janvier à Addis-Abeba avec le président de l’Union africaine. Un jour avant, le 28, les pays clés de l’Union africaine dans ce dossier vont se réunir en session extraordinaire sous l’égide du Conseil de paix et de sécurité de l’UA. Par ailleurs, le président de la Cédéao (ndlr: le chef de l’État nigérian Goodluck Ebele Jonathan) va demander à plusieurs envoyés spéciaux de se rendre aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France et dans d’autres pays pour coordonner l’action de la communauté internationale. Il y a aussi un mandat sur la table qui se base sur le chapitre VII (ndlr: permettant l’usage de la force) de la Charte des Nations unies.
– Êtes-vous favorable à une intervention militaire?
– Les responsables de la Cédéao n’ont cessé d’adapter leur approche. Ils ont tout d’abord engagé le dialogue pour résoudre la crise pacifiquement de sorte que la volonté des Ivoiriens soit respectée. Ils ont ensuite décidé de prendre toutes les mesures nécessaires, y compris militaires, tout en précisant qu’ils continuaient de vouloir régler le problème par des négociations politiques. Personnellement, j’espère que la voie diplomatique va encore primer.
Afrique.Que-fais-tu-demain.pdf
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Rédigé par psa le 27/01/2011 à 21:12
L’«International Herald Tribune» et «Les Échos» se moquent doucettement de l’inefficacité du World Economic Forum, le Forum économique mondiale. «À Davos, une longue liste de problèmes attend les leaders du monde», titrait l’International Herald Tribune sur son site internet lundi. A quelques heures de l’ouverture du World Economic Forum, il fallait cependant aussi lire, comme sur tout contrat, les petits caractères. Lesquels précisent que ces leaders «vont tenter cette semaine de sauver le monde. On peut parier sans risque que pour la 41e fois, ils vont échouer.» Mais il fallait surtout lire le sous-titre de la version imprimée du Herald: «Après n’avoir pas réussi à prévoir la crise de la dette l’an dernier, Davos se concentre maintenant sur «la prévention du risque».» Pas gentil, ça. Mais il y a plus méchant encore. Les Échos décrivent ainsi «l’invraisemblable survie du forum de Davos» dans un article décapant sur «cette gigantesque business party [qui] aurait dû s’étioler. Car elle a porté toutes les valeurs, toutes les idées balayées par la crise financière.» Voici ce que nous dit « Les Échos » français.
Normalement, Davos ne devrait plus exister. Enfin, pas la tristounette station helvétique de ski, mais le Forum économique mondial, qui y attire fin janvier des centaines de patrons, de ministres, d'universitaires et de journalistes. Cette gigantesque « business party » aurait dû s'étioler. Car elle a porté toutes les valeurs, toutes les idées balayées par la crise financière, qui a connu son apogée en 2008. Nulle part ailleurs la « shareholder value », la valeur actionnariale, n'aura été prêchée avec autant de foi. A Davos, on a aussi prôné avec une rare constance la mondialisation débridée, la finance souveraine et la déréglementation permanente. On s'y est aussi beaucoup trompé. Une session a été organisée chaque année pour tenter de trouver « d'où viendra le prochain choc » sans jamais débusquer autre chose que les pays émergents, l'immobilier chinois ou le pétrole.
En 2007 et 2008, l'économiste Nouriel Roubini avait sérieusement agacé les participants en annonçant des catastrophes. Toutes les étoiles déchues de l'entreprise ont brillé à Davos, de Jean-Marie Messier (Vivendi) à Carly Fiorina (HP) en passant par Kenneth Lay (Enron), Chuck Prince (Citigroup) ou Dick Fuld (Lehman Brothers), qui affichait encore une incroyable morgue début 2008, huit mois avant sa chute. Et en ces temps d'économies tous azimuts pour préserver la trésorerie des entreprises voire des Etats, il peut paraître surprenant de claquer des dizaines ou quelques centaines de milliers d'euros ou de dollars pour aller se faire voir dans un village perdu des Grisons suisses.
Et pourtant, le forum est en plein essor. Le labyrinthique palais de béton qui l'héberge a encore gagné un étage cette année, avec une belle terrasse pour poser les caméras de télé. Les gens de la presse qui avaient été mis à la cave pendant plusieurs années avant d'être exilés dans une tente chauffée vont pouvoir ainsi se rapprocher des lieux. Le World Economic Forum, l'association qui organise le forum de Davos, ainsi qu'une douzaine de grosses déclinaisons régionales et d'autres cercles de réflexion, a multiplié ses effectifs par quatre en une décennie. Il vient d'emménager dans un somptueux bâtiment en verre à Cologny, banlieue chic de Genève. Et il refuse du monde à Davos -les journaux doivent négocier leur quota d'envoyés spéciaux et les dirigeants d'entreprise n'auraient pas la garantie d'entrer même s'ils sont prêts à s'acquitter d'une cotisation annuelle de 42.500 francs suisses (32.000 euros) et d'un droit d'entrée de moitié.
D'où vient cette étonnante résistance de Davos ? La première réponse est évidente : en réalité, rien n'aurait changé. Au-delà de l'émergence du G20 et de quelques paperasses de plus à remplir par les banquiers, le monde serait exactement le même. Et comme Davos avait du succès avant, il continue d'en avoir après. Mais ce n'est pas si simple. Le climat a changé au sein même du forum depuis deux ans. Il y a quelque chose de cassé dans le bel échafaudage de certitudes bâti au fil des décennies. Les questions inquiètes y sont devenues plus nombreuses que les réponses satisfaites. Il faut donc aller au-delà.
L'explication suivante, c'est la force de l'habitude. Car les dirigeants d'entreprise, qui ne cessent de vanter les vertus du changement permanent pour les autres, aiment bien les constances pour eux-mêmes. Nombre d'entre eux prennent le même avion à la même heure pour aller dans le même hôtel. Ils retrouvent des lieux familiers, des visages amis. Même si le forum a toujours été en pointe dans l'usage (et l'éloge) des technologies de l'information, ça fait du bien de se voir en chair et en os au moins une fois par an.
Les relations ne se limitent pas au traditionnel « shake hand », la poignée de main, dans les couloirs du palais. Car, au fil des ans, Davos est aussi devenu une collection de congrès professionnels. Puisque la plupart des dirigeants des grandes entreprises sont là, pourquoi ne pas en profiter pour se voir, discuter des problèmes communs, éclairer les tendances du secteur ? Les patrons de la high-tech se croisent ainsi en dehors du palais, dans des rencontres taillées sur mesure. Tout comme ceux de l'automobile. Ces manifestations consolident le vrai forum.
Partout, on échange des idées. Davos, c'est peut-être avant tout le défilé de la mode des idées. Elles avancent en pleine lumière, sous les vivats... Il est évidemment important de connaître les idées à la mode, qu'on soit chef d'entreprise ou gouvernant. Au-delà, il est toujours utile de se confronter à d'autres visions du monde, de compléter ses connaissances, de se recycler. L'an dernier, le Premier ministre grec, Georges Papandréou, après avoir été sur scène pour défendre son programme d'austérité, était allé en simple participant à une session sur « les nouvelles approches institutionnelles » afin d'« explorer des propositions innovantes pour relever des problèmes globaux » comme par exemple l'administration électronique ou des pépinières à technologies innovantes !
Davos pourrait donc résister à des crises de la mondialisation encore plus violentes que l'épisode 2008. Mais le forum a pourtant un talon d'Achille : son fondateur, animateur et président. Klaus Schwab a monté en quarante ans de travail acharné et de déplacements incessants une manifestation sans pareille. Mais Klaus Schwab marche sur ses soixante-douze ans. Saura-t-il trouver à temps un horloger des passions humaines aussi subtil que lui pour réussir à faire cohabiter quelques jours à Davos des hommes et des femmes qui s'ignorent tout le reste de l'année, quand ils ne s'affrontent pas dans le cœur des consommateurs voire sur les champs de bataille ? Davos est souvent considéré en France comme une machine obscure de pouvoir. Mais il s'agit avant tout d'hommes qui discutent ensemble. ////////Jean-Marc Vittori
Rédigé par psa le 26/01/2011 à 07:11
L’effet domino se fait modeste, il s’est transformé en effet damier. Après la Tunisie, le saut est fait et c’est l’Égypte qui s’embrase. Le terme n’est pas fort puisque plusieurs habitants des villes égyptiennes ont battu pavé ce mardi déjà, avec une détermination palpable pour résister aux forces de police et inquiéter les services de sécurité du Raïs Hosni Moubarak. Les premières dépêches confirment cette inquiétude du pouvoir trentenaire du Caire connu aussi pour son intention d’imposer le fils Gamal Moubarak déjà secrétaire général adjoint du parti présidentiel, le Parti National Démocrate (PND). La contagion est réelle et la diaspora égyptienne s’y mêle… Infatigable Liberté! Les peuples en demandent toujours… Gardez les yeux ouverts! Jugez-en!
Moubarak Dégage
La révolution tunisienne va-t-elle faire tâche d'huile en Égypte ? Comme les Tunisiens criaient il y a dix jours «Ben Ali dégage», des milliers d'Égyptiens sont descendus dans la rue ce mardi au Caire et dans plusieurs autres villes égyptiennes au cri de «Moubarak dégage». Ce sont les manifestations anti-gouvernementales les plus importantes depuis les émeutes de 1977 dans ce pays, le plus peuplé du monde arable (80 millions d'habitants). Selon les forces de sécurité, un policier aurait été tué après avoir été battu par des manifestants.
D'autres rassemblements ont eu lieu à Alexandrie mais aussi à Suez (nord) où deux manifestants sont décédés après des heurts marqués par des jets de pierres contre la police. Des manifestations ont également eu lieu dans de nombreuses villes du pays, de la Haute-Égypte au delta du Nil, en passant par le Sinaï.
Partout, les manifestants ont fait référence à la révolte populaire qui a fait tomber mi-janvier le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali après 23 ans de pouvoir. «Pain, Liberté, Dignité», scandaient certains, reprenant des slogans des manifestants tunisiens. «Moubarak dégage», criaient d'autres.
Faire de «la journée de la police» une «journée de révolte»
Le ministre de l'Intérieur, Habib al-Adli, a déclaré que les organisateurs des manifestations étaient «inconscients» et que les forces de l'ordre étaient «capables de faire face à toute menace».
Plusieurs groupes de militants pour la démocratie avaient appelé à descendre dans la rue pour faire de mardi, officiellement «Journée de la police», une «Journée de révolte contre la torture, la pauvreté, la corruption et le chômage».
L'idée a été fortement relayée, en particulier auprès des jeunes, à travers les réseaux sociaux sur internet. Sur Facebook, plus de 90 000 personnes s'étaient déclarées prêtes à manifester. Mais un site américain spécialisé a annoncé que le site de micro-blogs Twitter était inaccessible depuis l'Égypte mardi.
Au Caire, environ 15 000 personnes ont manifesté dans plusieurs quartiers, notamment aux abords des bâtiments officiels du centre-ville, selon les services de sécurité. La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour tenter de disperser les manifestants.
Parmi la foule venue sur la grande place Tahrir, au centre du Caire, Ibrahim, un juriste de 21 ans, ne mâche pas ses mots : «nous avons un régime corrompu qui veut poursuivre l'oppression sans fin».
Ahmed, un avocat de 28 ans, a lui aussi suivi avec passion la fuite sous la pression populaire du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, après 23 ans de pouvoir, contre presque 30 pour Hosni Moubarak.
«Moubarak dégage, tu es injuste, tu nous affames, tu nous tortures dans tes commissariats, tu es un agent des Américains», lançait une mère de famille venue manifester dans le quartier de Mohandessine, dans l'ouest du Caire, un drapeau égyptien à la main.
Pour Hillary Clinton, le gouvernement est «stable»
D'autres manifestants prenaient d'assaut les caméras des télévisions étrangères avec le même mot à la bouche ou sur des pancartes: «dégage».
La foule est plutôt jeune, largement mobilisée au travers d'internet et des réseaux sociaux comme Facebook. Les messages sur téléphone ont aussi beaucoup contribué à la mobilisation.
Le secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a toutefois assuré depuis Washington que le gouvernement égyptien, ferme allié des États-Unis au Moyen-Orient, était «stable».
Plus de 40% de la population égyptienne vit avec moins de deux dollars par jour et par personne. Plusieurs immolations par le feu ont eu lieu ces derniers jours, rappelant celle d'un jeune Tunisien qui avait déclenché la révolte dans son pays.
Gamal Moubarak
Rédigé par psa le 25/01/2011 à 18:18
Philippe HUGON est Directeur de recherche à l’IRIS, en charge de l’Afrique. Consultant pour de nombreux organismes internationaux et nationaux d’aide au développement (Banque mondiale, BIT, Commission européenne, OCDE, Ministère des Affaires étrangères, PNUD, UNESCO), il est Professeur émérite, agrégé en sciences économiques, classe exceptionnelle à l’Université Paris X Nanterre.
Himi Kozue, La RCI se compare parfois au GOP.
« Nous avons le temps et vous avez la montre»
Hâmpaté Bâ
À CE JOUR, la situation politique, institutionnelle mais également économique, financière de la Côte d’ivoire demeure bloquée et personne ne peut en connaitre l’issue. Avant d’envisager les défis à relever, rappelons les racines de la crise.
Les racines de la crise ivoirienne sont lointaines et les votes des urnes ne pouvaient à eux seuls les éradiquer. La crise politique que connait la Côte d’Ivoire depuis 10 ans résulte de la faible légitimité des responsables politiques de l’après Houphouët Boigny (mort en 1993), du poison de l’ivoirité inoculé par Konan Bédie puis par Laurent Gbagbo, de la forte baisse du revenu par tête, de l’explosion démographique et du taux élevé d’immigration. Depuis 15 ans l’argent sert à financer les armes et à asseoir les pouvoirs politiques aux dépens du développement économique. Seuls les accords de Ouagadougou du 4 mars 2007 avaient constitué une avancée. La présence des casques bleus (plus de 9 000 hommes) et de 9OO soldats français de la force Licorne avait rendu impossible des conflits généralisés mais le désarmement des Forces nouvelles du Nord et des milices du Sud avant les élections n’avait pas vraiment eu lieu. Certes, les symboles de l’État étaient de retour (drapeau) et la zone de confiance avait été démantelée mais le pays était divisé entre le Nord et le Sud et avait un pouvoir bicéphale. Le Nord demeurait organisé selon un système « féodal » d’après le rapport des Nations Unies de 2009. Les Forces armées des forces nouvelles (FAFN) et « com zones » étaient maîtres du terrain, elles contrôlaient les ressources naturelles et le commerce (essence, coton). Elles assuraient la sécurité, et pratiquent des péages et rackets. Leurs fonds financent les achats d’armes ou sont placés au Burkina Faso, au Mali voire dans les paradis fiscaux. Au sud, Abidjan vivait dans le désordre et la corruption était généralisée. Le cacao, le port d’Abidjan, le pétrole et les prébendes étaient la base de financement du pouvoir.
Quand des élections tournent au « hold up » électoral
Beaucoup avaient depuis 5 ans fini par ne plus croire aux élections présidentielles qui avaient été six fois reportées. Nous avons toujours écrit que Laurent Gbagbo n’acceptait les élections que parce qu’il était certain de les gagner et que s’il les perdait il n’accepterait pas son échec et que les risques des armes pourraient l’emporter sur le choix des urnes. Rappelons que le premier tour des élections présidentielles a eu lieu le 31 octobre 2010, sans incidents notables, après une campagne apaisée et avec une forte participation de la part de 5,7 millions d’Ivoiriens appelés aux urnes. Le second tour du 29 novembre 2010 entre Alassane Ouattara du RHDP (avec le ralliement de Konan Bédié) et Laurent Gbagbo du FPI a été marqué par certains incidents, des intimidations et une plus faible participation. La commission électorale a annoncé les résultats en proclamant Alassane Ouattara vainqueur avec 54,1% mais le Conseil constitutionnel au lieu d’invalider certains votes ou de proposer de nouvelles élections a inversé les résultats en proclamant Laurent Gbagbo vainqueur avec 51 %.
Il n’y a pas de doutes de la part des observateurs quant aux résultats réels des urnes. Il y a eu certes des fraudes électorales notamment au Nord mais dont l’ampleur ne permettait aucunement d’inverser les résultats. Les déterminants du vote n’ont été que partiellement ethniques et religieux du fait de l’instrumentalisation de l’ethnicité depuis 10 ans notamment par le concept d’ivoirité. Ils ont été nationalistes et populistes vue la posture indépendantiste et souvent anti française de L. Gbagbo qui a voulu engranger des voix en présentant ses adversaires comme les candidats de l’étranger. Ils ont été démographiques et sociaux (la jeunesse privée d’emplois représente la moitié des électeurs). Le pays a un pouvoir bicéphale entre le Nord et le Sud. Abidjan regroupe 1/3 des électeurs. La communauté internationale est fatiguée par la situation ivoirienne avec quelques 9 500 casques bleus assurant la sécurité auxquels s’ajoute la force Licorne. La lassitude des ivoiriens était grande. La maturité politique des citoyens ivoiriens a montré le refus de la division et du poison de l’ivoirité.
Il y a eu condamnation de ce « hold up électoral « par la communauté internationale, la CEDEAO, l’UA, l’UE, l’ONU et par les grandes puissances. L. Gbagbo a été isolé diplomatiquement mais s’est maintenu au pouvoir pendant que A. Ouattara restait enfermé dans un hôtel protégé par les forces de l’ONUCI. Il y a eu alors deux chefs d’État, deux premiers ministres et deux gouvernements. Le pouvoir bicéphale du Nord et du Sud s’est transformé en un pouvoir bicéphale, fruit des élections, localisé à Abidjan. Guillaume Soro est toujours premier ministre mais aujourd’hui de A. Ouattara.
Gbagbo a fait le gros dos et a pratiqué une posture de hérisson
Le blocage de la situation dure depuis près de deux mois. Les affrontements ont fait plus de 200 morts avec de possibles charniers. Il y a eu conjonction de médiations, de sanctions, de menaces d’intervention militaire de la part de la CEDEAO, de l’UA, du FMI et de la Banque mondiale. Le front a été jusqu’ à présent peu fissuré même si la Russie a cherché à bénéficier de la situation et l’Angola a apporté son appui militaire. Mais la condamnation de L. Gbagbo est surtout restée au niveau de la rhétorique. L. Gbagbo a fait le gros dos et a pratiqué une posture de hérisson.
Chacun des protagonistes dispose d’armes différentes. La légalité interne et la légitimité internationale sont du côté de A. Ouattara mais L. Gbagbo dispose de la force, de la puissance du feu et d’une légitimité auprès d’une partie de la population du Sud qui est persuadée qu’il a gagné et (ou) qu’il est victime d’un complot étranger et qu’il y a ingérence voire recolonisation de la Côte d’Ivoire.
Le temps semble jouer en faveur de L. Gbagbo. Il veut jouer sur la lassitude de la communauté internationale, les fissures au sein des pays africains et surtout les risques des guerres civiles et des affrontements entre armées. L. Gbagbo dispose de nombreuses armes, d’un art consommé de la manipulation, de l’armée ou plus exactement des forces spéciales de sécurité (environ de 5 000 fidèles sur 50 000), la possibilité de faire jouer les escadrons de la mort ou des milices et les jeunes patriotes de Blé Goudé et de jouer sur la peur, l’appui de l’Angola et des mercenaires libériens, la manipulation de l’information par le contrôle des medias, le soutien d’intellectuels enseignants, étudiants et du sous prolétariat urbain. Il s’appuie sur un discours ethno-nationaliste et populiste vantant une seconde décolonisation et l’indépendance et dénonçant les candidats de l’étranger et instrumentalise l’ethnicité. Il est convaincu que A. Ouattara était à l’origine de la rébellion de 2002. La séduction d’un discours africain et d’un résistant contre le monde occidental à la Robert Mugabe et les ingérences internationales est grande auprès de certains Africains. Avec habileté, il a signé des contrats avant les élections avec les grands groupes français (Bouygues, Bolloré, Total). Il dispose de réseaux « France Afrique » qu’il sait activer et il joue sur la menace concernant la sécurité des 15 000 français (dont 60 % de bi nationaux). Il sait jouer de l’argumentaire deux poids deux mesures en notant le caractère non démocratique de nombreux régimes africains qui le condamnent. Les gels des avoirs de la part de l’UE, les menaces de la CPI, les ultimatums pour son départ ont plutôt renforcé sa stature de résistant. En revanche, il a besoin de 70 milliards FCFA par mois pour payer les fonctionnaires et les militaires, or il a hypothéqué pour 2 ans les recettes pétrolières (110 milliards FCFA) et risque de ne pas bénéficier des recettes cacaoyères (329 milliards FCFA).
A. Ouattara a gagné la bataille diplomatique. Il a la légitimité de la victoire électorale mais n’a pu mobiliser ses partisans dans la rue. Il a l’appui du Nord dont il est originaire et la stature d’un ancien premier ministre d’Houphouët Boigny et d’un directeur adjoint du FMI. Il a la plus grande légitimité auprès de la communauté financière internationale pour redresser l’économie et les finances du pays. Mais il a été relativement absent, en dehors de déclarations verbales et n’a pu montrer sa posture de chef d’État étant dépendant de la protection de l’ONUCI. Il est resté enfermé dans son hôtel et ne pourra participer à la prochaine conférence de l’UA que par l’intervention des hélicoptères de l’ONUCI. Il bénéficie des Forces nouvelles (4 000 hommes) pouvant recevoir des appuis africains. Il peut tirer profit de l’assèchement économique et financier de L. Gbagbo du fait de l’affectation des comptes de la BCEAO même si son gouverneur a été nommé par Gbagbo.
Quelles perspectives ?
Quelles sont les perspectives, après près de deux mois d’impasse ? Tout a été fait pour éviter le scenario du pire celui de la guerre civile. Mais les médiations de la CEDEAO et de l’UA ont échoué comme prévu et les solutions diplomatiques ont montré leurs limites. Les sanctions de l’UE, de la Banque mondiale ou du FMI, les menaces de la CPI n’ont eu, jusqu’à présent (20 janvier 2011) que peu d’impact. Les réunions des chefs d’État major de la CEDEAO continuent de faire planer la menace d’une intervention militaire.
Plusieurs scenarii sont possibles. Le départ de L. Gbagbo à la Haïtienne parait plus que jamais très improbable. Une cohabitation à la Zimbabwéenne ou à la Kenyane a montré ses limites. Un affrontement entre les forces nouvelles et l’armée loyaliste appuyée par l’Angola et les mercenaires Libériens présenterait des risques très élevés de guerre civile et aurait des coûts considérables non seulement pour la Côte d’Ivoire mais également pour la région. De nouvelles élections auraient pu être proposées par le Conseil constitutionnel mais on reviendrait à la case départ alors que les élections ivoiriennes ont été les plus chères que l’on ait connu dans le monde. Une opération ciblée éclair concernant L. Gbagbo de type Entebe est peu réalisable du fait du système de protection assuré notamment par les Israéliens. Une partition du pays en deux conduirait à un retour à la case départ et entérinerait une opposition entre le Sud économiquement utile et le Nord enclavé. Un coup d’Etat militaire est toujours possible même si Gbagbo contrôle les forces spéciales de sécurité.
L’étranglement économique et financier a des coûts élevés pour les populations mais il peut asphyxier le « système » Gbagbo. Les mouvements populaires ont été jusqu’à présent limités mais ils peuvent se développer avec le non paiement des fonctionnaires, la flambée des prix et la montée du chômage.
Les défis à relever post crise et conflit sont considérables. Si A. Ouattara l’emporte en définitive, il devra réaliser une pacification durable et une reconstruction économique avec l’adhésion de la population et pas seulement les appuis extérieurs. L’économie ivoirienne est paralysée. On estime à plus de 500 000 les pertes d’emplois. Les départs des immigrés ont été supérieurs à 1 million. Les grands groupes peuvent faire le gros dos mais la situation est catastrophique pour les PME où les Libanais mais également les Ivoiriens ont un rôle central. Les filières cacao et café se sont maintenues (1,2 millions tonnes soit 40% des exportations mondiales) mais un fort ralentissement est notable pour les secteurs de PME. Le port d’Abidjan a vu se réduire de moitié son trafic. Les primes de risques des grands groupes ont flambé. L’administration est divisée et paralysée.
C’est par des mouvements populaires montrant une détermination de rompre les blocages politiques qui paralysent ou ruinent l’économie que A. Ouattara aura sa forte légitimité. Peu de pays ont autant mobilisé de financement, d’efforts de la communauté internationale pour sortir de la crise. Chacun sait qu’une crise durable ou des affrontements violents concerneraient toute l’Afrique de l’Ouest. //////
Manuscrit clos le 20 janvier 2011. Publication le 21 janvier 2011.
Copyright Janvier 2011-Hugon/Diploweb
RCI-Diploweb.pdf
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Rédigé par psa le 23/01/2011 à 15:23
La Tunisie fait modèle et semble donner des sueurs froides aux dirigeants et Princes du Maghreb et du Golfe. C’est l’Internationale tunisienne qui déferle et se déferle. Elle ne balayera pas tout sur son passage, en même temps; elle ne fera pas si vite « Table rase » de l’Histoire et du passé de tous ces peuples et de tous ces dirigeants. Nombreux sont toutefois ceux qui tremblent sur leur séant. Ils ne perdent rien à attendre. Les Peuples sont patients. Puisque la Liberté ne les fatigue pas, ils sont réalistes et continuent à demander l’impossible, dixit Le Ché. Même que la police tunisienne manifeste avec le peuple; elle est devenue la fameuse "Volkspolizei", la People’s Police, la Police du Peuple qui ne peut rester qu’avec le peuple. Les États policiers ont du souci a se faire; les dirigeants sont sous pression.
Loin des soucis des Bouteflika et autres Kadhafi et Moubarak de ce monde, il faut absolument prendre le temps de savourer le grand bonheur, ce parfum de Liberté qui déferle sur tout un pays, tous ses dirigeants et puis, le tout embrase le monde. Une Révolution de Jasmin, nous dit-on. Incroyable! Hier encore ils étaient rien; aujourd’hui ces Tunisiens sont tout.
C’est à croire que c’est pour la Tunisie –qui n’a jamais été communiste malgré les tentations, c’est à croire que l’Internationale leur avait été créée… juste pour la Tunisie. L’internationale, le fameux hymne aux paroles redoutables qui convoquent carrément le goût, la soif et les pulsations de Liberté au prononcé de chacun de ses mots-sentence. Extraordinaire inventions des communistes, traduite dans presque toutes les langues de la terre, l’Internationale –même pour nous les non-communistes, cette Internationale, cette « Éruption finale » mérite d’être fredonnée par ces temps de fraicheur et de renouveau. L’Internationale finira d’ailleurs un jour comme patrimoine de l’humanité à l’UNESCO. Ce « Sera le genre humain » qui remporterait alors cette « Lutte finale ». En attendant, les Tunisiens, jadis Foule esclave, désormais…
Tirent l’esprit du cahot
Battent le fer quand il est chaud
Attention…
Le monde va changer de base.
Fredonnons ensemble cette chanson de base.
Couplet 1 :
Debout ! Les damnés de la terre.
Debout ! Les forçats de la faim.
La raison tonne en son cratère :
C’est l’éruption de la fin
Du passé faisons table rase
Foule esclave, debout ! Debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !
Refrain :
C’est la lutte finale
Groupons nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain.
C’est la lutte finale
Groupons nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain.
Couplet 2 :
Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni Dieu, ni césar, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !
Refrain :
C’est la lutte finale
Groupons nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain.
C’est la lutte finale
Groupons nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain.
Hymne-L'INTERNATIONALE.pdf
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Rédigé par psa le 21/01/2011 à 21:12
Il nous faut vite tirer cette affaire au clair. Il n’y a aucune stabilité en dictature! Il semble que c’est au nom de la stabilité que la reprise en main de l’exploit populaire réalisé par les Tunisiennes et les Tunisiens est mis en bière par le reliquat d’apparatchiks du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), épargnés par la grande vague. Une dictature n’est nullement une stabilité, pas plus politique, économique, sociale et touristique. Une dictature n’est pas une destinée des peuples stables ou une destination tranquille pour fonctionnaires de la Banque africaine de Développement.
La preuve est largement faite pour que la paire gouvernante intérimaire, le président Foued Mebazaa et son Premier ministre Mohammed Ghannouchi forment un gouvernement qui soit réellement le reflet de la demande citoyenne : toute stabilité doit être éthique et viser le suprême bien commun. L’Histoire des peuples nous l’apprend et nous le répète, à travers tous les âges.
Il ne peut dont y avoir de stabilité dans un pays lorsque le système, clairement rejeté, est gratifié par les postes stratégiques dévolus aux mêmes personnes, dont particulièrement le ministère des Affaires étrangères (Kamel Morjane), le ministère des Finances (Ridha Chalgoum) et surtout le ministère de l'Intérieur (Ahmed Kriaâ) qui serait en charge des élections prochaines. L’apostasie ne pouvait pas durer trop longtemps. La récupération de la Révolution de Jasmin du 14 janvier 2011 était trop flagrante. On comprend alors la nouvelle détermination du peuple et son retour devant les marches de l’Histoire pour la reconquête de son pouvoir déjà perverti par des gueux politiques.
Il ne peut donc pas y avoir de tranquillité –dixit Martin Luther King, avant que la droiture, la sagesse et le sens de cette Histoire ne soient restitués par ceux-là qui pensent y mettre une digue, des digues sur son cours, et la détourner de sa destination normale… l’embouchure de Liberté-Ordre-Justice, l’embouchure du golfe de Tunis.
Une Tunisie stable, c’est bien ce qu’était la Tunisie d’avant le vendredi 14 janvier 2011 ; une Tunisie stable et aveugle du mal-être des siens ; une fausse stabilité. Prendre la même oligarchie et refaire une Tunisie stable est pure imposture. Ici, là, aujourd’hui, la stabilité est la fidélité à la voix de Dieu, la voix du Peuple. Cette voix nettement audible hurle un véritable changement, un véritable chargement d’éthique, celle qui procure la vraie stabilité. Pour la fausse stabilité, celle du désordre, les Tunisiens peuvent pouvoir s’en passer maintenant au prix de toutes ces années de sacrifice. Ils ont bien raison ! Des centaines de Tunisiennes et de Tunisiens peuvent occuper et remplir admirablement les fonctions gouvernementales encore confisquées au nom de la fausse stabilité. À d’autres !
Tous à bord ! Tous, nous sommes pour Liberté-Ordre-Justice, la devise même de la Tunisie ; elle est suffisante et incarne mieux la stabilité, la stabilité partagée, la vraie stabilité. Pour la stabilité sclérosée, la majorité des Tunisiens n’en veut plus ; elle qui est encore debout, guidée par la Main de Fatimah et la grande histoire de Carthage. Nous sommes tous à cet autre grand rendez-vous de l’Histoire avec nos amis tunisiens. Que ça fait bien longtemps que vous poussiez des cris de désolation ! Désormais, nous sommes à bord avec vous, pour une destination hautement stable, davantage louable et équitable.
Rédigé par psa le 19/01/2011 à 07:00
Il persiste au Togo, la nécessité d’une action politique volontariste, désintéressée, communicative, convaincue et crédible. À l’aube de la nouvelle décennie initiatrice d’un nouvel horizon cinquantenaire pour le développement, c’est probablement le vœu le plus ardent que l’on pourrait former à l’endroit de ce pays de peu de mots. De loin, le Togo porte à confusion et se prête même à un imbroglio politique sans fin. Vu de près, le Togo a le mérite de permettre un diagnostic précis et sans équivoque, clair et non théorique : défaut d’enthousiasme.
Amada, Femme Africaine
Pour avoir pratiquement manqué tous ses rendez-vous politiques par une curieuse et répétitive erreur de jugement –qu’il n’est plus décent d’énoncer ou de dénoncer, c’est désormais d’une véritable rupture de citoyenneté, c'est-à-dire d’un tracé de ligne clairement identifiable par tous et de partout, un véritable cri d’honneur et de compétence politique, dont il faudra se munir pour dépasser les surenchères égoïstes, et aussi ce qu’Édem Kodjo identifie comme « l’accumulation des frustrations » dans sa brûlante Lettre ouverte à l’Afrique cinquantenaire, une Afrique dont le Togo fait toujours partie.
Littéralement et à travers villes et villages, le Togo croule sous des frustrations et les Togolais manquent d’enthousiasme, conséquemment. Il est temps d’y sonner un réveil audible et crédible à la fois, en diminuant les nombreux bruits de fond dont, essentiellement : le clivage ethnique et ses manifestations réelles et dommageables au tissu social et particulièrement face à la participation à la gestion effective de la chose publique d’une part, l’absence d’un consensus national minimum construit et appliqué dans la bonne foi et présenté par des acteurs crédibles d’autre part. De tels constats, relevés à hauteur des Togolaises et des Togolais et à même le terrain, appellent effectivement un leadership politique médiateur, une gouvernance communicative et intégratrice des citoyens du Togo, la diaspora y compris car recours et supportrice d’une frange importante de la population togolaise; c’est cela un réveil vrai, audible et crédible pour être porteur d’un enthousiasme citoyen contagieux et réparateur des frustrations.
Il est indéniable que l’Histoire politique du Togo demeure encore celle de la division et de son exacerbation au fil des confrontations et malentendus des cinquante dernières années. Et, c’est parce que l’Histoire togolaise se présente ainsi qu’il y a nécessité d’affirmer qu’un autre Togo est possible et s’atteler, l’instant d’après, à le réaliser hors de l’insuccès des sentiers déjà connus et fréquentés toutes ces années durant. On y arrivera en usant de peu de mots et à coup d’actes hautement éthiques : une certaine idée du Togo ouvertement communiquée et assumée. Il ne nous est donc plus permis de continuer à perdre le Togo dans l’inefficacité et l’absence de résultats partagés, encore moins dans l’activisme de la complaisance. Il n’est désormais plus permis d’adopter une posture boudeuse de nous-mêmes et de nos capacités à forger l’avenir. Il est véritablement temps de faire le Togo et le faire pour de bon.
L’essentiel du Togo a été dit et redit. Il est largement connu et reconnu de tous et de chacun maintenant que les hypothèques jadis gonflées à l’orgueil se sont abaissées –et leur modestie même les abuse dorénavant, au point où l’Histoire du Togo s’est arrêtée pour reprendre son souffle. Le Togo est simplifié; il est prêt à un autre ensemencement politique. Le Togo est prêt à recevoir des idées, des idées de bâtisseurs; le Togo politique est devenu un pays normal.
Il faut faire vite et bien! Il faut redonner le goût du Togo aux Togolais dans ces périodes utiles, studieuses et éloignées des soubresauts et fièvres électoralistes de début et de fin de mandat présidentiel. Il faut faire vite et bloc pour assumer collectivement le Togo, liquider ses passifs encore douteux, réaliser ses actifs restés juteux, prêcher par l’exemple et la professionnalisation de la vie publique. Il faut faire vite et brave par des choix audacieusement partagés à la seule lumière du jour et des compétences, celle qui peut faire renaître l’enthousiasme au Togo, en peu de mots et en très peu de maux. Le Togo ne saura se transformer qu’à travers une telle vision et au rythme de cette mutation et de ce dépassement longtemps attendus de ses élites politiques.
Comme le surgissement des nations au moment où l’on s’y attend le moins, il m’a été susurré que l’éveil du Togo coïncide aussi avec un subit changement générationnel qui ne peut se permettre de faire l’économie d’un pays totalement réinventé, mais seulement avec des méthodes nouvelles et la compétence partagée. Le Togo s’est effectivement tu trop longtemps qu’il ne semble plus posséder sa fierté d’être un des fils ainés des indépendances africaines et de ses idées émancipatrices : unité africaine, communauté économique, autonomie monétaire régionale, plan d’action de Lagos, etc. Plus que la politique politicienne, celle des uns et des autres, il y a le métier d’Homme, le métier de Citoyen, le devoir d’Être qui reste à exercer convenablement. Il est donc temps de savoir si Nous, Togolaises et Togolais, voulons rester longtemps couchés ou nous lever et redresser notre pays, avec enthousiasme.
Il y a nécessairement un nouveau pacte de grandeur à présenter aux Togolaises et aux Togolais avec respect, courage et créativité. C’est la confection hardie et le tricotage serré de ce parchemin de large consensus qui serviront de feuille de route à cet autre Togo qui va bien au-delà des querelles partisanes récurrentes et vaut plus que les seules ambitions trop longtemps individualisées… C’est ce qui ressort de mon récent et prolongé séjour au Togo, à la faveur du lancement de l’indispensable Fondation Pax Africana.
Togo.Un autre Togo est possible.pdf
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Rédigé par psa le 12/01/2011 à 03:33
C’est Jared Lee Loughner, 22 ans, et un passé de déséquilibré, qui tenait l’arme automatique. Il a visé d’abord la parlementaire, d’une balle à bout portant dans la tête. Puis il l’a retournée sur la petite foule qui entourait la représentante démocrate, dans le centre commercial de Tucson, en Arizona. Amenée à l’hôpital, Gabrielle Giffords lutte encore contre la mort. Mais six autres personnes, dont une enfant de 9 ans et un juge fédéral, n’ont pas survécu à la tuerie. Et il n’a fallu que quelques heures pour que les États-Unis, commotionnés par la violence de cet acte, s’interrogent à haute voix: qui est réellement à blâmer?
Christina Green Taylor, née le 11 septembre 2001, emportée par le fanatisme politique
La petite Christina Green Taylor était née le 11 septembre 2001. Parmi d’autres bébés américains nés le même jour, son sourire de poupon apparaissait dans un livre qui voulait regrouper «les visages de l’espoir», pour tourner la page de cette tragédie. Mais samedi, la fillette est morte dans une nouvelle tragédie américaine, tombée sous les balles d’un jeune tueur fou, qui avait à peu près son âge en 2001, et qui a provoqué un carnage en Arizona, la Mecque du fanatisme étatsunien.
Un éternel recommencement? Un nouveau signe que la violence fait partie, à maints égards, des mœurs politiques américaines? Ou la preuve d’une dérive affolante, d’une atmosphère nationale empreinte désormais de «vitriol», pour reprendre le mot qui fleurissait ce week-end dans les commentaires liés au massacre?
Quel que soit le passé individuel du jeune tueur de Tucson, quelles que soient les noirceurs personnelles qui l’ont amené à passer à l’acte, les États-Unis ne pourront plus se voiler la face devant le niveau de haine qui entoure désormais leur débat politique. La liberté d’expression conjuguée à celle du port des armes à feu; la défense des droits individuels inscrite dans la tradition du western: le mouvement du Tea Party a contribué à transformer ce qui pouvait ne rester qu’un cirque politique en une dangereuse arène où rêvent de se produire fanatiques et déséquilibrés.
Armes à feu brandies dans les réunions, explosion du nombre de milices armées d’extrême droite (passées de 600 à 900 en une décennie), appel de certains responsables politiques à la «résistance armée» face à la «tyrannie» que représenterait le gouvernement de Washington… Les indices avant-coureurs étaient suffisamment nombreux qui annonçaient de graves «conséquences», comme le prophétisait elle-même la parlementaire de l’Arizona Gabrielle Giffords, aujourd’hui entre la vie et la mort.
Sarah Palin et les siens, c’est entendu, ne pourront plus continuer de faire de la politique comme ils pratiquent la chasse au caribou en Alaska. La tuerie de Tucson annoncera peut-être l’arrivée à maturité du Tea Party, voire son déclin inéluctable. Mais pour le «visage de l’espoir» de la petite Christina, c’est déjà trop tard. ////Luis Lema
Rédigé par psa le 10/01/2011 à 20:00
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