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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Le chantage journalistique, cette facilité à délaisser le vrai pour le faux qui fait la fortune de certains journaux et journalistes, connaît son heure de déshonneur. C’est pratiquement la main dans le sac que les journalistes français Éric Laurent et Catherine Graciet ont été pris, à la faveur de quelques rencontres, enregistrements de conversations, engagements manuscrits, avance réclamés et perçus : les deux journalistes s’engageaient ainsi à « ne plus rien écrire sur le roi du Maroc, en contrepartie du versement de la somme de deux millions d’euros ». Pudiquement, ça s’appellerait : accord financier ou échange de bons procédés. Quelle idée et quel acte désespéré que d'abandonner ses convictions pour céder à une rémunération fortuite et passagère. Quel abandon! Quel renoncement!


"Notre ami le Roi M6"
"Notre ami le Roi M6"


Le détour par l’Afrique est devenu très rentable pour une classe de journalistes. Le fils Mitterrand lui-même, journaliste chassé de Lomé par une dictature, n’a pas hésité à devenir un habitué du même régime Gnassingbé Eyadema. On se souvient de Cheikh Yérim Seck alors journaliste à Jeune Afrique qui n’a pas hésité à réclamé quelques centaines de milliers de dollars à Dadis Camara, chef de junte guinéenne, moyennant le polissage de son image dans le magazine panafricain.

Les exemples sont nombreux et scabreux, particulièrement au moment des élections présidentielles en Afrique, les dernières du Togo en avril 2015 n’y ayant pas échappé, tant les reportages de certains journalistes –radios, télévisions et presse écrite, laissaient clairement transparaître leur corruption manifeste. La cible Afrique par certains journalistes n’est donc pas un hasard. Tellement les situations sont inacceptables sur le continent et elles se prêtent aussi facilement à des chantages ou des ententes rentables en faveur des dirigeants africains. Du donnant donnant, l’honneur et l’éthique en moins.

Manifestement, c’est le coup de fric que les deux journalistes ont voulu réaliser avec le pouvoir royal marocain. Avec les redoutables services de renseignements marocains, le tout s’est transformé en un traquenard contre les journalistes Éric Laurent et Catherine Graciet, une plainte en bonne et due forme ayant été déposée à la police judiciaire française à Paris, une fois que la décision de piéger les journalistes avait été prise. Le tout est allé très vite par le truchement d’un avocat représentant les intérêts du Maroc dans une négociation rondement menée et bouclée en deux rencontres décisives dans un hôtel cossu de Paris.

La démocratie comme bouclier des dirigeants

Les enregistrements ont fait le reste. En convoquant l’oubli chez les deux journalistes, le dévoilement des enregistrements bouscule même le bon vieux principe de la présomption d’innocence : «Vous et madame Graciet, [êtes] disposés à renoncer à la publication de cet ouvrage, et de façon plus générale [que] les informations sensibles que vous avez, vous étiez disposés à prendre l’engagement de les oublier», raconte le JDD. A la demande de l’avocat du royaume chérifien, le journaliste Éric Laurent assure que sa coauteure Catherine Graciet est au courant de la démarche et du montant demandé pour leur faire oublier leur zèle.

«Je veux trois. - Trois quoi, trois mille ?, interroge l’avocat. - Non, trois millions. - Trois millions de dirhams ? - Non, trois millions d’euros». Les négociations auraient ramené le tout à deux millions d’euros. Un million chacun pour évider de diffuser des renseignements sensibles, arrêter la publication de livre, etc. Le jour J, seule la journaliste se montrerait un tout petit peu méfiante, surtout du téléphone cellulaire de l’avocat négociateur. Mais une avance de 40 000 euros à chaque journaliste fait tomber toutes les résistances. Les deux journalistes seront cueillis par la police judiciaire au sortir de la rencontre fatale.

L’avocat de Catherine Graciet, Me Eric Moutet, a confirmé vendredi soir l’existence d’un marchandage financier, dans un « contexte très troublant ». « Le royaume marocain a des comptes évidents à solder avec Catherine Graciet, et un nouveau livre sur l’entourage du roi est en préparation au moment où le marché financier se met en place », a-t-il déclaré. Pour lui, « Il y a dans cette affaire une logique de stratagème qui s’est mise en place », et « l’instruction devra déterminer le rôle de chacun » dans ce qui fait problème.

L’avocat d’Éric Laurent, William Bourdon, a ainsi reconnu l’existence d’un « accord financier ». Il a néanmoins réfuté tout chantage ou extorsion de fonds, dénonçant un « traquenard » et une « manipulation » des autorités marocaines, dénonçant une « opération politique » de Rabat contre deux journalistes critiques, « dont l'enquête est de nature à révéler de lourds secrets ». « Éric Laurent reconnaît et assume, pour des raisons qui tiennent à un contexte personnel difficile, avoir consenti à rechercher un accord financier dans des conditions totalement étrangères à un chantage ou une extorsion de fonds », a déclaré samedi son avocat, Me William Bourdon. Pour ce dernier, ce qui fait problème « c'est précisément l'avocat mandaté par le roi qui piège les journalistes par des enregistrements sauvages ».

C’est ça qui est ça! Et c’est bien là où conduisent les compromissions journalistiques. Pire encore, les chefs d’État africains mal élus sont devenus la cible de tous les escrocs politiques, sous tous les prétextes inimaginables : publicité, sécurité, élections, relations amoureuses, interview, etc. Pour tout cela, la démocratie et l’alternance, en conférant le bouclier des peuples aux dirigeants, demeurent les meilleurs remparts contre la manipulation et les traquenards des uns et des autres, des uns contre les autres. Vivement la démocratie.

Mot à Maux


Rédigé par psa le 30/08/2015 à 07:00



Devant l’urgence d’une crise financière mondiale drainée par les « subprimes », dès son arrivée même au pouvoir, Barack Obama a su tirer l’économie américaine vers le haut : le pays s’est en partie réinventé et la consommation intérieure des ménages a repris, c'est la joyeuse Tomatina Obama. Si aujourd’hui cette économie américaine apparaît comme un garant de relative stabilité, c’est aussi parce que Barack Obama a su insuffler un vent d’optimisme.


La Tomatina économique d’Obama
L’impact de la Maison-Blanche sur la santé de la première économie mondiale est souvent exagéré. On continue ainsi de considérer la présidence de Bill Clinton comme le modèle à suivre tant les États-Unis furent prospères sous son règne. Or l’économie américaine allait imploser peu après l’éclatement de la bulle internet. Pour Barack Obama, le bilan est plus difficile à dresser.

En prenant des décisions courageuses dès son arrivée au pouvoir dans une situation d’urgence, le démocrate a sans doute contribué à éviter un cataclysme mondial. Le plan de relance qu’il a soumis au Congrès, le sauvetage de l’industrie automobile et la politique audacieuse de la Réserve fédérale ont permis à l’Amérique de sortir d’une crise des «subprime» qu’elle avait elle-même provoquée.

La dette de 18 000 milliards de dollars est suspendue comme une épée de Damoclès sur l’avenir des États-Unis. Mais, si elle a explosé sous Barack Obama, c’est parce qu’il a hérité de deux guerres ruineuses en Afghanistan et en Irak et de la pire crise économique depuis les années 1930. Le camp républicain et les milieux d’affaires ne lui pardonnent pas d’avoir régulé Wall Street à travers la Loi Dodd-Frank pour sanctionner les dérives des années 2000.

La Tomatina économique d’Obama
Si aujourd’hui l’économie américaine apparaît comme un garant de relative stabilité, c’est aussi parce que Barack Obama a su insuffler un vent d’optimisme: le pays s’est en partie réinventé avec vigueur. Même si sa stratégie n’a pas produit les effets escomptés, il a rapidement œuvré pour tenter de faire des États-Unis, second plus grand émetteur de gaz à effet de serre, une économie plus verte axée sur la technologie.

Quitte à se mettre à dos ses amis démocrates, il pousse, en tant que président globalisé, à la conclusion du Partenariat transpacifique, un traité de libre-échange avec 11 autres pays représentant 40% du PIB mondial. Pour lui, le maintien de la puissance américaine passe par l’économie et par l’Asie.

Barack Obama met toutefois en garde contre les risques encourus par l’économie états-unienne. L’explosion des inégalités de revenus pourrait mettre à mal la cohésion du pays. Le président démocrate exhorte en vain le Congrès à investir dans des infrastructures qui ne sont pas dignes de la première puissance mondiale. Jugeant que l’innovation est le nerf de la guerre économique de demain, il tire la sonnette d’alarme par rapport aux lacunes du système éducatif américain. Or l’inertie des États-Unis dans ces deux domaines reste préoccupante. ////////Stéphane Bussard

Ad Valorem


Rédigé par psa le 26/08/2015 à 01:41



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