Profil
Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




L’Origine du monde, Gustave Courbet
L’Origine du monde, Gustave Courbet
La dignité, richesse commune aux individus et aux Nations. Cette réalité incontournable est de temps à autre mise à rude épreuve. Ce fut le cas il y quelques semaines au Cameroun ; c’est aujourd’hui le cas au Sénégal et particulièrement au Niger. Et à chaque fois, c’est de manière astucieuse et malicieuse que la Constitution est malmenée. Le cas sénégalais d’apparence anodine demeure une fondamentale agression tout de même, compte tenue de la portée plus que symbolique du projet de changement, par l’Assemblée nationale interposée : introduire le poste de vice-président de la République du Sénégal. Les implications de ce grand toilettage constitutionnel sont hautement politiques et pas seulement juridiques. En fait, la Constitution est tellement importante qu’elle ne peut être laissée aux seules mains des juristes. Et alors on comprend la réserve largement désapprobatrice qui s’élève des cœurs des Sénégalaises et des Sénégalais devant la tentative de Me Abdoulaye Wade, devenu incontrôlable dans son désir répété d’imposer son Sénégal envers et contre tous. Au fond, Me Wade dans une perspective uniquement légaliste a semblé ignorer la légitimité qui lui échappe désormais depuis l’effritement de ses appuis populaires consacré par les dernières élections municipales. Ce qui m’étonne particulièrement c’est le silence de son nouveau premier ministre et pourtant très rebelle et autonome en jugement, Me Souleymane Ndéné Ndiaye (S2N). Lorsqu’on connaît la facilité avec laquelle le président Wade procède à des nominations aux plus hautes responsabilités d’État –six PM depuis 2000 : Moustapha Niasse, Mame Madior Boye, Idrissa Seck, Macky Sall, Cheikh Adjibou Soumaré avant lui-même S2N, il n’y a aucun doute que le poste de vice-président serait une porte tournante à la projection de son fils Karim Wade au firmament politique, après un court intermède probable de notre ami Idrissa Seck. La démonstration de cette probabilité intrigante a déjà été faite par le président Wade, dans le traitement même de la défaite de Karim aux dernières municipales ; lesquelles déconvenues sont étonnamment récompensées par sa nomination au gouvernement comme ministre d’État en charge d’un portefeuille immense comme jamais dans l’histoire administrative du Sénégal. Alors, le poste de vice-président est loin d’être une distraction pour les Sénégalais qui ressentent le bafouement répété et incessant de leur dignité par le président Wade. Ainsi, dit-on à Dakar, la Constitution sera toujours modifiée tant que nécessaire. Et ce fut le cas ce vendredi de mi-mai. Peuple de fiers gens, les Nigériens sont l’une des rares nations à faire mention de leur Dignité dans la Constitution de leur pays. Aujourd’hui, ils n’apprécient pas plus la perversion politique que leur chef d’État voudrait soumettre la Constitution du pays en la détournant au profit de son seul et propre intérêt égoïste : bénéficier d’un troisième mandat. Oui, à son tour aussi, Mamadou Tandja a succombé à cette seule et même tentation de garder le pouvoir quitte à toiletter la Constitution d’un parfum malodorant et illégitimement ressenti. Tout porte à croire que le subterfuge du changement constitutionnel passerait difficilement sur les bords du Niger. Pour en finir, amusons-nous avec le cas du Togo… à venir. Dans ce pays, tout le monde est aveuglé par la perspective de la prochaine présidentielle. Et, les réformes constitutionnelles attendues sont alors reléguées aux oubliettes, et avec elles la revendication de la limitation du mandat présidentiel. Elles interviendront ces réformes. Mais dans le deuxième mandat à venir de Faure Gnassingbé. Et alors seulement, la limitation sera proposée à deux mandats consécutifs non renouvelables, le tout devant commencer le troisième mandat de l’actuel président. C’est amusant une telle réalité car, incapable et méprisante, la fameuse opposition togolaise en est toujours à penser aux élections présidentielles, avec candidat unique, comme si la solution à l’imbroglio politique togolaise réside dans une autre élection dont le résultat est déjà connu. C’est vrai que la Constitution mène à tout et est à l’origine de tout… Sortons-en dignement pour aujourd’hui.


Mot à Maux


Rédigé par psa le 15/05/2009 à 18:18