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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Un vendredi 13 inspirant pour les ministres des affaires étrangères du Portugal, de la France et de l’Espagne. La publication de leur lettre commune, un justificatif point de vue sur tout ce qui bouge et dérange, ce jour, par Le Monde, contraste avec le pessimisme des Irlandais. Au nord l’Europe peine toujours à s’entendre, au sud et outre Atlantique, elle hésite à s’étendre. Il semble bien que "Rénover le dialogue transatlantique" comme le propose ces ministres est un peu loin des préoccupations citoyennes du moment. À moins que l'un aille forcément avec l'autre...


Pierre Bonnard
Pierre Bonnard
Onze pays se sont réunis à Alger pour préparer l'Union pour la Méditerranée et évoquer la paix au Moyen-Orient. Nous avons dressé le même constat : confrontés aux crises et à des dangers pressants, nous devons faire face ensemble, les Etats de la Méditerranée, l'Europe et les Etats-Unis. L'Union est nécessaire, un véritable partenariat euro-atlantique est indispensable. C'était l'enjeu du sommet du 10 juin entre l'Europe et les Etats-Unis.
L'Union européenne, tout au long de ces dernières années, a cherché à s'adapter à un nouveau système politique et de sécurité internationale. La Russie y a repris toute sa place. Le poids croissant de la Chine, de l'Inde et du Brésil reconfigure les alliances et les valeurs. L'Afrique se construit avec l'Union africaine, comme en témoigne le sommet UE-Afrique à Lisbonne, et offre enfin des exemples réussis de développement.
L'Amérique latine joue à nouveau tout son rôle. La Méditerranée, si divisée, si conflictuelle, se propose un nouveau visage, une nouvelle ambition pour le processus de Barcelone avec le sommet de Paris du 13 juillet sur l'Union pour la Méditerranée et lance un pont entre l'Afrique et l'Europe. Le Moyen-Orient se cherche de nouvelles voies originales bien que fragiles au Liban, comme entre Israël et la Syrie.
L'Union européenne et les Etats-Unis ont su, ensemble, réagir au défi du 11- Septembre. Mais l'intervention américaine en Irak et les différences de stratégie ont empêché de tirer tout le potentiel des relations transatlantiques et de bâtir un partenariat solide, exigeant, sur un pied d'égalité. Nous avons une chance historique de le faire. D'un côté, les Etats-Unis se préparent à une nouvelle administration. De l'autre, grâce au traité de Lisbonne, l'Union européenne disposera de nouveaux instruments de décision qui lui permettront de jouer un rôle à la hauteur, non seulement de ses ambitions, mais aussi de défis comme la prolifération nucléaire, l'instabilité des marchés financiers, la crise pétrolière, le changement climatique ou les exigences alimentaires. Nous proposons donc cinq axes de réflexion pour la rénovation de l'agenda transatlantique.
1. Sauvegarder les valeurs et les principes universels qui constituent le fondement de l'alliance transatlantique. La lutte contre le terrorisme ne se conçoit que dans le respect de nos valeurs communes : il faut trouver une solution pour Guantanamo, et nous attendons aussi des gestes sur la peine de mort. L'imposition de la démocratie par la contrainte n'est pas la bonne voie : un long chemin reste encore à parcourir même si nous sommes d'accord sur l'essentiel.
2. Conférer une nouvelle ambition au dialogue transatlantique. La transformation de l'OTAN, la stabilisation et la reconstruction de l'Afghanistan et de l'Irak ou la prolifération des armes de destruction massive nous obligent à resserrer davantage nos liens. Encore faut-il avoir une stratégie politique avant de penser en termes de moyens. "L'afghanisation", si elle réussit, peut servir d'exemple. La conférence de Paris du 12 juin sera l'occasion d'établir cette stratégie politique.
3. Construire un véritable pilier européen de sécurité et de défense. Une politique européenne de sécurité et de défense plus robuste est dans l'intérêt aussi bien de l'Union que des Etats-Unis dans le cadre du système de sécurité et de défense atlantique. Une défense européenne est indispensable à une alliance efficace, et les Américains eux-mêmes nous encouragent dans cette voie. Les Européens devront assurer toute leur part dans la responsabilité globale de maintien de la sécurité et de la stabilité internationales. A condition qu'ils acceptent d'en payer le prix.
4. Traiter de front les conflits du Proche et du Moyen-Orient. L'Europe ne peut se satisfaire de la perpétuation, dans son environnement immédiat, de conflits aussi graves, aussi existentiels que ceux du Proche et du Moyen-Orient. L'Europe ne doit plus jouer un rôle aussi marginal dans la résolution de ces conflits. Les Etats-Unis ont montré qu'ils ne pouvaient seuls y parvenir. Il est temps qu'ils acceptent que l'Union européenne puisse y travailler à leur côté.
Le Qatar, la Turquie, l'Egypte, la Ligue arabe ont montré que, sur des questions aussi complexes que la crise libanaise, le conflit israélo-syrien ou Gaza, l'on pouvait s'y essayer et parfois même réussir, comme au Liban, avec une méthode simple : le dialogue et la négociation. Nous devons tout faire pour que le processus d'Annapolis se poursuive. Seul un Etat palestinien démocratique et viable peut être le garant de la sécurité d'Israël. L'Europe, parce qu'elle est l'amie des pays arabes comme d'Israël, peut garantir un accord de paix.
5. Renouveler le dialogue stratégique. L'importance des flux commerciaux et financiers entre les deux rives de l'Atlantique devrait nous permettre d'exercer une influence plus marquée dans la régulation des marchés internationaux et de rééquilibrer le système international, pour parvenir à la sécurité énergétique et alimentaire, pour s'attaquer à la pauvreté et au sous-développement.
Tandis que le monde change et que de nouveaux acteurs y prennent place, nous devons revendiquer nos valeurs, nos principes, mais aussi nos réussites, et fonder les bases d'une construction commune renouvelée. Dans les mois à venir, alors que l'administration américaine est appelée à se transformer, l'Europe doit se donner une feuille de route et affirmer davantage son rôle dans cette alliance si nécessaire."

Luis Amado, ministre d'Etat et des affaires étrangères du Portugal ;
Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes de la France ;
Miguel Angel Moratinos, ministre des affaires étrangères et de la coopération de l'Espagne.


Diplomatie Publique


Rédigé par psa le 13/06/2008 à 10:25
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