Profil
Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




L’esprit des utopies est-il en train de revenir dans les idées et les cités? C’est ce que semblent indiquer les nombreuses manifestations organisées pendant toute l’année 2010 sous le titre «Utopies & Innovations, inventer pour dépasser les crises», de Bâle à Chalon-sur-Saône en passant par Besançon, Yverdon, Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds, Dijon, Mulhouse et, bien sûr, les Salines royales d’Arc-et-Senans, modèle de cité idéale édifié à la fin du XVIIIe siècle.


Patrick Wecksteen
Patrick Wecksteen


Au même moment, la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne propose un cycle de conférences et de débats sur le même sujet. Et un film de Richard Dindo, racontant l’aventure d’un groupe d’Américains qui va s’installer sur Mars pour faire naître une nouvelle civilisation et une nouvelle race d’êtres humains, sort bientôt sur les écrans.
L’utopie désigne un lieu hors du monde réel où pourrait s’établir une société idéale qui garantisse le bonheur. Le mot, inventé par Thomas More au début du XVIe siècle, et le projet utopique ont accompagné le développement cruel de l’industrie jusqu’au XXe siècle. D’innombrables individus ont tenté de les inscrire dans la réalité et de mettre sur pied des communautés de vie et de travail, y compris en Suisse. Mais le désir d’utopie semblait s’être éteint après les années 1960-1970 et surtout depuis la chute du communisme soviétique, qui a longtemps confisqué l’espérance. Cela n’empêchait pas de rêver de corps et d’esprits impeccables, d’imaginer des horizons harmonieux et de nourrir de nouveaux espoirs alimentés cette fois par de nouveaux dangers, l’urbanisation débridée, les inégalités croissantes, le terrorisme, les menaces sur le climat ou sur la santé. Et de confier l’avenir à la science, comme dans les anciennes utopies. Or toutes les tentatives de les réaliser se sont transformées en cauchemars parce que le bonheur organisé dans les moindres détails, la volonté de maîtrise totale sur l’avenir et l’abolition des incertitudes engendrent aussitôt le contrôle, la surveillance et la conformité comme règles. Les nouvelles utopies ne ressemblent pas aux précédentes qui prétendaient asservir une nature inépuisable; nous savons qu’elle ne l’est pas. Mais le visage grimaçant des vieilles utopies réapparaît dans l’obsession de tout prévoir sous prétexte de sauver l’essentiel.////////Laurent Wolf


Diplomatie Publique


Rédigé par psa le 30/01/2010 à 08:26