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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Panique électorale au Canada et en Suisse! C’est le prix des inactions politiques diverses en Suisse et de l'interdiction absolue de prononcer le mot coalition au Canada, un pays qui largement ne ressemble et ne coincide pourtant pas à son premier ministre de droite.


Bruno Grangé-Cossou, nu-et-spectre
Bruno Grangé-Cossou, nu-et-spectre
Au Canada, comble de malheur, la matantinisation de la politique se poursuit : aucun mot ne doit dépasser l’autre, aucun politicien ne doit allumer les foules sans être forcé de s’excuser les minutes d’après comme l’a fait Gérald Larose : « Je regrette sincèrement certains termes inappropriés que j'ai utilisés », des termes qui faisant référence à ce qu’il considérait comme mensonges de ses adversaires.

C’est vrai qu’il n’y avait pas de panache dans les propos; ce n’était pas du langage politique bien châtié d’un Charles de Gaulle ou d’un Winston Churchill. C’était du Gérald Larose le syndicaliste québécois comme du temps de Georges Marchais en France ou encore du temps de la simplicité volontaire du que-voulez-vous du Jean Chrétien canadien. En tout cas, le Canada est proche du but : les élections sont pour lundi et les citoyens feront l’essentiel en répartissant régionalement leurs voix entre ces politiques qui ne les allument plus dans un pays politiquement divisé et électoralement éclaté.

En Suisse, les sondages confirment l’affaissement des partis traditionnels. Si rien ne change d’ici au 23 octobre, on n’ose imaginer quel Conseil fédéral sortira de ce paysage éclaté. À six mois des élections fédérales, pour les partis gouvernementaux, le constat est alarmant: tous sont en recul, sauf l’UDC qui se maintient très haut, tout près de son objectif affiché de 30% des voix.

L’autre fait marquant n’est pas l’émergence, encore relative, de petites formations centristes, ou le redressement des Verts, mais la profonde et durable faiblesse des socialistes. Désormais coincés sous la barre des 18% d’intentions de vote, ils auront du mal à atteindre leur très mauvais score de 2007 (19,5%). Cette impopularité interpelle. Malgré des mois de critiques contre la finance, malgré un argumentaire développé sur la façon de canaliser l’afflux de travailleurs européens, tout se passe comme si la plus grande partie de l’électorat ne les écoutait plus. Le PS paie ainsi le discrédit dont ses recettes traditionnelles – taxer et subventionner, interdire et encadrer – semblent frappées dans l’opinion.

Ces résultats dessinent une perspective inquiétante, celle d’une Suisse de moins en moins gouvernable, avec des formations traditionnelles en crise, un populisme fort mais sans majorité de rechange, une floraison de micropartis dépourvus d’influence décisive. Si rien ne change d’ici au 23 octobre, on n’ose imaginer quel Conseil fédéral sortira de ce paysage éclaté, et des opaques tractations partisanes qui suivront les élections.

L’irruption, comme possible ligne de force de la campagne, d’un débat mêlant immigration, surpopulation et refus d’une Suisse transformée en «agglo» sans âme, risque d’accentuer les tendances actuelles, en profitant in fine à l’UDC et dans une moindre mesure au pôle écologistes/Verts libéraux. Mais les jeux ne sont pas faits. Même si leur atonie des derniers mois ne laisse guère d’espoir, on peut encore rêver d’un réveil des trois piliers de la concordance, PS, PLR et PDC, qui empêcherait le scénario chaotique esquissé par les sondages de se matérialiser.

Encore faudrait-il que radicaux et démocrates-chrétiens cessent de se chamailler et assument leur volonté de gouverner ensemble, en précisant ce qu’ils comptent faire. Encore faudrait-il que les socialistes donnent d’eux-mêmes une image moins pessimiste, moins désespérément dressée contre les forces du présent. On mesure, en l’écrivant, le gouffre qui nous sépare d’un tel sursaut. Le prix de l’inaction, lui, est désormais clair.////////////Sylvain Besson


Mot à Maux


Rédigé par psa le 28/04/2011 à 08:00