Profil
Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Progrès nul ! Il faut piller au plus vite, avant de perdre le pouvoir ! L’idée est que le sous-développement est avant tout dû à la corruption. L’aide au développement est traditionnellement attribuée aux États. Elle fournit des ressources à des gouvernements corrompus. Il n’est pas surprenant que la plupart des études aboutissent à la conclusion déprimante que l’aide au développement n’aide pas au développement. Angus Deaton, le prix Nobel d'économie 2015, s’est demandé si la solution n’est pas de court-circuiter les gouvernements et de fournir l’aide directement aux populations.


Aide au développement ou Aide à la corruption


Le prix Nobel d’économie a été attribué cette année à Angus Deaton, un Britannique qui a fait l’essentiel de sa carrière à l’Université Princeton aux Etats-Unis. Dans la profession, il est connu pour ses travaux sur la consommation des ménages, ce qui lui a valu sa récompense. Mais après l’annonce du prix, c’est une autre partie de ses travaux, l’aide au développement, qui a été mise en exergue.

C’est un sujet plus concret, sur lequel il a pris une position en pointe et dont il parle volontiers car c’est l’objet de son travail à présent. De la consommation, il est passé aux dépenses de santé, puis à l’offre de soins. Cela l’a conduit à se pencher sur la pauvreté, en particulier en Inde, et donc tout naturellement sur le sous-développement. Il a adopté l’analyse prépondérante parmi les spécialistes, dont je ne fais pas partie mais que j’essaie de comprendre.

L’idée est que le sous-développement est avant tout dû à la corruption. Lorsqu’un gouvernement a une préoccupation majeure, l’accumulation de richesses par ses membres, leurs amis et leurs familles, il ne remplit pas son rôle de soutien à la croissance. L’absence d’un cadre juridique de l’activité économique ne permet pas aux entrepreneurs de fonctionner, du moins en dehors des mécanismes de corruption. Le gouvernement ne fait rien non plus pour l’éducation et la santé, reconnues comme des préconditions au développement économique.

Comment, en effet, un pays peut-il s’insérer dans l’économie mondiale si une part importante de la population est analphabète? Pourquoi dépenser de l’argent pour la formation quand l’espérance de vie est faible? Si l’enrichissement est le but principal des dirigeants, ce qui compte est de se maintenir au pouvoir aussi longtemps que possible face aux appétits concurrents. Cela signifie que, pour eux, la démocratie est une bien mauvaise idée et que l’armée, instrument de survie politique, est l’objet de toutes les attentions. Cela signifie aussi qu’il faut piller au plus vite, avant de perdre le pouvoir.


L’aide au développement aide-t-elle au développement?

Or l’aide au développement est traditionnellement attribuée aux États. Elle fournit des ressources à des gouvernements corrompus. Il n’est pas surprenant que la plupart des études aboutissent à la conclusion déprimante que l’aide au développement n’aide pas au développement. Angus Deaton s’est demandé si la solution n’est pas de court-circuiter les gouvernements et de fournir l’aide directement aux populations.

On sait bien que des sommes très modestes peuvent avoir des effets spectaculaires en matière de santé ou d’agriculture lorsqu’elles visent directement ceux qui en ont besoin et qui savent comment en tirer le meilleur parti. Mais il va plus loin. Sa conclusion est que ce type d’aide a des effets positifs à court terme mais négatifs à long terme. Par exemple, il observe qu’un système de santé ne peut pas être géré de manière permanente depuis l’étranger. Le gouvernement local n’ayant aucune raison de dépenser de l’argent si le service est fourni par l’étranger, aucun système de santé n’est mis en place et le sous-développement perdure. Progrès nul.

Sa recommandation est tout aussi radicale. Il demande que les gouvernements des pays avancés et les organisations internationales cessent leurs aides traditionnelles et la bonne conscience qui vient avec. Il suggère des actions politiquement beaucoup plus délicates: fin des ventes d’armes, ouverture au commerce dans des domaines aussi sensibles que l’agriculture, développement de médicaments pour traiter les maladies des pauvres et, plus généralement, arrêt de la complaisance à l’égard de régimes kleptomanes.

Conclusion logique, mais ô combien délicate, car elle vise des acteurs puissants dans les pays avancés. Il s’agit de s’attaquer au commerce des armes, au protectionnisme proverbial de l’agriculture ou encore à des intérêts géopolitiques plus ou moins avoués.

Pendant que cette réflexion de Deaton émerge au grand jour, dévoilé à Accra au Ghana, le dernier rapport sur la pauvreté en Afrique de la Banque mondiale nous dit: « La pauvreté à travers le continent peut être plus faible que ce que suggèrent les estimations actuelles, bien que le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté aient considérablement augmenté depuis 1990 ». Plus que jamais la question "Développement" en soi est devenue aussi complexe qu’incertaine./////////Charles Wyplosz


Angus Deaton, prix Nobel d'économie 2015
Angus Deaton, prix Nobel d'économie 2015

Mot à Maux


Rédigé par psa le 22/10/2015 à 02:00



La lucidité de Mathieu Kérékou contrastait avec sa personnalité; il avait rendez-vous avec l’histoire et il ne l’avait pas manqué.


Mathieu Kérékou, Laudem ad Imperfectionem
●IN MEMORIAM●

Incarnation abrupte aussi longuement tenace qu’invraisemblable de l’absolu mal
De près, de loin et au pas, il personnifiait une rouge révolution communiste brutale
Dans une Afrique quasi insouciante aux accents lugubres des partis uniques totalitaires
L’homme détonait et chantonnait d’une voix pierreuse qui faisait fuir tous les dignitaires
Voulant rebâtir pays à sa seule ressemblance, ce militaire engendra véritable potentat
Disant assez du Dahomey pris au piège d’Intellectuels tarés friands de coups d’État.

Voici donc un Bénin façonné par l’innocence de confectionner une nation nouvelle
Duels permanents entre passé et avenir, tout y manque jusqu’au temps matériel
Bâtir le bonheur des gens contre leur désir a toujours été pleurs, leurres et rancœurs
Forces vives dissidentes deviendront alors valets locaux, mercenaires et collaborateurs
Ennemis réels et imaginaires, de partout la révolution avalait enfants et zémidjans
Exil ou soumission, la patrie ou l’au-delà, tout marchait à la cadence Ehuzu-Dandan.

Tourner en rond en se mordant indéfiniment langue et queue donne souvent vertige
Encore faut-il se résoudre à l’évidence qu’une issue autre ne sera que lucide prestige
Foi naissante et courage aidant, pourquoi ne pas s’en confesser à Monseigneur de Souza
Nul autre que l’homme d’Église pour assurer discrétion loin du bruyant marché Dantokpa
Heure venue, volonté rassemblée, tout Cotonou accueille cette Conférence nationale
Des Forces vives dissidentes retournent alors au chevet d’une patrie en agonie totale.

Collectivement, les creux de la Jarre trouée furent bouchés par les doigts des mains unies
Initiative historique pour incarner l’Aube nouvelle d’une expérience originale de démocratie
Afrique audacieuse embrassant ainsi une alternance politique pacifique sans aucun canon
Jours inédits pour un Bénin auréolé d’admiration et offrant à Mathieu Kérékou le Grand Pardon
Éthique, acte du bien durablement servi, tu sais te faire reconnaître par toutes les nations
Voulue par tous les peuples, tu sais convertir les dures souffrances passées en réconciliation.

Que de chemins depuis parcourus par un Bénin inachevé, mais toujours enthousiaste et modèle
République fièrement refondée sur un piédestal attentif à tout tripatouillage constitutionnel
Dans une Afrique livrée à un syndicat de chefs d’État qui jamais n’envisagent leur pays sans eux
De mandat en mandat, s’y ajoutent même les fils à papa se croyant héritiers forts et chanceux
Devant toute forme d’opposition politique, les résultats précèdent élections et référendums
Pourquoi donc partir si l’on peut rester, réprimer et déjouer cette CPI mangeuse d’hommes.

Mathieu Kérékou, à jamais audacieux, indique encore et toujours la voie salutaire de la modernité
Se servir du pouvoir pour servir d’exemple à tout un continent, et mettre le cap sur la prospérité
D’une entrée par effraction révolutionnaire à cette sortie triomphale aux couleurs de caméléon
Sans jamais laisser les branches du pays se rompre sous ses pas conquérants d’avant panthéon
Dignité oblige, son triomphe réside dans le choix de la semence fécondée de l’humaine condition
Mathieu Kérékou a tenu tête à toute tentation coupable, pour mériter louange à son imperfection.


●IN MEMORIAM●



Silence


Rédigé par psa le 21/10/2015 à 00:01



1 2 3 4