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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Lettre de Jean-Paul Monchau, ancien ambassadeur de France au Bénin (2011-2013). Un pavé dans la mare électorale béninoise : « Boni Yayi avait compris que je prenais ses déclarations au pied de la lettre et qu’il n’aurait pas, avec moi, un avocat auprès de Paris pour appuyer l’idée d’un troisième mandat. Du coup, je suis passé dans le camp des « ennemis » de Boni Yayi et il fallait que je parte »


De: Jean-Paul Monchau;   À mes Amis Béninois
De: Jean-Paul Monchau; À mes Amis Béninois

Dans quelques semaines, le Bénin connaîtra un événement politique majeur : la fin de la présidence Boni Yayi. Ses deux mandats (dix ans au total) auront déçu la majorité de celles et ceux qui, au regard de ce qui se passe dans d’autres pays d’Afrique, s’attendaient à un décollage économique, comme cela leur avait été promis par ce financier international revenu au pays pour en principe assurer son développement. Les citoyens béninois garderont en mémoire les scandales qui ont marqué ces années et les histoires abracadabrantesques qui ont fait régulièrement la « une » des medias ou alimenté les rumeurs les plus folles. Mais, pour l’avenir, les Béninois auront réussi à éviter le pire : la modification de la Constitution et le troisième mandat. Des élections présidentielles auront lieu le 6 mars et, au moins, pour la démocratie béninoise, les apparences sont sauves.


Persona non grata ?

Pour l’histoire, je voudrais revenir sur un épisode que j’ai vécu, malgré moi, et qui donne une idée de la manière dont ce pays a été dirigé, alors même qu’il s’agissait de la relation avec son partenaire historique, la France. Le public se souvient de cette demande de rappel adressée par Boni Yayi à mon gouvernement. Officiellement, Boni Yayi était outragé par la publication, le 23 février 2013, d’un avertissement du Quai d’Orsay aux voyageurs se rendant dans le nord du Bénin. Une menace de Boko Haram pesait sur toute la sous-région, après l’enlèvement de ressortissants français au Cameroun. Le Chef de l’État me reprochait de ne pas l’avoir consulté avant que ne soit publié ce « conseil aux voyageurs ». Il organisait le jour même, séance tenante, un conseil des ministres spécial, allant jusqu’à envisager de me déclarer « persona non grata », situation qui équivaut, comme l’a fort bien dit le ministre béninois des Affaires étrangères, à une « bombe atomique » en matière diplomatique. Les médias béninois et africains avaient repris abondamment cette « information ». Pourtant, trois ans plus tard, le Quai d’Orsay maintient toujours son avertissement aux voyageurs qui s’aventureraient dans cette région du Bénin. En réalité, ce « conseil aux voyageurs » tombait à pic pour offrir un prétexte à Boni Yayi.


Une affaire empoisonnante

Ce que ne sait pas le public, c’est que cette demande de rappel de l’ambassadeur de France avait été formulée par Boni Yayi plusieurs jours auparavant, à partir du 15 février 2013. Il avait passé plusieurs appels téléphoniques à François Hollande, à Laurent Fabius et à d’autres personnalités françaises. De fait, le 23 février, je me trouvais déjà en France pour consultations à la suite de ces entretiens téléphoniques. Pour quelle raison Boni Yayi avait-il demandé mon rappel ? L’esprit du président béninois était occupé, focalisé dirais-je, à cette époque par la pseudo tentative d’empoisonnement sur sa personne et par ses relations avec Patrice Talon qu’il voulait faire extrader de France vers le Bénin. Auprès des autorités françaises, il m’accusait d’être complice de l’homme d’affaires dans cette rocambolesque histoire d’empoisonnement, dont on a vu qu’il n’est absolument rien sorti. Arrivé à Paris pour consultations, je suis tombé de haut quand j’ai appris ce qui m’était reproché par le président béninois. Au Quai d’Orsay, certains collègues faisaient des gorges chaudes : comment un chef d’État peut-il imaginer un instant qu’un ambassadeur se rende complice d’une tentative d’empoisonnement ? Boni Yayi le croyait-il vraiment lui-même? Pour ma hiérarchie, l’affaire était d’autant plus surprenante que mes dix-huit mois passés à Cotonou avaient été marqués par un dialogue permanent de haut niveau et une coopération étroite avec le Chef de l’État béninois, notamment pendant la présidence de l’Union Africaine et la gestion de la crise au Mali. En un an et demi, sous mon mandat, Boni Yayi avait été reçu à l’Élysée une fois par Nicolas Sarkozy et deux fois par François Hollande. Nos échanges étaient constants à la Marina, à la fois sur les questions de politique étrangère et de développement économique. À Paris, nous avons donc essayé de comprendre ce qui s’était passé dans l’esprit du Président béninois, quelques jours après un déjeuner à l’Élysée où chacun avait pu apprécier la bonne relation que j’entretenais avec lui. Mais à dire vrai, même en reprenant le fil des événements, cette attitude à mon égard représentait un mystère, sauf à rechercher un autre vrai motif. Et j’ai fini par trouver.

Jean-Paul Monchau et Boni Yayi
Jean-Paul Monchau et Boni Yayi
Les obsessions autour d’une prétendue conspiration

On se souviendra qu’à cette époque, les années 2011 à 2013, c’est à dire immédiatement après la réélection de Boni Yayi, outre les relations devenues détestables entre les anciens amis et nouveaux amis Patrice Talon et Boni Yayi, il était beaucoup question de la modification de la Constitution de 1990, l’objectif non avoué étant évidemment la recherche d’un troisième mandat. Or, à maintes reprises, Boni Yayi avait affirmé qu’il respecterait la constitution. Il l’avait dit à Nicolas Sarkozy, au Pape Benoit XVI et à François Hollande. Quand j’étais interrogé, en public ou en privé, j’affirmais à mon tour, et j’étais bien souvent seul face à des interlocuteurs dubitatifs, que l’intention de Boni Yayi était de se conformer à la constitution. J’avais d’ailleurs abordé ce sujet avec le Chef de l’État, lui disant qu’il pourrait ainsi faire un exemple pour l’Afrique. Il serait toujours possible de trouver pour lui, à l’issue de sa présidence, un poste au niveau international et la France serait sans doute désireuse de l’appuyer en ce sens. Quand nous parlions de cette échéance de la fin du mandat présidentiel, j’avais droit cependant à un sourire énigmatique. Mais, dans ces conditions, Boni Yayi avait en tout cas bien compris que je prenais ses déclarations au pied de la lettre et qu’il n’aurait pas, avec moi, un avocat auprès de Paris pour appuyer l’idée d’un troisième mandat. Du coup, je suis passé dans le camp des « ennemis » de Boni Yayi et il fallait que je parte, comme d’autres avant moi : Jean-Marie Ehouzou, Robert Dossou, Pascal Irénée Koupaki , Albert Tevoédjré… autant de personnalités, comme bien d’autres, dont les prises de position constituaient des obstacles à son projet de maintien à la tête de la République et qu’il fallait donc écarter. Je ne pouvais qu’être membre de la «conspiration ».

Après mes consultations, je suis revenu pour quelques mois à Cotonou mais, évidemment, les relations n’étaient plus les mêmes avec le Chef de l’État. Entre temps, il avait été contacté par plusieurs de ses pairs africains, et pas des moindres, au sujet de ma situation. Mais celle-ci était devenue inconfortable et il valait mieux que je parte. Des lettres ont été échangées entre les deux présidents français et béninois. Mon gouvernement m’a certes renouvelé sa confiance en me nommant ambassadeur au Sri Lanka et aux Maldives. Il reste qu’après un séjour de moins de deux ans au Bénin, pays auquel mon épouse et moi même nous étions fortement attachés, la frustration était grande, compte tenu de notre investissement personnel dans la relation entre nos deux pays. C’est ce que j’ai expliqué, avant de quitter le Bénin, à un certain nombre de personnalités et je dois dire que les langues se sont déliées à ce moment-là sur ce que les uns et les autres avaient vécu et souffert au cours des années passées au gouvernement.
J’ai continué à suivre, de loin, la vie politique au Bénin, pour constater avec satisfaction que la question du troisième mandat a pu finalement être écartée, sans doute par la force de résistance du peuple béninois et de ses représentants et aussi parce que la France, notamment après l’épisode de Compaoré au Burkina Faso, a fait comprendre à Boni Yayi qu’il n’avait aucune chance de ce côté-là. Mais le « prince de Tchaourou » n’avait pas dit son dernier mot.

À mes amis Béninois
La « surprise du chef »

Elle s’appelle Lionel Zinsou. Homme d’affaires de grande qualité, très introduit au plan international dans les milieux financiers et les allées du pouvoir en France, ce Franco-Béninois n’avait pas d’ancrage politique au Bénin, nonobstant son titre de conseiller économique du Président Boni Yayi. Autant que j’ai pu en juger, jusqu’en 2013, les relations entre les deux hommes n’étaient pas fréquentes et, quand elles avaient lieu, étaient peu chaleureuses. Boni Yayi était même méfiant à l’égard de la famille Zinsou, laquelle avait donné un président au Bénin. Ainsi, je n’ai jamais réussi à faire visiter par le Président les locaux de la Fondation Zinsou pour l’art contemporain, que je lui vantais comme une réussite pour les artistes béninois et africains, même par exemple lorsqu’une exposition de photos sur les chasseurs Nago, du royaume de Banté, en décembre 2011, aurait dû l’intéresser ou encore lorsqu’il était attendu avec le Président Barroso de la Commission européenne.

Mais la politique est un autre art, très réaliste et pragmatique celui-là. On peut comprendre que la nomination du nouveau « premier ministre » en juin 2015 a reçu l’aval de Paris, avec pour objectif la présidence de la république en avril 2016, l’équation personnelle de Lionel Zinsou pouvant être mise à profit pour une transition douce à Cotonou. C’était assurer le départ de Boni Yayi. En échange, le sortant serait assuré par son dauphin de la tranquillité pour l’avenir.… Boni Yayi a-t-il fait le premier pas, alors que Lionel Zinsou allait terminer ses activités à la tête d’une entreprise parisienne? Cette idée a-t-elle germé à Paris lors d’une visite du Chef de l’Etat béninois ou lors de la brève visite de François Hollande à Cotonou ? Mystère, mais déjà, la plupart des observateurs, à la perspective d’une élection potentielle de Lionel Zinsou, dénoncent le retour de la Françafrique. Comment les contredire ? Cela en a toutes les apparences. En outre, les difficultés dans la mise en place du scrutin, le retard dans la distribution des cartes d’électeurs, l’utilisation des medias et des moyens de l’État par le candidat-premier ministre risquent d’entacher la régularité de cette élection et de raviver les critiques en direction de la France., quel que soit le résultat. Plusieurs vieux sages béninois se sont exprimés en ce sens, et on les comprend. Une fois de plus, la France risque d’être critiquée et soupçonnée.

Faire le bon choix

La page sera bientôt tournée. Les Béninoises et les Béninois se prononceront le 6 mars. Il faut souhaiter que ce soit au cours d’un scrutin libre et transparent. Le Bénin compte en son sein, et parmi les candidat(e)s, des hommes et des femmes de valeur qui travaillent depuis des années à trouver les solutions susceptibles d’apporter le développement à ce pays qui le mérite. La démocratie et le respect de ses règles sont des éléments essentiels. Il n’y a pas d’homme providentiel, le passé l’a démontré. Je suis de tout cœur avec mes amis béninois.


Jean-Paul Monchau
Ancien ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire

Diplomatie Publique


Rédigé par psa le 01/03/2016 à 01:25



Un vent de mécontentement se lève sur la France sociale : jeunes et travailleurs se liguent contre le gouvernement. Sans l’organisation de primaires par le PS, une nouvelle candidature du locataire de l’Elysée pour les présidentielles de mai 2017 est désormais chose impossible. Insulté au salon de l’agriculture samedi, lâché par une partie du PS qui réclame des primaires, le chef de l’État français n’est plus perçu comme un prétendant crédible. Seul le retrait de François Hollande pourrait lui permettre de sortir par le haut.


François Hollande est de moins en moins Candidat
«J’ai encore de la peine à croire que tout cela était planifié, mais c’est une preuve évidente du ras-le-bol ambiant et de la perte totale de crédibilité du président au sein d’une partie de la gauche» juge-t-on dans l’entourage de celle qui, en octobre 2011, avait été battue par François Hollande au second tour de la primaire présidentielle du PS. L’intéressée, la maire de Lille (Nord) Martine Aubry, connue pour ses coups de gueule déroutants, avait porté sur ses épaules l’emblématique réforme des 35 heures de travail hebdomadaire en 1998. Elle a décidé d’ouvrir les hostilités alors qu’un projet de loi qui sera présenté le 9 mars prévoit de les démanteler partiellement.

En annonçant, dimanche, son retrait des instances dirigeantes du Parti socialiste français avec ses proches, Martine Aubry a scellé sa rupture quasi définitive avec François Hollande, dont elle avait vertement critiqué la politique dans une tribune au vitriol publiée le 24 février, cosignée par plusieurs personnalités de gauche dont l’ancien eurodéputé vert Daniel Cohn-Bendit. Un obstacle de plus à une nouvelle candidature du locataire de l’Élysée pour les présidentielles de mai 2017 que très peu d’observateurs jugent désormais possible sans, au minimum, l’organisation de primaires par le PS.

Manuel Valls... celui dont les décisions sèment la grogne aux côtés du président Hollande
Manuel Valls... celui dont les décisions sèment la grogne aux côtés du président Hollande


Enlisement politique

Le moment choisi est symbolique. Depuis les attentats du 13 novembre et sa posture solennelle qui lui avaient valu un léger regain de popularité, François Hollande se trouve enlisé dans un fossé politique dont il paraît incapable de sortir. Si la proclamation de l’état d’urgence a au début fait l’objet d’un consensus, ses maigres résultats et, surtout, la décision d’inscrire dans la Constitution le recours à ces mesures d’urgence et la possible déchéance de nationalité pour les coupables d’actes terroristes ont transformé le malaise d’une partie de la gauche en rébellion affichée. D’autant que ce chantier constitutionnel – le Sénat doit maintenant examiner le texte et l’approuver dans les mêmes termes que l’Assemblée nationale, qui l’a voté le 10 février – risque de durer jusqu’en mai-juin.

Il répète le mot "réformes" auquel personne ne croit, et qu’une partie de son camp politique refuse. S’y ajoute la situation sociale délétère, marquée par la colère des agriculteurs, la volonté des syndicats de bloquer la réforme annoncée du code du travail, et le début d’une mobilisation étudiante. Samedi matin, alors qu’il venait tout juste de rentrer d’un long périple en Polynésie et en Amérique latine, le chef de l’État français a été insulté copieusement lors de son inauguration du Salon de l’agriculture qui se tient jusqu’au 6 mars. Les excuses des syndicats agricoles n’y ont rien fait: «Hollande est en train de rater complètement sa fin de quinquennat», nous expliquait au lendemain du remaniement gouvernemental du 11 février le politologue Roland Cayrol. «Il répète le mot "réformes" auquel personne ne croit, et qu’une partie de son camp politique refuse. Au lieu de prendre de la hauteur comme l’avait fait François Mitterrand lors de la cohabitation à la fin de son premier septennat, il redevient un tacticien sans vision».


Les destructions d'emplois se poursuivent

Tous les indicateurs, de surcroît, demeurent au rouge pour celui qui a lié sa possible candidature à l’inversion de la courbe du chômage. Malgré une diminution en janvier du nombre de chômeurs (moins 30 000 sur 3,6 millions) qualifiée «d’anomalie» par tous les experts, les destructions d’emploi se poursuivent. Pire: la volonté du premier ministre Manuel Valls de s’attaquer aux rigidités du marché du travail, sans contreparties sociales, est perçue à gauche comme une «trahison» de plus.

S’il se portait candidat, et même s’il parvenait à torpiller l’idée de primaires, François Hollande pourrait dès lors se voir opposer d’autres candidats, comme Arnaud Montebourg, en plus du leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, déjà dans la course. Sans parler du mur que constituerait pour lui une éventuelle victoire aux primaires de la droite d’Alain Juppé, modéré et rassembleur. «S’il l’emporte, Juppé va jouer l’union nationale et boucher l’espace au centre» reconnaît Alain Bergougnoux, l’un des experts électoraux du PS. Se présenter, pour François Hollande, reviendrait donc à se fracasser. Seul son retrait peut lui permettre de sortir par le haut.

L’autre scénario est celui de la victoire de Nicolas Sarkozy aux primaires de droite. François Hollande pourrait alors croire en ses chances et tenter, envers et contre tout, la «revanche» de 2012 en espérant se qualifier à l’arraché pour le deuxième tour, face à la présidente du FN Marine Le Pen, que tous les sondages voient en finale. Sauf que les partisans des primaires au PS donneront alors assurément de la voix, en insistant sur les reniements du chef de l’Etat sortant. «Hollande candidat sera d’abord une cible, poursuit Roland Cayrol. À ce stade, seul son retrait peut lui permettre de sortir par le haut.» Le vrai test est fixé au mercredi 9 mars 2016… ///////Richard Werly


Horizon


Rédigé par psa le 01/03/2016 à 00:10
Tags : France Hollande Primaires Notez



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