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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Au commencement étaient des élections apaisées. Puis, sept provinces sur neuf plus tard, comme toujours, les choses ont commencé par s’obscurcir, les résultats électoraux sont détournés, tripatouillés et ajustés pour défier toute la logique décelée en amont. Un surprenant taux de participation de plus de 99% dans le Haut-Ogooué viendra alors semer le grand doute sur l’intégrité des résultats provisoires.


Jean Ping, le vainqueur logique des présidentielles
Jean Ping, le vainqueur logique des présidentielles

Manifestement, l’étau se resserre sur le président Ali Bongo Ondimba (ABO). Le carnage réalisé par sa garde rapprochée, la Garde républicaine, au Quartier général du candidat Jean Ping joue désespérément à la défaveur du chef d’État gabonais. Et, la justification changeante d’un tel acte de pure barbarie politique n’arrange en rien le cas ABO.

Ce qu’il est convenu d’appeler « une évidente anomalie » comme l’a fait ressortir Mariya Gabriel, l’Observatrice-en-chef de la Mission d’observation électorale (MOE) de l’Union européenne (UE). Dans son communiqué, la MOE de l’UE est allée aussi loin que possible dans son désaveu de la consolidation et de la publication des résultats de la province d’origine du président gabonais.


Un ajustement électoral évident

« C'est avec profonde tristesse que je note la perte de vies humaines et la violence qui ont suivi la proclamation des résultats provisoires par le ministre de l'Intérieur. Je tiens à adresser mes sincères condoléances aux familles des victimes.

La MOE a relevé des différences substantielles entre les diverses commissions électorales locales et provinciales au niveau des procédures et des délais appliqués, et de l’accès offert aux observateurs, pendant la phase de la consolidation des résultats. Les observateurs de la MOE ont été autorisés à assister aux annonces publiques des résultats provinciaux dans 7 des 9 provinces. La MOE note que les résultats n'ont pas été annoncés publiquement par l'autorité responsable dans la province du Haut-Ogooué, en privant ainsi les parties prenantes de la transparence requise par la loi.

Je note en particulier que l'opacité révélée dans la gestion du processus dans cette province contribue à fortement diminuer la confiance des électeurs et des parties prenantes. Le taux de participation de 99,93% dans le Haut-Ogooué est nettement supérieur à ceux enregistrés dans les autres provinces, estimé en moyenne à 48%. Une analyse portant sur le nombre de non-votants et des bulletins blancs et nuls révèle une évidente anomalie dans les résultats finaux du Haut-Ogooué. L'abstention observée dans une des quinze commissions électorales locales est à elle seule supérieure à l'abstention déclarée par la CENAP pour l'ensemble de la province. L'intégrité des résultats provisoires dans cette province est par conséquent remise en cause.

Afin de restaurer la confiance des Gabonais, je réitère mon appel fait aux autorités gabonaises, à publier les résultats bureau de vote par bureau de vote dans l'ensemble du pays, ceci afin de faciliter un possible recours, qui reste la voie pour résoudre, dans le respect de la loi, la crise de confiance dans les résultats.
»

Manifestement, l’UE est très loin du simple manque de transparence du début pour passer à une remise en cause acide des résultats par ses observateurs.

Léon-Paul Ngoulakia, un soutien de taille qui a manqué à Ali Bongo Ondimba
Léon-Paul Ngoulakia, un soutien de taille qui a manqué à Ali Bongo Ondimba



Une famille Bongo divisée

Voilà donc que l’incapacité des autocrates à se tirer d’affaire s’est encore vérifiée avec une interview catastrophique d’un Ali Bongo Ondimba sous pression. Exceptionnellement, il a accepté de se prêter aux questions de Radio France Internationale (RFI). Véritable bérézina, Ali Bongo Ondimba (ABO) devenu d’ailleurs Bongo Ondimba Ali (BOA) sur les médias sociaux n’a pas fait mieux que de justifier ses résultats à la soviétique, en invoquant la campagne électorale menée par son adversaire Jean Ping.

Cette argumentation avait comme été anticipée par le propre frère d’Ali Bongo Ondimba, Christian Bongo Ondimba tout comme des cadres démissionnaires, ministres et responsables de fédération du Parti démocratique gabonais (PDG). Ces personnalités dont la liste s’allonge n’ont pas hésité à rendre leur tablier face à l’inacceptable perversion des résultats accompagnée d’une répression aussi meurtrière des contestataires. Pour Christian Bongo Ondimba aucun « repli identitaire réducteur » n’existerait dans le Haut-Ogooué au profit de qui que ce soit, fut-il Ali Bongo Ondimba.

Auparavant, déjà, les réseaux sociaux se sont emballés à la suite de la désignation de Jean Ping comme gagnant par l’une des sœurs d’Ali Bongo Ondimba lui-même, la petite fille de président congolais Sassou Nguesso, Hirmana Loïse Sassou Nguesso Bongo Ondimba. Son message disait ouvertement : « Félicitations à Jean Ping, merci à tous les électeurs pour cette mobilisation d'exception, merci au président sortant Ali Bongo Ondimba, merci à tous les gens qui sont restés dans les bureaux afin de s'assurer de la transparence des résultats »

Mais il y a désaveu d’entre les désaveux qu’Ali Bongo Ondimba a connus durant cette élection présidentielle. Si Pascaline Bongo a choisi de se taire en ne choisissant pas entre son ex-mari et son frère, on ne le dira jamais assez, l’appui de Léon Paul Ngoulakia, le cousin germain pour ne pas dire le frère d’entre les frères, à Jean Ping présageait même de la difficulté d’Ali Bongo à obtenir l’unanimité dans la province du Haut-Ogooué.

Sur la défensive, Ali Bongo Ondimba prétend que les procès-verbaux ont été manipulés par l’équipe de Jean Ping en plus de nier tout mécontentement politique spontané au Gabon, Libreville particulièrement. L’espace de dégagement se réduit autour d’Ali Bongo Ondimba, d’autant plus que la famille Bongo, désunie dans les circonstances, est loin de procurer un appui au chef d’État gabonais. Bien au contraire. Et surtout, c’est tous les Gabonais, famille ou pas de Bongo qui veut la paix sociale, le bien-être et la démocratie dans le pays.

Silence


Rédigé par psa le 07/09/2016 à 03:52



Stop la recréation honteuse! Face aux situations les plus ubuesques qui consistent à détourner les votes des populations africaines en quête de démocratie, devant l’inacceptable qui toujours se répète dans certains pays comme le Togo hier et le Gabon aujourd’hui, dans les partis politiques dont les leaders confisquent le pouvoir en Afrique, il existe certains qui, au vu de la réalité électorale souvent travestie, certains qui s’interdisent de ne voir que leur personne et ainsi, passer l’intérêt général républicain devant le leur particulier et ventripotent.


Ce n’est donc nullement de la fiction que de soumettre son ambition personnelle à des considérations plus élevées que les avantages d’appartenir à un parti politique présidentiel en Afrique, un parti politique dans lequel la vérité est occultée et le mensonge rehaussé et sacralisé.

Dieudonné Apérano, Secrétaire fédéral en France du Parti Démocratique Gabonais, le PDG, brave citoyen de son état, vient de se démettre de ses responsabilités au vu et au su de tous, à travers une vidéo, cette extraordinaire vidéo mise en ligne le samedi 3 septembre 2016.

Tout y est! Tout s’y trouve et surtout le constat établi par le sieur Apérano que son parti d’alors, le parti du président Ali Bongo Ondimba est rejeté par la majorité des Gabonais particulièrement la jeunesse du pays. Pour Dieudonné Apérano : « Peut-on encore diriger un peuple d’avec qui le lien est coupé? Dans les 7 bureaux de vote en France, les chiffres varient entre les 75% et 92% pour Jean Ping (…) le PDG en France, c’est fini (…) La cassure avec l’autorité au plus haut niveau de l’État est consommée (…) les résultats sont sans appel J’ai honte (…) J’ai supporté un homme qui est à l’origine de ne fut-ce qu’un mort, c’est déjà un mort de trop (…) un homme qui n’hésite pas à se mettre à l’envers de ce qu’il avait annoncé (…) avec un rejet de 58% à 92% au Gabon même, peut-on encore avoir décemment l’ambition de se mettre à la tête d’un peuple avec lequel la cassure est aussi prononcée (…) Stop la recréation (…) ».

Les preuves sont éloquentes : l’expérience d’un groupe de citoyens convoyés au frais du parti présidentiel et qui, pourtant n’ont pas hésité à voter contre Ali Bongo, les résultats grotesques publiés comme étant les suffrages de la province du Haut-Ogooué, la violence exercée sur la jeunesse gabonaise sortie pour revendiquer sa victoire volée littéralement, le sang versé pour de si archaïques raisons de confiscation du pouvoir, etc.

En somme, Dieudonné Apérano désavoue publiquement et respectueusement Ali Bongo et sa victoire fondée sur des données grossièrement fausses qui pouvaient même figurer dans le fameux « Livre Guinness des Records », avec ses 99,9% de participation dans une seule province alors que les huit autres provinces du Gabon affichaient des taux moyens serrés de 59% à 60% en terme de participation.

D’ailleurs, dans le Haut-Ogooué qui figure parmi les provinces gabonaises les moins peuplées, le vote de 95% en faveur d’Ali Bongo était difficilement soutenable, depuis l’éclatement de la fratrie Bongo, particulièrement le passage de Léon-Paul Ngoulakia chez l’ex-mari de Pascaline Bongo que fut Jean Ping. L’unanimité perdue d’Akiéni à Bongoville, en passant par Bakoumba, Moanda, Okondja, Lékoni et autres, rendait même inatteignable la majorité simple dans les départements du Haut-Ogooué.

Ainsi, après avoir exposé les faits, Dieudonné Apérano a tiré la seule conclusion qui s’imposait : rendre son tablier de pédégiste et de fédérateur des militants du parti politique présidentiel en France. C’est un acte courageux aux conséquences énormes : Dieudonné Apérano semble y avoir bien réfléchi. C’est en cela que son courage, aussi lucidement exprimé, mérite une bonne mention.

En politique aussi, on peut se tromper. Mais se rendre volontairement aveugle, sourd et muet pour garder les avantages que procure l’appartenance à un parti confiscatoire du pouvoir peut devenir une torture douloureuse à s’infliger à soi-même. Dieudonné Apérano a refusé de se rendre sourd, muet et aveugle. À l’impossible dictatorial et mensonger, nul n’est tenu; même les militants les plus fidèles des partis abonnés à l’imposture. C’est bien ce que Dieudonné Apérano vient de donner comme leçon à tous ceux qui ne sont jamais prêts à faire le moindre sacrifice pour aider à la démocratie partout en Afrique.


Ad Valorem


Rédigé par psa le 04/09/2016 à 08:48



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