Profil
Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Le scénario d’une explosion de l’Ukraine et d’une dérive de la révolution vers une guerre civile est désormais dans toutes les têtes. Les intentions prêtées à Vladimir Poutine, d’une intervention en Ukraine pour défendre la population russophone et affirmer son leadership, ne sont pas qu’un fantasme; Vladimir Poutine ne manquera pas d’alimenter les forces centrifuges à l’œuvre à travers le cri de la Crimée.


Manifestation pro-russe en Crimée. Le Parlement de la Crimée, péninsule dans le sud de du pays, a voté jeudi la tenue le 25 mai d’un référendum pour plus d’autonomie.
Manifestation pro-russe en Crimée. Le Parlement de la Crimée, péninsule dans le sud de du pays, a voté jeudi la tenue le 25 mai d’un référendum pour plus d’autonomie.
Le drapeau russe flottait jeudi sur le bâtiment abritant le siège du gouvernement de Crimée, à Simferopol. Le prélude à une sécession de la péninsule ukrainienne à majorité russophone? L’action, menée par un petit groupe d’hommes armés favorable à un rattachement à la Russie, promet un référendum pour une plus grande autonomie. Moscou a aussitôt indiqué vouloir respecter les accords encadrant la présence de sa flotte dans le port de Sébastopol ainsi que la souveraineté de l’Ukraine.

Mais le scénario d’une explosion de l’Ukraine et d’une dérive de la révolution vers une guerre civile est désormais dans toutes les têtes. Et la Crimée, territoire multiethnique ballotté par l’histoire, pourrait en être l’épicentre. «C’est de cette manière que commencent des conflits régionaux», mettait en garde le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, ajoutant sa voix à un concert d’appels à Moscou de ne pas déstabiliser son voisin.

Les intentions prêtées à Vladimir Poutine, d’une intervention en Ukraine pour défendre la population russophone et affirmer son leadership, ne sont pas qu’un fantasme véhiculé par les manifestants pro-européens de la place Maïdan. Nul doute que le chef du Kremlin, auréolé de son succès à Sotchi et appuyé par une majorité de Russes, ne va pas rester les bras croisés devant le spectacle d’une révolution qui menace ses plans d’extension de sa sphère d’influence régionale. La flotte de la mer Noire, stationnée en Crimée, est un enjeu stratégique majeur pour Moscou.

Sa posture hégémonique pour restaurer la puissance russe fondée sur des valeurs autoritaires et ultra-conservatrices est évidemment problématique, surtout lorsqu’elle met en danger, comme en Syrie, des pays aspirant à la démocratie. Dans le cas ukrainien, la donne est sans doute moins simple qu’il n’y paraît entre un camp pro-européen et l’autre pro-russe.

Les manifestants de Maïdan ne sont pas tous animés par un esprit libéral en phase avec les valeurs de l’Union européenne (UE). Et le pouvoir transitoire issu de la révolution est loin de représenter un cabinet d’union nationale. Une partie des Ukrainiens, russophones, risque aujourd’hui de se sentir exclue et, du coup, de céder à la tentation de prendre son destin en main, avec l’appui de Moscou. Il est urgent de ressouder le pays, et l’UE, qui parle enfin d’une seule voix, a une lourde responsabilité pour restaurer l’unité de ce pont que devrait être l’Ukraine entre l’Europe et la Russie. Sans quoi Vladimir Poutine ne manquera pas d’alimenter les forces centrifuges à l’œuvre, Crimée en tête. ///////////// Frédéric Koller


Mot à Maux


Rédigé par psa le 28/02/2014 à 05:48
Tags : Poutine Russie UE Ukraine Notez



Elle parle, la cheffe suprême de la dissidence au Canada, l’ancienne juge de la Cour Suprême Claire L’Heureux-Dubé elle-même. Et chacun va devoir revoir son argumentation. Faudra-t-il encore le rappeler: « les dissidences sont très souvent la voix du futur ».En voilà donc une de très forte qui vient donner son appui à la politique de la Laïcité au Québec, telle qu’elle est engagée par le gouvernement et qui peine à nous convaincre totalement. À coup sûr, le débat sera relancé à travers ce positionnement publié par Le Devoir et qui fait courageusement front au « diktat de la religion », tout croyant que reste la plupart des citoyens.


Dissidence comme Audace de la Voix du futur
Dans un Québec marqué pendant des décennies par une « symbiose » entre l’Église et l’État, les femmes du Québec ont entrepris une « marche ardue vers l’égalité », selon L’ex-juge Claire L’Heureux-Dubé

Les femmes du Québec franchiront un jalon important dans leur longue marche vers l’égalité si les élus adoptent la charte de la laïcité, soutient Claire L’Heureux-Dubé. La juge à la retraite insiste : le projet de loi 60 — y compris l’interdiction du port de signes religieux pour les employés de l’État — ne porte pas atteinte à la liberté de religion.

« Rien dans le projet de loi 60 n’entrave la croyance religieuse et la pratique de la religion », souligne Mme L’Heureux-Dubé.

Elle a accepté de confier ses réflexions sur la charte de la laïcité à quelques jours de son passage à l’Assemblée nationale aux côtés des Juristes pour la laïcité et la neutralité religieuse de l’État. « La religion est d’abord et avant tout un engagement intérieur, une croyance », explique-t-elle dans un entretien avec Le Devoir. Ainsi, « les signes religieux font partie de l’affichage de ses croyances religieuses et non pas d’une pratique de la religion », précise-t-elle.

Une infirmière contrainte de retirer son hidjab après l’entrée en vigueur de la charte de la laïcité pourrait difficilement dénoncer une atteinte à la liberté de religion. En contrepartie, elle pourrait montrer du doigt une atteinte à sa liberté d’expression. « Tous les employés de l’État sont soumis à des restrictions dans leur liberté d’expression politique. En quoi une restriction similaire quant à leur liberté d’expression religieuse serait-elle différente ? » interroge-t-elle.

« Toutes fondamentales qu’elles soient », les libertés civiles protégées par les chartes québécoise et canadienne « ne sont pas absolues ». « Elles sont sujettes à des limites raisonnables dans une société démocratique et — une fois le projet de loi adopté — laïque », argue l’ex-juge de la Cour suprême.

Gouvernement des tribunaux

La charte de la laïcité entraîne son lot de « conséquences pour la collectivité » comme l’interdiction du port des signes religieux ostensibles pour les employés de l’État, admet Mme L’Heureux-Dubé. « Elle n’en est pas moins légitime », soutient-elle vigoureusement.

Dénonçant les « diktats de la religion », Mme L’Heureux-Dubé tentera de dissuader les élus d’opposition de se rallier à la position défendue par le Barreau du Québec et la Commission des droits de la personne. À ses yeux, ces deux organismes proposent à l’État de confier un « choix de société » au « gouvernement des tribunaux ». « Le rôle des tribunaux n’est pas de gouverner ni d’entraver les choix démocratiques que se donne une société, mais plutôt de réprimer les abus, s’il y en a, au regard des droits fondamentaux que protègent les chartes », affirme Mme L’Heureux-Dubé qui a siégé au plus haut tribunal du pays de 1987 à 2002.

L’ex-juge de la Cour suprême conteste l’idée reçue selon laquelle une éventuelle charte de la laïcité serait à coup sûr invalidée par les tribunaux. Les juges appelés à se pencher sur la « loi 60 » pourront difficilement faire fi du contexte social propre au Québec dans lequel a été adoptée la charte, estime-t-elle.

Dans un Québec marqué pendant des décennies par une « symbiose » entre l’Église et l’État, les femmes du Québec ont entrepris une « marche ardue vers l’égalité » balayées par le vent des « diktats de la religion », raconte Mme L’Heureux-Dubé.

Du coup, plusieurs femmes ressentent aujourd’hui un « malaise profond » par rapport à des « manifestations de coutumes venant d’ailleurs qui offusquent leur vision d’égalité qu’elles ont mis tant de temps et d’énergie à obtenir ».

Balises

La juge à la retraite privilégiera en commission parlementaire l’établissement de principes directeurs afin de baliser les accommodements religieux comme le propose le ministre des Institutions démocratiques, Bernard Drainville. « Le cas par cas facilite une mosaïque de décisions souvent contradictoires qui créent plus d’incertitude », indique-t-elle.

Elle prendra ainsi clairement le contre-pied du président de la Commission des droits de la personne, Jacques Frémont, sur cette question. « i[Le mémoire [de la Commission] pèse des œufs de mouche avec des balances de toiles d’araignée]i », déplore-t-elle.

Claire L’Heureux-Dubé n’est guère plus tendre à l’égard du mémoire du Barreau du Québec. « Le mémoire est décevant par son négativisme. »

Elle s’explique mal l’observation de la bâtonnière du Québec, Johanne Brodeur, selon laquelle le projet de loi 60 ne s’appuie sur « aucune donnée réelle ». Les coprésidents de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, Gérard Bouchard et Charles Taylor « ont entendu les représentations des citoyens, ont fait des études… » « Et, ils en sont venus à la conclusion qu’il y avait lieu pour le Québec de se doter d’une loi sur la laïcité. Ils ont eux-mêmes recommandé une limite au port des signes religieux pour certains employés de l’État », rappelle-t-elle.

Par ailleurs, la magistrate à la retraite juge curieux que le Barreau du Québec n’ait pas consulté ses membres avant d’y aller d’une « charge à fond » de train contre le projet de loi 60 du gouvernement Marois.

La membre de l’Ordre du Canada profitera de son passage à l’Assemblée nationale pour partager son « admiration » pour le « courage » de la députée Fatima Houda-Pepin, exclue du caucus libéral il y a près de deux semaines pour avoir refusé de se rallier à l’approche légaliste de son chef Philippe Couillard dans le débat sur la charte.

Mme L’Heureux-Dubé, qui a enregistré un nombre record de dissidences à la Cour suprême, se plaît à le rappeler : « les dissidences sont très souvent la voix du futur ». « À preuve, mes dissidences nombreuses qui sont pour un très grand nombre aujourd’hui devenues la loi », fait-elle fait remarquer.

Ad Valorem


Rédigé par psa le 01/02/2014 à 06:00