« Et pourtant, il n’a pas ménagé sa peine, Alain Juppé, pour se décoincer ! Tant de tours de ville à vélo, de pique-niques citoyens, de fêtes, de livres d’une fantaisie toute scolaire... Croyez-le ou pas : Alain Juppé lui-même se vit comme un type charmant, un « humaniste » et non un homme de chiffres, victime d’un acharnement médiatique. « Ce qui me fait vibrer, c’est la musique, la littérature , jure-t-il. En trente ans, je n’ai passé que quatre ans à l’inspection des Finances ! A Bordeaux, je vous assure que personne ne me croit froid ou cassant. » La voix frémissante de colère, il jure avoir « totalement renoncé à décoller cette étiquette », « cette image bidon », « caricaturale » que les médias lui collent - les mêmes qui épargnent les vrais méchants qui le poursuivent « avec une hargne féroce » , tel Noël Mamère.
Et c’est vrai que, selon des témoignages concordants, y compris de ses adversaires, « A.J. » peut, en privé, être charmant, joueur, détendu ! On l’a vu faire la bringue aux fêtes de Mont-de-Marsan, coiffer une perruque afro pour Halloween ou plaisanter sur Bayrou, qu’il appelle en verlan « Roubaï ». Mais une pudeur forcenée, un appétit inextinguible de domination, l’exaspération devant les insuffisances de l’humanité lambda, reprennent vite le dessus. Gilles Savary, traité de « connard » et d’ « agité du bocal » , en témoigne : « Quand il sent que l’adversaire a raison, il faut qu’il le ridiculise, qu’il l’humilie publiquement. Il devient couleur parchemin, serre les dents... C’est un amour propre à vif de fort en thème, qui ne supporte pas de se tromper et se sent menacé dès qu’une autre tête dépasse. C’est là, l’explication du caractère "psychorigide" d’un garçon qui a été chercher son ascension sociale avec les dents, ou plutôt avec le bulbe rachidien. »
La blessure narcissique de ce dimanche, infligée par des électeurs ravis de se payer le numéro deux du gouvernement, n’est pas de nature à arranger les choses... Reste une question : à l’heure des avocats speedés et des beurettes aux dents longues, ce grand fauve du chiraquisme, l’un des ultimes énarques du gouvernement, a-t-il encore sa place dans le paysage ? Pis : n’aurait-on pas cherché à l’écarter, avec une règle ad hominem qui lui a été fatale ? « Sarkozy n’est pas assez fou pour dégommer ainsi une pierre angulaire de son gouvernement , glisse un homme du sérail. La situation néé de sa défaite crée plus de problèmes à l’Elysée que ça n’en résoud.» »