Il y a vingt-cinq ans, la catastrophe de Tchernobyl semait la désolation et la panique. Si les experts excluent pour l’heure la formation d’un nuage radioactif comparable, contaminant le monde entier, si l’on peut espérer que les fuites ne seront mortelles que dans un rayon limité, nos certitudes sur l’atome et sa maîtrise technique, son acceptation politique et morale n’existent plus.
L’industrie nucléaire a menti. Les enceintes de confinement des centrales de deuxième génération, celles construites en Suisse et dans la plupart des pays industrialisés, ne résistent pas à une rupture prolongée des circuits de refroidissement. La fonte partielle du cœur d’un réacteur ou l’absence d’eau dans les bassins de combustible usagé nous exposent à des rejets radioactifs incontrôlés que l’on jugeait impensables. Souvenez-vous: des fuites à l’air libre n’étaient envisageables, disait-on, que dans les usines de type soviétique, conçues sans vaisseau de confinement, cette barrière technique infranchissable.
Or, au Japon, elle s’est rompue. Nos centrales sont donc fragiles, indépendamment du risque sismique. Ce seul fait est la preuve d’un aveuglement qui nous horrifie. Des ingénieurs japonais courageux demandent aujourd’hui pardon. Ils nous renvoient au mythe du Titanic dont la beauté d’acier et de fer lui promettait d’être insubmersible.
Hier, même le Parti libéral-radical suisse, qui n’a jamais imaginé une politique énergétique sans nucléaire, a compris ce qui s’est passé à Fukushima. Il a renoncé au dogme atomique contre lequel, chaque Pentecôte, des milliers de jeunes manifestaient. Nous nous réveillons ce matin dans un monde différent et prions avec l’empereur Akihito pour un abandon ordonné mais résolu des énergies fossiles. Le XXIe siècle peut enfin commencer.////////Pierre Veya