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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




L’aventure ambiguë du Togo vis-à-vis de sa diaspora se poursuit. C’est un jeu de déguisement qui ne réussit plus à cacher les aigreurs d’un pays vis-à-vis de sa diaspora. S’il y a un espace à remplir au Togo, c’est bien celui du respect; le respect de la dignité humaine, le respect de l’intégrité physique, le respect des opinions et croyances, le respect scrupuleux de la diaspora porteuse de la charge socio-économique de toute une partie importante de la population togolaise. #LibérezRandolph!



Libérez Antoine Randolph!
Au Togo, la violence est instituée en mode de vie et en méthode de gouvernance. Et, le tout semble se poursuivre à toutes les occasions jusqu’à l’arrestation du compatriote Antoine Ati Randolph, du seul fait qu’il est davantage un opposant du régime politique togolais plutôt que citoyen français de passage au Togo.

Il se confirme de plus en plus que Dr Randolph est adepte du Falun Gong, cette religion d’obédience bouddhiste, également connue comme Falun Dafa. Popularisée par le gouvernement chinois, cette philosophie s’était affranchie des autorités publiques chinoises et est devenue l’ennemie désignée du même gouvernement. Depuis, une guerre ouverte est menée aux partisans du Falun Gong.

De Dakar à Washington en passant par Berlin, Ottawa, Paris, Tokyo, Pretoria et autres, le gouvernement chinois fait pression pour que les adeptes du Falun Gong soient bannis des espaces publics; les mêmes pressions qui sont exercées sur les gouvernements pour ne pas recevoir le chef spirituel bouddhiste tibétain qu’est le Dalaï-lama.

Libérez Antoine Randolph!
La déception de la Diaspora togolaise


Notre ami Antoine Ati Randolph serait actif à implanter le Falun Gong, la symbolique de la Loi de la Roue tournante dans la sous-région ouest-africaine; le Bénin, la Côte d'Ivoire et le Togo étant de ces cibles d’implantation de cette culture religieuse. Il est probable que ces activités ne soient pas du goût du pouvoir togolais; tout opposant du régime politique qu’il a toujours été. Une roue qui tourne pourrait vite être assimilée à un pouvoir qui tourne, donc une alternance menaçante : une symbolique qui relèverait ridiculement de la sécurité d’État au Togo. Tous les liens ont ainsi été faits avec des tentatives de déstabilisation...

Une probable pression des autorités chinoises particulièrement, pourvoyeuses de financements inconditionnels aux autorités togolaises, aurait amplement suffi pour que les activités du sieur Randolph soient connotées mettant en danger les intérêts du Togo, donc "affaires sécuritaires".

Depuis plusieurs jours maintenant, un citoyen est privé de liberté en violation des garanties constitutionnelles que procurent le Préambule et les articles 1 et 2, contraire surtout au bon sens et à tous les engagements internationaux de l’État togolais. Totalement inacceptable!

Il est temps que le gouvernement togolais et les représentants des intérêts chinois au Togo, les nationaux y compris, acceptent clairement que ce soit du domaine de la normalité que des citoyens, opposants véritables ou non, ne subissent des arrestations arbitraires pour si peu.

En outrepassant ses devoirs, aucun État, aucune police n’agit plus comme autorité responsable ou force de l’ordre. C’est donc un sentiment de révolte qui émerge des Togolaises et des Togolais de l’extérieur face à l’irrespect continu qu’ils subissent à tous les coups et pour rien.

C’est un jeu de dérobade et du déguisement qui ne réussit pas à cacher les aigreurs d’un pays vis-à-vis de sa diaspora. Malgré les fantasmes des tentatives loufoques que sont « Réussites Diaspora », « Forum socio-économique de la Diaspora » et autres, la vraie senteur antidémocratique du régime togolais, son refus de la réconciliation à travers des actes républicains authentiques, envahissent toujours l’atmosphère. Et provoquent la déception des uns et des autres. Trop c’est trop. #LibérezRandolph!


Mot à Maux


Rédigé par psa le 26/02/2016 à 22:22



Il est un gourou instantané : un Malcom X avec une foi d’un Martin Luther King Jr. Il a grandi dans des rues étranges. Il pose devant les grilles de la Maison Blanche. Mais qui est Kendrick Lamar? Le rappeur californien n’a pas 30 ans. Il vient de rafler, avec cinq trophées et une performance impérieuse, la cérémonie des Grammy Awards. Il témoigne des métamorphoses de la scène culturelle afro-américaine. Barack Obama lui-même ne peut que constater les dégâts. Le tout petit poing levé de Beyoncé, à la mi-temps, du Super-Bowl 2016 ou encore le mouvement Black Lives Matter? Vous n’avez rien vu encore d'un engagement social aussi incandescent.


On croyait avoir tout vu...
On croyait avoir tout vu...
À cet instant précis, à l’instant où Kendrick Lamar s’avance enchaîné, en tenue de forçat, sur la scène californienne des Grammy Awards, on songe à tous ces Américains qui ont lancé des pétitions pour fustiger le petit poing levé de Beyoncé lors de la finale de football; ils croyaient avoir tout vu de ce retour de flamme politique dans la pop culture noire américaine. Et Kendrick débarque en file indienne, de bagne sudiste, il mêle deux de ses chansons, «The Blacker the Berry» et «Alright», dans un opéra jazz où l’Amérique pénitentiaire laisse la place à une Afrique passée par le filtre de Mardi Gras, de la Louisiane. Les rares plans sur l’assemblée ne révèlent qu’une chose: la sidération.

L’histoire des Grammys, ce sabbat hollywoodien qui s’obstine à danser sur les cendres de l’industrie musicale, est marquée par des performances péremptoires. Celle de Michael Jackson, lorsqu’il déjoue «Billie Jean» en 1984, et qu’il devient d’un pas inversé le King of Pop. Il s’agissait alors déjà de couleur de peau: ne pas rester le King of R&B, ne pas se contenter de son monde, défoncer les frontières raciales.

30 ans plus tard, on pourrait croire que tout a changé. C’est pire en réalité. Qu’un artiste né en 1987 dans la banlieue intérieure de Compton, en revienne aux formes les plus incandescentes de critique sociale, qu’il parle dans son morceau de meurtres d’Afro-Américains et qu’il finisse son show par une carte de l’Afrique où le nom de Compton est imprimé, tout cela pue la défaite de la société post-raciale.

Beyoncé
Beyoncé
Une pose devant les grilles de la Maison Blanche

Sur la pochette de son troisième album sorti il y a quelques mois, «To Pimp A Butterfly» dont le titre raille celui du roman «To Kill A Mockinbird» de Harper Lee, Kendrick Lamar pose avec sa bande devant les grilles de la Maison Blanche. Mardi matin, après la victoire triomphale du rappeur aux Grammys, le compte Twitter de la présidence américaine bénissait Kendrick Lamar et «tous ces artistes qui œuvrent à un futur meilleur».

«Shoutout to @KendrickLamar and all the artists at the #Grammys working to build a brighter future. #MyBrothersKeeper https://t.co/XM0KwV3jNB»
— The White House (@WhiteHouse) 16 Février 2016

Clin d’œil à un artiste qui a déjà eu les honneurs des salons washingtoniens et que Barack Obama n’omet jamais de glisser dans ses playlists. Le président ne peut en réalité que constater l’ampleur des dégâts. Kendrick a donné son hymne aux émeutes de Ferguson, il traite dans une poétique de champ de bataille les dérives policières, les ghettos dont on ne s’extrait pas. Chrétien radical, il est Malcolm X avec la foi de Martin Luther King.

Une poétique de champ de bataille sociale...
Une poétique de champ de bataille sociale...
Il a grandi dans des rues étranges

Kendrick Lamar est apparu sans qu’on s’en aperçoive. Ses parents chicagoans lui ont donné le 17 juin 1987 le nom d’un chanteur de soul, Eddie Kendricks. Il a grandi dans ces rues étranges, faussement résidentielles, implacablement ségréguées, de Los Angeles. Dans le film «Straight Outta Compton», qui chante la mémoire vive du groupe de rap N.W.A. et de son maître d’œuvre, le producteur Dr. Dre, on relit la naissance du gangsta rap, l’invention d’une contre-culture par le flingue brandi, les voitures lustrées et le verbe tellurique. En quelques morceaux, grâce notamment à son association avec Dr. Dre, Kendrick s’impose. Son premier album, «Section.80» en 2011, puis «Good Kid, M.A.A.D City», fomentent un hip-hop qui puise à toutes les sources, dont la conscience historique rivalise avec la vitalité mélomane. Lamar est un gourou instantané.

Lors de la cérémonie des Grammys, il est monté sur scène. Ice Cube lui remettait l’un des cinq bidules dorés qu’il emporterait. Kendrick Lamar a rendu hommage aux prédécesseurs, à Snoop Dogg, à Nas, à ces artisans du rap qui n’ont jamais obtenu ces trophées.

Le petit bonhomme au calme patriarcal s’inscrit dans une histoire du hip-hop. Son album «To Pimp A Butterfly» récupère la voix de 2Pac dont il avait assisté, adolescent, au tournage d’un clip. Il va chercher plus loin: le héros funk George Clinton fait partie du casting, Snoop Dogg, Pharrell Williams, mais aussi le DJ Flying Lotus, le chanteur Bilal et le pianiste Robert Glasper. Kendrick coagule autour de lui les révolutions silencieuses du hip-hop, cette orgie esthète dans laquelle le jazz, la soul, le rock, sont les outils d’une désincarcération. Au moment où l’Amérique assigne à résidence ses communautés, où elle joue clan contre clan, Kendrick Lamar explose les barrières.

Gangsta Rap, l’invention d’une contre-culture
Aux sources de l’ouragan Lamar

Pas un hasard si D’Angelo obtient lui aussi deux récompenses aux Grammys avec son album «Black Messiah»; il a été, avec son album «Voodoo» en 2000, une des causes les plus évidentes de l’ouragan Lamar. Lui aussi mêle un discours profondément politique à un colossal brouillage des genres musicaux. Le hip-hop est une bibliothèque universelle, son salut passe par la conquête. Alors, on pourrait voir les choses avec optimisme. Kendrick Lamar a terrassé la concurrence. Il produit sur la scène la plus conformiste du monde un spectacle où les vers révolutionnaires d’Amiri Baraka croisent le feu avec le saxophone d’Ornette Coleman, avec les tambourineurs de Congo Square à La Nouvelle-Orléans, avec les basses érotiques de Sly Stone. Il n’a pas 30 ans et il parvient à raconter en cinq minutes à peine quatre siècles de présence noire sur le continent américain.

Mais Kendrick Lamar abandonne les Grammy les plus importants à Taylor Swift (album de l’année), ou à Ed Sheeran (chanson de l’année). Hormis le clip, il n’obtient des statuettes que pour les catégories qui ont été définies pour sa communauté. Il n’est, pour cette assemblée, qu’un rappeur. Mais, filmé en très gros plan par trois caméras, dans un déluge stroboscopique, il finit son medley sur un monologue foudroyant. A cet instant précis, il est déchaîné.

Mot à Maux


Rédigé par psa le 17/02/2016 à 00:00



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