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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Aujourd’hui encore se pose une terrible question, la question de l’opposition togolaise. À peine unie pour les dernières élections législatives de juillet 2013, qu’elle se divise déjà au lendemain de la proclamation des résultats pourtant peu crédibles. Que les choses soient claires : vous ne vous en sortirez plus comme ça!


Des divisions et des restes humains


Un pays comme le Togo a besoin d’une opposition pour finir la république et parachever la réconciliation. Il se trouve même qu’un projet de loi vise à conférer un statut républicain au chef de l’opposition togolaise avec un début de considération politique. Une première. Encore qu’il faut attendre pour voir, surtout à l’usage de la loi. Mais, le temps semble être propice pour l’exhumation des houspilles et l’abandon de tout volksgeist togolais.

Voilà que les couteaux ressortent, voilà que les querelles repoussent. Hélas! Ils ne comprennent rien à leur destin, ces gens qui animent l’opposition togolaise et qui sont investis de l’espoir d’une véritable avancée démocratique au Togo. Déjà dans leur placard se trouvent un passé encore lourd d’ostracismes et de rejets partisans : rien d’autres que des assassinats politiques et des restes humains, rien d’autres que des terres brulées ainsi que des tiraillements légendaires. Le tout ayant retardé le Togo pendant tant d’années.

Il est spectaculaire et un brin désolant de toujours devoir faire le constat de l’immaturité politique apparente des conscrits de l’opposition. Ainsi, est-il devenu impossible de comprendre les antagonismes qui toujours naissent si facilement entre les acteurs de l’opposition. La détestation de l’autre chevillée au corps, l’opposition togolaise est encore à cette forme artisanale et boutiquière de cruxification joyeuse où plus personne n’est consciente du gâchis opéré. Chacun se pare d’une aura de légitimité qui excuse et nourrit ses carences.


Bonne nouvelle : Vous êtes graciés!
L’insistance sur la division et ses avatars plutôt que le culte jaloux d’une unité d’action fait penser aux Derniers jours des condamnés : des gens qui parlent pour parler en sachant qu’ils vont se taire pour de bon. Eh bien, vous êtres graciés! Bonne nouvelles, n’est-ce pas? Vous ne vous en irez pas en laissant derrière vous ce triste héritage. Reprenez vie! Vous allez régler vos problèmes, et les régler élégamment et dignement. Mieux encore, vous devez la démocratie au peuple togolais, tous, autant que vous êtes. Le Togo est saturé de vos querelles!

Les libertés et les avancées démocratiques peuvent être aussi menacées autant par la violence répressive d’un État que par l’insouciance d’une opposition abonnée aux faciles indignations et aux égalitarismes superbement égoïstes. Que signifie alors la résistance de tant de citoyens togolais pendant tant d’années? Que signifie alors tant d’agitations sociales alors que la misère s’empare du peuple et le simple regard autour de soi en dresse le constat? Que signifie alors l’impérieux devoir de finir la république, parachever la réconciliation, remobiliser les ressources, semer l’enthousiasme, faire émerger le Togo autrement que par l’expérience insuffisante actuelle? Que signifient alors les sacrifices de tout un peuple à gagner son droit à la dissidence et à l’avènement d’une opposition républicaine? Que signifie alors l’arbitraire des arrestations des personnes toujours en détention?

En archiprêtres de l’opposition togolaise, vous devez vous remettre à l’œuvre. Comme Dieu lui-même dont chacun de vous réclame la filiation, souffrez à être présents partout et visibles nulle part pour faire triompher l’idéal démocratique, bien avant les intérêts partisans et les égoïsmes d’antan. Souffrez à élever vos regards vers l’avenir et comprendre que le droit au pouvoir ne sera acquis et exercé que dans l’unité d’action et la collaboration totale dont seuls sont capables les esprits forts et compétents qui ne se sentent pas menacés ni par les autres ni par le succès, et surtout pas menacés par l’atteinte des résultats et le partage de leurs fruits.

Où conduit la défense de la démocratie au Togo? À l’unité d’action. Au boulot! Vous êtes graciés de vos erreurs. Les citoyens du Togo n’ont plus les moyens de se permettre une opposition politique inefficace. Un Togo démocratique, réconcilié et développé leur reste toujours à bâtir. Et le temps presse!

Mot à Maux


Rédigé par psa le 13/09/2013 à 22:06