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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Il y a vingt-cinq ans, le futur président des Etats-Unis parlait de «briser la mentalité guerrière». Aujourd’hui, il évoque sa «vision» d’un monde libéré des armes nucléaires.


Giacometti, 1953
Giacometti, 1953
L’opinion date de 1984. Elle a été exprimée par un certain Ronald Reagan, qui déclarait sans ambages: «Les armes nucléaires doivent être bannies de la surface de la terre.» A cette époque, Barack Obama n’était encore qu’un jeune homme, à peine diplômé en sciences politiques à la Columbia University de New York. L’année précédente, il avait lui-même participé à la réflexion, rédigeant un article dans la revue du campus, Sundial. L’article s’intitulait «briser la mentalité guerrière». Il allait être aussitôt oublié pendant un quart de siècle. Le jeune Obama dénonçait la «logique tordue» qui gouvernait le monde à cet égard et qui convenait surtout «aux intérêts militaro-industriels». Il s’insurgeait contre «l’implacable et souvent silencieuse diffusion du militarisme dans le pays». Il louait ceux qui, étudiants comme lui, multipliaient les efforts pour parvenir à réaliser «un monde décent». Malgré ses belles paroles, Ronald Reagan avait alors débuté un programme d’armement gigantesque contre «l’Empire du mal». Le désert du Nevada n’en finissait plus de trembler avec le foisonnement d’essais nucléaires sous-terrains. La perspective d’un conflit nucléaire majeur était une éventualité que prenait très au sérieux l’administration américaine, malgré l’opposition de toute une partie du pays. Obama était-il parmi le million de manifestants qui avaient inondé Central Park pour vilipender cette politique de l’abîme? Sans doute, même si l’homme reste particulièrement peu bavard dans ses mémoires sur cette période new-yorkaise.
Il a fallu plus de vingt ans pour que Barack Obama, devenu entre-temps organisateur social à Chicago et aspirant au poste de sénateur, s’exprime publiquement sur la question. Dans l’intervalle, des grands noms avaient rejoint le vaste mouvement qui avait pris corps dans les campus américains. Dans une déclaration fameuse, quatre éminents hommes d’Etat (les républicains Henry Kissinger et George Shultz ainsi que les démocrates William Perry et le sénateur Sam Nunn) invoquaient la nécessité d’œuvrer à «un monde libéré des armes nucléaires». On était déjà en 2007. Et malgré l’aura prestigieuse des signataires, le locataire de la Maison-Blanche, George Bush, n’avait même pas feint de vouloir entrer en matière sur la question.
C’est notamment sur cet appel, renouvelé depuis lors par leurs auteurs, que se fonde aujourd’hui un Obama devenu président afin de se défaire de l’image de doux naïf qui lui colle à la peau depuis que sont ressortis des tiroirs ses écrits de jeunesse. En janvier dernier, le vice-président Joe Biden publiait une tribune dans laquelle il se réjouissait de manière un peu volontariste du «consensus» qu’avait inspiré cet appel. «Les Etats-Unis ne connaissent pas de menace plus grave que la propagation des armes nucléaires, écrivait-il. C’est pourquoi le président Obama a mis en place un vaste agenda visant à inverser cette tendance et à poursuivre le but d’un monde en paix et en sécurité débarrassé de ces armes.» Il y a un an, à Prague, le tout nouveau président donnait un aperçu de ce «vaste agenda». Aussi longtemps que la menace nucléaire existe, les États-Unis n’entendent pas renoncer unilatéralement à l’arme atomique, prévenait-il. Mais il refaisait sienne la vision d’un monde «libéré» de ces armements et s’engageait à œuvrer à leur réduction. Il assurait aussi de sa volonté d’obtenir une interdiction totale des essais nucléaires. Par la suite, alors que son ministre de la Défense Robert Gates (un survivant de l’administration Bush) prônait le financement d’une nouvelle génération d’armes nucléaires plus sûres et plus durables, il était sèchement éconduit par la nouvelle administration qui n’inscrivait pas un dollar au budget à ce propos. Malgré les failles que l’entourage du président reconnaît dans le nouveau traité Start, il s’affirme convaincu que cette réussite est un pas de géant en direction de l’accomplissement de la «vision» présidentielle. La pose de nouvelles fondations, dit-il, sur lesquelles devraient s’articuler toutes les actions futures de ces prochains mois.///////Luis Lema


Mot à Maux


Rédigé par psa le 07/04/2010 à 01:00
Tags : obama Notez