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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




La société multiculturelle ne peut pas être déclarée finie par l’Europe et une certaine classe politique. Le grand brassage migratoire qui avait commencé sous les doux auspices du «multiculturalisme» continue dans la foire d’empoigne de l’identitarisme. À chacun ses dieux. Quel est le texte sacré qui invite les croyants à repousser une mauvaise action par une bonne? Le Coran, mais Jésus n’a pas dit autre chose. Lequel de Jacob, du roi David ou de Mahomet était polygame? Les trois. Est-ce le Coran, l’Ancien Testament ou les Upanishads hindous qui ordonnent la lapidation de l’épouse si elle n’a pas saigné la nuit de ses noces? Le Deutéronome 22:21. Le multiculturalisme est là pour rester. Le défi, le vrai, c’est sa gestion et son intégration institutionnelle au lieu d’être laissé comme fardeau aux seuls citoyens. La société multiculturelle ne peut vraiment pas être déclarée finie nulle part. Pas plus en France qu’au Canada, aux Philippines, en Chine, en Afrique du Sud, au Niger, au Brésil ou ailleurs.


Météo multiculturelle? Certainement pas!
Météo multiculturelle? Certainement pas!
C’est parce qu’elle existe plus que jamais que tous les conflits qu’elle comporte sont maintenant perçus et redoutés. Une idée qui réussit est une idée qui court à sa perte, disait quelqu’un de marrant. Angela Merkel vient de prononcer l’échec de la «société multiculturelle». Électoralement parlant, le mot, qui était porteur il y a trente ans, est devenu désastreux. Les «autres cultures», appelées à compléter, enrichir, accompagner la culture de la place sont arrivées, et voilà qu’elles ne sont plus bienvenues. À l’usage, elles sont jugées envahissantes. L’identité souffre sous leur poids. Qu’elles s’en aillent! Seront élus ceux qui le crieront le plus fort…

La plus critiquée est bien sûr la culture musulmane, voyante, exposée et suspecte puisque des choses incompréhensibles se disent dans les mosquées dans une langue qui n’est pas partagée. L’Allemagne est à l’épreuve des immigrants musulmans turcs, la France des immigrants maghrébins, la Suisse des immigrants balkaniques; toute l’Europe est à l’épreuve de l’islam et décrète, parce qu’elle a peur, la fin de la société multiculturelle.

La fin d’un mot est peut-être le début de la réalité. La société multiculturelle est tellement présente, compliquée, bouleversante qu’elle n’est plus à idéologiser ou à thématiser mais à investir pour ce qu’elle est, y compris dans sa brutalité.

Il était bon de la vouloir douce, pacifique, riche de potentialités et de découvertes, trouvant naturellement les compromis nécessaires. Il est d’ailleurs toujours bon de la vouloir ainsi, croire à la paix est moins stressant que croire à la guerre. Mais c’est la vanité de cet espoir que dénonce Angela Merkel devant la jeunesse conservatrice.

La chancelière ne peut rien contre la société multiculturelle, même pas en prononcer l’échec. Elle continuera de plus belle, mais désormais dans le conflit, dans la confrontation dure des valeurs qu’elle comporte et marginalement dans la violence. Elle est à l’épreuve d’elle-même, ouvertement, et toutes ses parties avec elle.

Il est possible que ce soit dans ce conflit que les musulmans d’Europe, confrontés aux ressentiments qu’ils suscitent, fassent évoluer leurs propres identités multiculturelles. Dans quel sens? Nul ne peut le prédire. Les Européens eux-mêmes changeront. Dans quel sens? On ne sait.

Le grand brassage migratoire qui avait commencé sous les doux auspices du «multiculturalisme» continue dans la foire d’empoigne de l’identitarisme. À chacun ses dieux. Quel est le texte sacré qui invite les croyants à repousser une mauvaise action par une bonne? Le Coran, mais Jésus n’a pas dit autre chose. Lequel de Jacob, du roi David ou de Mahomet était polygame? Les trois. Est-ce le Coran, l’Ancien Testament ou les Upanishads hindous qui ordonnent la lapidation de l’épouse si elle n’a pas saigné la nuit de ses noces? Le Deutéronome 22:21. Du Coran, des Lettres de Paul aux Corinthiens, ou du Livre des Juges, lequel suggère de battre les femmes qui se comportent mal? Le Coran. (Quiz de Nicholas D. Kristof dans le New York Times). Avoir juste ou faux à ces questions n’a pas d’importance. Un sondage Pew révèle que les croyances religieuses n’ont rien à voir avec la connaissance des textes. L’identité non plus.////////// Joëlle Kuntz

Mot à Maux


Rédigé par psa le 25/10/2010 à 07:27