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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Plusieurs milliers de femmes ont défilé mardi soir au Caire pour protester contre le pouvoir militaire et la manière dont il traite les manifestantes. L’image d’une jeune fille frappée et dénudée par les soldats lors des derniers affrontements a choqué bon nombre d’Egyptiens.


Les Égyptiennes se fâchent

La place Tahrir est plongée dans le noir. Il est à peu près 19 heures mardi soir quand le cortège de femmes arrive sur la place centrale du Caire, qui a été le théâtre de la révolution égyptienne, et qui est devenu depuis un mois le lieu d’affrontements à répétition entre les manifestants et les forces de l’ordre.

Depuis le début de la nouvelle vague de violences, il y a six jours, l’éclairage public ne fonctionne plus sur la place, comme pour intimider les protestataires. Mais cela n’empêche pas les quelque 4000 femmes présentes de donner de la voix. «Où sont les soldats? Les filles d’Égypte sont ici!» crient-elles, rageuses. Des femmes de tous âges et de tous les milieux sociaux. Voilées en grande majorité, certaines en niqab, d’autres cheveux au vent. «Frapper des femmes, les traîner par terre, ce n’est pas acceptable, on ne peut pas laisser passer ça. Ceux qui font ça, ce ne sont pas des hommes!» s’exclame Faiza, une femme au foyer de 42 ans. «Le Conseil militaire des forces armées accuse la contre-révolution pour les violences, mais c’est lui-même qui est à la tête de cette contre-révolution


La fille en bleu

De chaque côté du cortège de femmes, une ligne d’hommes qui se tiennent la main, pour les protéger. Le 8 mars dernier, elles n’étaient qu’une centaine à manifester sur la place Tahrir pour défendre leurs droits, un mois seulement après la chute de Moubarak. Elles avaient été violemment attaquées par des dizaines d’hommes. Cette fois, elles ont été beaucoup plus nombreuses à répondre à l’appel du Mouvement du 6 avril et des supporters de Mohamed ElBaradei (l’ancien président de l’AIEA). On parle de la plus grande manifestation de femmes en Égypte depuis la révolution de 1919, quand elles défilaient contre l’occupant britannique.

«J’ai vu les images de cette fille tabassée, traînée par terre et dénudée. C’est pour cela que je suis descendue dans la rue», explique Ingi, un manager de 33 ans. L’image de celle que l’on appelle désormais «la fille au soutien-gorge bleu», tourne en boucle depuis trois jours sur les réseaux sociaux, et a poussé bon nombre de femmes présentes mardi soir à manifester. «Il faut remettre les choses dans leur contexte», s’était contenté de déclarer lundi lors d’une conférence de presse le général Emara, l’un des membres du Conseil suprême des forces armées, à propos de l’incident.

Certaines féministes se demandaient mercredi si cette manifestation était le signe d’un «réveil» des femmes. Les Égyptiennes ont eu un rôle essentiel dans le soulèvement de janvier. Elles n’ont pas seulement nourri les révolutionnaires et soigné les blessés, elles ont participé, malgré les risques, à toutes les manifestations, et pour certaines ont mené la bataille aux côtés des hommes face à la police et aux baltaguis, les hommes de main du pouvoir. Mais après cet épisode héroïque, elles ont été peu nombreuses à s’engager dans les nouveaux partis politiques.


Pour les élections, chaque liste électorale a l’obligation d’intégrer une femme, mais les rares candidates sont le plus souvent en toute fin de liste, dans des positions non éligibles. «Comme nos compagnons de lutte masculins nous ont écartées des mouvements créés dans le sillage du soulèvement, nous avons décidé d’avoir notre propre organisation, pour faire entendre notre voix», explique Dina Abu el-Soud. Avec une vingtaine d’autres femmes qui ont participé au soulèvement, cette trentenaire a créé au printemps dernier la Coalition des femmes de la révolution. «Changer les mentalités, cela va prendre des années. Mais cette manifestation nous donne de l’espoir.» Nina Hubinet


Mot à Maux


Rédigé par psa le 21/12/2011 à 21:04
Tags : Place Tahrir Égypte Notez