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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




De la politique au Canada en ces temps de bilan, c'est probablement la synthèse qu'il faut lire, notre Tepidarium relaxant et comparatif. Comme quoi: Blanc bonnet, Bonnet blanc...


Chasseriau, Le Tepidarium
Chasseriau, Le Tepidarium
"La lecture des journaux, en cette fin d'année 2007, ne laissera pas un très bon souvenir à Stephen Harper. Son attitude agressive, ses attaques personnelles et sa partisanerie alimentent des commentaires extrêmement sévères à son endroit. Encore hier, le chroniqueur Don Martin se permettait un jeu de mots assassin dans le National Post et le Calgary Herald. «Harper a les moyens [means] mais est-il trop mesquin [mean]?»
Martin se demande pourquoi un premier ministre qui a gouverné sans scandale n'arrive pas à solidement devancer la faible opposition libérale dans les sondages. En fait, les conservateurs sont même moins populaires maintenant qu'ils l'étaient aux élections du 23 janvier 2006. L'hypothèse de Martin: «Il est un leader-né, mais il fait trop souvent preuve d'une agressivité partisane et est trop prompt à user d'intimidation pour que les Canadiens soient à l'aise avec l'idée qu'il soit majoritaire.»

James Travers, du Toronto Star, va dans le même sens et parle du «paradoxe Stephen Harper». «Au moment de gérer une crise, le premier ministre emmêle ses talents de leader, que les Canadiens admirent, et sa mesquinerie de petit dur de cour d'école, qui révulse [ces mêmes Canadiens].» Par conséquent, il peut être difficile de convaincre des indécis de voter pour un premier ministre qui les met mal à l'aise. Car «ils ne savent pas s'il peut calmer ses pires instincts quand la conciliation et le compromis, et non une bagarre de ruelle, servent mieux les intérêts du pays».

Le Globe and Mail s'est montré impitoyable. Dans un premier éditorial, il fait état de la partisanerie qui a conduit le gouvernement à demander à Daniel Paillé d'enquêter sur les dépenses de sondages des gouvernements précédents. Le quotidien s'amuse du résultat. Daniel Paillé n'a rien trouvé pour embarrasser les libéraux. Ce sont les conservateurs qui ont été démasqués. Ils ont dépensé davantage en sondages que les libéraux avant eux, assez pour tenir plus de deux sondages par jour ouvrable, certains versant carrément dans la partisanerie. «Ce rapport expose les dangers d'une partisanerie débridée», écrit le Globe.
Le quotidien dénonce dans un second éditorial les attaques du premier ministre à l'endroit de la présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire à la suite de la fermeture du réacteur de Chalk River et de la pénurie d'isotopes radioactifs qui en a découlé. Au lieu de débattre du fond de la question, à savoir le non-respect par Énergie atomique du Canada des conditions de fonctionnement du réacteur, «le premier ministre a inventé un complot voulant qu'une fonctionnaire de carrière, qui tentait de faire respecter les règles en matière de sûreté nucléaire, aurait en toute connaissance de cause mis des vies en danger. Et pourquoi? Pour aider les libéraux à marquer des points contre les conservateurs. Voilà de la politique poubelle», tranche le Globe, indigné. «En d'autres mots, poursuit-il, diffamer quelqu'un au profit de tactiques parlementaires n'est pas un défaut. De toute évidence, le gouvernement prend plus au sérieux la politique partisane que la sûreté nucléaire ou l'organisme créé pour y veiller, et il ne se soucie guère de qui en sortira blessé.»
Toujours dans le Globe, Brian Laghi constate que, si Stephen Harper a le don d'exploiter les faiblesses de ses adversaires, il semble incapable de gérer les crises inattendues avec doigté et a de la difficulté à improviser lorsque les événements le forcent à s'écarter de son plan de match. Laghi cite des conservateurs anonymes qui confirment que le premier ministre a besoin de temps pour réfléchir et qu'il prend trop de décisions lui-même, ce qui le prive parfois du recul nécessaire.

Susan Riley, du Ottawa Citizen, est plus dure dans un texte repris par la plupart des journaux de CanWest. Selon elle, Harper devra bientôt «nous rappeler en quoi son gouvernement est plus transparent, plus honnête et plus responsable que les libéraux». Elle note le temps écoulé avant de rendre public le rapport Paillé et la décision de le faire le jour de la comparution de Brian Mulroney afin qu'il passe inaperçu et de ne pas exposer le recours abusif aux sondages par les conservateurs. Toujours le même jour de la comparution de Mulroney, le gouvernement a annoncé sans bruit que le Canada rejoignait un club de pays faisant la promotion de l'énergie nucléaire, une initiative de George W. Bush. Après avoir cité d'autres dossiers passés en douce ou soustraits au débat, elle évoque un air de déjà vu. Ce qui lui a fait prédire, avant même les entrevues de fin d'année de Harper, qu'il n'y aurait pas d'enquête publique sur l'affaire Murloney-Schreiber. À suivre.

Sur le plan de l'éthique, les conservateurs se voulaient plus blancs que blancs, surtout dans leurs relations avec les lobbyistes. Ils ne sont peut-être pas à leur solde, mais il faut croire qu'ils peuvent avoir leur oreille puisque certains des leurs n'ont pas hésité à se lancer dans cette industrie. Don Martin, du National Post, évoque le cas de Ken Boessenkool, qui a travaillé étroitement avec Stockwell Day, aujourd'hui ministre de la Sécurité publique et responsable de la GRC, avant d'aider tout aussi assidûment Stephen Harper. Boessenkool est maintenant le lobbyiste à embaucher à Calgary et son dernier client n'est nulle autre que l'entreprise Taser International. La Loi sur la responsabilité des conservateurs prévoit pourtant un délai de cinq ans avant qu'un attaché politique puisse approcher ses anciens patrons à titre de lobbyiste. Mais on attend toujours les règlements. Martin cite un expert qui souligne à quel point le fait d'avoir ses entrées auprès des principaux acteurs du gouvernement actuel est de plus en plus précieux puisque ce dernier est dirigé par un cercle très fermé d'individus. «Qui vous connaissez au bureau du premier ministre est toujours la voie rapide pour obtenir qu'Ottawa agisse», conclut Martin."
Manon Cornellier, Le Devoir


Mot à Maux


Rédigé par psa le 22/12/2007 à 09:37