Profil
Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Hier s’en était allé de Bamako à Dakar, en exil forcé par un malheureux évènement du 22 mars 2012, Amadou Toumani Touré (ATT). Personnage charmant et agréable à vivre, ATT ne constitue pas moins une aberration démocratique, militaire qu’il fut, haut-gradé en inaction politique qu’il restera. Pour tout héritage laissé derrière lui, son pays est aujourd’hui divisé en deux, occupé dans sa partie septentrionale par des forces islamistes radicales, une fois identifiée clairement que le Mali constituait sous la gouverne d’ATT l’archétype du maillon faible d’une ligne de front qui se voulait pourtant vigilante contre la propagation du terrorisme international dans les difficiles dunes du Sahara africain. Au Québec, ATT a un cousin proche en incompétence politique, un tout aussi beau parleur et blagueur, un fort en contemplation et en déni des faits : Jean Charest. Indignation!


Eliana Minillo, Les uns et les autres
Eliana Minillo, Les uns et les autres
Arrivé au pouvoir aussi par le pur des hasards en piégeant son adversaire lors du débat pré-électoral, le Premier ministre du Québec règne sur une province gangrenée par un niveau de corruption politique jamais inégalé. Ici et là répandus dans l’espace politique québécois, les entremetteurs, les corrupteurs et les corrompus de tout acabit font la loi autour des projets gouvernementaux, des marchés publics et des élections clé-en-main.

« On est resté dans l’opposition pendant longtemps… il faut placer notre monde maintenant! » aurait déclamé une des personnes identifiées à ce douteux sérail. Tout y passe alors, et complaisamment : juges nommés, contrats accordés, ponts déchaussées, routes chaussées, garderies subventionnées, services démantelés, santé à-deux-vitesses institutionnalisée, séjours sur terre-et-mer dorés, avantages privés, richesses naturelles privatisées, coûts environnementaux collectivisés, cadeaux personnalisés, informations privilégiées, amitiés consolidées, départs du gouvernement rentabilisés, loi électorale étouffée, élus récompensés, etc.

Dès le début du mandat de Jean Charest –renouvelé par deux fois au moment où ses adversaires politiques étaient en grande réorganisation, le ferment pour faire croître la corruption à un haut niveau et remplir les caisses du parti au pouvoir était ensemencé : chaque ministre devait faire rentrer, annuellement, une somme déterminée par le Premier ministre lui-même dans les caisses du parti au pouvoir. Aucun dirigeant d’une République bananière ou celui d’un État manioceux n’aurait pu trouver mieux. C’est au Québec de Jean Charest que tout cela se passe ainsi.

Une décadence clé-en-main en démocratie
Mais alors, « Trop n’est jamais assez » pour faire la démonstration de l’incompétence politique dont on est porteur. Il faut identifier les plus vulnérables de la société et les cibler par une des politiques les plus abjects à l’ère de la mondialisation et du règne du savoir : tarifer les études et la scolarité. « Vous, enfants gâtés du Québec qui voulez étudier, vous qui ne pensez qu’à étudier au collège ou à l’université au lieu d’en sortir au plus s… et aller occuper les emplois précaires, vous les boutonneux et les bougonneux d’éternels insatisfaits, vous allez payer plus cher vos frais d’études. » Aussitôt pensés, aussitôt imposés dans le budget : ces frais déjà majorés de 100$ sur chacune des cinq dernières années ne connaitront pas de répit et seront désormais majorés de 325$ pour chacune de ces cinq autres et très prochaines années. Trop, c’est comme pas assez du tout!

Si 100$ de majoration lors des inscriptions à toutes les sessions de ces cinq dernières années ont pu passer, certainement que 325$ de plus à chaque occasion, sur les cinq années suivantes, devraient également passer. Ainsi raisonne-t-on dans tout un gouvernement au Québec, poussant l‘essentiel des étudiants des niveaux collégiaux et universitaires, particulièrement ceux et celles qui n’ont pas la chance d’être inscrits dans des établissements privés, d’aller en grève et d’y rester pratiquement depuis plus de deux mois.


Manifestations, affrontements, arrestations, menaces, injonctions, judiciarisation, et tout y passe jusqu’à la bonne vieille recette du Diviser pour régner: diviser les associations d’étudiants, cultiver la zizanie par des tactiques dilatoires; tout faire pour monter ceux qui ont les moyens de payer les hausses déraisonnables des frais d’études contre ceux qui seront obligés de s’endetter pour étudier, infantiliser astucieusement les étudiants contestataires et accablés dans une société où il est entendu que ce sont ces jeunes qui paient leurs études, généralement, en travaillant des heures durant en semaines et par temps de vacances scolaires. Diviser pour faire régner l’incompétence, la condescendance et la non-écoute.

À tout cela il faut dire non! Un gros Non citoyen!

C’est ce que font les étudiants pour la plupart. C’est ce que font les enseignants pour l’essentiel. C‘est ce que font les syndicats et groupes divers. C’est ce que les citoyennes et citoyens feront de plus, jeunes et vieux, en manifestant par solidarité dans les rues de Montréal ce dimanche 22 avril 2012.

Voilà ce que sont de nos dirigeants incompétents qui sévissent sans éthique sous tous nos cieux, minimisant et blaguant même sur leurs responsabilités. Vivement les élections pour mettre fin à ce mandat de trop de Jean Charest, un mandat cauchemardesque pour tous, un mandat qui a totalement perdu le nord de la bonne gouvernance, perdu son Plan Nord, mordu sa propre crédibilité. Vitement même, les élections.


Mot à Maux


Rédigé par psa le 20/04/2012 à 18:32