Profil
Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Picasso, Minotaure
Picasso, Minotaure
La réalité togolaise me semble toujours trop soluble dans certains propos vite agencés. Je ne sais pas si c’est la même chose, mais je dois reprendre ainsi… La réalité de mon pays, le Togo, est trop vite diluée dans des constructions hâtivement présentées à notre appréciation. Il est vrai que l’Égypte, après la Tunisie et la constante Côdivoire ne nous laisse pas assez de temps pour mûrir certaines de nos réflexions.

Mais, tout de même! Le cas du Togo est assez documenté pour que des erreurs de jeunes collégiens politiques n’y soient plus commises et répétées à longueur d’analyses et de commentaires. Au Togo, les victimes sont toutes désignées, les conclusions données avant même l’exposé rationnel et froid des faits à analyser :

o communauté internationale, pourquoi avais-tu laissé le Togo en 2005, en 2010, tu as tort et tu es responsable de nos malheurs; tu l’es d’autant plus que tu t’imposes maintenant en Côdivoire... t’es vraiment pas juste et t’as pas la même logique partout. Ho, ho, Togolais, apprentis politiciens, réveillez-vous! C’est ainsi et ce sera ainsi toujours. « La Côdivoire c’est la Côdivoire » comme disait le Vieux (Houphouët bien sûr!), et le Togo c’est « To go or not To go (to the dialogue)? », une question facile à laquelle personne n’a voulu répondre jusqu’à maintenant dans votre pays.
o Arrêtez-donc d’accuser le dialogue, le cinquantième ou le dix-huitième dialogue, qu’importe! Il faut y aller c’est ce que tout le monde fait. À la différence qu’un dialogue se prépare partout… sauf au Togo. Le dialogue se prépare à la maison, avec les siens, avec les gens de son camp. Avec les siens de l’opposition par exemple, l’on convient d’une Plateforme avant d’aborder le camp d’en face. Une plateforme dans l’opposition n’a jamais été possible au Togo, pas plus hier depuis la conférence nationale qu’aujourd’hui post-apg, post-présidentielles et comble de malheur, post-gilchrist.

Simplement dit, réveillez-vous! La question n’est donc pas de savoir si, au Togo il faut aller au dialogue ou pas, la question est bien de se rendre compte que le dialogue se prépare et les résultats, les bons résultats, se préparent également. Le même Blaise Compaoré a été facilitateur à un moment pour le Togo et pour la Côdivoire, la confiance envers le pouvoir était tout aussi au bas niveau entre les acteurs ivoiriens et autant entre ceux du Togo. D’un côté les uns ont serré les rangs et obtenu la certification des élections par un tiers, la respectable ONU, de l’autre côté, au Togo, les autres obtiennent ce qu’ils ont toujours préparé, les récriminations et les non-résultats.

Le même syndrome se profile à l’horizon togolais… dialogue ou pas dialogue? Conditions avant dialogue ou pas? Qui a le droit d’aller au dialogue et qui ne doit s’y approcher ou y être admis? Qu’ils sont fatigants ces politiciens togolais et leurs analystes et conseillers!

Le Togo ne sera jamais la Tunisie, encore moins la Côdivoire ou l’Égypte. En chaque situation toutefois, au Togo comme ailleurs, le seuil de perfection existe dans chaque cas et face à tout système : c’est l’optimum politique, la situation pratique et réaliste où tous les risques sont minimisés et toutes les opportunités sont maximisées par les acteurs politiques.

Je suis de ceux et de celles qui pensent que l’acteur est prépondérant et sait dominer tout système au point de le changer. En fait, je n’ai rien inventé, depuis Crozier et bien longtemps avant, tout le monde le sait; tout le monde qui veut avoir des résultats, de Martin Luther King à Obama, de Mandela à Lula, d’hier à aujourd’hui… C’était même écrit : « Nous sommes dialogue » puisque « Au commencement était (effectivement) le verbe », et non le glaive ni la guerre. Qui veut la paix au Togo doit réellement et professionnellement préparer le dialogue politique, le verbe politique, l’action politique optimale, le résultat politique…

Vivement, un autre dialogue politique au Togo, des dialogues politiques mêmes : par cercles concentriques successifs ou entrelacés, entre l’opposition, la société civile d’abord, entre celles-ci et le pouvoir présidentiel ensuite, dix mille fois plutôt qu’une s’il vous plait. Et d’ailleurs, s’il y a encore besoin de dialogue au Togo, c’est tout simplement parce qu’aucun dialogue professionnellement mené ne s’y est pas encore fait. Dur et cruel constat logique! Vivement le dialogue vrai au Togo, un jour, entre tous les acteurs politiques. Un dialogue professionnel et éthique!



Diplomatie Publique


Rédigé par psa le 03/02/2011 à 04:50