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Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




C’est ma deuxième conversation de ce samedi avec mon interlocuteur, le Grand Frère Édem Kodjo. La conversation à peine engagée que l’annonce m’est faite : « (…) le Ghana vient de gagner par deux buts à zéro… le Cap Vert n’a pas démérité du tout (…) Le Togo va rencontrer le Ghana en demi-finale » Et ma réaction : « Donc tu supposes que le Togo va battre ou a déjà battu le Burkina Faso… »


Vaincre et Mourir… c’est ressusciter le football au Togo.



Évidemment, pour un rationnel comme Édem Kodjo, diplomate toute catégorie et ancien footballeur de l’Étoile filante de Lomé, des arguments footballistiques ne manquaient pas et il m’en donnera dans la suite de nos échanges sur le sujet. Ce verbatim révèle néanmoins la place, plutôt passionnelle, que le football togolais occupe dans les esprits par ces jours de Coupe d’Afrique des Nations, la CAN 2013, qui a cours en Afrique du Sud.

Particulièrement lorsque l’équipe nationale du Togo, Les Éperviers, gagnent –et c’est actuellement le cas, la réserve habituelle des Togolaises et des Togolais est délaissée. Il est vrai que c’est pour la toute première fois que Les Éperviers franchissent la phase des groupes. Le leur, particulièrement corsé et bien nommé, le groupe de la mort avec l’Algérie, la Côte d’Ivoire, la Tunisie et le Togo.

Et les Édem Kodjo de ce monde se laissent bien aller. Allons y donc… J’imagine Faure Gnassingbé appeler son homologue du Ghana, John Dramani Mahama, le plus sérieusement au monde pour lui suggérer de déjà convier le peuple ghanéen non pas à une célébration de sa victoire du jour sur le valeureux Cap-Vert, mais plutôt à un requiem anticipé de leur défaite annoncée en demi-finale devant le Togo; un Togo qui n’a pas encore joué son match contre le Burkina Faso. Inutile d’appeler l’infortuné Blaise Compaoré dont l’équipe, les Étalons, sont déjà battus avant leur match contre le Togo. Le Togo est déjà en demi-finale, que dis-je, en finale de la CAN 2013 sans même avoir déjà joué contre le Burkina et le Ghana… C’est tout dire…

Effectivement, les victoires des Éperviers du Togo sont étranges : victoires, qualifications en Afrique du Sud et… morts de manifestants au Togo. Quelque chose comme trois personnes décédées pour des manifestations de joie. Vaincre, se qualifier et mourir. Curieux destin du football togolais qui déclenche des prolongations douteuses dans les rues de la capitale togolaise : défilés de rues des personnes nues, excès d’alcool, spectacles disgracieux divers et mort d’homme.

Que serait-il alors si le Togo passe en demi-finale, puis en finale de la CAN 2013? Qu’adviendrait-il si les Togolais gagnent la CAN 2013? Victoires et morts?

Au Togo, il semble bien que pour prévenir, tempérer et contenir de tels excès, le courant électrique est interrompu, pas longtemps après le début des manifestations publiques de ces meurtrières joies. L’autre frère, le vice-président de la Fédération Togolaise de Football (FTF), le Tino Adjété, il pense lui qu’il faut appeler les gens à la modération en ces temps où tout est foot-ou-rien au Togo. C’est ce qu’il me disait hier au téléphone, lui qui a refusé de faire le déplacement d’Afrique du Sud et intentionnellement préféré de vivre l’évènement à Lomé.

Mourir d’aimer le football et la victoire de son équipe est un peu beaucoup trop excessif. Et c’est ensemble qu’il faut dépassionner la chose footballistique au Togo. Ensemble qu’il faut dire que le Togo a le droit de perdre… Le bon Dieu n’est pas obligé de faire gagner les Togolais si victoire doit rimer avec des morts inutiles. Modération a toujours meilleur goût... À Accra comme à Bamako on gagne et on célèbre avec modération.


Mot à Maux


Rédigé par psa le 02/02/2013 à 16:09