Profil
Pierre S. Adjété
Pierre S. Adjété
Né à Lomé, PSA a fait ses études au Togo, au Gabon et au Canada. Actuellement fonctionnaire dans l’administration fédérale canadienne, PSA est partisan du « Grand Pardon » et adepte de l’Éthique dans l’espace public; il est un acteur engagé dans des initiatives citoyennes et républicaines.




Il flotte ces jours, en France, un parfum de déjà-vu assez surréaliste. Un ancien président de 76 ans renvoyé devant le tribunal correctionnel, un ex-ministre de l’Intérieur de 82 ans condamné à de la prison ferme – chacun pour des faits vieux de 10 ou 15 ans –, un ancien premier ministre de 80 ans qui réclame la levée du secret-défense sur un contrat signé en 1994… La France se libérera-t-elle un jour des «affaires», ces feuilletons judiciaires inextricables qui empoisonnent sa vie politique depuis des décennies? Pourquoi donc les politiques en France ne démissionnent-ils pas assez tôt de leurs charges publiques, pour l’honneur et devant les soupçons et rumeurs, afin de faire face à la justice et laver leur réputation?


Hélios, Chienlit
Hélios, Chienlit

Avec Nicolas Sarkozy, on croyait avoir franchi un cap. Contrairement à ses prédécesseurs, il ne traîne aucune casserole digne de ce nom et a introduit une certaine transparence dans les comptes de la présidence. Mais les vieilles affaires ne meurent pas, et la justice avance lentement. En enquêtant sur Jacques Chirac et Charles Pasqua, plus récemment sur le contrat des sous-marins pakistanais conclu par Édouard Balladur, elle s’est heurtée à de multiples verrous: immunité présidentielle, secret défense, sans compter sa propre pesanteur ou la mauvaise foi crasse de certains protagonistes. Il est préférable, dans une démocratie, que les affaires mettant en cause des responsables politiques soient élucidées pleinement et rapidement. En France, cela n’a pas été le cas, et le prix à payer est lourd. À force de s’enliser, d’être enterrées ou de s’effondrer sous les vices de forme, les procédures inabouties ont nourri les théories du complot, le mythe du «tous pourris» ou l’idée que la raison d’État l’emportera toujours sur la curiosité des juges. De ce point de vue, le procès de Jacques Chirac sur les 21 chargés de mission de la ville de Paris sera salutaire. Les faits reprochés sont certes minuscules, comparés à l’ensemble de ceux qu’ont exhumés les enquêtes sur l’ancien président. Mais le simple fait que ce dernier vienne s’expliquer devant un tribunal pourrait être l’occasion d’un exorcisme collectif, trop longtemps retardé. À ce propos, il est piquant d’entendre un proche de Jacques Chirac, Jean-François Probst, expliquer la popularité de l’ancien chef de l’État – plus de 70% – par son caractère un peu filou, à la fois charmeur et prêt à tordre les règles à son avantage. On verra, au jour du procès, si les Français se reconnaissent dans ce portrait moyennement flatteur.//////Sylvain Besson

Mot à Maux


Rédigé par psa le 06/11/2009 à 08:08